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Les services publics de radio-télévision à l’orée du XXIe siècle

Conceptions, programmations, nouvelles utilisations

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Publié le jeudi 18 avril 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Diffusée tout au long du XXe siècle, la notion de service public de la radio-télévision a connu des fortunes diverses, fortement liées aux contextes socio-culturels et politiques. Alors que l’ouverture à la concurrence s’intensifie dans les secteurs de la radio et de la télévision par la multiplication des chaînes et des diffuseurs, ce dossier entend questionner la place du service public de la radio et de la télévision, en France et à l’international, en la restituant dans des mutations en cours. Ce dossier 2013  Les Enjeux de l’information et de la communication a comme objectif de réunir des analyses récentes sur ces questions. Les approches relevant des sciences de l’information et de la communication seront privilégiées, n’excluant pas pour autant des propositions relevant de la science politique, de la sociologie, de l’économie, de l’histoire ou du droit. 

Annonce

Argumentaire

Diffusée tout au long du XXe siècle, la notion de service public de la radio-télévision a connu des fortunes diverses dans les pays d’Europe de l’Ouest (Bourdon, 2011, 13). Plus généralement, deux traditions semblent pouvoir être distinguées concernant le service public : « l’européenne, qui a tendance à le penser comme un service de base universellement accessible, à vocation généraliste ; et l’américaine, qui le conçoit comme un service local, de nature éducative et complémentaire au secteur commercial » (Tremblay, 2005, 51). A y regarder de plus près, il semblerait que les conceptions du service public de la radio-télévision aient été fortement liées aux contextes socio-culturels et politiques. Ainsi, l’Europe aurait connu un secteur audiovisuel particulièrement stable en Grande-Bretagne, tandis que, « à l'autre extrémité du spectre, l'instabilité majeure se trouve en France, et plus au Sud, dans l'Europe méditerranéenne, où la télévision s'est trouvée étroitement dépendante d'un système politique instable, peu consensuel – ou stable par la vertu de régimes autoritaires de dictatures démantelées dans les années soixante-dix (en Espagne, Portugal et Grèce) » (Bourdon, 2011, 25). Dans un contexte aussi variable, les services publics de radio-télévision ont occupé des places variables, parfois centrales, notamment en France où la « dépendance politique a été (…) dès l'origine un élément constitutif du système audiovisuel », ce phénomène renvoyant « à une longue tradition historique » (Chevallier, 1990, 20-21).

Le cas français est ainsi illustratif du lien étroit entre conceptions en termes de programmes et conceptions techniques de la télévision, au point de produire une acception du service public en lien avec un programme politique national assumé, au moins jusqu’aux années 1970-1980 : « Jusqu’à la fin des années 1970, il semble relativement aisé de définir une politique technique de la télévision qui corresponde à une stratégie politique et culturelle nationale. Dans le dernier quart du XXe siècle en revanche, les effets de la numérisation des technologies, combinés à la pression politique en faveur de la déréglementation, perturbent totalement les voies de l’innovation » (Bertho-Lavenir, 2009, 123).

Alors que l’ouverture à la concurrence s’intensifie dans les secteurs de la radio et de la télévision par la multiplication des chaînes et des diffuseurs, que les marques commerciales deviennent un enjeu central de l’audiovisuel contemporain (cf. colloque « La stratégie de marque dans le secteur audiovisuel », Toulouse, 5 et 6 Avril 2012), ce dossier entend questionner la place du service public de la radio et de la télévision, en France et à l’international, en la resituant dans des mutations en cours. Réflexion d’autant plus urgente, note B. Miège, « qu’elle a été délaissée par les décideurs politiques (par conviction néo-libérale ou par faiblesse) et que les juristes se contentent en la matière d’une approche pragmatique » (Miège, 2004, 215).

Les contributions pourront être orientées dans trois directions complémentaires :

  • Les services publics de la radio-télévision, variations dans l’espace et dans le temps

Alors qu’au cours des années 2000 les chaînes de télévision publiques allemandes ont connu un régime favorable en regard de leurs homologues françaises (Bourgeois, 2008, 37), et alors qu’elles s’affaiblissent plus vite encore en Europe du Sud (Bourdon, 2011, 72), il convient de s’interroger sur les situations contrastées des médias audiovisuels publics, en Europe (Musso, 1991 ; Bourdon, 2011 ; Ghosn, 2012) comme sur les autres continents. Comment les radios et télévisions publiques ont-elles évolué au fil des décennies dans différents contextes nationaux (par exemple, pour la Russie, Kiriya, 2011) ? Quelles furent les spécificités régionales et infra-nationales des services publics de radio-télévision dans différents pays au cours de leur histoire, notamment en lien avec les pouvoirs publics locaux (cf. Fickers & Johnson, 2012 ; Lafon, 2012 ; Miguel de Bustos & Casado del Rio, 2012) ? Dans certaines situations nationales, la radio joue-t-elle un rôle particulier en regard de la télévision ?

  • Le périmètre du service public de l’audiovisuel : quels modèles socio-économiques ? Quelles institutions ? Quelles régulations ?

La télévision des années 1950 se situait dans le contexte de la « création du TNP (1949) et celle du Livre de Poche (1953) » (Jost, 2010, 22), elle se situe soixante ans plus tard dans un contexte nettement plus contraint. Le partage public-privé est en effet en redéfinition constante, « le périmètre des services publics [devenant] ainsi plus flou et plus instable »  (Chevallier, 2007, 20). Alors que la politique culturelle de l’Etat continue à réserver une place particulièrement importante à la télévision (plus de 2,5 milliards d’euros en 2012), comment penser le périmètre du service public de la radio et de la télévision ? Du point de vue de l’économie politique de la communication, quelles évolutions affectent ces chaînes et stations publiques dans le contexte contemporain ? Dans quelle mesure les projets politiques de l’exécutif ont-ils affecté le service public, à l’image d’un éventuel « sarkoberlusconisme » (Musso, 2008) ? De quels instruments l’Etat se dote-t-il afin de réguler ce secteur en pleine mutation ? Quelle est la réelle extension du secteur de l’audiovisuel public, son importance économique, juridique et politique (de l’AEF - Audiovisuel extérieur de la France - jusqu’au dépôt légal de l’audiovisuel - Inathèque de France) ?

  • Les programmes de service public : définitions, productions et nouveaux modes de diffusion

La programmation, élément central et controversé dans la définition de la notion de service public (cf. l’ « américanisation » évoquée par Bourdon, 2011, 173), a connu maintes transformations, qu’il serait intéressant de retracer. Quels genres et productions ont-ils caractérisé une conception publique du programme radiophonique et télévisé ? Existe-t-il, à la différence de la presse écrite, une presse publique audiovisuelle, qui se serait autonomisée des pouvoirs publics ? Quelles institutions de service public soutiennent-elles la production audiovisuelle, par quelles procédures ? Comment chaînes et stations publiques gèrent-elles leurs obligations de productions, et en quoi ces obligations les freinent-elles dans leurs choix stratégiques ? Les nouveaux outils et modes de diffusions (notamment via les dispositifs connectés, smartphones et tablettes) peuvent aussi faire l’objet d’investigations, tant du point de vue des nouvelles pratiques induites que de celui des discours stratégiques des acteurs de l’audiovisuel public (on pourra alors faire références à des discours antérieurs relatifs par exemple au câble, aux web TV, etc.). On pourra enfin s’intéresser à l’intégration par les chaînes et stations privées de types de programmation relevant ordinairement du service public (informations de service, programmes à vocation pédagogique, intégration territoriale, questions sociétales, documentaires issus d’importations…) à des fins de distinction marchande.

Modalités de soumission

Ce dossier 2013 de Les Enjeux de l’information et de la communication a comme principal objectif de réunir des analyses récentes sur les questions soulevées plus haut. Les approches relevant des sciences de l’information et de la communication seront privilégiées, n’excluant pas pour autant des propositions relevant de la science politique, de la sociologie, de l’économie, de l’histoire ou du droit. Les travaux portant sur des expériences menées dans d’autres pays que la France sont également sollicités.

Les propositions (4000 signes espaces non compris) indiquant problématique et méthodologie sont à adresser à Benoit LAFON, coordinateur du dossier (benoit.lafon@u-grenoble3.fr)

pour le 05 mai 2013.

Après sélection par le comité de lecture, les premières versions complètes des textes (25 000 signes espaces non compris et rédigés selon les normes éditoriales des articles de la revue disponibles à cette adresse : http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/pageshtml/soumettre.html), seront à remettre pour le 25 août 2013. Elles seront soumises à une évaluation en double aveugle.

À la suite de cette phase, la version définitive du texte (prenant en compte les éventuelles remarques et critiques des évaluateurs), incluant les corrections mineures ou majeures demandées, sera soumis au comité de rédaction de la revue qui est souverain pour l’accord définitif de publication à la fin de l’année 2013.

Modalités d'évaluation

Les propositions de contribution seront soumises à une évaluation en double aveugle, par un comité de lecture établi par :

  • le comité éditorial de la revue
  • le responsable scientifique du dossier : Benoit Lafon, Gresec
  • en lien avec le comité scientifique de la revue

Comité éditorial de la revue

  • Marc Bertier, Université Pierre Mendès France-Grenoble 2     
  • Sylvie Boisnier-Bardou, Université Blaise Pascal-Clermont-Ferrand
  • Dominique Cartellier, Université Pierre Mendès France- Grenoble 2    
  • Viviane Clavier, Université Stendhal-Grenoble 3
  • Caroline Didier, Université Stendhal-Grenoble 3
  • Benoit Lafon, Université Stendhal-Grenoble 3
  • Isabelle Pailliart, Université Stendhal-Grenoble 3                                          

Comité scientifique de la revue              

  • Serge Balima (Burkina Faso)
  • Mihai Coman (Roumanie)
  • Carmen Gomez Mont (Mexique)
  • Ahmed Hidass (Maroc)
  • Oumar Kane (Québec)
  • Chen Weixing (Chine)

Références bibliographiques 

  • Bertho-Lavenir, Catherine (2009), « La main sur le signal : changement technique et identité collective dans la télévision française (1935-1995) », Le Temps des médias, 2009/2 n° 13, p. 122-140.
  • Bourdon, Jérôme (2011), Du service public à la télé-réalité : une histoire culturelle des télévisions européennes 1950 - 2010, Paris : INA éditions, coll. Médias Histoire.
  • Bourgeois, Isabelle (2008), « Audiovisuel : l’avenir protégé du service public allemand »,  Regards sur l'économie allemande [En ligne], 86 | 2008, mis en ligne le 01 mai 2010, URL : http://rea.revues.org/index906.html.
  • Chevallier, Jacques (1990), « L'évolution du système audiovisuel français : ruptures et continuités », Quaderni, n° 10, Printemps 1990, Réformes de l'audiovisuel, p. 9-28.
  • Chevallier, Jacques (2007), « Les nouvelles frontières du service public », Regards croisés sur l'économie, 2007/2 n° 2, p. 14-24.
  • Fickers, Andreas, & Johnson, Catherine (2011), Transnational television history: a comparative approach, London: Routledge.
  • Ghosn, Catherine (2012), « Les chaînes publiques et privées en Europe après la Seconde Guerre mondiale », Quaderni, n° 79, p. 109-118.
  • Jost, François (2010), « Culture et dépendances. Les avatars d'une mission du service public », Le Temps des médias, n° 14, p. 219-231.
  • Kiriya, Ilya (2011), « Les formes institutionnelles de la promotion des questions sociétales à la télévision russe : vers l’industrialisation de la propagande », in Lafon Benoit (coord.), « Journalisme et questions sociétales au prisme des industries culturelles », Les Enjeux de l'Information et de la Communication, Supplément 2011, mis en ligne le 27 janvier 2012. URL : http://w3.u-grenoble3.fr/les_enjeux/pageshtml/art2011.html#supplement.
  • Lafon, Benoit (2012), Histoire de la  télévision régionale. De la RTF à la 3, 1950-2012, Paris : INA éditions, coll. Médias Histoire.
  • Miège, Bernard (2004), L’information-communication, objet de connaissance, Bruxelles, de Boeck – INA, coll. Medias recherches.
  • Miguel de Bustos, Juan Carlos & Casado del Rio, Miguel Ángel (2012), Televisiones Autonómicas. Evolución y crisis del modelo público de proximidad, Barcelona : Gedisa.
  • Musso, Pierre (1991), Régions d'Europe et télévision, Lille: Miroirs éditions.
  • Musso, Pierre (2008), « Existe-t-il un sarkoberlusconisme ? », Le Temps des médias, 2008/1 n° 10, p. 129-14.
  • Regourd, Serge (1997), « De la crise comme élément d’identification du service public français de l’audiovisuel », Sciences de la Société, n° 42, octobre 1997, p. 75-94.
  • Regourd, Serge (2008), Vers la fin de la télévision publique ? Traité de savoir-vivre du service public audiovisuel, Toulouse : Éd. de l'Attribut.
  • Tremblay, Gaëtan (2005) « L’avenir de la télévision à large audience à l’ère de l’abondance télévisuelle », in Moeglin, Pierre, et Tremblay, Gaëtan (dir.), L’avenir de la télévision généraliste, Paris : L'Harmattan, p. 25-57.

Lieux

  • Grenoble, France (38)

Dates

  • dimanche 05 mai 2013

Mots-clés

  • communication, audiovisuel, médias, télévision, radio, service public, régulation, programmes, État

Contacts

  • Benoît Lafon
    courriel : benoit [dot] lafon [at] u-grenoble3 [dot] fr

Source de l'information

  • Benoît Lafon
    courriel : benoit [dot] lafon [at] u-grenoble3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les services publics de radio-télévision à l’orée du XXIe siècle », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 18 avril 2013, http://calenda.org/243576