AccueilJeunesse irrégulière et école (XIXe-XXe siècles)

Jeunesse irrégulière et école (XIXe-XXe siècles)

The Role of School: Irregular Youth and Schooling (XIXth XXth centuries)

Revue d'histoire de l'enfance irrégulière (RHEI)

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Publié le lundi 24 juin 2013 par Élodie Faath

Résumé

La Revue d’histoire de l’enfance « irrégulière » est une publication consacrée au champ de l'histoire de l’enfance et de la jeunesse marginales ou marginalisées. Elle consacre son prochain numéro à la scolarité des jeunes « irréguliers », en France et hors de France, champ qui a été peu abordé. Seule certitude : la part du scolaire a toujours été marginale dans la prise en charge de ces enfants. Il s'agit donc de comprendre pourquoi dans une France qui prétendait faire l'éducation de ses futurs citoyens par l'instruction, les mineurs dépendant le plus étroitement de l'État (mineurs de justice, orphelins) se sont vus majoritairement refuser l'instruction au profit d'une simple éducation / rééduction.

Annonce

La Revue d’histoire de l’enfance “irrégulière” consacrera son prochain numéro au thème : « Jeunesse irrégulière et école » sous la direction de Laurent Besse

Argumentaire

La jeunesse contemporaine est le produit de l’école : le développement de la scolarisation primaire au XIXème siècle puis secondaire au XXème siècle a contribué à faire de l’élève, la figure normale de l’enfance puis de l’adolescence.  Ici, la jeunesse irrégulière mérite donc particulièrement son nom : elle échappe à ce qui devient progressivement la règle et n’a droit qu’à une scolarisation limitée, tant dans ses ambitions que dans régularité ou sa durée. Ainsi, malgré l’existence ancienne d’instituteurs de la Pénitentiaire, la part dévolue à l’étude dans les institutions de prise en charge des mineurs de justice a toujours été réduite, même lorsqu’à partir de la fin du XIXème siècle, les préoccupations de réhabilitation des jeunes délinquants émergent progressivement au côté de la volonté répressive traditionnelle. Si le projet de l’école primaire républicaine en France a pu être présenté de manière schématique comme une éducation par l’instruction, ce qui était offert à la jeunesse irrégulière visait, dans les faits, une éducation-rééducation sans instruction. Cette tendance était accentuée par la délégation que l’Etat accordait aux œuvres privées, religieuses dans le cas des filles, pour la prise en charge de la majorité de ces jeunes. Dans le même temps, la généralisation de l’instruction puis son obligation à partir de 1882, imposaient de nouvelles normes, celle de l’assiduité scolaire, celle du bon élève, qui produisaient leur lot de déviances : enfants fugueurs fuyant l’école, familles faisant un usage stratégique de la fréquentation scolaire jusque dans les années 1930, violences scolaires… Dans la fabrique sociale de la délinquance, l’école joue donc aussi son rôle.

L’historiographie de l’enfance de justice n’a accordé qu’une place limitée à la dimension scolaire. Cette lacune témoigne plus largement du faible intérêt que l’histoire de l’éducation a porté jusqu’à une date récente à la scolarisation des classes populaires urbaines et aux élèves de l’enseignement professionnel. L’appel à contributions vise donc à susciter des articles portant sur la place du scolaire dans l’histoire de l’enfance irrégulière mais également à observer l’institution scolaire depuis une de ses périphéries les plus éloignées. Il s’adresse donc à des spécialistes de l’enfance irrégulière mais également à des historiens de l’école. Par ailleurs, les liens avec l’histoire des conceptions et des pratiques du secteur dit de l’inadaptation doivent bien entendu être explorés. Si l’appel concerne le cas français, il espère susciter des articles portant sur d’autres expériences nationales, en particulier pour interroger l’apparent paradoxe d’une société française réputée scolaro-centrée, mais accordant si peu d’intérêt à la scolarisation de la jeunesse irrégulière. Par ailleurs, des études à l’échelle internationale autour du droit à l’instruction pour les mineurs de justice sont bienvenues.

Les propositions pourraient s’inscrire en particulier dans les orientations qui suivent :

  • L’épreuve scolaire

L’école comme institution impose sa discipline (horaires, tenue…). Elle juge et classe également. Comment les enfants vivent-ils la norme scolaire ? Quelle place le verdict scolaire a-t-il dans leur parcours ? Quelle place leurs parents, les maîtres, les magistrats, les travailleurs sociaux accordent-ils à la part scolaire dans les représentations qu’ils se font du jeune puis dans leurs décisions ? L’histoire des mineurs de justice permet-t-elle de mesurer le poids croissant des enjeux scolaires dans la vie des catégories populaires ? Une fois les jeunes placés, quelle importance ces derniers accordent-ils au temps scolaire qui leur est chichement accordé ? Quel usage l’institution fait-elle de la bonne ou mauvaise volonté scolaire dans sa gestion des jeunes ? Comment utilise-t-elle le cadre scolaire pour mener ses expertises psychologiques ?  Les dossiers individuels de jeunes fournissent sans doute ici une source de premier ordre, à la fois sur le destin des mineurs et mineures mais également sur « la ronde des professionnels » autour d’eux.

  • Temps et espaces scolaires en institutions

Lla part consacrée à l’instruction dans la prise en charge des mineurs de justice est minoritaire, pour ne pas dire minimale. Pour autant, elle a toujours existé, tant dans les institutions de garçons que de filles. Quelles formes a-t-elle prise selon les époques ? Quelle place a-t-elle occupé dans les emplois du temps ? Dans  quels lieux ?  Qui était chargé de faire cours ? Des instituteurs ? Des éducateurs ? Des détenus ? Selon quelles modalités pédagogiques ? On pourra également interroger les liens éventuels entretenus avec l’évolution de la société pédagogique globale : comment et quand les réformes parviennent-elles à franchir le mur des institutions ? Le secteur de l’enfance de justice fut-il à l’inverse le lieu de quelques d’expérimentations pédagogiques pionnières ?

  • Travail versus travail scolaire

Le scolaire est d’autant plus réduit que la priorité est à la mise/remise au travail des enfants placés pour des raisons à la fois économiques et morales. Existe-t-il des différences significatives entre types d’établissements ? Entre garçons et filles ? Quand, comment et par qui l’évidence de la priorité au « véritable » travail a-t-elle été questionnée ? L’importance nouvelle accordée dans les institutions à l’apprentissage professionnel à partir de 1945 s’inscrit dans un projet de réforme de la nouvelle Education surveillée. Mais elle entre également dans la logique de scolarisation des apprentissages professionnels qui se met alors en place en France, avec la généralisation du CAP comme horizon pour les catégories populaires. Quelle transformation produit-elle dans le quotidien des établissements ? Dans leur relation avec leur environnement ?

  • Un non-enjeu pour l’Instruction publique / Éducation nationale

L’Instruction publique puis surtout l’Éducation nationale à partir de 1932 ont prétendu à une forme de monopole des questions éducatives, secondée par une galaxie associative laïque chargée de prolonger son action hors du temps scolaire. Or, la jeunesse irrégulière semble avoir suscité assez peu d’intérêt dans ce ministère. Faut-il revoir ce constat ? Quelles furent, dans l’univers laïque, les personnalités soucieuses de ne pas abandonner à d’autres les mineurs de justice ? Plus largement se pose la question des relations entre l’Education nationale, la Justice et la Santé, mais également le Travail, et l’hypothétique ministère de la Jeunesse. Certaines législations étrangères (aux Pays-Bas par exemple) ont associé l'institution scolaire au travail de la justice des mineurs, convoquant un "pédagogue" au chevet de l'enfant coupable, d'autres (Suède et Norvège notamment), ont substitué aux tribunaux pour enfants des "commissions pédagogiques" administratives. Ces exemples ont-ils suscité des réflexions en France ou hors de France ? Ces questions ne renvoient pas seulement à des logiques de concurrence institutionnelle mais également à des conceptions de l’enfance irrégulière : existerait-il des enfants qui, par essence, ne pourraient relever du champ de l’instruction ?

Modalités de soumission

Les propositions de communication (en français ou en anglais) doivent contenir les informations suivantes :

  • nom et prénom,
  • université,
  • fonction,
  • court CV avec e-mail,
  • titre de la communication,
  • résumé de 250 à 500 mots.

La date de soumission des articles est fixée au 1er janvier 2014, et la revue paraîtra en septembre 2014.

Date limite de soumission des propositions : 20 septembre 2013.

Responsable scientifique

Dates

  • vendredi 20 septembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire, enfance irrégulière, jeunesse délinquante, orphelins, instruction scolaire

Contacts

  • Laurent Besse
    courriel : laurent [dot] besse [at] univ-lille3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Laurent Besse
    courriel : laurent [dot] besse [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Jeunesse irrégulière et école (XIXe-XXe siècles) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 24 juin 2013, http://calenda.org/253947