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La contagion scientifique

Academic contagion

Séminaire interdoctoral d’épistémologie et de méthodologie dans les sciences humaines et sociales

Interdoctoral seminar in Epistemology and methodology in the humanities and social sciences

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Publié le mardi 11 juin 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Appel à contribution pour le séminaire interdoctoral de méthodologie et d'épistémologie des écoles doctorales LETS et LISIT. Pour sa troisième édition, le séminaire aura pour thématique « La contagion scientifique ». Derrière un titre volontiers provocateur se cachent de nombreuses pistes de réflexion autour de la problématique du  transfert scientifique, de ses pratiques, de son intentionnalité. A cela s’ajoutent les questions de dissémination/porosité entre SHS, entre SHS et les autres sciences et surtout des SHS vers le « hors-université », la société au sens large du terme (économie, politique…). Pourront donc être également abordés les moyens de cette transmission, les notions d’impacts et/ou de conséquences à l’intérieur des sciences et à l’extérieur, la notion de vulgarisation, la place du scientifique dans la société, dans les médias. 

Annonce

Argumentaire

Thème 2013/14 : La contagion scientifique

En médecine, plus précisément en pathologie, la contagion consiste en la propagation d’une affection, d’une maladie d’une personne à une autre par contact (ce qui s’entend dans l’origine latine du mot : cum et tangere « toucher »). Par extension, cet attouchement dommageable et dangereux peut se produire aussi par simple proximité. Au sens large, c’est simplement une transmission involontaire, immédiate ou médiate, mais généralement rapide. Alors en quels sens parler de contagion scientifique ? La chose scientifique se serait-elle répandue ou se répandrait-elle, telle la peste, sur le non-scientifique ? On imaginerait alors qu’un certain esprit de positivité aurait abouti à l’inverse du résultat escompté, que des aspects néfastes de la science aurait gangréné le poétique, l’esthétique, le moral, le religieux… l’humain en somme. Ou alors un certain type de scientificité aurait-il contaminé une vision plus noble de la science ? On pourrait aussi penser à une infection des sciences humaines par des sciences dites dures (et inversement), à une contamination de la science théorique ou fondamentale par la technique ou la science appliquée.

En réalité, le concept de contagion  a été intégré depuis longtemps au discours des sciences sociales. Émile Durkheim l’utilisait déjà dans ses études sur le suicide, considérant ce dernier comme un phénomène essentiellement contagieux. Son principal rival, Gabriel Tarde (1890)  affirmait, par ailleurs, que l’imitation de formes de comportement entre les individus était fondamentale à la construction de la culture et au maintien de la société. La mimésis était, affirmait-il, à la base de la logique sociale (Tarde, 1901). Après les années 50, les travaux de R. Girard (1976) et D. Dawkins (1976) on placé la mimésis au centre des études sur la cohésion sociale, la religion et la violence. De même, au sujet de la transmission sociale et culturelle, D. Sperber (1996, 1999) a fait de la contagion des idées le moyen par lequel se construit la culture, qu’il comprend, d’ailleurs, comme l’ensemble de représentations cognitives partagées par un groupe social.  A. Lynch (1996), quant à lui, ne s’éloigne guère de cette posture. Plus récemment,  la contagion a éveillé de nouveau l’intérêt des professionnels et théoriciens des SHS, soit en tant que concept théorico-méthodologique (Chatter et Hurley, 2006 ; Schönpflug, 2009) soit en tant qu’objet d’études empiriques (Keck 2010).

Aussi, derrière un titre volontiers provocateur se cachent de nombreuses pistes de réflexion autour de la problématique du  transfert scientifique, de ses pratiques, de son intentionnalité. A cela s’ajoutent les questions de dissémination/porosité entre SHS, entre SHS et les autres Sciences et surtout des SHS vers le « hors-Université », la société au sens large du terme (économie, politique…). Pourront donc être également abordés les moyens de cette transmission, les notions d’impacts et/ou de conséquences à l’intérieur des sciences et à l’extérieur, la notion de vulgarisation, la place du scientifique dans la société, dans les médias  etc...

Approche épistémologique

« Un spectre rôde sur les sciences sociales, le spectre d’une science naturelle du social » (Sperber, 1996). Avec cette phrase, Sperber affirme l’existence, à l’intérieur comme à l’extérieur des sciences sociales, d’une sorte d’épidémiologie de la transmission des idées. En fait, aujourd’hui, plus que dans les siècles passés, la nécessité d’une rencontre et d’une exploration interdisciplinaires semble inhérente à la recherche scientifique. C’est de là que notre séminaire de recherche tire son origine, et c’est dans cette perspective que se situe la réflexion qui a pour but de comprendre comment et dans quelle mesure l’impact d’une idée propre ou non aux sciences sociales laisse émerger ce que nous pouvons appeler une « contagion scientifique » dépassant les barrières disciplinaires. L’adoption d’un pluralisme ontologique qui permet d’affirmer que le monde social est peuplé soit d’objets matériaux soit d’objets immatériaux (Sperber, 1996) a conduit les sciences sociales à se charger d’une terminologie politéthique où tous les référents peuvent partager une ou plusieurs caractéristiques. C’est ainsi qu’un métalangage partagé s’est installé entre les SHS et les autres sciences et entre les SHS et le « hors-Université » pour traduire, vulgariser et comprendre les contaminations culturelles, images d’un mécanisme dynamique de la culture qui fonctionne comme un procès continu de codification et décodification de textes, messages, objets, pratiques, espaces qui proviennent d’autres cultures dotées de codes différents (Lotman et Uspenskij, 2001; Lotman, 1980).

Mais la contagion, relative aux formes de comportement, aux  pratiques, aux maladies, aux idées ou aux théories, est essentiellement un phénomène involontaire. Qu’elle soit comprise en termes de mimésis ou dans son acception proprement médicale, les agents de la contagion  relèvent d’éléments ou de forces externes à l’individu. Cela ne signifie aucunement que toute trace d’agence ou de volonté humaine puisse être effacée. Certes, comme dans le cas d’une maladie, la surexposition, la précaution ou même l’infliction (songeant à une guerre biologique) peuvent être causées par l’action humaine ; mais force est d’admettre que, dans le cadre de la contagion, l’importance de l’action consciente est  certainement restreinte. Dans ce sens, les travaux d’O. G. Oexle (éd, 2007) et de R. Laube (2006) ont montré de quelle manière un concept ou une notion, comme celle de l’historisme, peut se diffuser dans de nombreux domaines de la pensée sans que sa circulation puisse être adjugée à un effort individuel ou collectif volontaire.  

Approche méthodologique

En tant qu’objet, la contagion a été traitée récemment par une multiplicité d’études en SHS, qui l’ont abordée non seulement du point de vue de la construction de culture  (Girard, 1984, 1999) et de la transmission des représentation collectives (Ethan, 2010), mais aussi du point de vue socio-médical (Wald, 2008 ; Koch, 2011), décortiquant ainsi les discours autour de la maladie (Farmer, 2010), l’articulation de contrôles et d’un pouvoir biopolitiques (Basfhord, 2006 ; Keck, 2008) et les réactions collectives face à l’alarmisme (Dry et Leach, 2010). Dans le numéro récent de la revue « Tracés », dédié à la contagion et à la contamination (n° 21, 2011), Jussi Parika offre une excellente étude qui met face à face la contagion dans le monde virtuel des ordinateurs, réseaux sociaux et jeux en ligne et la contagion dans le monde physique. Dan Sperber (1996), quant à lui, ne parlait pas seulement de « contagion des idées », mais aussi de « contagion des théories », ce que Thiéry Guilbert (2009, 2010) a bien su expliquer en traitant l’histoire de l’évidence scientifique. La  transmigration des idées d’un domaine scientifique à un autre constituerait, ainsi, le moyen principal par lequel sont constituées les représentations scientifiques collectives. Car les différences disciplinaires ne se limitent pas à un rapport d’exclusion mais se mélangent aussi dans le cadre de projets scientifiques. Ainsi, nous pouvons observer, par exemple, qu’à l’intérieur du champ des « sciences cognitives » se réunissent aujourd’hui, les résultats de recherches effectuées dans plusieurs domaines, par exemple la neurophysiologie, la psychologie, l’intelligence artificielle, la philosophie de l’esprit, la linguistique, l’anthropologie, la génétique, l’éthologie ou même l’économie avec la théorie des jeux. Même les méthodologies des sciences humaines et des sciences « exactes » s’influencent mutuellement, comme le montre la majorité des recherches sur l’apprentissage des langues, usant d’une méthodologie de nature statistique et empirique. En même temps, les frontières entre les SHS et le « hors-Université » semblent devenir progressivement toujours plus poreuses : c’est le cas des médias qui empruntent le langage scientifique par un système de citations. 

Dans cette optique, la contagion scientifique, sujet choisi pour la troisième saison du Séminaire Interdoctoral « Sciences Humaines en Dialogue » (2013-2014), peut être comprise essentiellement comme un phénomène de  propagation, diffusion et transmissiond’idées, de théories et de méthodes à l’intérieur d’un champ scientifique ; entre champs scientifiques et en direction du champ social dans son ensemble. Dans le but d’étudier la perméabilité du domaine des SHS, le séminaire de cette année ne se restreindra pas exclusivement à ce domaine, mais cherchera aussi à étudier le flux d’éléments, d’ordre épistémologique et méthodologique, entre les SHS et les autres domaines scientifiques, tel les neurosciences, la linguistique, la biologie, la philosophie, etc. De la même manière, il s’intéressera à  comprendre l’étendue et la portée des travaux de SHS, leur diffusion et leur incidence dans la société. 

Modalités de soumission

  • Votre proposition devra indiquer le titre de votre intervention, accompagné d’une quinzaine de lignes de présentation (ne pas excéder  2000 signes).
  • Merci de préciser dans quel axe (méthodologique ou épistémologique) votre proposition s’inscrit.
  • Renvoyer votre proposition par mail à edlisit@u-bourgogne.fr

avant le 15 septembre 2013.

Coordination générale du comité scientifique

• Morgan Poggioli, secrétaire scientifique de l’ED LISIT, docteur en Histoire et chercheur associé au Centre Georges Chevrier : edlisit@u‐bourgogne.fr

Liaison entre le comité scientifique et les écoles doctorale LETS et LISIT :

• Samuel Gaston Amet, responsable du bureau doctoral de l’Université de Franche‐Comté. Doctorant en philosophie à l’Université de Franche‐Comté, membre du Laboratoire de Recherches philosophiques sur les Sciences de l'Action

• Ludovic Jeannin, responsable administratif de l’Ecole Doctorale LETS

Coordination de l’axe épistémologie

• Bernard Lyonnet, doctorant en sciences du langage de l’Université de Franche‐Comté, membre du Laboratoire de Sémio‐Linguistique et Didactique (ELLIAD)

• Mariangela Albano, doctorante en linguistique à l’Université de Bourgogne, membre du Centre Pluridisciplinaire Textes et Cultures

• Armando Torres Fauaz, doctorant en histoire à l’Université de Bourgogne, membre d’ARTeHIS (UMR Archéologie, Terre, Histoire, Sociétés)

Coordination de l’axe méthodologie

•Boris Urbas, doctorant en sciences de l’information et de la communication à l’Université de Bourgogne, membre de CIMEOS

• Franck Dubois, doctorant en histoire contemporaine à l'Université de Bourgogne, membre de l’UMR THeMA et membre associé du CREDESPO

Lieux

  • Maison des Sciences de l'Homme - Esplanade Erasme
    Dijon, France (21)

Dates

  • dimanche 15 septembre 2013

Mots-clés

  • épistémologie, méthodologie, transdisciplinarité, SHS, sciences

Contacts

  • Morgan Poggioli
    courriel : edlisit [at] u-bourgogne [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Morgan Poggioli
    courriel : edlisit [at] u-bourgogne [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La contagion scientifique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 11 juin 2013, http://calenda.org/252825