AccueilD'une guerre à l'autre : que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?

D'une guerre à l'autre : que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ?

From One War to the Next: What Was Left of 1870-1871 in 1914?

Von einem Krieg zum nächsten: Was wirkt 1914 von 1870/71 fort?

Relations internationales, armées et sociétés

International Relations, Armies and Societies

Internationale Beziehungen, Armeen, Gesellschaften

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Publié le mercredi 05 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

Dans ses Souvenirs d’un européen, Stefan Zweig croit pouvoir caractériser l’avant-guerre de 1914 dans l’empire d’Autriche-Hongrie comme un « âge de la sécurité » où « personne ne croyait à la guerre ». Les guerres étaient considérées comme appartenant aux « époques révolues ». De fait, l’une des premières questions qui viennent à l’esprit, au moment où approche la commémoration de 2014, est de savoir comment les européens se représentaient la guerre, le sens qu’elle pouvait avoir pour eux, la variété des souvenirs et des savoirs dont s’est nourrie leur appréhension de la réalité nouvelle qui s’est imposée à eux à l’été 1914.

Annonce

Premières rencontres historiques du musée de la guerre de 1870 et de l’annexion, colloque international, 27-29 mars 2014, Gravelotte 11, rue de Metz, f- 57130

Argumentaire

Dans ses Souvenirs d’un Européen, Stefan Zweig croit pouvoir caractériser l’avant-guerre de 1914 dans l’Empire d’Autriche-Hongrie comme un « âge de la sécurité » où « personne ne croyait à la guerre ». Les guerres étaient considérées comme appartenant aux « époques révolues ». De fait, l’une des premières questions qui viennent à l’esprit, au moment où approche la commémoration de 2014, est de savoir comment les Européens se représentaient la guerre, le sens qu’elle pouvait avoir pour eux, la variété des souvenirs et des savoirs dont s’est nourrie leur appréhension de la réalité nouvelle qui s’est imposée à eux à l’été 1914.

Dans le cas de la France, nul ne saurait plus prétendre que la guerre ait été conçue et voulue comme la revanche attendue depuis quarante-trois ans. Cela ne signifie évidemment pas que la guerre de 1870-1871 soit tombée dans un oubli complet. Chacun sait que depuis les crises de Tanger en 1905 et surtout d’Agadir en 1911, le réveil nationaliste a rendu son actualité au problème des « provinces perdues ». Ce qui est moins connu, c’est la nature précise des relations que les contemporains ont établies, spontanément ou sous l’effet des propagandes, entre la guerre nouvelle et la précédente. On peut présumer que cette mémoire, collective mais à éclipses et qui fut matière à recompositions, est un élément de différenciation entre les régions atteintes par la guerre en 1870-1871, a fortiori les départements occupés jusqu’en 1873, et la moitié sud de la France. Cette différence, qui a pu nourrir des préjugés antiméridionaux, a toutefois été réduite par bien des moyens : actions commémoratives, récits de vétérans, programmes d’enseignement unifiés, etc., mais jusqu’à quel point ?

Des questions similaires se posent du côté allemand. La démonstration faite par John Horne et Alan Kramer de la rémanence, dans les « atrocités » de 1914, du souvenir des francs- tireurs de 1870, incite à s’interroger sur ce qu’il restait, dans la société tout entière et pas seulement dans l’armée, de la guerre victorieuse et fondatrice que commémorait chaque année le Sedanstag. À cet égard, de sensibles différences existent entre Länder au sein du Reich comme entre régions dans la République française.

Plus largement encore, il est souhaitable de comparer les processus d’internationalisation du conflit dans les deux cas. Une attention prioritaire devrait être portée ici aux pays frontaliers des belligérants, Belgique, Luxembourg, Suisse, et aux manières dont ils ont été concernés, à des degrés évidemment inégaux, par les deux conflits. Jusqu’à quel point les contemporains, dans les deux principaux pays concernés sur le front de l’Ouest, ont-ils mesuré, dans leur expérience quotidienne, que la guerre de 1914 n’était pas seulement une nouvelle guerre franco-allemande, mais une guerre mondiale ? Inversement, alors que la guerre de 1914 a pu être d’emblée perçue comme européenne, dans quelle mesure les populations de 1870 ont-elles conçu que la guerre, en se prolongeant, pouvait s’internationaliser ? Le parti de la neutralité auquel s’en sont tenus des pays dont la France escomptait le soutien obéit à des considérations sur l’histoire européenne qu’il importe de réexaminer dans un contexte où le Bicentenaire de la Révolution constitue, en France, le modèle de référence pour l’organisation de la commémoration du Centenaire de la Grande Guerre.

Ces questions, il semble particulièrement légitime de les poser à l’occasion de la première manifestation scientifique du Musée de Gravelotte, entièrement consacré à la guerre de 1870 et à l’annexion d’une partie de la Lorraine et de l’Alsace. Amené à devenir le seul lieu culturel d’ampleur nationale sur la guerre de 1870, le Musée de Gravelotte tient à montrer dès son ouverture que des activités scientifiques de haut niveau doivent constituer aussi son horizon de fonctionnement. Dans cet esprit, le colloque proposé est le fruit d’un partenariat entre le Conseil scientifique du Musée de Gravelotte et deux établissements qui viennent de créer ensemble un groupe de recherche international sur la guerre de 1870 et ses conséquences, Sciences Po Paris et l’Albert-Ludwigs-Universität Freiburg.

Les propositions de communication pourront se situer à un niveau aussi bien « macro » – celui, par exemple, des héritages de la guerre de 1870-1871 dans les réflexions et les débats en matière de droit international ou dans les usages diplomatiques – que « micro » – celui, notamment, de la réactivation de pratiques d’occupation ou de formes de résistance des occupés. Le cas de la mobilisation déclenchée par erreur dans le canton d’Arracourt (Meurthe-et-Moselle) en novembre 1912 est connu, mais on aimerait en savoir plus sur l’écho qu’il a reçu.

Les propositions de communication pourront porter, entre autres sujets,

  • sur la place de la guerre de 1870 dans l’instruction militaire et en particulier la formation des cadres, les doctrines stratégiques et tactiques, pas seulement, bien sûr, en France et en Allemagne ;
  • sur les formes de combat et de violence, en 1870-1871 et dans les premières campagnes de 1914 ;
  • sur l’héritage commémoratif, notamment sur les monuments et les manifestations dont ils peuvent être l’objet en 1914 ;
  • sur la reviviscence de représentations et de symboles dans l’imagerie patriotique d’une guerre à l’autre ;
  • sur la capacité de différentes catégories d’acteurs sociaux et politiques à puiser, pour se convaincre que la guerre serait courte, dans le répertoire des leçons supposées de la guerre précédente.

Modalités de soumission

Les propositions de communication, d’une à deux pages, comporteront, outre les nom et prénom de leurs auteurs, l’indication de leur appartenance institutionnelle, un titre et un résumé indiquant en particulier sur quelles sources ils ou elles entendent s’appuyer.

Elles seront examinées par le comité scientifique du colloque et la réponse sera communiquée aux auteurs dans le mois qui suivra le dépôt des propositions.

Toutes les propositions de communications sont à faire parvenir à l’adresse suivante :

Département de la Moselle DCT/DAC
à l’attention de Monsieur Eric Necker
1 rue du pont Moreau
BP 11096 57096 Metz cedex 1

Eric.necker@cg57.fr

tél. 0033 (0)3 87 65 86 54

Date lime d'envoi des propositions : 21 juin 2013

Comité scientifique du colloque

Jean-François Chanet, Christopher Clark, François Cochet, Olivier Dard, Étienne François, Christine Krüger, Jörn Leonhard, Jacob Vogel.

Lieux

  • 11 rue de Metz
    Gravelotte, France (57)

Dates

  • vendredi 21 juin 2013

Mots-clés

  • guerre, 1870, armées, 1914, 1871, War, Armies, International Relations, Krieg, Armeen

Contacts

  • Éric Necker
    courriel : Eric [dot] necker [at] cg57 [dot] fr
  • Jean-François Chanet
    courriel : jeanfrancois [dot] chanet [at] sciences-po [dot] fr

Source de l'information

  • carole gautier
    courriel : carole [dot] gautier [at] sciencespo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« D'une guerre à l'autre : que reste-t-il de 1870-1871 en 1914 ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 05 juin 2013, http://calenda.org/251926