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Représenter la ville sud-africaine

Representing South African cities

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Publié le mercredi 22 mai 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque se propose de rassembler des chercheurs et universitaires français et sud-africains spécialistes de littérature comme du cinéma ou d’architecture et d’urbanisme, ainsi que des écrivains, réalisateurs et photographes sud-africains contemporains pour confronter leurs regards sur la ville sud-africaine contemporaine et ses multiples facettes et reflets dans l’art sud-africain d’aujourd’hui. Il s’accompagnera de manifestations culturelles (lectures, rencontres, exposition) ouvertes au public. Ce colloque est organisé dans le cadre de la Saison de l'Afrique du Sud en France.

Annonce

Argumentaire

En 2006, Stephen Watson prétendait ressentir « un sentiment de manque », car il n’existait selon lui pas de livre cherchant à définir l’esprit des lieux de la ville du Cap, surnommée « la ville mère » (Watson 2006, 97). Elle n’est pourtant, selon le jeune romancier Niq Mhlongo, lui-même natif d’un township de Johannesburg, pas maternelle du tout (interview avec Laura Arenschield citée par Murray 2011, 78). Deux ans après la publication du recueil d’écrits commandés et rassemblés par Watson, Mhlongo semble donc en réfuter les présupposés et l’image ainsi donnée de la ville à la pointe du continent. Chiawelo, le township dont il est originaire, ne figure pas non plus dans le Portrait aux clés que donne Ivan Vladislavić de la mégalopole sud-africaine, ouvrage paru la même année que celui de Watson. Pour autant, les 138 sections qui composent son ouvrage se présentent bien comme autant de reflets des multiples facettes de la ville qui cherchent ainsi à casser les clichés et représentations trop simplistes sur cette « ville tentaculaire », pour reprendre l’expression de Verharen.

Ce que ces publications concomitantes suggèrent est également l’intérêt croissant pour la représentation de la ville ou plutôt des villes sud-africaines, en même temps qu’elles soulignent l’importance de l’acte de représentation lui-même et celle des visions « imaginées » ou imaginaires qui sont ainsi projetées sur l’espace réel. C’est ce que met ainsi en relief, dans la photographie cette fois, le travail de Mikhael Subotzky qui juxtapose dans une même œuvre différents écrans de contrôle de la police de Johannesburg, et dans une même salle ces vidéos et son travail filmé depuis la fenêtre de son propre appartement, reflet de son regard d’artiste et/ou d’individu voyeur. Il éclaire ainsi entre autres les interactions entre l’espace vécu et l’espace projeté, et souligne l’importance qu’il y a à croiser les approches, qu’elles soient sociologiques, urbanistiques, géographiques ou artistiques, pour porter un regard critique sur la ville et ses multiples incarnations et reflets. Comme le soulignent de leur côté Watson et Vladislavić, tout discours tenu sur la ville, représentation écrite mais aussi plastique ou visuelle, contribue en retour à en modeler l’espace. Ces questionnements donnent aussi lieu à des collaborations fascinantes entre artistes travaillant sur différents media, pour une mise en regard de leurs approches respectives, comme par exemple dans l’ouvrage sur Johannesburg édité par Jo Ractliffe et Terry Kurgan, Johannesburg circa now: photography and the city. Ces créations invitent dans le même temps à une analyse comparée de ces différents modes de représentation, et un colloque pluridisciplinaire permettra ainsi aux chercheurs de comparer leurs travaux pour en retour mieux réfléchir aux genres de leurs spécialités respectives.

Bien entendu, ces auteurs et artistes font aussi écho à des écrits antérieurs sur la ville, en particulier aux essais de Bosman ou aux poèmes de Lionel Abrahams pour ce qui concerne Vladislavić et Johannesburg, mais cela est aussi perceptible dans les travaux de Subotzky, qui souligne par exemple la volonté récente des autorités de changer d’attitude envers les délinquants et donc la façon dont sont perçus certains quartiers de la ville. Ce que ces écrits et débats mettent en effet en relief, ce sont les changements remarquables que les villes d’Afrique du Sud ont connus depuis la fin de l’apartheid. Ainsi, Chris van der Merwe insiste sur le taux d’urbanisation sans précédent que l’Afrique du Sud, et en particulier ses centres urbains déjà existants, ont connu ces derniers temps : « si dans les années 1990 plus de 90% des Indiens et des blancs vivaient en ville, en 1960 seulement 30% des Africains étaient urbanisés, et leur pourcentage a presque doublé entre 1960 et 1990 » (Van der Merwe 2001, 8). Le taux a encore augmenté plus de dix ans après la publication de l’étude de Van der Merwe, et renforce la nécessité d’analyser les changements majeurs survenus dans les villes sud-africaines, et en particulier ce que Tearle, l’un des personnages de Vladislavić dans son roman paru incidemment la même année que l’étude de Van der Merwe, The Restless Supermarket, appelle « une migration historique » (Vladislavić 2001, 129) des Sud-Africains, en particulier des Sud-Africains noirs, mais aussi de populations venues d’au-delà des frontières de l’Afrique du Sud.

La question de la définition de l’identité des habitants des villes sud-africaines comme moyen de définir en retour les directions à prendre dans l’organisation de l’« environnement construit » a ainsi été au cœur d’une série de conférences données par des architectes, des activistes environnementaux et des archéologues pendant le Think Fest dans le cadre du festival de Grahamstown en juillet 2012, et nul doute qu’architectes et développeurs sont sensibles aux représentations artistiques de la ville telles que celle offerte par Vladislavić dans son ouvrage sur Johannesburg qui, si l’on en croit l’article de Finula Dowling, figurait dans les dix titres les plus lus et recommandés par les architectes (Dowling 2007, 140). Récemment en effet le nombre de publications de géographes, d’urbanistes, de politologues ou de sociologues qui ne se concentrent plus seulement sur le développement de la ville en elle-même mais qui prennent aussi en compte la perception qu’en ont les gens, qu’ils y résident ou non, s’est considérablement accru. La question de la représentation de la ville sud-africaine est en effet un objet d’étude à part entière, dans la mesure où elle est liée à des questions d’identité et d’appartenance. Telles sont ainsi plusieurs des interrogations posées dans l’ouvrage remarquable d’Achille Mbembe et Sarah Nuttall sur Johannesburg, ou à une échelle plus modeste par l’exposition organisée à l’African Media Matrix de l’Université de Rhodes en juillet 2012. Il semble que la recherche française puisse sur ce point apporter un éclairage intéressant et novateur puisque c’est en partie en France que la géographie culturelle a connu un important renouveau sous l’impulsion de Paul Claval, qui a notamment inspiré après lui de nombreux chercheurs en géographie se spécialisant dans l’étude de l’Afrique du Sud.

Ce colloque se propose dès lors de rassembler des chercheurs et universitaires français et sud-africains spécialistes de littérature comme du cinéma ou d’architecture et d’urbanisme, ainsi que des écrivains, réalisateurs et photographes sud-africains contemporains pour confronter leurs regards sur la ville sud-africaine contemporaine et ses multiples facettes et reflets dans l’art sud-africain d’aujourd’hui. Il s’accompagnera de manifestations culturelles (lectures, rencontres, exposition) ouvertes au public. L’esprit en sera en cela proche de ce que GIPCA, l’un des partenaires de ce colloque, a récemment proposé au Cap lors de la manifestation « Infecting the City » en février et mars 2013, qui incluait des sessions de présentations scientifiques et de débats entre universitaires, et des performances artistiques sur divers supports et en différents endroits de la ville. Pour autant, lors des manifestations organisées au Cap ou à Grahamstown, les perspectives sont encore souvent restreintes à une localité particulière (une ville : Le Cap, Johannesburg ; ou une région : Grahamstown et ses environs). L’apport spécifique de cette manifestation sera de permettre à des penseurs de différentes villes sud-africaines de comparer leurs perspectives au-delà d’une seule région donnée du pays.

Ce colloque se propose ainsi d’inviter des spécialistes de disciplines diverses à croiser leurs approches au cours d’un dialogue de deux jours, en échangeant leurs points de vue sur leur objet d’études respectif, ou en appliquant à l’objet de l’autre leurs propres outils critiques.

Les spécialistes de littérature et d’arts seront ainsi par exemple également invités à se poser la question de l’interaction des représentations de la ville avec son espace réel et vécu, les géographes ou sociologues à comparer leurs résultats avec les discours et images projetés sur la ville ou à questionner ces représentations au regard de leur propre savoir. Des interventions d’artistes (lectures, table ronde d’écrivains, projection de film et débats) viendront ponctuer les présentations et discussions scientifiques pour donner corps, dans le temps du colloque, à ce dialogue.

Modalités de soumission

Les propositions de communications (résumé de 500 mots maximum ; les présentations sont prévues pour durer un maximum de 30 minutes) accompagnées d’une brève notice bio-bibliographique sont à envoyer

avant le 25 juin 2013

à Mathilde Rogez (rogez@univ-tlse2.fr).

Les langues de communication seront l’anglais et le français.

Responsables

  • Corinne Alexandre-Garner (CREA / Centre Espaces/Ecritures)
  • Cécile Birks (CREA)
  • Mathilde Rogez (CAS)

Équipes  

Centre de Recherche Anglophones (CREA), EA 370

Cultures Anglo-Saxonnes (CAS), EA 801

Comité scientifique

  • Philippe Gervais-Lambony (GECKO), EA 375
  • Corinne Alexandre-Garner (CREA / Centre Espaces/Ecritures)
  • Cécile Birks (CREA)
  • Cécile Perrot (CREA)
  • Mathilde Rogez (CAS)

Ouvrages cités

  • Dowling, Finuala, “Top Ten Reads by Architects”, Books and Leisure, Issue 2, March-May 2007, p. 140.
  • Kurgan, Terry, and Ractliffe, Jo, eds., Johannesburg circa now: photography and the city, Johannesburg; The Authors, 2005.
  • Mbembe, Achille and Nuttall, Sarah, Johannesburg: The Elusive Metropolis, 2008.
  • Murray, Sally-Ann, “On the Street with Vladislavic, Mhlongo, Moele and Others”, in Michael Chapman and Margaret Lenta, (eds.), SA Lit beyond 2000, Scottsville: University of KwaZulu-Natal Press, 2011, p. 69-96.
  • Van der Merwe, Chris, (ed.), Strangely Familiar: South African Narratives in Town and Country, Stellenbosch: Content Solutions Online, 2001.
  • Verharen, Emile, Les Villes tentaculaires, Gallimard, 2006 (1895).
  • Vladislavić, Ivan, The Restless Supermarket, Cape Town: David Philip, 2001.
  • Vladislavić, Ivan, Johannesburg: Portrait with Keys, 2006
  • Watson, Stephen, « A City Imagined », New Contrast 131 34(1), 2006, p. 97-104.

Lieux

  • Université de Paris Ouest Nanterre La Défense, Salle des conférences, bâtiment B - 200 Avenue de la République
    Nanterre, France (92)

Dates

  • mardi 25 juin 2013

Mots-clés

  • Afrique du Sud, ville, représentation,

Contacts

  • Mathilde Rogez
    courriel : rogez [at] univ-tlse2 [dot] fr

Source de l'information

  • Mathilde Rogez
    courriel : rogez [at] univ-tlse2 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Représenter la ville sud-africaine », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 22 mai 2013, http://calenda.org/248645