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Corps et travail social : entre libertés et contraintes…

Verkörperung von Freiheit und Zwang in der Sozialen Arbeit

Bodies and social work - between liberty and constraints

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Publié le mardi 11 juin 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Un certain nombre de travaux montrent qu’au sein des institutions sociales, autant dans l’accompagnement des jeunes ou des adultes en difficultés, que des personnes en situation de handicap ou confrontées aux méfaits de l’âge, les corps et les émotions sont à la fois très présents dans la pratique et singulièrement absents dans la formalisation des savoirs et des expertises qu’ils requièrent. La corporéité, comme un ensemble de pratiques, de représentations, de normes, d’affects et de travaux sur le corps, est centrale dans le travail social, qu’il s’agisse de ses trois orientations classiques (éducation, service social et animation socio-culturelle) ou de nouvelles formes d’action sociale. Elle constitue un des premiers engagements dans la relation entre professionnel–le–s et bénéficiaires. Longtemps mise à distance par les processus de professionnalisation, elle revient sur le devant de la scène mais manque encore de mise en perspective et d’analyse critique.

Annonce

Argumentaire

Un certain nombre de travaux montrent qu’au sein des institutions sociales, autant dans l’accompagnement des jeunes ou des adultes en difficultés, que des personnes en situation de handicap ou confrontées aux méfaits de l’âge, les corps et les émotions sont à la fois très présents dans la pratique et singulièrement absents dans la formalisation des savoirs et des expertises qu’ils requièrent. La corporéité, comme un ensemble de pratiques, de représentations, de normes, d’affects et de travaux sur le corps, est centrale dans le travail social, qu’il s’agisse de ses trois orientations classiques (éducation, service social et animation socio-culturelle) ou de nouvelles formes d’action sociale. Elle constitue un des premiers engagements dans la relation entre professionnel·le·s et bénéficiaires. Longtemps mise à distance par les processus de professionnalisation, elle revient sur le devant de la scène mais manque encore de mise en perspective et d’analyse critique. 

Or, différents principes de normalisation, visant le redressement des corps et la normativité des émotions pour les bénéficiaires et les professionnel·le·s, continuent de traverser les institutions du travail social. Citons pour exemples une forme d’inhibition des affects positifs ou négatifs, la neutralisation des corps sexués, la mobilisation de certaines pratiques physiques au détriment d’autres, la consolidation et la reproduction de certains tabous corporels ou sexuels, etc. Dans ce contexte, continuer la réflexion sur la mise en scène de la corporéité, développer et diffuser des connaissances pertinentes sur le corps et les affects des professionnel·le·s et des bénéficiaires du travail social est essentiel.

Ce colloque sera l’occasion de réfléchir à la place, à la définition et aux dimensions que la corporéité recouvre dans le champ du social. Il poursuivra quatre objectifs :

  • Mettre en perspective des pratiques et des recherches scientifiques relatives aux libertés conquises et aux contraintes imposées aux corps et aux émotions dans le travail social du côté des bénéficiaires et/ou des professionnel·le·s.
  • Instaurer un échange sur trois dimensions primordiales que sont l’intime, le privé et le social avec un public varié de chercheur·e·s, praticien·ne·s et étudiant·e·s de diverses disciplines.
  • Poursuivre la formalisation et la visibilisation du corps et des affects dans le travail social en général, au sein de la relation d’aide et dans les pratiques institutionnelles.
  • Permettre, par des expériences artistiques et corporelles, le dépassement du clivage théorie- pratique.

Deux axes orienteront les discussions, le premier s’intéressera au corps dans les divers aspects de la vie quotidienne liée aux institutions sociales, alors que le deuxième portera sur la réflexion quant à l’utilisation des émotions et du corps dans le travail social. Ces deux axes peuvent être abordés aussi bien sous l’angle des usagères et usagers, que des professionnel·le·s. 

Axe 1 : Le corps (dé)mobilisé dans les pratiques institutionnelles : la corporéité dans tous ses états

Il s’agira d’aborder ici la prise en considération des différentes dimensions du corps des bénéficiaires, mais aussi des professionnel·le·s, dans les institutions ouvertes ou fermées. Cet axe cherchera à répondre à des questions telles que :

  • Qu’en est-il de la violence institutionnelle s’agissant des pratiques corporelles dans les institutions d’aujourd’hui ?
  • Comment les corps sont-ils pris en compte dans des institutions du travail social en général?
  • Comment, dans la vie au quotidien, sont abordées les questions corporelles dans les institutions ?
  • Comment considère-t-on des corps hors normes, souffrants, sales, fatigués, vieillis, malades…?
  • Quelles sont les stratégies professionnelles et personnelles mises en œuvre pour supporter et soutenir les corps « défaits »?
  • Comment les dimensions sexuées et/ou sexuelles des corps sont-elles prises en compte ?
  • Comment vit-on cette proximité physique et relationnelle du côté des bénéficiaires et des professionnel·le·s ?
  • Dans quelle mesure l’institution contraint-elle ou au contraire libère-t-elle les corps des bénéficiaires et des professionnel·le·s ?

Axe 2 : La place du corps et des affects dans le travail social et dans la relation d’aide

Le deuxième axe portera sur la présentation de soi, ainsi que sur l’utilisation et la mise en scène du corps et des émotions dans le travail social autant du point de vue des praticien·ne·s, que de celui des usagères et usagers. Il cherchera à répondre à des questions telles que :

  • Comment les « défenses de territoire » se manifestent-elles ?
  • Comment les corps et les affects sont-ils mobilisés aujourd’hui en tant qu’outils, objets et enjeux de communication?
  • Comment les affects et le corps influencent-ils la (re)présentation de soi ?
  • Dans quelle mesure participent-ils à une nouvelle définition des interactions entre bénéficiaires et professionnel·le·s ?
  • Comment le corps et les émotions participent-ils à la constitution d'une intelligence pratique au service de l'action ?
  • De quelle manière les professionnel·le·s du travail social utilisent leur corps et leurs émotions en tant qu’outil dans les situations concrètes de travail ?
  • Comment les frontières entre intime, privé et professionnel se (re)configurent-elles pour les bénéficiaires et les professionnel·le·s ?

Modalités de soumission 

Nous invitons praticien·ne·s du travail social, chercheur·e·s et enseignant·e·s à apporter leur contribution à ce colloque sous forme d’une communication de quinze minutes en français ou en allemand. Les communicant·e·s pourront présenter soit les résultats d’une recherche scientifique, soit une réflexion sur une pratique professionnelle, soit une pratique novatrice. Les communications se feront, de façon classique, par oral ou, de façon moins conventionnelle à l’aide d’autres média (ex : présentation d’un film, d’un extrait de spectacle etc.). Elles s’inscriront dans des ateliers d’une heure trente, comprenant chacun trois présentations ainsi qu’un temps de discussion, et ce dans la langue de présentation des communications (il n’y aura pas de traduction simultanée). Ces communications pourront être effectuées par une ou deux personnes, le temps imparti restant le même quel que soit le nombre de communicant·e·s. Toute personne pourra soumettre au maximum deux contributions, seule ou à deux.

Les propositions de communication devront répondre à l’un des deux axes proposés, sous l’angle « bénéficiaire » et/ou « professionnel».

Le résumé est à écrire en français ou en allemand et contiendra 4’000 signes au maximum, avec une brève présentation des auteur·e·s (maximum 300 signes) et une bibliographie (maximum 2'000 signes). Il sera à soumettre en ligne au comité scientifique via le site acorts.hevs.ch

Les propositions sont à envoyer jusqu’au 30 juin 2013

et les évaluations seront effectuées par le comité scientifique au fur et à mesure de la réception des propositions. Les communicant·e·s seront avisé·e·s de l’acceptation de leur proposition au plus tard le 2 septembre 2013. Les résumés, si les propositions sont acceptées, seront publiés en l’état et transmis sous forme de brochure aux participant·e·s du colloque. Ils seront mis en ligne à disposition du public.

Bibliographie indicative

  • ANDRO, Armelle ; Bachmann, Laurence ; Bajos, Nathalie et Christelle Hamel (Eds). La sexualité des femmes : le plaisir contraint. Nouvelles Questions Féministes, vol 29, n°3. Lausanne : Antipodes, 2010.
  • BOETSCH, Gilles et al. Corps normalisé, corps stigmatisé, corps racialisé. Bruxelles : de Boeck, 2007.
  • BOZON, Michel Autonomie sexuelle des jeunes et panique morale des adultes. Le garçon sans frein et la fille responsable. Agora/Débats Jeunesse, n° 60, 2012.
  • CORDELOIS, Julien. L'éducation physique et sportive (EPS) et la motricité au service des apprentissages, Empan, n° 79, 2010/3
  • DAVISSE, Annick et LOUVEAU, Catherine. Sports, école, société : la différence des sexes. Féminin, masculin et activités sportives. Paris : L’Harmattan, 1998.
  • DEJOURS, Christophe. Travail : usure mentale. De la psychopathologie à la psychodynamique du travail. Paris : Bayard, 2000.
  • DELOMEL, Marie-Annick. La toilette dévoilée. Paris : Seli Arslan, 1999.
  • FALCOZ, Marc et KOEBEL, Michel. Intégration par le sport : représentations et réalités. Paris : L’Harmattan, 2005.
  • FOUCAULT Michel. Histoire de la sexualité, vol. 1 : La volonté de savoir. Paris : Gallimard, 1976.
  • GASPARINI, William et VIEILLE-MARCHISET, Gilles. Le sport dans les quartiers. Pratiques sociales et politiques publiques. Paris : PUF, 2008.
  • GOFFMAN, Erving. La mise en scène de la vie quotidienne. La présentation de soi. Paris : Les éditions de Minuit, 2009.
  • Le BRETON, David. Anthropologie du corps et modernité, Paris, PUF, 1990, 1998, 2005.
  • Le BRETON, David. Évaluation des dangers et goûts du risque. Cahiers internationaux de sociologie, nº128-129, 2010.
  • LOSER, Francis. De la pratique réflexive à l’esthétique. Eléments de réflexion sur la part sensible de l’agir des éducateurs sociaux. Communication faite au congrès de l’AIFRIS, Genève, 2011.
  • MEIDANI, Anastasia. Les fabriques du corps. Toulouse : Presses universitaires du Mirail, 2007.
  • MENESSON, Christine. Etre une femme dans le monde des hommes Socialisation sportive et construction du genre. Paris : L’Harmattan, 2007.
  • MOLINIER, Pascale. Psychodynamique du travail et identité sexuelle. Lille : ANRT, 2004.
  • MOLINIER, Pascale. Temps professionnel et temps personnel des travailleuses du care : perméabilité ou clivage ? Les aléas de la bonne distance. Temporalités, nº 9, 2009.
  • STIKER, Henri-Jacques. Corps infirmes et sociétés. Paris : Dunod, 2005.
  • VIGARELLO, George et al. Histoire du corps : Tome 3. Les mutations du regard. Le 20è siècle Ed. Points, 2011.
  • WEBER, Florence, GOJARD, Séverine & GERMAIN, Agnès. Charges de famille. Dépendance et parenté dans la France contemporaine. Paris : Editions La Découverte, 2003.

Comité d’organisation

  • Chantal Bournissen, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Ursula Christen, Hochschule für Soziale Arbeit, HES-SO Valais-Wallis
  • Eline de Gaspari, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Sarah Dini, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Lucie Kniel-Fux, Hochschule für Soziale Arbeit, HES-SO Valais-Wallis
  • Francis Loser, Haute école de travail social, Genève
  • Fabien Moulin, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Clothilde Palazzo-Crettol, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Jean-Marc Roduit, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Olivier Salamin, ASA Association valaisanne d'aide aux personnes handicapées mentales, Valais

Comité scientifique

  • Annick Anchisi, Haute École de Santé Vaud
  • Magalie Bacou, Centre d’Etude et de Recherche Travail Organisation Pouvoir
  • Ursula Christen, Hochschule für Soziale Arbeit, HES-SO Valais-Wallis
  • Dayer Caroline, Université de Genève, Faculté de Psychologie et des Sciences de l’éducation
  • Lucie Kniel-Fux, Hochschule für Soziale Arbeit, HES-SO Valais-Wallis
  • Susanne Lorenz, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Francis Loser, Haute école de travail social, Genève
  • Clothilde Palazzo-Crettol, Haute école de travail social, HES-SO Valais-Wallis
  • Kim Stroumza Boesch, Haute école de travail social, Genève
  • Barbara Waldis, Hochschule für Soziale Arbeit, HES-SO Valais-Wallis

Lieux

  • HES-SO Valais-Wallis - Route de la Plaine 2
    Sierre, Confédération Suisse

Dates

  • dimanche 30 juin 2013

Mots-clés

  • travail, social, corps, institution, corporeité

Contacts

  • Éline de Gaspari
    courriel : eline [dot] degaspari [at] hevs [dot] ch

URLS de référence

Source de l'information

  • Éline de Gaspari
    courriel : eline [dot] degaspari [at] hevs [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Corps et travail social : entre libertés et contraintes… », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 11 juin 2013, http://calenda.org/245642