AccueilDroit et sociologie (1860-1939). Moment juridique de la sociologie ou moment sociologique du droit ?

Droit et sociologie (1860-1939). Moment juridique de la sociologie ou moment sociologique du droit ?

Law and sociology (1860-1939). The legal moment of sociology or the sociological moment of law?

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Publié le jeudi 06 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

Ce colloque se propose d'interroger l'histoire des rapports et déterminations réciproques entre science juridique et science sociale sur une période s’étendant des premières entreprises d’institutionnalisation de la sociologie dans les années 1860 jusqu’aux prémices de constitution de la sociologie juridique comme discipline autonome dans l’entre-deux-guerres. Il s’agira également de contribuer à une comparaison de ces histoires selon les différents contextes nationaux et les différentes traditions disciplinaires nationales.

Annonce

L’Institut Michel Villey de l’Université Paris 2 Panthéon-Assas et l’École de droit de Sciences Po organisent, avec le soutien de Philosophies contemporaines / NoSoPhi de l’Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, un colloque international intitulé : « Droit et sociologie (1860-1939). Moment juridique de la sociologie ou moment sociologique du droit ? ». Le colloque se tiendra le jeudi 20 juin et le vendredi 21 juin 2013 à Paris.

Organisateurs :

  • Frédéric Audren, chargé de recherche CNRS, CEE-École de droit de Sciences Po
  • Mélanie Plouviez, Post-doctorante à l’Institut Michel Villey, Université Paris 2 Panthéon-Assas

Présentation

Ce colloque se propose de revenir sur les rapports qui se sont noués, en Europe, au tournant des XIXe et XXe siècles, entre le droit et la sociologie alors naissante.

Il est généralement admis que ces rapports ont été d’incompatibilité. Du côté de la sociologie en cours de formation, il n’est qu’à évoquer la charge de Frédéric Le Play contre « l’influence néfaste » des légistes, les critiques d’Auguste Comte et de ses disciples à l’encontre des concepts traditionnels du droit considérés comme métaphysiques, ou encore l’opposition d’Émile Durkheim à une science juridique jugée normative. Du côté des juristes, la réaction semble avoir oscillé entre l’ignorance et l’hostilité déclarée envers les prétentions estimées hégémoniques de la nouvelle science.

Pour autant, au-delà de ces oppositions déclarées, la science juridique et la science sociale n’ont-elles pas, au tournant du XXe siècle, exercé l’une sur l’autre des déterminations réciproques ?

Il s’agira, lors de ce colloque, de travailler à une histoire des rapports et déterminations réciproques entre science juridique et science sociale sur une période s’étendant des premières entreprises d’institutionnalisation de la sociologie dans les années 1860 jusqu’aux prémices de constitution de la sociologie juridique comme discipline autonome dans l’entre-deux-guerres. Il s’agira également de contribuer à une comparaison de ces histoires selon les différents contextes nationaux et les différentes traditions disciplinaires nationales.

Ce colloque sera interdisciplinaire, non pas seulement par son objet, mais aussi par ses contributions qui pourront relever de différents horizons disciplinaires : sociologie, droit, histoire du droit, histoire, philosophie, etc. Les interventions pourront s’inscrire dans les quatre axes ci-dessous.

Le droit et les juristes dans les institutions de la sociologie naissante

La thèse d’une sociologie naissante globalement hermétique au droit résiste mal à la prise en compte des différents courants visant à édifier une science sociale, en particulier en dehors de la voie universitaire tracée par Durkheim. Ainsi, certains de ces courants sont conduits par des juristes – que l’on songe à Gabriel Tarde, juge à Sarlat ou à René Worms, auteur en 1891 d’une thèse de la Faculté de droit de Paris. La plupart associent des professionnels du droit à la construction de la nouvelle discipline : ainsi, par exemple, les institutions leplaysiennes, ou la Revue Internationale de Sociologie dirigée par Worms, accueillent un nombre conséquent de professeurs de droit, de docteurs en droit, de magistrats et d’avocats. Il n’est pas jusqu’aux institutions de l’école durkheimienne qui n’accordent une place centrale aux questions juridiques sans en déposséder les juristes : dans l’Année sociologique, le droit constitue le domaine le plus étudié, confié en grande partie à des docteurs en droit (Maurice Halbwachs, Hubert Bourgin, Jean Ray) et à des professeurs de droit (Paul Huvelin, Emmanuel Lévy). Un premier enjeu de ce colloque sera d’étudier la présence et l’engagement des juristes dans les différents courants et institutions de la sociologie naissante.

L’apport conceptuel du droit dans la construction de la sociologie

Il s’agira corrélativement d’analyser les effets intellectuels de cette présence et de cet engagement des juristes dans les mondes de la science sociale. Quelle conception du droit les différents courants de la sociologie française proposent-ils ? Quelle place au sein des phénomènes sociaux lui accordent-ils ? Au-delà de la conceptualisation sociologique du droit, rencontre-t-on dans les productions sociologiques de l’époque des modes de raisonnement et des paradigmes juridiques ? Pour n’en donner qu’un exemple, la conceptualisation durkheimienne du droit comme forme organisée des rapports sociaux peut accréditer la thèse d’une prétention hégémonique de la nouvelle discipline. Pour autant,aux yeux de Durkheim, le droit n’est pas n’importe quel phénomène social. Il n’est pas seulement un objet d’étude sociologique, mais aussi et surtout un instrument scientifique lui permettant d’observer d’autres phénomènes sociaux sinon inobservables. N’est-il pas également, selon le reproche adressé par Georges Gurvitch, le schème à partir duquel Durkheim aurait pensé tous les faits sociaux et en raison duquel il aurait échoué à saisir la spécificité du fait moral, ou encore du fait religieux ? Un second enjeu de ce colloque sera ainsi d’étudier l’influence intellectuelle du droit sur la construction de la sociologie, en termes d’importation ou de migration de concepts, d’exemples, de méthodes, de paradigmes, de la science juridique vers la science sociale.

La sociologie et les sociologues dans les institutions juridiques

Ce colloque se propose également de retracer l’histoire de la réception de la sociologie dans les milieux juridiques. Quelles ont été les réactions des institutions juridiques mises en demeure de se prononcer sur l’existence de la nouvelle science ? On sait que, dans les années 1880-1890, les Facultés de droit, si elles autorisent des cours libres de science sociale, refusent l’introduction de la sociologie au nombre de leurs enseignements officiels. Il pourra s’agir de restituer les débats, les positions tenues et les raisons, invoquées ou non, expliquant cet échec de l’institutionnalisation de la sociologie au sein des Facultés de droit. Il pourra également s’agir d’étudier la réception de la nouvelle discipline dans les autres institutions de la science juridique (revues, sociétés savantes, colloques, séminaires), comme dans celles de la pratique juridique.

Les effets intellectuels de la sociologie sur la science juridique

On s’efforcera enfin de mesurer les effets intellectuels que la sociologie émergente a pu exercer sur lascience juridique. En effet, un certain nombre de juristes – Paul Bureau, Léon Duguit, Fernand Faure, François Gény, Emmanuel Gounot, Maurice Hauriou, Paul Huvelin, Raoul Jay, Édouard Lambert Emmanuel Lévy, Raymond Saleilles, Edmond Thaller, pour n’en citer que quelques-uns – utilisent certaines leçons de la nouvelle science dans leurs élaborations doctrinales ou même législatives. Quels textes sociologiques ces juristes ont-ils lu ? Quels emprunts conceptuels, thématiques ou méthodologiques leur ont-ils fait ? Quelles formes et quels usages revêt la mobilisation juridique de la sociologie ? Sa signification est-elle exclusivement scientifique, ou plutôt sociale ou politique ? Un autre des enjeux de ce colloque sera ainsi d’étudier la transformation du droit par la science sociale.

Programme

Jeudi 20 juin

Sciences Po – Paris, amphithéâtre Érignac

9h30 - 10h : Ouverture du colloque

  • 9h30-9h45 Frédéric Audren (Chargé de recherchecnrs, cee-École de droit de Sciences Po) et Mélanie Plouviez (Post-doctorante à l’Université Paris 2, Institut Villey), Présentation du colloque
  • 9h45-10h Bruno Karsenti (Directeur d'études à l’ehess, lier-imm) « Le droit, symbole de la solidarité »

10h - 12h30 : Première session – Le droit dans la sociologie naissante

Présidence : Jean-Louis Fabiani (Directeur d’études à l’ehess, cespra)

  • 10h-10h30 Laetitia Guerlain (Maître de conférences à l’Université Bordeaux IV, Centre aquitain d'histoire du droit) « Les rapports entre les juristes et la science sociale leplaysienne »
  • 10h30-11h Mélanie Plouviez (Post-doctorante à l’Université Paris 2, Institut Villey)  « Le “droit primitif”dans l’Écolefrançaise de sociologie »

11h-11h15  Discussion

11h15-11h30 Pause café

  • 11h30-12h Louise Salmon (Doctorante à l’Université Paris 1, Centre d'Histoire du XIXe Siècle) et Marc Renneville (Directeur de recherche cnrs) « Du droit pénal à la sociologie criminelle. Gabriel Tarde et les juristes de son temps »

12h-12h15 Discussion

12h15-14h : déjeuner

14h - 15h30 : Deuxième session – Le droit dans la sociologie naissante

Présidence : Jean-François Kervégan (Professeur à l’Université Paris 1, phico/nosophi)

  • 14h-14h30  Nicola Marcucci (EHESS, Lier) « La volonté sociologique. Le renouvellement sociologique du droit naturel chez Ferdinand Tönnies »
  • 14h30-15h Olivier Beaud (Professeur à l’Université Paris 2, Institut Villey) « Pourquoi les juristes auraient intérêt à lire Max Weber »

15h-15h15 Discussion

15h15-15h30 Pause café

15h30 - 17h30 : Troisième session –  Les facultés de droit et la réception des sciences sociales

Présidence : Jacques Commaille (Professeur émérite, isp)

  • 15h30-16h Frédéric Audren (Chargé de recherchecnrs, cee-École de droit de Sciences Po) « Quand les facultés de droit françaises étaient des facultés de sciences sociales »
  • 16h-16h30 Élodie Richard (Chargée de recherche, ESOPP-CRH) « Le droit, matrice des sciences sociales en Espagne ? »
  • 16h30-17h Florence Renucci (Chargée de recherche cnrs, Centre d’Histoire Judiciaire)  « Les facultés de droit et la sociologie coloniale »

17h-17h20 Discussion

20h : dîner

Vendredi 21 juin

Salle des conseils – Centre Panthéon, Université Paris 2 Panthéon-Assas

9h30-12h30 : Quatrième session – L’ouverture des juristes aux sciences sociales

Présidence : Denis Baranger (Professeur à l’Université Paris 2, Institut Villey)

  • 9h30-10h Marc Joly (Chercheur affilié au Centre Marc Bloch de Berlin) « Raoul de la Grasserie : les conceptions psychosociologiques d'un magistrat »
  • 10h-10h30 Jean-Jacques Bienvenu (Professeur à l’Université Paris 2, crda) « Raymond Saleilles. Entre méthode historique et méthode comparatiste »

10h30-10h45 Discussion

10h45-11h Pause café

  • 11h-11h30 Marc Milet (Maître de conférences à l’Université Paris 2, cersa) « Léon Duguit et Maurice Hauriou, un dialogue juridique au prisme de la sociologie »
  • 11h30-12h Fatiha Cherfouh (Maître de conférences à l’Université Paris-Descartes, Institut d’Histoire du Droit)  « De quelques juristes ambivalents : socialiser le droit sans la sociologie »

12h-12h15 Discussion

12h15-14h : déjeuner

14h - 15h30 : Cinquième session – Vers la sociologie juridique

Présidence : Jean-Louis Halpérin (Professeur à l’ens, Centre de Théorie et Analyse du Droit)

  • 14h-14h30 Carlos Miguel Herrera (Professeur de droit public à l’Université de Cergy-Pontoise, Centre de philosophie juridique et politique) « La radicalisation sociologique de la pensée juridique : Emmanuel Lévy, Édouard Lambert, Georges Gurvitch »
  • 14h30-15h Raymond Verdier (Directeur de recherche honoraire cnrs) « Henry Lévy-Bruhl, l'inquiétude chrono-sociologique du juriste-historien du Très Ancien Droit Romain »

15h-15h15 Discussion

15h15-15h30 Pause café

15h30 - 17h30 : Sixième session – L'émergence de nouveaux objets socio-juridiques

Présidence : Christophe Jamin (Professeur à Sciences Po, École de Droit de Sciences Po)

  • 15h30-16h Claude Didry (Directeur de recherchecnrs, idhe)  « Groupes professionnels et conseils du travail 1900-1901, retour sur une concomitance »
  • 16h-16h30 Louis Assier-Andrieu (Directeur de recherchecnrs, cee-École de droit de Sciences Po) « La coutume à l'épreuve de la sociologie et de l'anthropologie »
  • 16h30-17h Évelyne Serverin (Directrice de recherche cnrs, irerp) « Jurisprudence et contentieux, les doubles vies de la vie du droit »

17h-17h20 Discussion

17h20-17h30 Clôture du colloque

Lieux

  • Sciences Po – Paris | Université Paris II Panthéon Assas - 13, rue de l'Université | 12, place du Panthéon
    Paris, France (75007 | 75005)

Dates

  • jeudi 20 juin 2013
  • vendredi 21 juin 2013

Mots-clés

  • science juridique, sociologie, doctrine, histoire des sciences sociales

Contacts

  • Frédéric Audren
    courriel : frederic [dot] audren [at] sciences-po [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Frédéric Audren
    courriel : frederic [dot] audren [at] sciences-po [dot] org

Pour citer cette annonce

« Droit et sociologie (1860-1939). Moment juridique de la sociologie ou moment sociologique du droit ? », Colloque, Calenda, Publié le jeudi 06 juin 2013, http://calenda.org/252335