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Questions d'esclavage africain

Questions of African slavery

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Publié le lundi 13 mai 2013 par Élodie Faath

Résumé

Cette journée d’études entend poursuivre les réflexions actuelles sur les rapports complexes des sociétés africaines avec l’esclavage à partir de deux axes de recherche. Il s'agira tout d'abord d'explorer ce que l’on peut appeler de façon peut-être un peu provocante des « mémoires heureuses » (Ricœur) de l’esclavage. Car s’il existe bien une stigmatisation persistante de la condition de descendant d’esclave dans toute une série de sociétés africaines, c’est bien qu’il continue d’exister également des acteurs de cette stigmatisation. Ensuite, en dépit des formes assez diffuses de stigmatisation, voire de discrimination répandues à l’égard des descendants d’esclaves, les contours et les significations que reçoit la catégorie sociale de descendant d’esclave s’avèrent aussi relativement variables sur le continent.

Annonce

Cette journée d’études entend poursuivre les réflexions actuelles sur les rapports complexes des sociétés africaines avec l’esclavage à partir de deux axes de recherche qui nous semblent aujourd’hui soit à l’état de friche, soit en attente d’un travail comparatif plus systématique que celui entrepris à ce jour. A l’état de friche tout d’abord pour ce que l’on peut appeler de façon peut-être un peu provocante des « mémoires heureuses » (Ricœur) de l’esclavage. Car s’il existe bien une stigmatisation persistante de la condition de descendant d’esclave dans toute une série de sociétés africaines, c’est bien qu’il continue d’exister également des acteurs de cette stigmatisation, dont les contours de la mémoire de l’esclavage méritent probablement davantage d’attention. Ensuite, en dépit des formes assez diffuses de stigmatisation, voire de discrimination répandues à l’égard des descendants d’esclaves, les contours et les significations que reçoit la catégorie sociale de descendant d’esclave s’avèrent aussi relativement variables sur le continent. Les enjeux à la fois sociaux et épistémologiques de cette catégorie appellent dès lors à davantage de travail comparatif, au-delà des études de cas spécifiques qui constituent l’essentiel de la recherche.

Argumentaire

Des mémoires heureuses de l’esclavage ?

Le débat sur les mémoires africaines de l’esclavage porte aujourd’hui essentiellement sur l’éventail des formes que celles-ci sont susceptibles de prendre, et renvoient dès lors plus ou moins implicitement ou explicitement selon les cas aux débats qui entourent la notion de mémoire elle-même, ainsi que sur les formes que peut prendre la « présence du passé au présent », pour reprendre une formule bourdieusienne. Les registres de cette présence du passé sont alors discutés, des formes les plus discursives, monumentales et patrimoniales qu’on peut observer dans les commémorations de la traite atlantique, aux mémoires rituelles de divers ordres, et aux mémoires tacites, implicites, intériorisées dans les habitus linguistiques ou les hexis corporelles.

En dépit des divergences théoriques au niveau des paradigmes mobilisés et des arguments déployés, l’essentiel, sinon la totalité des recherches menées sur ce terrain ont pour point commun implicite et indiscuté de porter sur des mémoires de « vaincus » ou de « victimes » (même si bon nombre des groupes en question ne voudraient certainement pas endosser de telles étiquettes, ou tout au moins pas de façon explicite). Or, s’il y a stigmatisation et stigmate de l’esclavage jusque dans l’Afrique contemporaine, si bien que le statut de descendant d’esclave est diversement détourné, tu, oblitéré, par les individus concernés, c’est bien parce qu’il existe encore des formes de stigmatisation ancrées dans ce qu’on pourrait être tenté de qualifier de persistance de « mémoires heureuses » (Ricœur) de l’esclavage, en paix avec elles-mêmes, voire fières encore de la généalogie de certaines lignées dont l’histoire du prestige est intimement liée à celle de la possession d’esclaves. Quelles sont aujourd’hui ces mémoires aristocratiques de l’esclavage domestique ? Comment et en quelles occasions se disent-elles ? Quelles en sont les formes plus implicites, tacites, et comment se manifestent-elles ? Dans quelle mesure la notion de « mémoire heureuse », soumise ici à la discussion, est-elle susceptible de les éclairer ?

Qu’est-ce qu’un descendant d’esclave ?

Dans de nombreuses sociétés africaines contemporaines, les descendants d’esclaves constituent à certains égards une catégorie sociale distincte. La catégorisation de quelqu’un comme descendant d’esclave peut avoir des conséquences diverses. Le plus souvent elle signifie une forme plus ou moins forte de marginalisation qui se manifeste par exemple par l’assignation de cette personne à une occupation (ou un type d’occupation) professionnelle particulière ; par son exclusion de certains lieux, cérémonies ou fonctions politiques; par l’évitement plus ou moins systématique de certaines relations sociales avec elle, en particulier les relations matrimoniales; par son exploitation économique justifiée par des rapports de production anciens, etc.

Pour autant la catégorisation comme descendant d’esclave n’a pas les mêmes implications partout en Afrique. Des différences significatives existent qu’il importe d’analyser et de comparer afin de mieux saisir la diversité de condition des descendants d’esclaves sur le continent. Dans les sociétés où la catégorie est importante pour comprendre l’ensemble des relations sociales, comment conceptualise-t-on les descendants d’esclaves ? Quel ‘genre de personnes’ sont-ils? La catégorie est-elle essentialisée (naturalisée) – au sens où une personne qui a des ancêtres esclaves ne peut jamais devenir autre chose – ou est-elle, au contraire, une catégorie relativement ‘fluide’ et non-essentialisée – au sens où une personne et ses descendants peuvent échapper à cette catégorisation par différentes voies, par exemple par ascension sociale ou mariage. Quels sont les moyens pratiques mis en œuvre, dans ces sociétés, à la fois pour identifier les descendants d’esclaves comme tels et pour entretenir la mémoire collective de leur ascendance servile (histoire, généalogie, rituel) ? 

Modalités de soumission

Chacun de ces deux axes de recherche donnera lieu à un panel d’une demi-journée.

Les propositions de communications d’une page maximum, en français ou en anglais, sont à envoyer

avant le 8 mai

sous la forme d’un fichier attaché (word, open office ou pdf) à Joël Noret (jnoret@ulb.ac.be) et Denis Regnier (madadenis@gmail.com).

Lieux

  • Bruxelles, Belgique

Dates

  • mercredi 08 mai 2013

Mots-clés

  • esclavage, Afrique, anthropologie, histoire, mémoire

Contacts

  • Joël Noret
    courriel : jnoret [at] ulb [dot] ac [dot] be

Source de l'information

  • Joël Noret
    courriel : jnoret [at] ulb [dot] ac [dot] be

Pour citer cette annonce

« Questions d'esclavage africain », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 13 mai 2013, http://calenda.org/247162