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La traduction collaborative : de l’Antiquité à internet

Collaborative Translation: from Antiquity to the Internet

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Publié le lundi 17 juin 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Cette rencontre européenne IATIS se propose d’explorer la diversité des pratiques traductives qui remettent en question le mythe selon lequel le traducteur pourrait, voire devrait endosser le rôle d’auteur « original ». Nous invitons les chercheurs à réfléchir à la dimension collaborative de toutes les formes de traduction, passées et présentes, mais aussi à s’interroger sur la manière dont se négocient les pratiques créatives dans des contextes institutionnels. Toutes les contributions s’intéressant à l’histoire et aux pratiques collaboratives par-delà des frontières de l’Europe seront les bienvenues, ce qui permettra de recontextualiser ainsi la pensée de la traduction en Occident. L’histoire de la traduction en Europe est en effet marquée par une tension entre approche individualiste et approche collaborative.

Annonce

Argumentaire

« La traduction collaborative : de l’Antiquité à Internet ». Rencontre européenne de l’Association Internationale pour la Traduction et les Études Interculturelles (IATIS)

Cette rencontre européenne IATIS se propose d’explorer la diversité des pratiques traductives qui remettent en question le mythe selon lequel le traducteur pourrait, voire devrait endosser le rôle d’auteur « original ». Nous invitons les chercheurs à réfléchir à la dimension collaborative de toutes les formes de traduction, passées et présentes, mais aussi à s’interroger sur la manière dont se négocient les pratiques créatives dans des contextes institutionnels. Toutes les contributions s’intéressant à l’histoire et aux pratiques collaboratives par delà des frontières de l’Europe seront les bienvenues, ce qui permettra de recontextualiser ainsi la pensée de la traduction en Occident. L’histoire de la traduction en Europe est en effet marquée par une tension entre approche individualiste et approche collaborative.

De l’Antiquité à la Renaissance, des équipes de spécialistes multilingues pratiquaient communément la traduction. Des experts travaillaient de conserve à la résolution de problèmes de traduction au sein de telles équipes. Qui plus est, nettement distincts les uns des autres, les actes d’écriture et de lecture se trouvaient répartis entre les différents collaborateurs. Au cours de la Renaissance, les pratiques changent : les préfaces ou les traités portant sur la traduction mettent au contraire en valeur l'unicité implicite de l’acte traductif. En effet, l’exigence d’unicité au sein des institutions et des discours aux débuts de l’époque moderne en Europe (comme la standardisation linguistique et la consolidation de la foi, du foyer, de l’État, de la monarchie et de l’Église sous l’autorité de la figure unique de leurs patriarches respectifs) se conjugue alors avec l’exigence d’unité poétique : unité d’action, de temps, de lieu et de style. À la Renaissance, ces tensions se reflètent dans la manière dont on théorise alors la traduction. On privilégie un paradigme traductif individualiste au détriment d’autres modèles concurrents, tel celui de la traduction collaborative. Dès lors que l’on a délégué à l’individu une tâche souvent accomplie par un collectif, les théoriciens ont pu imaginer le traducteur comme le substitut de l’auteur du texte, lui confiant une mission redoutable : il s’agissait de rivaliser avec l’entendement de l’auteur dans sa propre langue, tout en égalant son talent et son style dans une autre.

C’est ainsi qu’à la Renaissance, on a commencé à se focaliser sur la figure du traducteur en tant qu’individu. Cette représentation du traducteur, et rarement de la traductrice, atteint toutefois son apogée au cours de la période romantique. On idéalise alors l’écrivain en tant qu’artiste : c’est un être unique et inspiré, doué d’un génie immatériel, voire spirituel, capable de révéler les fragments d’une langue idéale, selon la célèbre interprétation de Walter Benjamin. L’argument de Lawrence Venuti, selon lequel la volonté d’oblitérer l’existence du traducteur et de réprimer sa créativité aurait émergé pendant la période moderne, fait l’objet d’un large consensus dans le champ des études traductologiques. Cependant, selon une théorie moins répandue, le mythe du traducteur en tant que figure individuelle se substituant à l’auteur aurait également vu le jour à cette période. En effet, la traduction s’est rarement réduite à la confrontation d’une personne unique avec un texte, laquelle aurait travaillé isolément, loin de ses collaborateurs et de ses pairs, de ses relecteurs et de ses éditeurs, de son pays et de ses institutions.

Axes thématiques

Cette rencontre européenne IATIS se tiendra en juin 2014 à l’université Paris 8 Vincennes – Saint-Denis et se déroulera sur trois jours. On se concentrera sur l’histoire refoulée de la traduction collaborative. Il s’agira de recontextualiser ainsi les pratiques traductives contemporaines. Les participants s’intéresseraient à la façon dont Internet et les nouvelles technologies déploient l’éventail des pratiques collaboratives grâce aux mémoires de traduction, à la traduction dans les nuages, à l’externalisation distribuée en direction des fans, ou encore à la traduction communautaire en ligne etc. Les propositions qui mettront en exergue ces pratiques seront les bienvenues. C’est pourquoi nous encourageons les participants à aborder les questions suivantes, sans que cette liste ne soit ni limitative ni exhaustive :

  • l’histoire de la traduction collaborative
  • les coopérations entre communautés de différentes cultures visant à assurer la diffusion de leur savoir, de leur science et de leur littérature
  • les « pseudo-collaborations » et les enjeux politiques de la traduction à plusieurs mains (conflits, négociations, tactiques, rapports de force...)
  • les collaborations entre auteurs et traducteurs
  • les échanges, désirs et compromis qui se nouent entre traducteurs, correcteurs, relecteurs et éditeurs
  • les collaborations entre les différentes parties impliquées dans la traduction pour le théâtre, l’opéra et le cinéma
  • l’influence des compagnies, comme des institutions publiques et privées sur ces industries
  • l’influence de l’affect ou de l’humain et de l’interpersonnel dans les échanges entre les parties engagées dans la traduction collaborative
  • la nature des échanges virtuels et leur impact sur la traduction
  • l’impact des pressions exercées par les institutions qui poussent au travail collaboratif pour accroître « l’efficacité » de la traduction
  • les défis de l’archivage des traductions collectives et les questions de propriété intellectuelle que soulève la notion d’autorité collective

Modalités de soumission

Merci d’envoyer vos propositions (200-500 mots) à Easychair (https://www.easychair.org/conferences/?conf=iatis2014) et vos questions à anthony.cordingley@univ-paris8.fr.

Date limite d’envoi des propositions : 1er octobre 2013.

  • Langues de travail : anglais et français.
  • Ce colloque est libre de tout droit d’inscription.
  • Publication : le comité d’organisation publiera les actes sous forme d’ouvrage imprimé et aussi en ligne après évaluation des articles par un comité scientifique

Comité d’organisation

  • Anthony Cordingley
  • Céline Frigau Manning
  • Marie Nadia Karsky
  • Arnaud Regnauld

Ce colloque est le fruit d’une collaboration entre IATIS, la Bibliothèque Nationale de France et trois laboratoires de recherche de l’Université Paris 8 : EA 1569—Transferts critiques et dynamique des savoirs, EA 4385—Laboratoire d’études romanes, EA 1573—Scènes et savoirs.

Il a été proposé à IATIS en 2012, validé par le conseil scientifique d’IATIS en avril de 2013 et l’appel à contributions publié en mai sur les sites d’IATIS (https://www.iatis.org) et Labex Arts-H2H (http://www.labex-arts-h2h.fr).

 

 

Dates

  • mardi 01 octobre 2013

Mots-clés

  • collaborative translation, traduction collaborative, traduction collective

Contacts

  • Anthony Cordingley
    courriel : anthony [dot] cordingley [at] univ-paris8 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Anthony Cordingley
    courriel : anthony [dot] cordingley [at] univ-paris8 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La traduction collaborative : de l’Antiquité à internet », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 17 juin 2013, http://calenda.org/253432