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Michel Foucault et les religions

Foucault and Religion

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Publié le jeudi 20 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

La pensée de Michel Foucault, on le sait au moins depuis la publication de ses cours au Collège de France, est faite de nombreux excursus vers des domaines inédits pour le philosophe du savoir et du pouvoir. La spiritualité antique, l’histoire du christianisme primitif, l’ascétisme chrétien, les mouvements de contre-conduites et la question des marginalités religieuses ou du rapport entre politique et religion, à partir de la notion de « spiritualité politique » qu’il forge suite aux événements d’Iran, l’ont tout autant intéressé que la prison, l’asile, ou l’analyse des discours. Il s’agira durant ces journées de resituer et de discuter cette proximité (mais aussi l’inévitable distance) de Foucault avec la question religieuse, de visiter successivement les différents chantiers ouverts par lui dans lesquels les religions sont, par quelque biais, en question.

Annonce

« Foucault et les religions », IRCM – UNIL Lausanne

Avec le soutien de l’Association pour le Centre Michel Foucault.

Argumentaire

La pensée de Michel Foucault, on le sait au moins depuis la publication de ses cours au Collège de France, est faite de nombreux excursus vers des domaines inédits pour le philosophe du savoir et du pouvoir. La spiritualité antique, l’histoire du christianisme primitif, l’ascétisme chrétien, les mouvements de contre-conduites et la question des marginalités religieuses ou du rapport entre politique et religion, à partir de la notion de « spiritualité politique » qu’il forge suite aux événements d’Iran, l’ont tout autant intéressé que la prison, l’asile, ou l’analyse des discours.

L’intérêt qu’il porte tout au long de son parcours à ces questionnements doit nous obliger, trente ans après sa mort, à ouvrir à nouveau ces dossiers pour essayer d’en comprendre la place dans sa réflexion mais aussi les conceptualisations, ou les problématisations nouvelles de la question religieuse que l’œuvre de Foucault permet aujourd’hui. Qu’en est-il de son usage de la question religieuse ? Quelle fonction lui donne-t-il dans ses montages théoriques ?

Il s’agira durant ces journées de resituer et de discuter cette proximité (mais aussi l’inévitable distance) de Foucault avec la question religieuse, de visiter successivement les différents chantiers ouverts par lui dans lesquels les religions sont, par quelque biais, en question. Le christianisme, certes, mais aussi les religions non chrétiennes d’Occident. On peut relever un intérêt pour d’autres univers religieux : le judaïsme (cours de 1978 et 1980), l’Islam et le bouddhisme zen. De même, il semble difficile d’aborder la question de ce rapport sans mentionner le rôle joué par la littérature, Blanchot, Bataille et Klossowski (mais aussi Beckett, Roger Laporte, Sade). Des auteurs qui vont l’amener à réfléchir à la mort de Dieu, à l’indicible du discours et au discours mystique. La question du rapport entre religion et sexualité est elle aussi essentielle : chair, corps, péché, plaisir. Celle de la possession également…

Il s’agira, donc, de cerner la relation qui s’établit entre chacun de ces chantiers sans jamais postuler l’existence d’un unique fil rouge qui conduirait de l’un à l’autre et dont l’existence livrerait le secret de la cohésion synthétique de l’ensemble.

De manière non exclusive, les thématiques retenues seront :

  • La spiritualité antique

S'appuyant sur une relecture de la philosophie antique, Foucault propose dans ses derniers textes une analytique des pratiques de subjectivation, dont l'herméneutique du sujet n’est qu'une forme particulière. Celle-ci apparaît comme forme de connaissance spécifique qui implique une transformation de soi. Transformation qui peut se faire sous différentes formes et différentes modalités pratiques : techniques de concentration spirituelle, de remémoration d'énoncés, de formation de soi par des pratiques de lecture, d'écriture, d'examen, etc.

  • Religion et Modernité

Dès l’Histoire de la folie, Foucault questionne notre modernité, faisant de la religion un point de bascule. Il rappelle par exemple que la subjectivation de l’homme occidental est chrétienne, et pas gréco-romaine. Elle tient aussi à la question de l’aveu et de la confession, et de la rupture que cette pratique instaure au XIIe siècle en devenant obligatoire. Il donne dans plusieurs de ses textes une place importante à la Réforme et à la Contre-Réforme qui tour à tour questionnent et intensifient le pouvoir pastoral… On pourrait, à partir de là, chercher à analyser la manière dont Foucault reprend, mais aussi déplace, la question nietzschéenne et wébérienne de la modernité.

  • Religion et résistance

Cette troisième entrée permettrait, cette fois-ci en s’appuyant sur les textes « mineurs » de Foucault – entretiens et articles de presse – et plus particulièrement ceux produits après son retour d’Iran en 1978, de reprendre le dossier de la « spiritualité politique », et plus généralement des rapports entre politique et religion que Foucault ne cesse de travailler autour de la notion de « pouvoir pastoral » qu’il forge dans son cours de 1977-1978.

Aux côtés de l’Iran, on pourrait indiquer aussi la Tunisie, le Brésil et, surtout, la Pologne en 1982. Foucault est alors plus prudent pour qualifier religieusement le mouvement polonais – il s’agit pourtant bien à nouveau de spiritualité politique.

L’étude de la gouvernementalité qu’il engage à partir de 1978 lui permettra encore de revenir à la question plus générale du christianisme comme gouvernement des vivants (techniques d’aveu, d’examen, de direction de conscience). Son histoire stratégique du christianisme pense la questiondel’État et des gouvernementalités modernes à partir d’un pouvoir pastoral qui en constituerait comme la préhistoire, la matrice. On pourrait d’ailleurs mentionner le cas des révoltes anti-pastorales.

  • Les domaines de l’histoire des religions à l’épreuve de Foucault

La dernière entrée consiste à comprendre quelle est la place actuelle de Foucault dans les champs et les domaines de l’histoire des religions. Ses théories et ses méthodes ont-elles permis de renouveler les cadres conceptuels qui président généralement à de telles réflexions ? Est-il un auteur qui, pour reprendre le mot de Paul Veyne, a révolutionné ce champ de domaine, et comment ? A cet égard, la question des institutions et des techniques du contrôle social, centrale pour Foucault dans Surveiller et punir, a influencé non seulement les historiens de la justice, mais aussi ceux qui ont étudié les procédures disciplinaires des Eglises.

On sait qu’il est aujourd’hui un auteur largement utilisé, en particulier pour sa notion de discours et sa manière de conceptualiser les rapports pouvoir-savoir notamment à travers la critique de l’orientalisme. Que dire de son cours de 1980 dans lequel il retrace l’évolution de la théologie et de la liturgie baptismales au cours des deux premiers siècles ? Quelle est, enfin, l’ombre portée de la Gnose dans ses analyses ?

Modalités de soumission

Les personnes intéressées à présenter une communication dans le cadre de ce colloque sont invitées à nous adresser

  • un titre,
  • un bref résumé de leur contribution (ca. 300 mots),
  • en précisant leur fonction ainsi que leur affiliation institutionnelle,
  • en anglais ou en français,

jusqu'au 15 novembre 2013.

Proposition à envoyer à Jean-François Bert : Jean-Francois.Bert@unil.ch

Comité scientifique

incluant le comité d’organisation

  • Julien Cavagnis ;
  • Jean-François Bert ;
  • Philippe Artières ;
  • Frédéric Gros ;
  • Christian Grosse ;
  • Nicolas Meylan ;
  • Luca Paltrinieri ;
  • Philippe Chevallier

Lieux

  • Institut religions, cultures, modernité - Anthropole 5020.1 - UNIL - IRCM
    Lausanne, Confédération Suisse (CH-1015)

Dates

  • vendredi 15 novembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Foucault, religion, politique, modernité, spiritualité, antiquité

Contacts

  • Jean-François Bert
    courriel : jean-francois [dot] bert [at] unil [dot] ch

URLS de référence

Source de l'information

  • Jean-François Bert
    courriel : jean-francois [dot] bert [at] unil [dot] ch

Pour citer cette annonce

« Michel Foucault et les religions », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 20 juin 2013, http://calenda.org/253741