AccueilEntre posture et imposture, penser l'idée de « vérité » dans le travail de recherche

Entre posture et imposture, penser l'idée de « vérité » dans le travail de recherche

Between posturing and imposture - thinking the ideal of "truth" in research work

IIIe journée d’étude des doctorant·e·s du Cerlis, pôle « lien social et culturalisation »

3rd Cerlis PhD student study day, "Social links and culturalisation" pole

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Publié le mercredi 12 juin 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Vérité / mensonge, objectivité / subjectivité, réel / fiction : du choix du sujet au point final de la rédaction, le processus de recherche est travaillé et orienté par ces dichotomies. Comment parler de « vérité » en sociologie, par exemple dans le cas d’un travail sur des formes fictionnelles ? Et même, doit-on produire une « vérité » en sociologie ? Ne faut-il pas plutôt parler de « vision de la réalité » ? Au fond, ne vaut-il pas mieux abandonner le terme, et s’attacher à construire une connaissance du monde social démontrable, basée sur des observations et des analyses ? De plus, l’intérêt de cette connaissance n’est-elle pas d’être discutée et discutable ? 

Annonce

« Je savais absolument, et de façon tout à fait certaine, que j’étais un imposteur […]. Je ne travaille pas comme les autres. Je ne lis pas des classiques le matin dans mon lit ; nom d’un chien, je ne lis rien si ce n’est des romans bizarres et des choses qui n’ont rien à voir avec mon « travail ». Je ne vais pas prendre des notes à la bibliothèque ; je ne lis pas les périodiques d’un bout à l’autre ; et le pire, c’est que je n’en ai pas envie. Je ne suis pas une érudite. Je ne suis pas sociologue, parce que je ne connais rien en sociologie. » P. Richards, citée par H. Becker dans Écrire les sciences sociales

Argumentaire

Construire un travail de recherche, en sociologie ou ailleurs, c’est décider d’aborder une part du réel par un certain prisme, pour en donner une lecture plus poussée que celle du « sens commun ». Face à ce premier « vrai » travail de recherche qu’est la thèse, comment se confronte-t-on aux problématiques qu’il soulève ? Le jeune chercheur, avec ses choix scientifiques et méthodologiques, construit sa posture : ne peut-on parler aussi d’imposture ? Choisit-on le bon angle d’approche ? Construit-on son objet de façon convenable ? Nos données sont-elles valables ? Dit-on quelque chose de vrai  sur le monde social ? En sociologie des arts et de la culture, ce rapport à la “vérité” se complique, puisque l’on peut en outre choisir de travailler sur des oeuvres fictionnelles.

Vérité/mensonge, objectivité/subjectivité, réel/fiction : du choix du sujet au point final de la rédaction, le processus de recherche est travaillé et orienté par ces dichotomies. Comment parler de “vérité” en sociologie, par exemple dans le cas d’un travail sur des formes fictionnelles ? Et même, doit-on produire une “vérité” en sociologie ? Ne faut-il pas plutôt parler de “vision de la réalité” ? Au fond, ne vaut-il pas mieux abandonner le terme, et s’attacher à construire une connaissance du monde social démontrable, basée sur des observations et des analyses ? De plus, l’intérêt de cette connaissance n’est-elle pas d’être discutée et discutable ?

Nous souhaitons avec cette 3e Journée d’étude des doctorants du Cerlis offrir un espace d’échange réflexif autour du travail de recherche. Dans la continuité des réflexions engagées sur les méthodes et l’engagement du jeune chercheur (2011 et 2012), nous proposons donc cette année d’interroger le travail de recherche en sociologie des arts et de la culture en accueillant tous les retours d’expériences sur l’idée de “vérité” et le sentiment d’imposture.

Quatre axes de réflexions sont envisagés, mais toute proposition qui s’en écarterait tout en se rattachant à la problématique générale, quel que soit le champ sociologique ou la discipline, est la bienvenue. Ces quatre axes suivent les étapes du processus du travail de recherche auquel le doctorant est nécessairement confronté.

1. L’objet fictionnel

La fiction sous toutes ses formes est l’un des axes principaux de la recherche dans le domaine des arts et de la culture, un objet qui peut venir bousculer la quête de “vérité” du sociologue. Si les oeuvres étudiées, par exemple, sont le résultat d’un travail créatif qui ne fait référence à la réalité que de manière oblique, comment produire un travail de recherche qui tende vers un discours “vrai” ? Quel est le statut d’un objet fictionnel dans cette perspective, et est-il nécessaire de le reconstruire au regard de ses conditions de production ? Comment s’inscrit-on, enfin, face à un objet de ce type, dans les cadres sociologiques existants et notamment dans les outils construits pour approcher le monde social ? Cet axe sera l’occasion de réfléchir sur la posture du chercheur, en sociologie ou dans d’autres disciplines, qui vise à construire un protocole scientifique pour l’étude d’un objet au moins en partie fictionnel, quelle que soit sa forme.

2. Approche et méthodologie

On remarque qu’il existe une différence persistante d’appréciation entre les méthodes quantitative et qualitative. S’il est recommandé de tendre à dépasser cette opposition, elle reste prégnante dans les discussions entre chercheurs en sociologie. Selon la tradition dans laquelle le sociologue s’inscrit et selon  le contexte de son enquête, il fait le choix de la méthode qui lui semble être au plus près du réel - choix qui va dès le départ orienter toute sa recherche. Le travail quantitatif est apprécié pour la valeur de scientificité associée aux chiffres, aux tableaux de données... Tandis que le travail qualitatif est considéré à même de recueillir une parole riche, de permettre une expression plus libre de l’enquêté. Cet axe sera l’occasion de se demander quelles sont les raisons qui font que l’on pense s’approcher davantage du réel avec telle ou telle méthode, de réfléchir aux critères qui justifient nos choix méthodologiques et à la prééminence du travail qualitatif dans le domaine de la sociologie des arts et de la culture.

3. Interprétation et analyse

Pour faire face à son objet, le sociologue a divers moyens d’approche : choisir une méthode d’enquête, c’est déjà faire un grand pas dans la construction de sa recherche. Observations, études d’archives, questionnaires, entretiens : toutes les méthodologies entretiennent un rapport différent à la réalité, en proposent une approche différente. Nous proposons donc ici de réfléchir sur la production d’un savoir scientifique – d’une “vérité” ? – à partir de données construites par un individu qui ne peut avoir une vision totale et absolue du monde social. Lorsque l’on choisit de travailler sur des déclarations, obtenues par questionnaires ou par entretiens, que penser des discours tenus par les enquêtés ? Le sociologue doit-il, peut-il démêler le vrai du faux dans les paroles recueillies ?

4. Écriture

Il est souvent complexe pour le chercheur de passer d’une logique d’enquête à une logique d’écriture. Cette étape du travail de recherche confronte souvent le chercheur à un questionnement essentiel : comment transmettre un réel ? En quoi l’interprétation de résultats peut-elle s’approcher d’une “vérité” ? Dans quelle mesure l’écriture peut-elle être perçue comme un filtre de la pensée ? La complexité d’un jargon scientifique peut-elle empêcher la communication ?

Nous tenons à préciser encore une fois que toutes les disciplines en rapport avec les questions posées, sociologiques, artistiques, culturelles, seront les bienvenues. Nous entendons les termes arts et culture au sens large.

Conditions de soumission

Les propositions de communication (3 000 signes maximum, espaces compris, titre + résumé) devront nous parvenir par courriel à l'adresse jed.cultureetarts.cerlis@gmail.com

avant le 13 septembre 2013.

La proposition devra être accompagnée d'une courte présentation bio-bibliographique (contact, affiliation institutionnelle, statut, directeur de thèse, principaux axes de recherche... 10 lignes maximum).

Le comité scientifique s'engage à évaluer toutes les propositions de communication, anonymisées ; les résultats de la sélection seront communiqués début octobre 2013.

La journée d'étude aura lieu le lundi 25 novembre 2013 à Paris

Comité scientifique

(doctorantes à l'Université Paris 3 - Sorbonne Nouvelle / Cerlis Pôle lien social et culturalisation)
  • Laura Cappelle,
  • Emmanuelle Guittet,
  • Marie Le Grandic,
  • Morgane Maridet,
  • Léa Mestdag.

Lieux

  • Paris, France (75)

Dates

  • vendredi 13 septembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • sociologie, vérité, posture, méthodologie

Contacts

  • Morgane Maridet
    courriel : jed [dot] cultureetarts [dot] cerlis [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Morgane Maridet
    courriel : jed [dot] cultureetarts [dot] cerlis [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Entre posture et imposture, penser l'idée de « vérité » dans le travail de recherche », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 12 juin 2013, http://calenda.org/252856