AccueilChaînes et métiers du transport : les mutations d’un monde invisible

Chaînes et métiers du transport : les mutations d’un monde invisible

Transport chains and professions: the changes of a visible world

Appel à contributions revue Travail, emploi, formation – Numéro thématique

Calls for contributions to the Travail, emploi, formation journal theme issue

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Publié le mardi 12 mars 2013 par Élodie Faath

Résumé

Les métiers du transport de marchandises font l’objet d’importantes transformations. Innovations technologiques, logiques d’intensification du travail (standardisation, accélération), nouveaux modes d’organisation du travail (flux tendus), nouvelles organisations du secteur d’activité (mises en réseaux, concentration d’opérateurs), nouvelles techniques d’intensification du contrôle et transformations des cadres légaux et institutionnels constituent autant d’éléments permettant de rendre intelligible, c’est-à-dire de relier, ces transformations. L’ensemble de ces transformations sont parfois décrites, contre l’image d’épinal postfordiste, sous l’angle d’une « néo taylorisation » des métiers du transport (Desfontaines 2007), à l’image de processus discutés dans le secteur plus vaste des services autant que dans l’industrie (Durand 2004, Linhart 1994).

Annonce

Argumentaire

Les métiers du transport de marchandises - chauffeurs-routiers, bateliers, métiers du fret ferroviaire et aérien, mais aussi travail logistique - font l’objet d’importantes transformations. Innovations technologiques, logiques d’intensification du travail (standardisation, accélération), nouveaux modes d’organisation du travail (flux tendus), nouvelles organisations du secteur d’activité (mises en réseaux, concentration d’opérateurs), nouvelles techniques d’intensification du contrôle et transformations des cadres légaux et institutionnels constituent autant d’éléments permettant de rendre intelligible, c’est-à-dire de relier, ces transformations. L’ensemble de ces transformations sont parfois décrites, contre l’image d’épinal postfordiste, sous l’angle d’une « néo taylorisation » des métiers du transport (Desfontaines 2007), à l’image de processus discutés dans le secteur plus vaste des services autant que dans l’industrie (Durand 2004, Linhart 1994). L’objectif de ce numéro thématique est de mettre cette hypothèse à l’épreuve au travers d’études de cas et d’essais d’interprétation transversaux. Plus précisément, il nous semble que les mutations qui affectent le secteur du transport de marchandises peuvent être abordées à partir de trois entrées principales : les pratiques et les représentations du métier qu’en ont les travailleurs eux-mêmes ; les espaces des activités et des sociabilités professionnelles ; et les modes d’engagement dans le travail.

Le transport est un secteur professionnel historiquement axé autour d’une forte identité de métier, dont à la fois les représentations (« travail bien fait », sens de l’activité) et les pratiques (autonomie relative, facultés de décisions) déterminaient la spécificité et l’attrait. L’opposition classique entre « métier » et « travail à la chaîne » qui dominait l’image du secteur pour les travailleurs eux-mêmes (« pas de patron sur le dos », « le travail à l’air libre », « l’aventure du voyage ») semble aujourd’hui devoir être revisitée, du fait notamment des mutations qui touchent les pratiques de la logistique (entre autres les formes rationnalisées du travail sur et derrière les « quais ») et des renouvellements générationnels (synonymes de certains glissements dans les registres de valorisation des différentes aspects du travail). L’image de l’usine taylorienne (rationalisation des temps, intensification et séparation entre conception et exécution) ou fordienne (chaîne continue) est-elle pertinente pour discuter ces enjeux contemporains ? Fait-elle encore et toujours office de repoussoir pour, par exemple, chauffeurs-routiers ou bateliers ? Plus prosaïquement, comment les travailleurs s’accommodent-ils ou s’emparent-ils de ces nouveaux paramètres de travail, et comment les lient-ils avec leur vie hors travail ?

Les « métiers » du transport ont aussi pour spécificité de relier, et donc aussi d’être enchaînés à, diverses activités de production et/ou de consommation, de rendre possible le fonctionnement d’une plus vaste chaîne productive, de « servir » les autres secteurs du système économique. Ce « faire-lien » propre aux métiers du transport peut alors également être saisi à partir des espaces dans lesquels se déploient les activités et les sociabilités professionnelles. Entrer par les relations permet en effet d’interroger les territoires de la marchandise, qu’il s’agisse des espaces de ses circulations (ses connexions et déconnexions spatio-temporelles aux territoires urbains et/ou aux autres territoires productifs, le déploiement de formes propres de territorialité logistique et d’exploitation foncière, notamment) ou des espaces dans lesquels se déploient les socialisations propres aux travailleurs qui la servent (lieux de repos, hauts-lieux du métier, formes de fraternité et de rivalité, mais aussi mutations des normes de sociabilité avec l’arrivée de contingents de « nouveaux » travailleurs). Le rapport à ces territoires peut lui même être interrogé en regard des reformulations de contraintes temporelles multiples.

Enfin, les mutations du transport et de la logistique peuvent être pensées et décrites en relation avec les transformations des autres secteurs d’activité économique en général, principalement du point de vue des modalités d’engagement dans le travail. Les principes et les pratiques du management contemporain affectent en effet l’ensemble du système productif. Le transport ne semble pas échapper à cette tendance, et il est peut-être même un secteur particulièrement avancé dans le déploiement de nouveaux modes d’organisation et de mobilisation du travail. Quels rôles jouent les technologies informatiques dans la conception et l’exécution des tâches, et quelles performances exigent-elles du corps et de l’esprit du travailleur ? Comment comprendre le développement de diverses formes de salariat, plus ou moins précaires, dans ce secteur historiquement rétif à ce type d’engagement dans le travail ? Si le travail se formalise, comment cette formalisation se lit-elle dans les modifications institutionnelles des apprentissages, des conditions d’accès, des critères de qualification et d’évaluation ou dans d’éventuelles tensions intergénérationnelles ? Et si enjeu il y a, comment ces transformations affectent-elles – ou sont-elles affectées par – les éventuelles mobilisations collectives des travailleurs, et à partir de quels nœuds s’articulent-elles ?

Le présent appel favorise les contributions qui s’atèleront à relier quelques-uns de ces problèmes, qu’il s’agisse de textes épousant une perspective sociologique, ethnographique, historique ou géographique.

Références 

  • Bidet, Alexandra, L’engagement dans le travail. Qu’est-ce que le vrai boulot ?, Paris, PUF, 2011.
  • Courty, Guillaume, « Mobilité professionnelle et identité. Trois logiques de l’édification de la stéréotypée des routiers », in Se déplacer pour se situer, Places en jeu, enjeux de classes, édité par Sandrine Depeau, Thierry Ramadier,  Rennes, PUR, 2011, p. 107-124
  • Desfontaines, Hélène. 2007. « Apprentissage des normes temporelles du travail salarié, un nouveau défi pour les chauffeurs routiers ». In Le travail nous est compté. La construction des normes temporelles du travail, édité par Danièle Linhart et Aimée Moutet, 190‑214. Paris: La Découverte
  • Durand, Jean-Pierre, La chaîne invisible. Travailler aujourd’hui : flux tendu et servitude volontaire, Paris, Seuil, 2004
  • Hilal, Nadia, L’eurosyndicalisme par l’action. Cheminots et routiers en Europe, Paris, L’Harmattan, 2007
  • Linhart, Danièle, La modernisation des entreprises, Paris, La Découverte, 1994
  • Marcadon J., Auphan E., Barré A., Chesnais M., Les transports. Géographie de la circulation dans le monde d’aujourd’hui, Paris, Colin, 1997.
  • Pouy, Jean-Bernard, Hamelin, Patrick, Lefèbvre, Bruno,  Les routiers, des hommes sans importance ? Paris, Syros, 1993.

Modalités pratiques

Un résumé d’un maximum de 150 mots doit être envoyé, sous format électronique,

le mardi 2 avril 2013 au plus tard,

à Meike Brodersen et à David Jamar (mbroders@ulb.ac.be et dajamar@ulb.ac.be).

La date limite pour l’envoi des articles est le 18 juin 2013. Les contributions doivent être rédigées en Français. Elles ne dépasseront pas 55.000 signes (espaces blancs, notes de bas de page et bibliographie compris). Elles seront envoyées par email à la rédaction (metices@ulb.ac.be) ET à Meike Brodersen (mbroders@ulb.ac.be) et David Jamar (dajamar@ulb.ac.be) accompagnées d'un résumé en français et en anglais (10/15 lignes) et de 3 à 5 mots-clefs en français et en anglais.

Les articles ne sont publiés qu’après évaluation en double aveugle et accord du Comité de rédaction. Tous les textes doivent être inédits et sont à caractère scientifique. Le comité scientifique se porte garant de la qualité et l’homogénéité des numéros de la revue.

La publication est prévue pour le début de l’année 2014 sur le nouveau site de la revue Travail, Emploi, Formation (http://metices.ulb.ac.be/).

Responsables scientifiques

Meike Brodersen (ULB-METICES), Pierre Lannoy (ULB-METICES), David Jamar (ULB-METICES)

La revue Travail, Emploi, Formation

Travail, Emploi, Formation est une revue de sciences sociales avec une assise sociologique importante. Ce titre est le reflet de l’attachement et de l’engouement du centre METICES de l’Université Libre de Bruxelles, initiateur de la revue, pour ces trois thématiques depuis de nombreuses années.

Sensible aux bouleversements du monde du travail et plus largement aux enjeux de société, la revue Travail, Emploi, Formation s’attache à mobiliser différentes disciplines et des courants méthodologiques divers. La revue s’adressera autant au monde de la recherche universitaire et institutionnelle qu’aux acteurs sociaux impliqués dans les différentes problématiques traitées.

La revue Travail, Emploi, Formation est une revue éditée par le centre de recherche METICES (Migration, Espace, Travail, Institution, Citoyenneté, Santé) de l’Institut de Sociologie sous l’égide de la Faculté des Sciences Sociales et Politiques de l’Université Libre de Bruxelles.

Numéro ISSN :0770-0075

Lieux

  • TEF, Metices - 44 avenue Jeanne CP 124
    Bruxelles, Belgique (1050)

Dates

  • mardi 02 avril 2013

Mots-clés

  • transport, travail, sociologie, taylorisation, routiers, bateliers, fret, territoires

Contacts

  • David Jamar
    courriel : dajamar [at] ulb [dot] ac [dot] be
  • Meike Brodersen
    courriel : Meike [dot] Brodersen [at] ulb [dot] ac [dot] be

URLS de référence

Source de l'information

  • David Jamar
    courriel : dajamar [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Chaînes et métiers du transport : les mutations d’un monde invisible », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 12 mars 2013, http://calenda.org/241566