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La mesure du danger

The measure of danger

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Publié le mardi 04 juin 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Le XIXe et le XXe siècles sont marqués par le développement sans précédent de la rationalité métrique. L’emprise des chiffres et de la mesure - étalonner, comparer, hiérarchiser – établit les critères de la normalité, du pathologique et de l’extraordinaire. Dans les domaines inhérents au danger ou au risque, la mesure permet de fixer des seuils, d’établir des échelles et des étalons, à partir desquels la dangerosité et la nature d’un évènement peuvent s’évaluer. Dans ce séminaire, nous chercherons à confronter la notion de danger à la matérialité des dispositifs sensibles, techniques et scientifiques, qui permettent d’en prendre la mesure (évaluer, dénombrer, prélever). Cette articulation nous apparaît particulièrement fructueuse dans la mesure où elle situe les questionnements à la frontière de l’anthropologie culturelle et de la sociologie des sciences, avec une attention toute particulière portée à la méthode ethnographique et aux spécificités sociales et historiques des contextes explorés. 

Annonce

Séminaire LESC/CERI (2012-2013)

Organisation : Sophie Houdart (CNRS, LESC), Vanessa Manceron (CNRS, LESC), Sandrine Revet (Sc Po, CERI) :

Contacts : houdart@mae.u-paris10.fr  ; vanessa.manceron@mae.u-paris.10.fr; revet@ceri-sciences-po.org

http://www.mae.u-paris10.fr

Argumentaire

Le XIXe et le XXe siècles sont marqués par le développement sans précédent de la rationalité métrique. L’emprise des chiffres et de la mesure - étalonner, comparer, hiérarchiser – établit les critères de la normalité, du pathologique et de l’extraordinaire. Dans les domaines inhérents au danger ou au risque, la mesure permet de fixer des seuils, d’établir des échelles et des étalons, à partir desquels la dangerosité et la nature d’un évènement peuvent s’évaluer.

Dans ce séminaire, nous chercherons à confronter la notion de danger à la matérialité des dispositifs sensibles, techniques et scientifiques, qui permettent d’en prendre la mesure (évaluer, dénombrer, prélever). Cette articulation nous apparaît particulièrement fructueuse dans la mesure où elle situe les questionnements à la frontière de l’anthropologie culturelle et de la sociologie des sciences, avec une attention toute particulière portée à la méthode ethnographique et aux spécificités sociales et historiques des contextes explorés.

Prendre la mesure du danger peut consister à réagir et à s’adapter aux aléas qui surviennent, qu’il s’agisse d’une catastrophe soudaine ou d’un péril plus diffus et lent. Cela revient également à fixer une métrologie, à partir de laquelle la dangerosité d’une menace ou d’un évènement s’évalue. Le danger peut se rapporter au domaine environnemental, mais aussi à la sécurité publique, à la démographie,  aux conflits armés, aux pratiques à risque, à la santé, etc.

Un évènement peut se lire dans des chiffres très grands (statistiques) ou bien au contraire dans des traces, des indices, grâce à la production de données standardisées ou dans la mesure subjective d’évaluation d’une intensité, mais dans tous les cas il est question d’échelle et d’évaluation métrique du danger. En outre, ces observations ne prennent sens qu’encapsulées dans un ensemble d’interactions sociales dont il s’agit aussi de rendre compte.

Programme

10h- 11h30

  • Sara BENABOU (Post-doctorante, Université Paris-Est Marne-la-Vallée. Centre Alexandre Koyré, EHESS CNRS MNHN / IFRIS.)

« You cannot manage what you do not measure ». Les enjeux de la mise en nombre dans le développement des mécanismes de compensation écologique

Face aux échecs des politiques destinées à enrayer l’érosion de la biodiversité, ce qui était d’abord un adage prisé dans les milieux du management semble être devenu le credo du monde de la conservation. « Si nous voulons vraiment gérer notre sécurité écologique », dit un rapport pionnier sur le sujet, « nous devons mesurer les écosystèmes et la biodiversité, tant d’un point de vue scientifique qu’économique » (TEEB, 2008). Parmi les entreprises qui témoignent de l’extension de cette visée de mesure de la biodiversité et de monétarisation des « services » qu’elle rend, les mécanismes de compensation écologique connaissent un essor remarquable dans le monde. Nous analyserons quelles représentations de la nature et de la société cette nouvelle approche de la conservation véhicule, et quelles formes de gouvernance elle favorise.

11h30-13h

  • Jean-François CAREMEL (Doctorant, EHESS - CERMES3, En accueil au LASDEL)

La malnutrition : Mesurer les corps et les rendre comparables : de la recherche coloniale à la médecine humanitaire

En parallèle de la controverse sur les causes de la pathologie et ses modes de prise en charge, les méthodes de diagnostic ont évolué au cours du XXème siècle. Les évolutions ont porté sur la mise au point de normes de référence et de dispositifs de mesure. Au cours du XXème siècle différents types de malnutritions (retard de croissance, maigreur, insuffisance pondérale) sont progressivement identifiés et rattachés à des ratios (poids/taille, taille/âge…). En même temps que s’élaborent ces indices, les outils de mesure se perfectionnent et reconfigurent les modes de dépistage. Ces éléments permettent l’émergence progressive de méthodologies d’enquête de masse adaptées aux contextes précaires comme le Sahel. Elles permettent dans les années 1970 et 1990 d’affiner le profil épidémiologique de la malnutrition dans la zone. C’est une métrique des corps qui se construit. Elle s’appuie sur des normes de référence qui, elles aussi, sont régulièrement renégociées. Au cours de la période coloniale ont prévalu au Sahel des logiques ethnique, héréditaire voir eugénique, avec des implications fortes sur la définition des standards de référence locaux ou ethniques. A partir de 2006, de nouvelles normes conduisent à un dépistage plus précoce des cas de malnutrition et donc à une plus grande simplicité de pris en charge donc à une baise de la mortalité associée. En contrepartie, elles conduisent à un accroissement important des enfants considérés comme sévèrement malnutris. Au Niger l’application de ces critères conduit à ce que jusqu’à huit fois plus d’enfants puissent être considérés comme sévèrement dénutris.

13h-14h30 Pause déjeuner

14h30-16h

  • Romain BERTRAND (historien, CERI)

Mesure, prévention technique et conjuration rituelle des périls nautiques dans une "situation de contact" (Hollande et monde malais, XVIe-XVIIe siècle)

16h-17h : Discussion générale

Lieux

  • LESC – Maison de l’Archéologie et de l’Ethnologie René-Ginouvès (MAE), Salle F308 - 21 allée de l’Université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • jeudi 13 juin 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • anthropologie, risque, mesure, histoire des sciences, humanitaire, biodiversité, histoire globale, histoire connectée

Contacts

  • Sandrine Revet
    courriel : revet [at] ceri-sciences-po [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Sandrine Revet
    courriel : revet [at] ceri-sciences-po [dot] org

Pour citer cette annonce

« La mesure du danger », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 04 juin 2013, http://calenda.org/251821