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L'anthropologie face aux ruptures

Anthropology and rupture

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Publié le lundi 18 février 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Ce dossier propose de faire porter la réflexion sur les individus ou les groupes pris dans des événements radicaux qui modifient profondément et irréversiblement leurs vies. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger ce qui change dans la rupture, en se focalisant sur ceux qui vivent et doivent faire avec l’événement. Les existences marquées par une rupture favorisent-elles d’autres pensées du monde, d’autres manières d’y être ? Que se formule-t-il dans les espaces altérés du monde ? Et que peut apporter la considération de ces vies à la connaissance anthropologique et à l’analyse du changement social ?

 

Annonce

ethnographiques.org, la revue en ligne de sciences humaines et sociales, lieu d'échanges et de descriptions des innombrables manifestations de la vie sociale, lance son dernier appel à contribution, L'anthropologie face aux ruptures, coordonné par Fabienne Martin, Alexandre Soucaille et Laurent Amiotte-Suchet.

Argumentaire

L’anthropologie s’est principalement attachée à saisir la vie sociale sous l’angle de la régularité de son organisation, de ses normes et de ses structures, délaissant quelque peu ce qui relève de la contingence, de l’altération, de la disjonction et de la singularité. Les questions du changement, du mouvement, voire du désordre (Balandier, 1988) ne sont bien sûr pas absentes du débat anthropologique, mais elles sont restées le plus souvent subordonnées à la structure (dans le sens anglo-saxon et marxiste du terme) et prises dans une dualité qui perçoit avant tout l’équilibre des forces traversant des espaces sociaux en recherche d’« harmonie ». Ainsi, face aux événements qui marquent l’histoire des sociétés ou des individus, les sciences sociales se sont davantage attachées à mettre en évidence le passage vers un nouvel état de « stabilité », plutôt que d’analyser de près les ruptures qui s’ébauchent.

Ce dossier propose de faire porter la réflexion sur les individus ou les groupes pris dans des événements radicaux qui modifient profondément et irréversiblement leurs vies. Plus particulièrement, nous souhaitons interroger ce qui change dans la rupture, en se focalisant sur ceux qui vivent et doivent faire avec l’événement. Les existences marquées par une rupture favorisent-elles d’autres pensées du monde, d’autres manières d’y être ? Que se formule-t-il dans les espaces altérés du monde ? Et que peut apporter la considération de ces vies à la connaissance anthropologique et à l’analyse du changement social ?

Le propre des événements radicaux est de projeter les individus à la fois dans et hors la société : en dedans, via les mécanismes de captation de l’événement par les catégories sociales préexistantes en charge de donner du sens (Sahlins, 1989 ; Bensa et Fassin, 2002 ; Delécraz et Durusel, 2007), et en dehors, l’événement radical entraînant un déplacement ontologique et social irrémédiable d’individus ou de groupes qui doivent se repenser dans l’après de l’événement (Glowczewski et Soucaille, 2011 ; voir les approches philosophiques différentes de Romano, 1998 et de Malabou, 2007 et 2009). Plus qu’à la gestion sociale d’un événement (voir par exemple Oliver-Smith et Hoffman, 2002 ; Revet, 2007) ou qu’à une saisie de la contingence comme une caractéristique même de la stabilité (Scubla, 1993), il s’agira de mettre en évidence les propositions des individus, quelles que soient leurs formes (artistique, pratique, organisationnelle, religieuse, etc.), qui surgissent dans la dynamique même de l’événement et de la rupture.

L’événement radical a en effet cette particularité d’être un point de disjonction à partir duquel la vie se trouve redéfinie. C’est un événement qui se répercute dans un temps long, se poursuit parfois sur plusieurs générations, un événement qui ne s’efface pas. D’où l’attention que nous souhaitons voir portée sur ce temps de l’après, à la fois sur ce qui se reconfigure dans l’après et sur la présence de l’événement dans le quotidien (Das, 1996 et 2007 ; Chatterji et Mehta, 2007). Nous serons également particulièrement sensibles aux contributions qui prêteront attention à la réflexivité des acteurs, aux processus de subjectivation et aux créations que génèrent les expériences de bouleversement radical : émergence de nouveaux liens, de nouvelles manières d’être ensemble, de nouveaux modes relationnels, de nouveaux rapports au monde, voire de nouvelles pensées du monde.

Il s’agira ainsi de rendre compte de la capacité de vie et d’action des individus et des groupes pris dans des situations de rupture, et de leur capacité de création sociale. Et de tenir ensemble les expériences individuelles et leurs effets potentiels sur la société, afin de saisir en retour les répercussions que des événements individuels ou collectifs peuvent avoir sur les épistémès (tout autant les cadres d’interprétation d’une société que les modes de penser le social).

Conditions de soumission

Le numéro est ouvert à des contributions concernant des ruptures aussi bien individuelles que collectives, dans différents contextes et dans différentes régions du monde, qu’il s’agisse de ruptures contemporaines ou inscrites dans le passé. Outre l’analyse des reconfigurations que ces événements entraînent dans les rapports à soi et à la société, et l’analyse des processus qui les sous-tendent, l’objectif de ce numéro est aussi de proposer des outils conceptuels pouvant soutenir l’élaboration d’une connaissance anthropologique des phénomènes de ruptures, et de questionner, à partir de ces phénomènes, notre approche du social.

Les propositions, de 700 mots minimum, sont à envoyer conjointement à Fabienne Martin (fabmartin92@hotmail.com), Alexandre Soucaille (asoucaille@free.fr) et Laurent Amiotte-Suchet (laurent.amiotte-suchet@unil.ch)

avant le 30 mars 2013.

Pour les propositions retenues, les articles finalisés devront nous parvenir avant le 31 juillet 2013.

Les articles seront soumis à une double relecture (interne et externe).

Le numéro paraitra en 2014.

Télécharger la version PDF de l’appel à contribution.

Responsables scientifiques du numéro

Comité directeur d'Ethnographiques.org

  • Sophie Chevalier et Thierry Wendling (co-directeurs),
  • Laurent Amiotte-Suchet,
  • Florence Bouillon,
  • Suzanne Chappaz-Wirthner,
  • Alexandre Lambelet,
  • Christine Laurière,
  • Grégoire Mayor,
  • Olivier Schinz,
  • Dominique Schoeni,
  • Anne Sourdril.

Bibliographie indicative

  • AGAMBEN Giorgio, 1999. Ce qui reste d’Auschwitz. Archive et témoignage. Homo sacer III. Paris, Payot et Rivages.
  • BALANDIER George, 1988. Le désordre, éloge du mouvement. Paris, Fayard.
  • BENSA Alban et FASSIN Éric (dir.), 2002. « Qu’est-ce qu’un événement ? », Terrain, 38, pp. 5-112.
  • BESSIN Marc, BIDART Claire et GROSSETTI Michel (dir.), 2010. Bifurcations. Les sciences sociales face aux ruptures et à l’événement. Paris, La Découverte.
  • BRUNER M. Edward et TURNER W. Victor (eds), 1986. The Anthropology of Experience. Urbana and Chicago, University of Illinois Press.
  • CHATTERJI Roma et MEHTA Deepak (eds), 2007. Living with Violence. An Anthropology of Events and Everyday Life. New Delhi, Routledge.
  • CHEVALIER Sophie, 2005. « De la modernité du projet anthropologique : Marshall Sahlins, l’histoire dialectique et la raison culturelle », ethnographiques.org, 8 [en ligne].
  • DAS Veena, 1996. Critical Events. An Anthropological Perspective on Contemporary India. New Delhi, Oxford University Press.
  • DAS Veena, 2007. Life and Words. Violence and the descent into the ordinary. Berkeley, Los Angeles, London, University of California Press.
  • DELECRAZ Christian et DURUSSEL Laurie (dir.), 2007. Scénario catastrophe. Genève, Infolio/Musée d’Ethnographie de Genève.
  • GLOWCZEWSKI Barbara et SOUCAILLE Alexandre (dir.), 2011. Désastres. Paris, L’Herne, coll. Cahiers d’anthropologie sociale (7).
  • GROSSETTI Michel, 2004. Sociologie de l’imprévisible. Dynamiques de l’activité et des formes sociales. Paris, PUF.
  • KOSELLECK Reinhart, 1990. Le futur passé. Contribution à la sémantique des temps historiques. Paris, Éditions de l’EHESS.
  • MALABOU Catherine, 2007, Les nouveaux blessés. De Freud à la neurologie, penser les traumatismes contemporains. Paris, Bayard.
  • MALABOU Catherine, 2009. Ontologie de l’accident. Essai sur la plasticité destructrice. Paris, Édition Léo Scheer.
  • OLIVER-SMITH Anthony et HOFFMAN Susanna (eds), 2002. Catastrophe and Culture. The Anthropology of Disaster. Santa Fe, School of American Research Press/Oxford, James Currey.
  • PETIT Jean-Luc (dir.), 1991. L’événement en perspective. Paris, Éditions de l’EHESS, coll. Raisons pratiques (2).
  • QUERE Louis, 2006. « Entre fait et sens. La dualité de l’événement », Réseaux, 139, pp. 186-207.
  • REVET Sandrine, 2007. Anthropologie d’une catastrophe. Les coulées de boue de 1999 au Venezuela. Paris, Presses de la Sorbonne Nouvelle.
  • ROMANO Claude, 1998, L’événement et le monde. Paris, PUF, coll. Épiméthée.
  • SAHLINS Marshall, 1989a. Des îles dans l’histoire. Paris, Gallimard/Seuil-Hautes Études.
  • SAHLINS Marshall, 1989b. « Post-structuralisme, anthropologie et histoire. Entretien réalisé par André-Marcel d’Ans », L’ethnographie, Tome LXXXV (1), 105, pp. 9-34.
  • SCUBLA Lucien, 1993. « Vers une anthropologie morphogénétique : violence fondatrice et théorie des singularités », Le débat, 77, pp. 102-120.
  • ZOURABICHVILI François, 1994. Deleuze. Une philosophie de l’événement. Paris, PUF.

Dates

  • samedi 30 mars 2013

Mots-clés

  • anthropologie, ruptures, événements, changement social

Contacts

  • Laurent Amiotte-Suchet
    courriel : laurent [dot] amiotte-suchet [at] unil [dot] ch

Source de l'information

  • Laurent Amiotte-Suchet
    courriel : laurent [dot] amiotte-suchet [at] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« L'anthropologie face aux ruptures », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 février 2013, http://calenda.org/239467