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Atelier des doctorants en anthropologie visuelle ADOCAV

Doctoral students workshoip in visual anthropology (ADOCAV)

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Publié le lundi 25 février 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Les étudiants en anthropologie qui font de l’image leur terrain d’étude (que ce soit à travers la pratique du cinéma documentaire, de la photographie, ou l'analyse d’œuvres et archives audio-visuelles) sont nombreux mais dispersés dans les différents centres de recherche de l'EHESS. La vocation de ce séminaire est de rassembler les étudiants en anthropologie visuelle dans une optique d'échange et d'approfondissement des travaux en cours, afin de créer une dynamique commune de recherche tout en respectant la pluralité d’approches, de méthodes et d’objets, propre à notre discipline. Notre objectif pour l'année 2012-2013 est de nous rencontrer une fois par mois, et de regrouper deux interventions d'étudiants, librement proposées en amont par des doctorants ou des étudiants de Master, en fonction de leur thématique commune. 

Annonce

Présentation

Le projet de cet atelier de doctorants en anthropologie visuelle s’appuie avant tout sur un constat ; la disparité des approches et des objets de recherche, propre à la discipline, entraine une certaine dispersion des étudiants dans les différents laboratoires de l’EHESS. Il faut probablement y voir là un symptôme des difficultés que rencontre l’anthropologie visuelle pour se constituer comme un champ disciplinaire à part entière. Cette situation académique est toutefois paradoxale, nous avons effectivement expérimenté depuis maintenant quelques années la force du dialogue que peuvent entretenir à distance nos terrains respectifs. De la confrontation entre des images et des expériences de recherche distinctes peuvent émerger des problématiques communes autour du preneur d’images et des images elles-mêmes. C’est dans une perspective d’échange et d’approfondissement des travaux en cours que cet atelier propose de rassembler les étudiants en anthropologie visuelle autour d’une dynamique commune de recherche, tout en respectant la pluralité d’approches, de méthodes et d’objets, propre à notre discipline.

Parmi les problématiques transversales retenues pour alimenter nos discussions, celle de la catégorisation du preneur d’image nous semble intéressante. Loin d’un certain déterminisme, les catégories de l’artiste, du réalisateur amateur, de l’ethnographe cinéaste et du photographe sont à reconstruire à partir des images, qui se révèlent être alors le véritable terrain de l’anthropologue visuel.

Le parti pris de cet atelier est donc de se décentrer du travail ethnographique, le mode de production de données en anthropologie par excellence, pour faire prévaloir le regard du chercheur, qu’il soit engagé à filmer la réalité ou qu’il l’observe par le biais d’images déterritorialisées. Au delà des informations ponctuelles que nous recherchons dans nos corpus respectifs, nous nous efforcerons au cours des séances d’identifier les éléments problématisés par notre regard pour catégoriser, classer, comparer et monter les images.

2. À ces fins, l’un des premiers points d’accroche de notre regard semble tenir aux modes de production de ces images

Parmi tous les déterminismes que nous pouvons y déceler, nous privilégierons le dispositif de prise de vue, entendu dans sa définition la plus large, proche de celle du dispositif foucaldien, comme un « ensemble résolument hétérogène » qui ordonne le visible selon un « régime de lumière » spécifique. Ce dispositif n’est pas un simple mécanisme technique d’enregistrement du réel, il se construit par les relations entre personnes filmantes et personnes filmées qui s’actualisent lors de la prise de vue.

L’étude de ce dispositif rend perceptible le croisement des regards instruits des personnes présentes. Il nous semble justement intéressant d’observer l’alignement de ces attentes normalisées qui précédent l’événement filmé ou l’avènement de l’image, ou au contraire leur désalignement, provocant alors tensions et rapports de forces. Nous verrons ainsi comment l’instant de la prise de vue est traversé par des blocs de temps sédimentés sous la forme de méthodes, de mémoires ou d’images mentales.

L’attention au dispositif de prise de vue, comme nous l’avons défini, permet aussi d’observer les affinités ou les rapports contrariés qui existent entre le dispositif du cinéma ethnographique, des photographies documentaires ou des images amateurs et les dispositifs de certains rituels, véritables « régimes de lumière » qui organisent le visible et l'énonçable. Ce type de confrontation rend par ailleurs possible l’étude sérielle des situations où les propriétés formelles du monde filmé sont déjà ordonnées de façon contraignante pour le preneur d’image.

L’un des enjeux de cet atelier sera de révéler ces dispositifs à travers l’analyse des images présentées par les étudiants. Avec ce travail, nous tenterons de comprendre la mise en image et en récit de l’expérience, tout en mobilisant de façon critique un ensemble de travaux d’historiens de l’art, d’anthropologues et de théoriciens du cinéma. Loin de considérer l’image représentée comme simple source d’information, nous nous attacherons à rechercher les moyens pratiques, méthodologiques et théoriques par lesquels l’image rend perceptible la complexité, même l’ambiguïté de l’expérience filmée et/ou photographiée, notamment lorsqu’elle se confronte aux dispositifs évoqués plus haut.

2. Dans l’interprétation du sens émergeant de ces mises en images d’expérience, nous veillerons à faire prévaloir le contexte d’élaboration des prises de vues sur les données ethnographiques annexes aux images

Nous prendrons également soin d’étudier le déploiement du regard du filmeur ou du photographe face aux contraintes et ouvertures du monde filmé sans recourir trop rapidement à des catégories de « genre » ou de « style », dont les problématiques ne sont pas évoquées par les images elles-mêmes. A cette première approche, il nous semble toutefois important d’adjoindre une seconde qui se focalise sur la circulation et la déterritorialisation des images.

Cette seconde approche est d’autant plus nécessaire que les objets d’études de l’ethnographe se voient traversés par tout un ensemble d’images relevant de pratiques diverses et de mondes différents. Les lieux et sujets de recherche, en sociologie ou en anthropologie, ne sont en effet plus exempts d’une mise en image par des dispositifs de prise de vue différents de celui de l’ethnographe cinéaste ou photographe.

Nous ne pouvons ainsi concevoir l’étude documentaire de l’image sans sa mise en relation, sa confrontation avec d’autres images. La recherche poïétique et archéologique des images, qui trouve tout son sens dans l’analyse iconologique des œuvres d’art, impose de considérer le film ethnographique, la vidéo amateur, le film documentaire, la photographie, dans le contexte d’une culture visuelle spécifique. Il sera intéressant de réunir et compiler des images qui traitent d’un même sujet ou d’un même motif, en puisant dans des régimes visuels différents. Le collage, ou la dysposition d’images entre elles, pour reprendre Georges Didi-Huberman, donne ainsi la possibilité au chercheur de compléter, monter, confronter ses images avec d’autres afin d’approfondir sa réflexion sur celles-ci. Monter l’image avec « de l’autre », selon Serge Daney, encourage notamment le chercheur à questionner les manques créés par un cadrage, une profondeur, un hors-champ particulier. Et de tenter, à travers l’étude d’autres sources, d’élargir sa connaissance notamment culturelle, de la situation représentée.

Les remarques qui seront tirées de l’ensemble de nos observations feront probablement l’objet d’appropriations différentes. Elles pourront prendre la forme de suggestion pour les étudiants qui réalisent leurs propres images et cherchent des nouvelles formes de regard à porter sur leur objet, elles auront un caractère plus prescriptif pour les étudiants qui veulent éprouver leurs outils d’analyse de l’image.

Perspectives

Les séances de cette année 2012-2013 regrouperont deux interventions d'étudiants, librement proposées en amont par des doctorants ou des étudiants de Master, en fonction de leur thématique commune. Nous espérons ainsi engager un dialogue entre nos terrains et nos corpus d’images respectifs et dégager des thèmes et des problématiques communes qui pourront être poursuivis dans des projets universitaires ultérieurs (communications, publications, colloques).

A long terme, et dès l’année 2013-2014, nous aimerions créer un véritable atelier de recherche sur des questions théoriques liées à l'analyse et la pratique de l'image en anthropologie visuelle, proposées pour et par les étudiants engagés dans cette discipline. Les thèmes, qui se seront dégagés des interventions des étudiants au cours de cette  année préliminaire, seront élaborés et approfondis l’année suivante.

Public ciblé

Le groupe de travail s’adresse aux doctorants et masters en Anthropologie, Sociologie, Théorie et pratique du langage et des arts dont les recherches s’inscrivent dans le champ de l’anthropologie visuelle. 

Déroulement des séances

Les séances auront lieu le 4ème mardi du mois du 29 janvier 2013 au 28 mai 2013, de 15h à 17h, à l’INHA (2 rue de Vivienne, 75002 Paris, salle Walter Benjamin). Ce créneau horaire nous est gracieusement octroyé par Mme Caterina Pasqualino (CNRS – IIAC/EHESS).

La première séance sera consacrée à une présentation de nos deux corpus, en guise d’introduction au fonctionnement de l’atelier. Les séances suivantes seront consacrées aux travaux en cours des étudiants, l’organisation de ces présentations se fera en fonction de thématiques communes à leurs corpus ou leurs démarches.

Programme

Mardi 22 Janvier

  • Séance d’introduction et de présentation des axes et thématiques du séminaire

Mardi 26 février

  • Noémie Oxley (IIAC-EHESS / Goldsmith College)
    Vidéos amateurs réalisées par les soldats Américains en Irak : la place du civil sur le champ de bataille moderne à la lumière des interactions filmant/filmés.
  • Jonathan Larcher (IIAC-EHESS)
    Entre possibilités et effets de présence, lumière du documentaire sur l'ethnographie

Mardi 26 mars

  • Boris Svartzmann (CECMC-EHESS)
    Les notes de terrain à l’épreuve des images et du son. Eléments de réflexion à partir d’une enquête dans un village chinois rasé et relogé dans une barre d’immeubles
  • Carolina Soler (EHESS - UBA Universidad de Buenos Aires)
    "L'acte de photographier le regard sur soi. Analyse du court métrage Photogénie (Carolina Soler, 2008)

Mardi 23 avril

 

  • Sonia Magliari (EHESS),
    “Neen is not screen”. Pour une anthropologie du nouvel art de Miltos Manetas

Mardi 28 mai

  • Elisabeth Richard (EHESS)
    L'effort pour voir contre le visible. Le quotidien nord-coréen en deux temps, entre sa mise en inertie photogénique et le rachat de ce qui est rabattu dans le hors-champ de l'expérience visuelle officielle.

La séance du 11 juin est annulée

Bibliographie

  • Batchen G., 2008, « Les snapshots. L’histoire de l’art et le tournant ethnographique » in Etudes photographiques, n°22, pp.4-37
  • Communications, 1999, Le Cinéma en amateur, Paris, Seuil, n°68
  • Communications, 2006, Filmer, Chercher, Paris, Seuil, n°80
  • Daney S., 1991, Devant la recrudescence des vols de sacs à main. Cinéma, télévision, information, Paris, Aléas
  • Deleuze G., 1983, Cinéma 1. L’image-mouvement, Paris, Ed. Minuit
  • Deleuze G., 1985, Cinéma 2. L’image-temps, Paris, Ed. Minuit
  • Deleuze G., 1986, Foucault, Paris, Ed. Minuit
  • Didi-Huberman G., 1990, Devant l’image. Question posée aux fins d’une histoire de l’art, Paris, Ed. Minuit
  • Didi-Huberman G., 2002, L’Image survivante. Histoire de l’art et Temps des fantômes selon Aby Warburg, Paris, Ed. Minuit
  • Didi-Huberman G., 2004, Images malgré tout, Paris, Ed. Minuit
  • Foster H., 1996, « The Artist as Ethnographer » in The Return of the Real : The Avant-Garde at the End of the Century, Cambridge, MIT Press, pp.171-204
  • Ginzburg C., 1980, « Signes, traces, pistes. Racines d’un paradigme de l’indice » in Le Débat, n°6, pp.8-44
  • Ginzburg C., Myths, Emblems, Clues, London, Sydney, Auckland, Johannesburg, Hutchinson Radius
  • Lallier C., 2009, Pour une anthropologie filmée des interactions sociales, Paris, Archives contemporaines
  • MacDougall D., 1998, Transcultural Cinema, Princeton, Princeton University Press
  • MacDougall D., 2005, The Corporeal Image, Princeton, Princeton University Press
  • Merleau-Ponty M., 1964, L’œil et l’esprit, Paris, Gallimard
  • Rancière J., 2003, Le Destin des images, Paris, La Fabrique
  • Russel C., 1999, Experimental Ethnography, The Work of Film in the Age of Video,Durham/London, Duke University Press

Lieux

  • INHA, salle Walter Benjamin - 2 rue Vivienne
    Paris, France (75002)

Dates

  • mardi 26 février 2013
  • mardi 26 mars 2013
  • mardi 23 avril 2013
  • mardi 28 mai 2013

Mots-clés

  • anthropologie visuelle, cinéma, esthétique, photographie, ethnographie

Contacts

  • Jonathan LARCHER
    courriel : larcherj [at] hotmail [dot] fr
  • Noémie Oxley
    courriel : noemieoxley [at] yahoo [dot] com

Source de l'information

  • Jonathan LARCHER
    courriel : larcherj [at] hotmail [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Atelier des doctorants en anthropologie visuelle ADOCAV », Séminaire, Calenda, Publié le lundi 25 février 2013, http://calenda.org/239652