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Les catégories de travail productif et travail reproductif

Categories of productive and reproductive work

Une journée pour un état des lieux des pensées critiques

An inventory of critical thinking

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Publié le jeudi 30 mai 2013 par Élodie Faath

Résumé

La journée d’études que nous organisons le 5 juin 2013 a pour objectif d’engager un état des lieux de la pensée critique des catégories de travail productif et reproductif et de leurs usages, des différentes approches qui portent ces critiques, des niveaux d’analyse auxquels elles se situent, et des modalités de construction du débat critique. Seront discutées des approches et concepts variés (telles que le féminisme matérialiste et imbricationniste, les féminismes décoloniaux, les apports de l’anthropologie économique et ses critiques féministes, le féminisme économique, le « care » et le « care environnemental » etc.). Articulée autour de tables rondes, cette journée laissera un large espace au débat. Elle sera dédiée à Bruno Lautier, qui nous a quitté le 4 février et dont les travaux, dès les années 70, ont été pionniers dans l’exploration du travail domestique, de la reproduction de la force de travail et de la division sexuelle et internationale de cette reproduction.

Annonce

Présentation

Les  catégories  analytiques  de  travail  productif  / reproductif  sont  nées  dans  un  double  contexte : contexte  intellectuel,  avec  l’interrogation  marxiste sur  les  contours  du  travail  productif  versus  le travail  improductif ;  et  contexte  social  et économique,  avec  l’institution  du  salariat,  de  la division et l’assignation des rôles sexués au sein de la famille et la croissance de l’urbanisation.

Ces catégories ont été avant tout mobilisées dans une  perspective  critique :  critique  de  la hiérarchisation  des  rôles  qu’engendre  cette séparation en assimilant le rôle des femmes et le travail de care à du non productif, de l’archaïque, de  l’émotionnel ;  critique  de  l’extorsion  de  travail féminin non reconnu permis par leur domination au travers  de  structures  familiales,  matrimoniales,  et plus largement sociales et culturelles, etc. 

Ces catégories, cependant, ont aussi fait l’objet de critiques, notamment au regard de leur pertinence dans des contextes différents de ceux qui les ont engendrées,  étudiés  en  particulier  par  les anthropologues.  Ont  ainsi  été  questionnées  leur universalité,  et  donc  leur  historicité,  leur  niveau d’abstraction  et  leur  capacité  à  analyser  et expliquer d’autres contextes sociaux que ceux du capitalisme  occidental et  des institutions  nées  du fordisme. Ou leur propension à enfermer la lecture des  rapports  sociaux  de  sexe  et  la  relation  entre espaces dans la dualité qu’elles construisent (e.g. public  vs.  privé,  capitaliste  vs.domestique,  travail vs. famille, etc.), voire à légitimer l’organisation de cette  division  du  travail  selon  cette  bi-partition formelle. Ou encore leur faible efficacité, une fois ces  catégories  mises  à  l’épreuve  de  leur opérationnalisation et de leur intégration dans des politiques publiques.

Il apparaît que la critique des catégories de travail productif  /  reproductif  peut grossièrement  se décliner  en  quatre  postures,  inscrites  tantôt  au plan structurel et macro, tantôt au plan plus micro, des subjectivités, des vécus et de l’intimité, entre lesquelles se sont construits dialogues et débats :

  • Une  contestation  de  la  division  en  tant  que construction  intellectuelle  historicisée  et contextualisée,  que  discours  performatif,  qui instaure  et  institue  une  vision  hiérarchisée  des formes d’activités, espaces, statuts (le reproductif étant le plus souvent assimilé au féminin et au non productif),  elle-même  issue  d’une  domination  des hommes  sur  les  femmes.  Ce  courant  critique  – émanant  essentiellement  des  mouvances féministes  matérialistes  –  insiste  sur  la  nécessité de recentrer l’analyse sur les rapports sociaux, non seulement  de  sexe  mais  en  articulation, intersection, ou en co-extensivité avec les rapports sociaux de classe et d’ « ethnicité » (voire d’autres encore). En effet, ainsi que le montrent notamment Christine Delphy et Danielle Kergoat, le travail est central pour penser les rapports sociaux de sexe, de  classe  et  de  race;  ces  derniers  sont consubstantiels,  ils  se  reproduisent  et  se coproduisent mutuellement. C’est autour du travail, en  tant  que  base  matérielle,  que  se  nouent  les formes de domination et que peuvent émerger les subjectivités en résistance.  La catégorie de travail, telle que théorisée par Marx, est ainsi élargie aux activités  reproductives  et  de  service,  qui  doivent être dénaturalisées.
  • Une  critique  de  la  faible  efficacité  de  ces catégories  à  rendre  compte  des relations  et  les imbrications,  hybridations,  porosités  et entremêlements  entre  les  sphères  (réelles  et conceptuelles)  ainsi  découpées  et  qualifiées  de productives  et  reproductives  et  à  reconnaître  la valeur des activités et productions qui s’y réalisent. Ainsi de la marchandisation d’une partie du travail féminin, quoique sans salariat (auto-emploi, travail familial),  des  activités  de  petite  production marchande,  ou  informelles,  réalisées  dans l’espace  domestique  (home-based)  ou  dans  le cadre  d’associations  (économie  sociale  et solidaire),  des  cadeaux,  du  rôle  des  affects  et émotions dans divers types d’activité économique et le maintien de la division sexuelle des tâches, etc.  Ce  courant  critique  –  pour  une  bonne  part enraciné dans l’approche polanyienne – s’attache à mettre au jour ces espaces hybrides et imbriqués en  déplaçant  l’analyse  vers  les  formes institutionnelles  d’intégration   qui  se  combinent entre  elles:  le  marché,  la  réciprocité,  la redistribution  et  l’administration  domestique. Encastrée  dans  le  social  et  l’économique,  la catégorie de « householding » peut ainsi s’épaissir et  incorporer  des  dimensions  d’échange  et  de réciprocité. 
  • Une critique de l’incapacité des deux catégories de  travail  productif/reproductif  à  prendre  en compte  tout  un  pan  des  activités  sociales essentiellement  réalisées  par  des  femmes,  mais pas uniquement, à savoir les activités de gestion communautaire, d’entretien des relations sociales, et donc la dimension collective de la production et de la reproduction. Ce courant critique, qu’on peut considérer aussi comme d’inspiration polanyienne, met  l’accent  sur  la  sphère  de  la  réciprocité.  Il promeut  un  cadre  de  référence  tripartite  de  la division sexuelle du travail – la reconnaissance et l’analyse  du  « triple  rôle »  (Moser)  –  et  plus largement  l’analyse  des  différentes  formes  prises par la division sexuelle des tâches et des relations (responsabilité,  contrôle,  coopération, interdépendances, etc.) entre hommes et femmes dans  l’organisation  de  la  production  et  de  la reproduction  (Kabeer).  Il  s’enracine  dans  les mouvances « genre et développement », et trouve un terrain de prédilection dans le cadre d’actions de développement qui, en  sollicitant les femmes ans  les  trois  sphères  (productive,  reproductive  et communautaire)  contribuent  à  surcharger  les femmes  de  travail  non  ou  peu  reconnu socialement et économiquement.
  • Une  critique  féministe  du  cadre  polanyien, essentiellement développée par Nancy Fraser, qui revendique  une  relation  entre  la  critique  de  la marchandisation et celle de la domination. Elle met en lumière les formes de domination inhérentes à la partition entre sphère productive et reproductive. La  construction  de  la  « force  de  travail »  comme marchandise fictive et du travail reproductif comme une non marchandise, condition de possibilités du marché,  n’a pu se réaliser qu’au prix de formes de domination  de  l’une  sur  l’autre,  la  seconde  étant essentiellement  féminine  (mais  aussi  le  domaine des esclaves et autres subalternes). La protection offerte  aux  travailleurs  du  reproductif  (femmes, domestiques…) par le maintien de leur travail hors de la marchandisation permet ainsi non seulement la reproduction sociale, mais celle de la hiérarchie et  de  la  domination :  il  s’agit  d’une  « protection oppressive ».  En  revendiquant  leur  sortie  de l’enfermement  domestique  et  la  marchandisation d’une  partie  de  leur  travail,  les  mouvements d’émancipation  (notamment  féministes)  remettent en  cause  cet  équilibre,  et conduisent  à  la marchandisation,  sur  une  échelle  transnationale,  d’une  partie  du  care  par  le    recours  à  d’autres personnes  dominées  pour  assurer  les  tâches reproductives.  La  marchandisation  de  la  sphère reproductive menace les conditions de possibilités du marché. 

La journée d’études que nous organisons le 5 juin 2013 a pour objectif d’engager un état des lieux de la  pensée  critique  de  ces  catégories  et  de  leurs usages, des différentes approches qui portent ces critiques, des niveaux d’analyse auxquels elles se situent, et des modalités de construction du débat critique.  Articulée  autour  de  tables  rondes,  elle laissera  un  large  espace  au  débat.  Afin  de permettre l’organisation de la journée, un abstract sera demandé aux intervenant-e-s pour le 15 avril 2013. 

Cette  journée  devait  être  organisée  en  mettant  à l’honneur les travaux de Bruno Lautier, Professeur de sociologie à l’IEDES, et en particulier sa thèse d’Etat  en  Sciences  Economiques,  soutenue  à l’Université  Paris  IX  Dauphine  en  1974  sous  le titre :  La  reproduction  de  la  force  de  travail. Jusqu’à  très  récemment,  les  travaux  de  Bruno Lautier  ont  exploré  la  question  du  travail domestique,  de  la  reproduction  de  la  force de travail, de la division sexuelle et  internationale de cette reproduction. Bruno Lautier nous a quittés le 4 février 2013. Nous dédions cette journée à ses travaux,  sa  mémoire  et  la  générosité  féconde  de son intelligence.

Programme

9h30-10h Accueil, café et introduction

  • Blandine Destremau (CNRS/LISE)
  • Isabelle Guérin (IRD/Devsoc)

10h-13h : 1ère Table Ronde Production/reproduction et rapports sociaux

Modératrice : Monique Sélim (IRD/Devsoc)

Intervenants :

  • Ramón Tortajada (Université Pierre Mendès France/Grenoble 2) Rapports sociaux et reproduction de la force de travail
  • Roland Pfefferkorn (Cultures et Sociétés en Europe/Université de Strasbourg) De la dialectique production/reproduction aux rapports sociaux de sexe
  • Jules Falquet (CEDREF-CSPRP/Université Paris Diderot) Pour une perspective féministe imbricationniste de la fausse séparation travail productif-reproductif à l’analyse de la combinaison dynamique exploitation- appropriation
  • Christine Verschuur (IHEID, Genève) Articulation des rapports domestiques et rapports capitalistes de production / reproduction

13h-14h30 : déjeuner sur place

14h30-17h30 : 2nde Table Ronde : Penser la Reproduction

Modératrice : Chantal Nicole-Drancourt (CNRS/LISE)

Intervenants :

  • Dominique Fugeyrollas (IRISSO/CNRS/Université Paris Dauphine) Reproduction de la force travail, travail domestique, services domestiques, services à la personnes. Glissement sémantique ou différend théorique
  • Hélène Guétat (ENFA/Dynamiques Rurales/Toulouse) Le « care environnemental » peut-il être qualifié de travail reproductif ?
  • Elisabeth Hofmann (Université de Bordeaux III) Quid de la production du reproductif et de la reproduction du productif ?
  • Florence Degavre (FOPES/CIRTES/Université Catholique de Louvain) Penser la reproduction étendue à partir des approches polanyienne et féministe

17h30-18h Débat général, synthèse, perspectives

Clôture institutionelle : André Guichaoua (IEDES/DEVSOC)

Lieux

  • Campus du Jardin Tropical, Bât. principal - Amphithéatre 1er étage - 45bis av de la Belle Gabrielle
    Nogent-sur-Marne, France (94)

Dates

  • mercredi 05 juin 2013

Mots-clés

  • genre, féminisme, travail productif, travail reproductif, care, rapports sociaux

Contacts

  • Blandine Destremau
    courriel : blandine [dot] destremau [at] gmail [dot] com
  • Isabelle Guérin
    courriel : isabelle [dot] guerin [at] ird [dot] fr

Source de l'information

  • Isabelle Guérin
    courriel : isabelle [dot] guerin [at] ird [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les catégories de travail productif et travail reproductif », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 30 mai 2013, http://calenda.org/250636