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De retour de la guerre

Femmes, autochtones et minorités ethniques : regards croisés

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Publié le jeudi 04 avril 2013 par Élodie Faath

Résumé

Comment l'armée en tant qu'expérience sociale colore-t-elle les épreuves qui jalonnent le retour à la vie civile des militaires? Du point de vue historique et contemporain, notre intérêt se portera en particulier sur des groupes minoritaires au sein de l'armée, mais occupant, depuis quelques années, une place importante dans l'historiographie militaire.

Annonce

Présentation

Ce colloque portera sur le retour à la vie civile de groupes minoritaires au sein de l’armée (femmes, Autochtones et minorités ethniques). Nous explorerons ce thème des points de vue historique et contemporain. Alors que les périodes de post-conflits sont de manière générale le théâtre d’une unité nationale retrouvée (Bucaille, 2006), la participation des minorités ethniques ou des Autochtones à l’effort de guerre, au Canada, est longtemps demeurée inavouée (Macfarlane, 2006). Par exemple, les témoignages des vétérans autochtones engagés dans les grands conflits mondiaux du 20e siècle mettent l’accent sur l’expérience de l’égalité et l’absence de distinction ethnique à l’intérieur de l’armée. Or, au retour de l’armée et de la guerre, les vétérans autochtones firent face à de nombreuses discriminations. Le retour au Canada cimenta ainsi leur conscience d’appartenir à une minorité dont l'horizon commun était la domination et de la discrimination; la guerre jouant le rôle d’« agent d’autochtonisation » (Martin, 2009). D’un point de vue contemporain, la fin de la conscription transforme l’armée en tant qu’institution sociale. Celle-ci tend aujourd’hui, au Canada, à être, non plus au service de la nation, mais à l’image de celle-ci. La multiplication, par exemple des programmes pour enrôler au sein des forces armées des membres des minorités témoigne de ce processus de rapprochement entre l’armée et la société canadienne. De quelle manière agissent les « nouveaux » vétérans après avoir fait l’expérience d’une armée qui valorise la diversité et reconnaît désormais les individus comme porteurs d’une identité collective?

Le retour à la vie civile ne se pose pas qu’en termes d’acteurs historique ou politique, individuel ou collectif. Le problème de la déstructuration, de la destruction et de la violence auxquelles ont été confrontés les militaires pèsent sur le retour à la vie civile et sur la capacité des individus à affronter les épreuves de la société qu’ils ont quittée parfois pendant de nombreuses années. L’abondance des travaux de psychiatrie sur les traumatismes de guerre en témoigne (Crocq, 1999). L’expérience du retour à la vie civile des anciens combattants ou des vétérans demeure relativement méconnue si ce n’est au travers des représentations médiatiques de jeunes vétérans meurtris physiquement, en détresse psychique ou de héros de guerre commémorant le souvenir de leurs camarades. Pour le dire autrement, les figures de la victime ou du héros s’imposent et révèlent en creux les enjeux de la construction d’un récit national.

Programme

Mardi 7 Mai 2013

14 h 00 - 15 h 35 Le travail des sociétés

Présidence/animation : Brieg CAPITAINE UQO - Université du Québec en Outaouais

14 h 00 Mot de bienvenue

  • 14 h 05 Magali DELEUZE Collège militaire royal du Canada, Les difficultés des lendemains de guerre : perspective historique

Le 11 septembre 2001 et la guerre en Irak ont contribué à relancer, chez les historiens, la thématique des lendemains de guerre. Plusieurs colloques et publications ont ainsi enrichi les recherches concernant, notamment, les difficultés inhérentes aux lendemains de guerre. Nous présenterons une synthèse des travaux sur la question et analyserons les permanences historiques qui placent la compréhension des après-guerres au cœur de la multidisciplinarité. Si la reconstruction matérielle, étatique et psychologique est au centre des difficultés des lendemains de guerre contemporains, les historiens ont analysé plusieurs autres thématiques «transchronologiques» qui constituent des problèmes majeurs et souvent mal compris lors des lendemains de guerre. Ainsi, l’illusion de l’historicité et l’imaginaire des lendemains qui chantent, la perte d’un statut reconnu comme soldat, le processus de destruction des communautés et de modernisation forcée, sont autant de conséquences qui interfèrent depuis longtemps dans la recomposition des sociétés après les guerres.

  • 14 h 25 Martin LABERGE UQO - Université du Québec en Outaouais,  « Qui était Mohamed, le petit tirailleur d'Ouargla? » - Les soldats « indigènes » dans le discours des anciens combattants français, 1919-1939

Ainsi s’exprimait, en 1923, un ancien combattant français à propos d’un soldat colonial qu’il côtoya durant la Grande Guerre.  Présents, avec les autres troupes françaises, en Europe, ils furent plus de 360 000 soldats issus du domaine colonial français à servir en Europe entre 1914 et 1918.  De ce nombre, près de 75 000 sont morts ou ont disparus.

À la fin de la guerre, le discours des anciens combattants se structure autour de la construction d’une expérience commune vécue, par les soldats issus de la métropole comme ceux des colonies, dans les tranchées de la Grande Guerre.  Dès lors, dès le début des années vingt, à l’heure des bilans, apparaît la volonté d’intégrer l’expérience des troupes « indigènes » dans le discours de ces anciens combattants métropolitains. Cette présentation, par l’analyse des journaux des différentes associations d’anciens combattants qui émergent après la Grande Guerre, a pour objectif de comprendre l’évolution de la place, du rôle et du statut accordés aux soldats issus des colonies par les vétérans français durant les années vingt et trente.

  • 14 h 45 Thibault MARTIN UQO - Université du Québec en Outaouais,  De l'identité des droits à la distinction : la participations des autochtones aux guerres modernes

Au total, 12 000 soldats autochtones participèrent aux deux guerres mondiales et à la guerre de Corée. Les études ont mis en lumière le traitement inéquitable subi par les vétérans autochtones une fois démobilisés : refus de leur accorder les mêmes avantages que ceux dont bénéficiaient les autres vétérans, réduction et parfois détournement des allocations versées aux dépendants des soldats. Ce traitement différencié fit prendre conscience aux vétérans des Premières Nations que le Canada ne voyait pas en eux des égaux, mais des mineurs. Ce constat fut d’autant plus décevant que sur le champ de bataille ils avaient fait l’expérience de l’égalité démocratique. Cette déception incita plusieurs vétérans autochtones à initier des mouvements de revendications politiques par lesquels ils réclamaient l’égalité des droits et des chances. C’est ainsi qu’ils créèrent les premières « ligues » autochtones d’où allaient naître les grandes organisations autochtones pancanadiennes que l’on connait aujourd’hui. Toutefois, depuis la fin des années 1970, les leaders autochtones ne réclament plus l’égalité « républicaine », mais réclament plutôt l’égalité dans la différence des statuts et des droits, notamment collectifs. L’objectif de cette communication est de comprendre le rôle que jouèrent les vétérans autochtones dans l’émergence de ces nouvelles revendications.

15 h 05 Période de questions

15 h 35 Pause

15 h 45 - 16 h 45 Regards sur l'identité

Présidence/animation : Martin LABERGE UQO - Université du Québec en Outaouais

  • 15 h 45 Stéphanie BÉLANGER Collège militaire royal du Canada, Reconstruction identitaire après l’Afghanistan : témoignages d’une ancienne combattante

La collection de témoignages de militaires ayant été déployés outre-mer permet une analyse du discours qui dévoile, mot à mot, la construction d’une identité guerrière, depuis sa genèse et son développement, à travers l’endoctrinement jusqu’à son questionnement après de multiples expositions aux armes de combat, suivies, à chaque fois, par une retour à la maison souvent difficile, incluant une reconstruction d’une identité fragilisée mais capable d’entreprendre une montée en puissance en vue d’une nouvelle opération.

L’analyse du discours faite à partir de l’expérience de 100 membres des Forces canadiennes qui ont été interviewés après leur déploiement en Afghanistan tend à démontrer que l’identité du soldat, et l’impact du déploiement sur la réhabilitation et le retour à la montée en puissance, sont souvent liés au bien-être.

Bien qu’inscrite dans le contexte d’une étude de 100 témoignages, cette proposition étudie deux témoignages de la même femme déployée en Afghanistan; la première entrevue a eu lieu avant son disagnostique du syndrome post-traumatique et la seconde, après. Cette communication vise à explorer quels facteurs influencent la manière dont un corps rompu et une âme brisée parviennent à reconstruire leur identité guerrière dans le contexte actuel de la culture guerrière masculine. Ultimement, cette recherche vise à élargir le champ de questionnement sur les minorités et leur rapport identitaire dans une structure organisationnelle et nationale forte et homogène.

  • 16 h 05 Brieg CAPITAINE UQO - Université du Québec en Outaouais, Être vétéran et autochtone : une vue du Québec

Si le fait de s’être engagé dans l’armée constitue pour les Autochtones de l’ouest du Canada une forme d’affirmation de soi en vertu des traités signés de nation à nation, qu’en est-il pour les vétérans autochtones au Québec ? Les histoires de vie collectées montrent que leur engagement demeure parfois mal compris lorsqu’ils reviennent dans leur communauté. Cette communication s’interrogera sur les raisons de ces difficultés à partir de témoignages récents.

16 h 25 Période de questions

17 h 00 - 18 h 00 Table ronde

Présidence/animation : Thibault MARTIN UQO - Université du Québec en Outaouais

Participant(s): Stéphanie BÉLANGER Collège militaire royal du Canada, Jacques KURTNESS UQAC - Université du Québec à Chicoutimi, Luc O'BOMSAWIN Aboriginal Veterans Autochtones

Lieux

  • Pavillon Charles-de Koninck – Local 2209 - Université Laval
    Québec, Canada

Dates

  • mardi 07 mai 2013

Mots-clés

  • expérience, vétérans, femmes, autochtone, minorités

Contacts

  • Brieg Capitaine
    courriel : briegc [at] ehess [dot] fr

Source de l'information

  • Brieg Capitaine
    courriel : briegc [at] ehess [dot] fr

Pour citer cette annonce

« De retour de la guerre », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 04 avril 2013, http://calenda.org/243699