AccueilLes savoirs entrent en scène. Codes, pratiques et représentations de la préface savante

Les savoirs entrent en scène. Codes, pratiques et représentations de la préface savante

Knowledge on stage. Codes, practices and representations of scholarly prefaces

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Publié le mardi 11 juin 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Cette journée d’étude se propose d’envisager la préface savante comme objet d’histoire, dans une réflexion construite à la croisée de l’historiographie, des théories de la réception et de l’histoire des pratiques et de la sociabilité savantes. Le discours préfaciel met ainsi en relation, au seuil d’un ouvrage, l’atelier du savant, dont l’oeuvre est directement issue ; les lecteurs, spécialistes ou profanes, auxquels elle se destine ; le monde savant, enfin, dans lequel elle a vocation à prendre place, conçu ici comme l’ensemble des savoirs, des traditions, des pratiques ou des normes que partage, à une époque et dans un contexte donnés, une communauté scientifique. La préface fait ainsi émerger un moment où le discours savant, à l’issue de la recherche et du travail de composition, se prend lui-même pour objet, se raconte et se met en scène, dans un mouvement critique et réflexif, producteur de sens et de représentations.

Annonce

Argumentaire

Depuis plusieurs années, la préface, définie par G. Genette comme « toute espèce de texte liminaire consistant en un discours à propos du texte qui suit ou qui précède », est devenue un objet d’analyse à part entière dans le champ de la théorie et des études littéraires. Les travaux menés dans ce domaine ont permis d’attirer l’attention des spécialistes sur l’histoire, les formes et les fonctions de l’instance préfacielle au sein de divers genres littéraires (en particulier : roman, autobiographie, théâtre). Or, cet outil d'analyse du discours n'a été que peu sollicité, à ce jour, pour l'étude du discours savant. C'est pourquoi, en prenant acte de la frontière mouvante qui sépare, pour une époque donnée, le littéraire du savant, nous nous intéresserons ici aux spécificités et aux enjeux de la préface savante. Depuis la Renaissance, le discours préfaciel s’est inscrit de façon pérenne dans l’espace de l’écriture et des pratiques savantes. Polymorphe et adossé à des visées multiples, il apparaît comme une instance privilégiée de médiation entre l’élaboration et la réception des savoirs.

 

Comme texte liminaire – rappelons que le terme de « préface » est lié, étymologiquement, au domaine du rituel –, la préface peut être appréhendée comme ce lieu textuel où le préfacier, c’est-à-dire l’auteur lui-même ou un tiers à qui l’on reconnaît une certaine expertise, encourage, prépare et accompagne la rencontre entre le produit de la recherche, devenue livre d’érudition, et le public auquel il s’adresse. Le discours préfaciel, c’est peut-être là sa spécificité, met ainsi en relation, au seuil d’un ouvrage, l’atelier du savant, dont l’oeuvre est directement issue ; les lecteurs, spécialistes ou profanes, auxquels elle se destine ; le monde savant, enfin, dans lequel elle a vocation à prendre place, conçu ici comme l’ensemble des savoirs, des traditions, des pratiques ou des normes que partage, à une époque et dans un contexte donnés, une communauté scientifique. La préface fait ainsi émerger un moment où le discours savant, à l’issue de la recherche et du travail de composition, se prend lui-même pour objet, se raconte et se met en scène, dans un mouvement critique et réflexif, producteur de sens et de représentations.

 

Texte où se dévoilent et se donnent à voir l’originalité d’un ouvrage, la singularité d’une démarche ou la personnalité d’un auteur, la préface est aussi, comme pratique savante, un exercice régi par des règles et des codes, par un langage et un ton spécifiques. Cette journée d’étude se propose d’envisager la préface savante comme objet d’histoire, dans une réflexion construite à la croisée de l’historiographie, des théories de la réception et de l’histoire des pratiques et de la sociabilité savantes. Il s’agira de s’interroger, tout d’abord, sur la pluralité des formes que le discours préfaciel, du XVIe siècle à aujourd’hui, a pu revêtir dans divers domaines de l’érudition (préface « auctoriale » ou « allographe », préface à une édition originale ou à une réédition, à un recueil d’écrits). L’analyse, dans cette perspective, sera attentive aux spécificités de la relation que le texte préfaciel permet d’instaurer, à l’intérieur de chacune de ces configurations, entre le préfacier, l’oeuvre et ses lecteurs.

 

Quels sont les destinataires possibles d’une préface ? Comment le préfacier choisit-il de s’adresser à eux ? Quel rôle la préface, comme préparation à lecture et comme premier moment de celle-ci, occupe-t-elle dans le processus de réception d’un ouvrage ? Comment l’actualité, les sollicitations et les attentes du temps présent parviennent-elles à s’immiscer dans le texte préfaciel ? Ces questionnements permettront d’appréhender, dans le même temps, les rapports qui unissent le discours préfaciel et les enjeux liés à l’écriture des savoirs. Quels procédés mobilise-t-on dans une préface savante (vocabulaire et tonalité, topoi, ressources du récit ou de l’ego-histoire) ? Selon quelles stratégies (déclaration d’intentions, apologie, remerciements ou reconnaissance de « dettes » intellectuelles, choix d’un public, recommandation de lecture) ? Dans quelle mesure le discours préfaciel participe-t-il des procédures de construction de la légitimité savante ? Quelle place faire, dans l’analyse de ce corpus, à la question des autorités ou des filiations intellectuelles ?

 

L’exploration de ces thématiques s’articulera à une réflexion sur l’image du monde savant que le discours préfaciel, comme lieu de mise en scène de l’érudition par elle-même, contribue à façonner, à entretenir ou à renouveler. Dans quelle mesure le corpus des préfaces savantes est-il à même d’éclairer l’idée que la science se fait d’elle-même, de son fonctionnement et de sa place dans la société contemporaine ? Comment les usages et les pratiques liés à l’art de la préface sont-ils susceptibles de renseigner l’historien sur les codes, les valeurs et les représentations qui caractérisent, à chaque époque et dans chaque contexte, une communauté académique ? Tels sont quelques-uns des questionnements que nous nous proposons d’aborder lors de cette journée d’étude.

Programme

Mercredi 26 juin

9h30-16h – salle D31 (MdR)

9h30-9h45 Accueil des participants

  • 9h45-10h15 Anthony Andurand

Préface

  • 10h15-10h45 Livia Meneghetti

L’art de la mémoire du dieu Thot dans l’écriture du Dictionnaire de l’ancien françois de Pierre Borel

Pause

  • 11h-11h30 Marine Le Bail

La préface dans les œuvres fictionnelles de Paul Lacroix : l’érudit au service de la construction d’une identité auctoriale

  • 11h30-12h Gilles Couffignal

Félix Arnaudin et le projet d’un « Livre de la Lange » : préfaces philologiques et obsessions romantiques

Pause déjeuner

  • 14h-14h30 Ida Iwaszko

Préfaces d’ouvrages portant sur la langue française : représentations et préparation

  • 14h30-15h Iwo Slobodzianek

Dialogues et réécritures dans les préfaces du Rameau d’or de James G. Frazer.

  • 15h-15h30 Clément Bertau-Courbières

Enquêtes sur des commencements antiques : quelques préfaces à la pensée grecque

  • 15h30-16h Jean-Yves Laurichesse

Conclusion

Lieux

  • Maison de la Recherche, Université de Toulouse II-Le Mirail
    Toulouse, France (31)

Dates

  • mercredi 26 juin 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • préface, préface savante, auteur, livre, lecteur

Contacts

  • Clément Bertau-Courbières
    courriel : clement [dot] bertau [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Clément Bertau-Courbières
    courriel : clement [dot] bertau [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les savoirs entrent en scène. Codes, pratiques et représentations de la préface savante », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 11 juin 2013, http://calenda.org/252761