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Instabilités globales et ordres des politiques économiques

Global instabilities and the Economic policies orders

Institutions, instruments et savoirs de gouvernement de l’économie

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Publié le mardi 11 juin 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Ce colloque cherchera à asseoir une démarche pluridisciplinaire de sciences sociales pour étudier les ordres des politiques économiques et monétaires. Cette manifestation scientifique sera à caractère international dans sa composition et son champ d’investigation. Elle s'inscrit dans le renouveau actuel de la sociologie économique, sans doute stimulé par la présente crise économique, et qui se fait à la croisée de diverses disciplines : science politique, sciences économiques, sociologie des sciences et des techniques, sociologie des professions, anthropologie et histoire économiques, économie politique (internationale).

Annonce

Argumentaire

Les attaques spéculatives contre les dettes publiques européennes, comme les incertitudes pesant sur l'avenir des économies des pays de l'OCDE et de leur système de protection sociale, sont des signes manifestes des instabilités du capitalisme financiarisé international. Ces phénomènes pourraient mener droit à la conclusion que les politiques économiques, financières et monétaires sont sujettes au désordre, au délitement. Pourtant, rapportées aux transformations et aux crises du capitalisme, les ordres institutionnels qui produisent et soutiennent les politiques économiques semblent se caractériser, tout au contraire, tant dans leurs personnels et leurs instruments d'action que dans leurs fondements théoriques par une inertie et une capacité de résilience étonnantes.

Les sciences sociales, comprises dans une perspective interdisciplinaire – mobilisant l’histoire économique, l’économie politique, la sociologie, la science politique, et la sociologie des sciences et des techniques – sont particulièrement bien armées pour investiguer, analyser et critiquer à nouveaux frais ce paradoxe apparent. Plus précisément, ce sont les tensions entre stabilisation et déstabilisation des ordres de la politique économique et monétaire qui seront prises pour objet dans les communications de ce colloque international. À travers l'analyse de la présente situation ou de périodes plus reculées, l'objet de ce colloque est de contribuer à la connaissance des ordres de la politique économique et monétaire dans leurs évolutions et transformations. Il s'agira en particulier d'interroger les médiations – sociales, institutionnelles, techniques et financières – qui les construisent, les soutiennent, les ébranlent, les transforment.

Trop souvent réifiée dans la littérature d'économie politique, l’enjeu consiste donc à revisiter la notion d’ « ordre économique » autour des questionnements suivants : de quelle façon et jusqu'où est-il un enjeu de définition et de perception sur le moment même ? Quels sont les acteurs, les institutions, les dispositifs et instruments qui le consolident, le déstabilisent ou simplement le configurent ? Quelles régularités s'en dégagent dans la répartition des ressources économiques, politiques et sociales ? Il s'agit par ce biais d'avancer dans l’étude de la régulation économique (inter)nationale en prenant pour objet les rapports de force traversant la définition et la conduite des politiques économiques et monétaires.

Quatre axes d'enquêtes et de réflexion appellent et orientent les communications attendues :

(1) la sociographie des élites des politiques économiques et monétaires

(2) l’analyse des « virages » et « ruptures » de politique économique

(3) les instruments de « cadrage » et de « pilotage » des politiques économiques et monétaires ainsi que les appareils de publicisation de l'ordre économique, financier et monétaire

(4) l’organisation internationale des marchés de change et de capitaux

1. La sociographie des élites des politiques économiques et monétaires

Que sait-on au juste des propriétés sociales et des trajectoires scolaires, administratives, politiques, bancaires, nationales et internationales, des élites parties prenantes des politiques économiques ? Ce premier axe s'attachera à avancer des éléments d'analyse originaux ou à proposer des éléments de synthèse théorique et empirique en ce domaine.

2. Analyse des « virages » et « ruptures » des régimes de politique économique et monétaire

Cette voie d'analyse invite à une interrogation réflexive portant sur l’écriture de l’histoire de certains grands épisodes des politiques économiques : « Trente glorieuses », « dirigisme économique et monétaire », « planification », « défense des champions nationaux », « système de Bretton Woods », « emprunt forcé », « dévaluations », « tournant de la rigueur », etc. Écritures en situation, souvenirs d'échecs ou de réussite qui tiennent lieu de jurisprudence informelle pour les élites des politiques économiques, consolident leurs certitudes, verrouillent les possibles et les alternatives, constituent aussi des ressources pour la critique, construisent la mémoire de luttes politiques et sociales, etc. 

3. Les instruments de « cadrage » et de « pilotage » des politiques économiques

Les contributions pourront aussi s'engager sur l’analyse des dispositifs et des catégories d’observation et d’action qui encadrent et font tenir les politiques économiques et monétaires : modèles macro-économiques de prévision budgétaire, fiscale ou commerciale, agrégats de la comptabilité nationale, techniques de financement des États, instrument de mesure de l’inflation et de la croissance (monétaire), etc. Autant d’instruments qui contraignent, définissent, orientent les horizons des acteurs gouvernementaux et non gouvernementaux. Cet axe intégrera aux réflexions l’analyse des dispositifs d’information et de formalisation du risque en étudiant la façon dont l’information économique et monétaire est construite, circule et contribue au maintien ou la déstabilisation des ordres décrits précédemment. Il s’agit d’étudier le caractère public des controverses, la façon dont les acteurs s’investissent dans la prise en compte et en charge de ces risques collectifs (chiffrage, rapports, notation, programmes électoraux, audit, etc.). Au nom de quels principes, de quelles valeurs, de quels groupes, de quelles entités ?

4. L’organisation internationale des marchés de capitaux et de change

Le quatrième axe opte pour une thématique plus sectorielle en visant la constitution des marchés internationaux de capitaux et de change, leur transformation et leur réglementation. L'un des objectifs pourrait être de mieux comprendre comment les souverainetés nationales – les intérêts et modalités de prise de décision des gouvernements nationaux – se recomposent en actes à l’aune d'interdépendances financières nouvelles. Les études pourront porter sur des cas de réglementation financière, d'unions économiques et monétaires ou de mise en marché des monnaies et des dettes publiques. Les communicants sont aussi invités à interroger les voies de coopération ou de coordination économiques internationales, faisant intervenir des organisations financières, bancaires et monétaires (inter)nationales publiques ou privées (FMI, BM, OMC, OCDE, UE, BCE, GAFI, instituts de normalisation comptables, CDC, etc.).

Organisateurs

vincent.gayon@dauphine.fr; benjaminnoel.lemoine@sciences-po.org

Programme

Lundi 17 juin / Monday 17th June – à l’Université Paris Dauphine (A709)

9h : Demi-journée 1 : Instabilités et marchés financiers

Présidence : Bruno Théret (IRISSO – Université Paris Dauphine)

  • Wesley Widmaier (Griffith University): « The Institutionalist-Neoclassical Debate and Macroprudential Regulation »
  • Sabine Montagne (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « De l’investisseur keynésien à l’investisseur institutionnel : théorisation savante et réorganisation managériale de la finance des années 1970 »
  • Simone Pollilo (University of Virginia): « Constructing Financial Innovations: Performativity and Networks of Prestige in Financial Economics »
  • Sophie Harnay, Laurence Scialom (EconomiX – Université Paris X Nanterre) : « Régulations bancaires et analyses économiques de la réglementation : quelles relations et influences ? »
  • Jacques-Olivier Charron (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « Une approche sociologique de la régulation financière en train de se faire : le cas d’UCITS V »

Discutant : Marion Fourcade (Max Planck Sciences Po Center)

14h30: Demi-journée 2 : Finances publiques et institutions monétaires

Présidence : Brigitte Gaïti (CESSP – Université Paris I)

  • Jérémie Barthas (Queen Mary – University of London) : « Ordre démocratique et désordre financier dans la Florence de Machiavel »
  • François-Xavier Dudouet (IRISSO – Université Paris Dauphine), Eric Grémont (OPESC), Antoine Vion (LEST – Université Aix Marseille) : « Centralité bancaire et émission monétaire »
  • Benjamin Lemoine (CSO - Sciences-Po), Bruno Théret (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « L’ordre des finances publiques. Historicité et réversibilité des agencements monétaires et financiers »
  • Eric Monnet (EHESS - PSE), « Un silence paradoxal. La fin de la politique du crédit et l'émergence de l'Union monétaire européenne (1970-1988) »
  • Frédéric Lebaron (CURAPP – Université de Picardie Jules Verne) : « Croyances et discours des acteurs dirigeants des politiques économiques européennes »

Discutant : André Orléan (EHESS)           

Mardi 18 juin / Tuesday 18th June  – à Sciences-Po (salles A. Sorel et L. Beaulieu)

9h : Demi-journée 3 : La politique en temps de crise économique

Présidence : Philippe Bezes (CERSA – Université Paris II)

  • Peter Gourevitch (UC San Diego) : « Politics in Recession Fighting: ‘O8 and ’29 compared »
  • Stephen Gill (York University) : « The Silent Revolution and the Future of Europe »
  • Vivien Schmidt (Boston University) : « The Eurozone Crisis and its impact on EU and National Political Economies and Democracy »
  • Boris Samuel (CERI – Sciences-Po) : « Saisir les trajectoires de l’État par les pratiques de formulation des politiques économiques : leçons tirées de cas d’études africains »
  • Vanessa Bernadou (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « Quand la politique est saisie par la question monétaire : le cas de la crise argentine des années 2000 »

Discutant : Bruno Jobert (IEP Grenoble)

14h30 : Demi-journée 4 : Pédagogie économique et ordre symbolique

Présidence : Olivier Borraz (CSO)

  • Vincent Gayon (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « Écrire et prescrire dans l'incertain. Le keynésianisme dans la tourmente à l'OCDE »
  • Sarah Kolopp (CMH – EHESS) : « Cadrer les questions économiques. Luttes d’institutions et transformation de la formation en économie à l’École nationale d’administration, 1961-1984 »
  • Arthur Jatteau (CURAPP – Université de Picardie) : « Sociographie d'un laboratoire de "lutte contre la pauvreté": le J-Pal »
  • Sabine Rozier (IRISSO – Université Paris Dauphine) : « Donner le goût du risque : mise en œuvre et usages de dispositifs de promotion de " l’esprit d’entreprise " dans les établissements scolaires français »
  • Jeanne Lazarus (CSO – Sciences-Po) : « L’éducation financière : une politique économique ? »

Discutant : Thierry Kirat (IRISSO)

Lieux

  • Université Paris Dauphine, A709 (1er jour) | Sciences-Po, salles A. Sorel, L. Beaulieu (2ème jour) - Place du Maréchal de Lattre de Tassigny | 17 rue Saint Guillaume
    Paris, France (75016 | 75007)

Dates

  • lundi 17 juin 2013
  • mardi 18 juin 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • ordres des politiques économiques, sociologie économique, institutions économiques, finances, monnaie, Europe, OCDE, économie politqiue internationale

Contacts

  • Vincent Gayon
    courriel : vincent [dot] gayon [at] dauphine [dot] fr
  • Benjamin Lemoine
    courriel : benjaminnoel [dot] lemoine [at] sciences-po [dot] org

URLS de référence

Source de l'information

  • Vincent Gayon
    courriel : vincent [dot] gayon [at] dauphine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Instabilités globales et ordres des politiques économiques », Colloque, Calenda, Publié le mardi 11 juin 2013, http://calenda.org/252926