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Émile Benveniste et la littérature

Emile Benveniste and literature

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Publié le mercredi 13 mars 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Dans le cadre d'un projet à long terme qui vise à « relire les concepts linguistiques » pour étudier et évaluer, à l'aune des recherches linguistiques contemporaines, la pertinence et l'impact des concepts qui ont fait date dans l'histoire de la pensée, Sandrine Bédouret (CRPHL de l'Université de Pau et des Pays de l'Adour) et Chloé Laplantine (Laboratoire HTL du CNRS), organisent un colloque consacré à Benveniste. Il prolonge un premier colloque consacré à Saussure, dont les actes ont été publiés aux PUPA dans la collection « linguiste et littérature ».

Annonce

Argumentaire

Dans le cadre d’un projet à long terme qui vise à « Relire les concepts linguistiques » pour  étudier et évaluer, à l’aune des recherches linguistiques contemporaines, la pertinence et l’impact de concepts qui ont fait date dans l’histoire de la pensée,  nous consacrerons ce deuxième colloque à Émile Benveniste.

L’intérêt de Benveniste pour la littérature est avéré dans ses recueils d’articles comme dans ses manuscrits : il signe en 1925 avec les surréalistes le manifeste « La révolution d’abord et toujours ! ». En 1924, il écrit un compte-rendu sur la traduction par Maurice Betz des Cahiers de Malte Laurids Brigge de Rilke dans le premier numéro de la revue Philosophies, fondé par Pierre Morhange. En 1945, il écrit un texte sur l’imaginaire poétique de l’eau, L’eau virile dans la revue Pierre à feu édité par Aimé Maeght.

À la fin de son article « Sémiologie de la langue », Benveniste ouvrait la voie d’une « translinguistique des textes, des œuvres » (PLG, 2, p. 66). Précisément, dans cet article qui se termine par l’annonce d’un projet impliquant la littérature, Benveniste parle de la musique et des arts de la figuration, mais pas de la littérature, du moins pas de manière explicite. La question de la littérature est en fait présente, mais posée de manière non nommée comme un hiatus entre la « langue » et l’art :

La signifiance de l’art ne renvoie donc jamais à une convention identiquement reçue entre partenaires. Il faut en découvrir chaque fois les termes, qui sont illimités en nombre, imprévisibles en nature, donc à réinventer pour chaque œuvre, bref inaptes à se fixer en une institution. La signifiance de la langue au contraire, est la signifiance même, fondant la possibilité de tout échange et de toute communication, par là de toute culture. (PLG, 2, p. 59-60).

Ce hiatus (implicite) trouve peut-être son écho à la toute fin de l’article lorsque Benveniste appelle à l’« ouverture d’une nouvelle dimension de signifiance, celle du discours » (Ibid., p. 66)  afin de dépasser une linguistique strictement fondée sur la notion de signe : « En réalité le monde du signe est clos. Du signe à la phrase il n’y a pas transition, ni par syntagmation ni autrement » (Ibid., p. 65).

Dans ce même article Benveniste faisait une brève allusion à Baudelaire, posant que « les parfums, les couleurs et les sons se répondent »,  « ʺces correspondancesʺ ne sont qu’à Baudelaire et organisent son univers poétique » (p. 61). Cette référence apparaît en fait comme un indice de ce grand travail qu’il avait entamé à propos de la « langue de Baudelaire », travail critique du structuralisme ambiant, faisant du poème le point de départ d’un renouvellement de toute la linguistique :

(Je pense, au bout du compte, que l’analyse de la langue poétique exige dans toute l’étendue du domaine linguistique des catégories distinctes. On ne saurait être assez radical. Il faudra donc poser : une phonétique poétique, une syntaxe poétique, une grammaire poétique, une lexicologie poétique.)  (BAUDELAIRE, 22, f°67/f°319)

La linguistique de Benveniste rend possible une réflexion sur la littérature. Quels sont les enjeux de cette réflexion alors que certaines de ses analyses ou concepts sont présents dans les études littéraires universitaires, étaient présents dans les programmes du collège de 1996, qui ont cherché à introduire une grammaire du discours ? Pourtant cette réforme en demi-teintes a rapidement avorté : l’opposition discours / récit, est très vite laissée de côté ; la notion d’énonciation, en revanche, s’est imposée comme le levier nécessaire de toute analyse de texte littéraire ou non littéraire. Néanmoins s’agit-il encore ici de Benveniste ? Il importe en effet de faire la critique d’une telle réduction de ses découvertes, celles-ci ayant une toute autre visée que de devenir une « boîte à outils » téléportable d’un texte à l’autre indifféremment, ce qui était son propos dans « Sémiologie de la langue » : « L'art n’est jamais ici qu’une œuvre d’art particulière, où l’artiste instaure librement des oppositions et des valeurs dont il joue en toute souveraineté » (PLG, 2, p. 59).

Enfin Benveniste comme beaucoup de linguistes issus de la tradition de la grammaire comparée, et peut-être spécifiquement de la tradition de la Société de Linguistique de Paris – dont le premier statut était « La Société de Linguistique a pour but l’étude des langues, celle des légendes, traditions, coutumes, documents, pouvant éclairer la science ethnographique. Tout autre objet d’études est rigoureusement interdit » – travaille de manière constante avec des textes littéraires. Qu’on ouvre par exemple l’index des références à la fin du second volume du Vocabulaire des institutions indo-européennes, et on verra la place qu’y prennent les références littéraires qui alimentent le savoir du linguiste : dans le corpus grec, on note ainsi 2 références à Aristote, 1 référence à Platon, 32 références à Hérodote, mais 336 références à Homère !

Programme

Mardi 2 avril 2013

9h accueil

  • 9h30-10h Sandrine Bédouret, UPPA et Chloé Laplantine, CNRS, Polart : Introduction.
  • 10h-10h30h Michel Arrivé, université Paris X : Lettre, écriture et littérature dans la réflexion de Benveniste.
  • 10h30-11h Jean-François Savang, université Paris VIII, Polart : Rythme et signifiance dans la théorie du langage d'Émile  Benveniste.

Pause

  • 11h30-12h Daniel Delas, université de Cergy-Pontoise : De l'inachèvement de la poétique de Benveniste.
  • 12h-12h30 Gérard Dessons, université Paris VIII, Polart : D’étranges contrées du langage. Benveniste et l’aventure du Baudelaire.

Repas

  • 14h30-15h Christine Copy, UPPA : L’énonciation dans le texte de fiction narrative : remarques à propos de la distinction histoire / discours selon Benveniste.
  • 15h-15h30 Jaeryong Cho, université Korea, Polart : Où en est l’énonciation ? : Baudelaire et le poème en prose.
  • 15h30-16h00 Alain Rabatel, université Lumière-Lyon II : De la référence en poésie à l’énonciation subjective-empathique.

Pause

  • 16h40-17h10 Chloé Laplantine, CNRS, Polart : De l’Alaska à Baudelaire.
  • 17h10- 17h40 Bérangère Moricheau-Airaud, UPPA : Benveniste, un (des) père(s) pour la stylistique.

Mercredi 3 avril 2013

  • 9h30-10h Georges-Jean Pinault, EPHE, Benveniste et la poétique indo-européenne.
  • 10h-10h30 Tatiana Taous, université de Nice - Sophia Antipolis : Autour de lat. micāre /dīmicāre – La théorie des matrices métaphoriques au service de l’anthropologie benvenistienne.

Pause

  • 11h-11h30 Vincent Capt, université de Lausanne : L'autre du signe. "Problème de l'autre" dans le Baudelaire.
  • 11h30-12h Matthias Tauveron, université de Strasbourg : le rôle du poète et du lecteur de poésie.

Lieux

  • Faculté pluridisciplinaire du BAB, salle 41 - 2 Allée des Platanes
    Bayonne, France (64)

Dates

  • mardi 02 avril 2013
  • mercredi 03 avril 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Benveniste, poème, langage, discours, Baudelaire

Contacts

  • Sandrine Bédouret
    courriel : sandrine [dot] bedouret [at] univ-pau [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Sandrine Bédouret
    courriel : sandrine [dot] bedouret [at] univ-pau [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Émile Benveniste et la littérature », Colloque, Calenda, Publié le mercredi 13 mars 2013, http://calenda.org/241655