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Documenter, recréer

Mémoires et transmissions des oeuvres performatives et chorégraphiques contemporaines

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Publié le jeudi 04 avril 2013 par Élodie Faath

Résumé

La Fondation Jean-Pierre Perreault et l’Institut du patrimoine de l’université du Québec à Montréal ont le plaisir de vous convier à trois journées d’étude sur la mémoire et la transmission des œuvres performatives et chorégraphiques contemporaines, les 2, 3 et 4 mai 2013, à la Cinémathèque québécoise. Une vingtaine de théoriciens et de professionnels, nationaux et internationaux, issus des deux disciplines artistiques, l’art de la performance et la danse contemporaine, se rencontreront dans la perspective de mettre en dialogue les conceptions et les pratiques de préservation et de transmission propres à ces domaines.

Annonce

Présentation

Documenter, recréer… Mémoires et transmissions des œuvres performatives et chorégraphiques contemporaines

Quelles mémoires et quelles formes de transmission pour les œuvres performatives et chorégraphiques contemporaines? Cette interrogation soulève depuis quelques années de vifs débats, parfois des polémiques, tant sur les plans théorique, artistique, méthodologique, institutionnel, juridique que politique. Pratiques artistiques éphémères, multidisciplinaires, engageant le corps, réalisées dans la perspective d’un rapport à un public, la danse contemporaine et la performance semblent requérir des modes singuliers de mémoires et de transmissions, procédant à la fois de l’archive (des transmissions par l’intermédiaire de traces et de documents) et de la mémoire orale et corporelle (des transmissions directes, d’un corps à un autre, basées sur l’oralité). Ce double registre explique en partie pourquoi, jusque récemment, la danse contemporaine comme la performance ont échappé aux institutions patrimoniales traditionnelles qui reposent essentiellement sur des conceptions archivistiques, documentaires et matérielles du patrimoine.

Deux axes seront privilégiés, la documentation et la reprise, non pour les envisager comme des étapes ou des modalités différentes ou consécutives de la transmission (l’archive d’un côté et le live de l’autre), mais pour penser leurs liens étroits, leur enchevêtrement dans l’entreprise de transmission. Plusieurs théoriciens des performance studies et de la danse contemporaine ont récemment insisté sur l’importance de réarticuler l’archive et le vivant, la documentation et la reprise parlant, entre autres, du reenactment en termes de « volonté d’archive » (André Lepecki) ou de « contre-mémoire » et de « re-documentation » (Rebecca Schneider). Les notations, les partitions et les scripts d’œuvres performatives et chorégraphiques suscitent un intérêt accru, plusieurs publications et expositions leur ayant été récemment consacrées (Laurence Louppe, Liz Kotz, Simon Hecquet et Sabine Prokhoris). Quant aux documents et aux archives, ils ne sont plus seulement pensés en tant que traces, mais aussi en tant que scripts permettant de réactualiser les œuvres dont ils sont issus, ce glissement suscitant de nouvelles herméneutiques de la documentation.

Si sur le plan théorique l’articulation de l’archive et de la reprise, de la documentation et du live pose de moins en moins de problèmes, malgré quelques résistances, à un niveau pragmatique, elle est plus difficile à instaurer car elle exige une mutation des pratiques institutionnelles voire l’invention d’infrastructures. La création de formes institutionnelles nouvelles, bien souvent à l’initiative des artistes – la Foundation for Preservation of Performance Art que Marina Abramović a imaginée pour « préserver l’héritage intellectuel et spirituel de l’art de la performance des années 1970 au futur », l’anti-musée que constitue le Musée de la danse de Boris Charmatz à Rennes, les fondations issues des compagnies chorégraphiques (Carnets Bagouet, Foundation Merce Cunningham, Fondation Jean-Pierre Perreault, etc.) – démontre que cette mutation est déjà bien amorcée. Des institutions traditionnellement consacrées à la culture matérielle, comme les musées d’art, créent des départements dédiés aux arts vivants et se lancent dans des entreprises d’exposition et de réactualisation d’œuvres performatives et chorégraphiques historiques, accompagnées d’ateliers de réflexion et de colloques.

Ce sont ces mutations que les participants aux journées d’étude s’attacheront à saisir, autour de six thèmes : Recréer le live ; Les espaces photographiques et filmiques ; Activer l’archive ; Construire l’archive ; Oralités : la transmission directe ; Écrire les histoires des arts vivants.

Documenting, Re-creating . . . Memories and Transmissions of Performance and Contemporary Dance Works

How do we remember and transmit performance and contemporary dance works? In the last few years, this question has raised lively debates, and even controversy, on the theoretical, artistic, methodological, institutional, legal, and political levels. As ephemeral, multidisciplinary art practices that engage the body, produced in the perspective of a relationship with an audience, contemporary dance and performance works seem to require specific modes of memory and transmission, proceeding both from the archive (transmission via traces and documents) and oral and corporeal memory (direct transmission from one body to another based on oral tradition). This twofold register partially explains why, until recently, neither contemporary dance nor performance art were incorporated into traditional patrimonial institutions that are based essentially on archival, documentary, and material conceptions of heritage.

Here, two focuses are privileged, documentation and the reprise, not to envisage them as different or consecutive stages or modalities of transmission (the archive on the one hand and live performance on the other), but to reflect on their close ties, their overlapping in the enterprise of transmission. A number of performance-studies and contemporary-dance theoreticians have recently emphasized the importance of rearticulating the archive and the live performance, the documentation and the reprise; among other things, these scholars have spoken of the re-enactment in terms of the “will to archive” (André Lepecki) or “counter-memory” and “re-documenting” (Rebecca Schneider). Notations, scores, and scripts of art and dance performances have recently been the subject of increased interest, with a number of publications and exhibitions having recently been devoted to them (Laurence Louppe, Liz Kotz, Simon Hecquet, and Sabine Prokhoris). As for documents and archives, they are no longer thought of simply as traces, but are also seen as scripts that enable the works that are their source to be reactualized – a shift that provokes new hermeneutics of documentation.

Although the articulation of the archive and the reprise, of documentation and the live performance pose fewer and fewer problems on the theoretical level (despite some resistance), this articulation is more difficult to institute on the pragmatic level since it requires a modification of institutional practices, even the invention of infrastructure. The creation of new institutional forms, very often on the initiative of artists – the Foundation for Preservation of Performance Art founded by Marina Abramović to “preserve the intellectual and spiritual heritage of performance art from the 1970s for the future,” the anti-museum embodied in Boris Charmatz’s Musée de la danse in Rennes, and the foundations created by dance companies (Carnets Bagouet, Merce Cunningham Foundation, Fondation Jean-Pierre Perreault, etc.) – show that this modification is well underway. Institutions traditionally devoted to material culture, such as art museums, are creating departments devoted to living arts and undertaking the exhibition and reactualization of historical performance and dance works, accompanied by workshops and colloquia.

It is these transformations that the participants in the workshops will attempt to grasp, through six themes: Re-creating Live Performance; Photographic and Filmic Spaces; Activating the Archive; Constructing the Archive; Oral Tradition: Direct Transmission; and Writing the History of the Living Arts.

Programme

Jeudi 2 mai

9 h 30 Accueil et café à la Cinémathèque québécoise

  • 9 h 45 Anne Bénichou et Marc Boivin : mots d’introduction

Recréer le live.

Reprises, reconstructions, adaptations, reenactments, recréations, reperformances, etc. Cette prolifération lexicale est-elle le signe d’une divergence de conceptions et d’approches? Quelles relations aux œuvres dites originales ces termes induisent-ils? Comment penser les écarts, les différences entre les itérations d’une même œuvre? Comment s’exercent les prérogatives des « auteurs » et des « acteurs » dans les entreprises de reprise?

  • 10 h Ginelle Chagnon, répétitrice, Montréal, Joe, le parcours d’une œuvre chorégraphique
  • 10 h 30Marie de Brugerolle, commissaire et professeure, École nationale supérieure des beaux-arts de Lyon, Le même, mais un autre, reprise, remake, reenactement, restaging, rewinding?

11 h Pause

  • 11 h 30 Bertrand Clavez, professeur, Université de Rennes 2, Les recréations récréatives de quelques actions Fluxus
  • 12 h Discussion animée par Patrice Loubier, professeur, UQAM

12 h 30 - 14 h Pause repas

Les espaces photographiques et filmiques.

Les photographies et les films de danse et de performance sont-ils des documents à valeur testimoniale, participent-ils du fonctionnement esthétique des œuvres, ou faut-il les envisager comme des documents performatifs, instaurateurs d’œuvres nouvelles? Comment ces représentations traduisent-elles la temporalité et la corporéité propres aux œuvres chorégraphiques et performatives?

  • 14 h Jessica Santone, independent researcher, Chicago, Performance Documentation as Feedback Loop and Adrian Piper’s Yogic Diet
  • 14 h 30 Jacques Perron, doctorant, UQAM, Le document à l’œuvre ou l’écriture de soi. One Year Performance 1980-1981, Tehching Hsieh
  • 15 h Mario Côté, artiste et professeur, UQAM, Recréation et remédiatisation : deux œuvres chorégraphiques filmées (avec la projection d’extraits de films)

15 h 45 pause

  • 16 h 15 Babette Mangolte, filmmaker and professor, University of California, San Diego, Conceptualizing Time in Performance Art: A Filmmaker’s Perspective (with screening of films excerpts)
  • 17 h Discussion animée par Suzanne Paquet, professeure, Université de Montréal

Vendredi 3 mai

Activer l’archive.

La documentation peut-elle tenir lieu de script pour recréer des œuvres performatives et chorégraphiques ou d’embrayeur pour en créer de nouvelles? La mise en exposition des documents doit-elle contribuer à construire les récits historiographiques des œuvres ou proposer des expériences d’ordre phénoménologique? Est-elle une forme d’activation de l’archive?

  • 10 h  Céline Roux, chargée de projet, Musée de la danse, Rennes, Le Musée de la danse : l’archive comme principe(s) actif(s) et critique(s) de création
  • 10 h 30 Anne Bénichou, professeure, UQAM, Créer des œuvres avec des restes : la fabrique des Vexations de Rober Racine

11 h PAUSE

  • 11 h 30 Ming Tiampo, curator and professor, Carleton University, Ottawa, To Recapture the Light of a Star: Exhibiting Gutai at the Guggenheim
  • 12 h Discussion animée par Marie-Josée Jean, directrice, Vox, centre de l’image contemporaine, Montréal

12 h 30 - 14 h PAUSE-REPAS

Construire l’archive.

Comment les fonds d’archives relatifs aux pratiques chorégraphiques et performatives sont-ils constitués? Par qui? Dans quelles institutions les « domicilier », les Archives, les musées, les fondations d’artistes et de chorégraphes, selon quelles catégorisations? Les acquisitions récentes d’œuvres live participent-elles de l’émergence d’un patrimoine immatériel ou d’une « archive vivante » au sein des institutions dédiées à la préservation de la culture matérielle?

  • 14 h Marc Boivin, danseur, et Theresa Rowat, directrice du Service des archives, McGill University, L’œuvre de Jean-Pierre Perreault, un cas de figure pour le patrimoine chorégraphique québécois
  • 14 h 30 Sylvie Mokhtari, éditrice de Critique d’art, Archives de la critique d’art, Rennes, Les représentations de la performance dans les Archives de la critique d’art à Rennes

15 h PAUSE

  • 15 h 30 Yves Bergeron, professeur, UQAM, Repenser la notion de patrimoine immatériel pour les musées comme lieu de conservation des œuvres
  • 16 h Amélie Giguère, chercheure indépendante, Montréal, Collectionner l’art de la performance selon des formes vivantes
  • 16 h 30 Elsa Bourdot, artiste et doctorante, UQAM, L’institutionnalisation et la patrimonialisation de la performance examinées à travers le prisme des œuvres de réactivation
  • 17 h Discussion animée par Christine Bernier, professeure, Université de Montréal

Samedi 4 mai

Oralités : la transmission directe.

La transmission directe d’un danseur à un autre est traditionnellement privilégiée dans le domaine chorégraphique. Comment s’articule-t-elle aux archives et aux documents? À quels types de projets pédagogiques donne-t-elle lieu? Qu’en est-il des œuvres performatives dont les modalités de reprise non seulement ne sont pas établies, mais dont la pertinence même de la réitération est souvent contestée?

  • 10 h Isabelle Poirier, répétitrice et adjointe à la direction artistique, Compagnie Marie Chouinard, Montréal, Transmettre le répertoire de Marie Chouinard
  • 10 h 30 Michèle Rust, directrice, Centre chorégraphique de la ville de Strasbourg, Reprise d’une œuvre : une incarnation à rejouer

11 h PAUSE

  • 11 h 30 Flutura Preka et Besnik Haxhillari (Les Deux Gullivers), artistes et doctorants, UQAM, The Two Gullivers & Marina Abramović : récit d’une transmission vivante en performance
  • 12 h Discussion animée par Marie Beaulieu, professeure, UQAM

12 h 30 - 14 h PAUSE-REPAS

Écrire les histoires des arts vivants.

Quels sont les défis propres aux écritures des histoires de la performance et de la danse contemporaines? Comment les historiens d’art négocient-ils avec la nature éphémère et évènementielle des œuvres, les impératifs de « coprésence » du performeur et du spectateur? Quels récits historiques les artistes produisent-ils au sein même de leur création?

  • 14 h Amelia Jones, professor, McGill University, Montreal, Yearning for Presence: The Live Body in History
  • 14 h 30 Noémie Solomon, Postdoctoral Fellow, McGill University, Montreal, How Can Movement Make History? Merce Cunningham and the Experimental Choreographic Field

15 h PAUSE

  • 15 h 30 Isabelle Launay, professeure, Université de Paris 8, Voler-copier-citer-créer une danse, modalités et enjeux de la copie dans l’œuvre de Latifa Laâbissi(avec projection d’extraits de films)
  • 16 h 15 Discussion animée par Catherine Lavoie-Marcus, chorégraphe et doctorante, UQAM

17 h Cocktail au Café-Bar de la Cinémathèque, avec une présentation de publications de la Librairie Formats

Organisation des journées d’étude

  • Direction scientifique : Anne Bénichou
  • Comité scientifique : Anne Bénichou, Marc Boivin, Ginelle Chagnon, Theresa Rowat
  • Assistante de recherche : Elsa Bourdot
  • Coordonnatrice : Elsa Bourdot, avec la collaboration de Carmen Fontaine, de Carolane Hamel et d’Élodie Labrecque
  • Révision : Micheline Dussault, Carmen Fontaine et Käthe Roth
  • Conception graphique : 1218A

Avec le soutien financier du Conseil de recherches en sciences humaines du Canada, de la Fondation Jean-Pierre Perreault, de l’Institut du patrimoine de l’UQAM et de l’École des arts visuels et médiatiques de l’UQAM.

Lieux

  • Cinémathèque Québécoise Salle Fernand Seguin - Entrée gratuite - 335 Boulevard De Maisonneuve Est
    Montréal, Canada (H2X 1K1)

Dates

  • jeudi 02 mai 2013
  • vendredi 03 mai 2013
  • samedi 04 mai 2013

Mots-clés

  • documentation, recréation, performance, danse, document, archive, patrimoine

Contacts

  • Elsa Bourdot
    courriel : documenter [dot] recreer [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Documenter Recréer
    courriel : documenter [dot] recreer [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Documenter, recréer », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 04 avril 2013, http://calenda.org/243682