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Le sujet digital : in-scription, ex-scription, télé-scription

The digital subject: in-scription, ex-scription, tele-scription

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Publié le vendredi 19 juillet 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Ce colloque s'inscrit dans un projet pluri-annuel Labex Arts H2H « le sujet digital », dont il est le deuxième moment après le colloque Hypermnésie en 2012. Il s'agit d'explorer comment le développement réel ou imaginaire des machines numériques, de Babbage à internet, modifie la conception du sujet et ses représentations, dans son statut comme dans ses attributs. Pluridisciplinaire, ce projet accueille des contributions des champs suivants : philosophie, littérature, archivistique, arts, histoire des sciences et techniques, neurosciences.

Annonce

Argumentaire

Ce colloque s'inscrit dans un projet pluri-annuel Labex Arts H2H sur le sujet digital, dont il est le deuxième moment après le colloque Hypermnésie en 2012. Il s'agit d'explorer comment le développement réel ou imaginaire des machines numériques, de Babbage à Internet, modifie la conception du sujet et ses représentations, dans son statut comme dans ses attributs. Pluridisciplinaire, ce projet accueille des contributions des champs suivants : philosophie, littérature, archivistique, arts, histoire des sciences et techniques, neurosciences.

Comment le numérique recompose-t-il l’acte d’écriture, dans sa triple acception de production d’objet, de façonnement du sens et d’avènement du sujet ? Nous souhaitons explorer ce champ de recherche en mobilisant des points de vue aussi divers que la philosophie, les lettres, les neurosciences, l'archivistique.

Le numérique déplace l’écriture, qui se trouve abstraite de son support initial, le papier disons, et développée sur un autre médium, un écran, un réseau d'écrans. Loin d’être dématérialisé, le geste d’écrire garde une matière, un corps pour ainsi dire. Il reste des contraintes à laquelle l'écriture est soumise, mais ce ne sont plus celles qui réglaient l'écriture d'avant. Et ce déplacement, qui suppose dans bien des cas une transcription (par duplication numérique ou réencodage), va bien au delà de celle-ci. Il ouvre la voie à ce que l’on pourrait nommer télé-scription, écriture à distance au travers d'un objet technique qui ouvre entre le corps et l'écrit une dimension irréductible et projette l'écrit dans un médium dont les règles sont autres. Introduisant une médiation supplémentaire, contredisant une fois de plus le mythe du rapport immédiat du sujet au sens.

Axes thématiques

« L’excription passe par l’écriture — et certainement pas par des extases de la chair ou du sens. Il faut donc écrire, depuis ce corps que nous n’avons pas, et que nous ne sommes pas non plus : mais où l’être est excrit — Si j’écris, cette main étrangère est déjà glissée dans ma main qui écrit », notait Jean-Luc Nancy dans Corpus. L'écriture excrit. Elle possède un autre bord. Il y a des états de choses que l'on décrit mais un autre bord aussi où s'indique le sujet, le corps technique qui écrit. La télé-scription, dans le numérique, peut-elle être considérée comme un forme d'excription, d'espacement pour reprendre les termes de Jean-Luc Nancy et de Jacques Derrida ? Ou bien par les modifications qu'elle implique dans la temporalité notamment de l'écriture faut-il la poser à part et y voir un phénomène nouveau, transformant radicalement les relations entre les termes en question : écrit, corps, sujet, technique.

Nous ne faisons que commencer à appréhender l’étendue des effets de ces nouvelles façons d’écrire. Prenons l'effacement possible des repentirs, ratures et hésitations, tout le travail de la reprise de l’énoncé qui introduit une instabilité des marques et des traces sans comparaison avec le papier : comment cette labilité du sens affecte-t’elle le rapport du sujet à l'empreinte qu’il laisse, au sens qu’il construit, à la définition de soi qu’il en déduit ? Le numérique recompose aussi en profondeur la distinction entre l'original et la copie : une fois numérisée, la trace inscrite (par exemple un manuscrit) peut être démultipliée par le jeu des fac-similés, mais aussi augmentée par un appareil d'annotations et d'étiquettes et mise en réseau. Plus exactement l'inscription s'ouvre à un processus de réencodage, des transpositions, d'ajouts et de catégorisation qui ne met plus en jeu un seul auteur mais une nébuleuse d'interventions humaines et machiniques à des titres divers. Que dire enfin de la signature, cette marque personnelle emblématique désormais interfacée, labile, reproductible à l’infini ? Passer de la graphie intime, choisie à des formes de signatures électroniques réduites à des séquences encodées, parfois prises en charge automatiquement, parfois déléguées, parfois suscitées à l’insu du signataire, n’est pas anodin. Pour le dire autrement, quid d’un sujet devenu avatar grâce aux nouvelles technologies de l’image de soi ? Quelle nouvelle configuration des rapports entre l'individu et les institutions (la librairie, l'archive, l'université) instaurent-elles ? Qu’advient-il du sujet juridique atomisé, encodé sous formes de données binaires dans le cloud, dans des archives accessibles au public selon des échelles variables, notamment en fonction des pays ?

Téléscription donc dans la littérature, dans l'art, dans toutes sortes de pratiques quotidiennes (plus que quotidiennes, le courrier électronique par exemple). La téléscription sans doute, a une histoire. D'où vient-elle ? Pourquoi et comment s'est-elle développée ? À quoi sert-elle ? Et, surtout, que vient-elle changer (si elle change quoi que ce soit) dans le rapport du sujet, du corps, à l'écrit ?

Inscription enfin. Ou réinscription. En même temps que l'écriture se transporte ainsi à l'écran, un autre mouvement illustré par les neurosciences réassigne le sujet à son corps (forcément) signifiant, et à son cerveau en particulier, qu’il s’agit de rendre lisible.  Un certain nombre d'expériences récentes en neuroscience s'attaquent à l'imagination ou, disons, à la capacité humaine à élaborer des fictions, qu'il s'agisse de saisir nos rêves, un discours intérieur déconnecté de la réalité, ou de détecter nos mensonges ou, plus largement, d'élaborer (un but encore idéal) un lecteur du cerveau, capable d'afficher à l'écran les images qui nous passeraient par la tête. La réalité de la personne, ses intentions, les images qu'elle entretient, ses biais, ceux-là qu'elle peut ignorer, se trouverait inscrite dans son cerveau, en des caractères obscurs mais néanmoins lisibles par la machine, hors de portée du sujet. Que se joue-t'il donc entre les neurosciences et la fiction ? Ne faudrait-il pas finalement procéder à l'inverse et tenter d'éclairer les neurosciences par la fiction ? Il est possible en effet de chercher dans la fiction, la littérature, le cinéma ainsi que des expériences de pensée en philosophie, bien antérieures au neurosciences, toute une série d'antécédents à cette idée d'une capture de la vie mentale dans le corps du sujet (son cerveau, son larynx dont les mouvements exprimeraient une voix intérieure, etc.) ou d'étudier dans ces mêmes fictions l'élaboration d'une identification de la personne à son cerveau qui sous-tendrait alors les neurosciences. Comment comprendre cette ré-inscription concomitante à la téléscription contemporaine ?

Mots clefs : sujet, cerveau, esprit, nouvelles technologies, écriture, signature, annotation, imagerie.

Modalités de soumission

Les langues utilisées seront le français et l'anglais.

Les contributions peuvent être proposées dans l'une ou l'autre langue, en moins de 3000 signes, accompagnées d'une brève présentation biographique de l'auteur.

Merci d’envoyer vos propositions via EasyChair : https://www.easychair.org/conferences/?conf=digitalsubject2013

N’oubliez pas de télécharger le document au format PDF.

Pour  tout autre renseignement, merci de nous contacter à l’adresse suivante: scriptions@univ-paris8.fr

  • Date limite de soumission des contributions : 15 septembre 2013
  • Réponse : 1er octobre 2013

Conférence d’ouverture de Mark Amerika le 18 novembre, 20h-22h30, Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique

Conférences plénières de Jean-Luc Nancy, Bertrand Gervais (UQÀM, Montréal), Wendy Chun (Brown University), Laurent Cohen (Salpêtrière INSERM).

Organisateurs

  • Pierre Cassou-Noguès (Département de philosophie, LLCP, SPHERE)
  • Claire Larsonneur (Département d’études des pays anglophones, Le Texte Étranger, EA1569)
  • Arnaud Regnauld (Département d’études des pays anglophones, CRLC, EA1569) 

 


Argument

This symposium is part of a long-term project, “The digital subject,” endorsed by the LABEX Arts-H2H (http://www.labex-arts-h2h.fr/) and follows a first symposium on Hypermnesia held in 2012.  We are exploring the ways in which digital tools, be they real or fictional, from Babbage to Internet, have altered our conception of the subject and its representations, affecting both its status and its attributes. We welcome contributions from the following fields : philosophy, literature, arts, archivistics, neurosciences, and the history of science and technology.

How is writing revisited by digital media? In what ways does the digital turn affect the three dimensions embedded in writing: the production of an artefact, the crafting of meaning and the advent of the subject? We aim at investigating this new field of research from a variety of points of view such as philosophy, arts, neurosciences and archiving and welcome contributions from researchers in all those fields.

With digital technologies writing shifts from paper to a screen or a network of screens. But this is no move into a virtual world: writing is still a gesture, the body is still at writing, still acting under a set of constraints, just different ones. And that shift goes much further than a rewriting of rules. It entails transcribing, usually through digital duplicates or reencoding. It paves the way for what we might call tele-scription, writing at a remove via a technical device, exposing the fallacy of immediacy and introducing another strata of mediation in the process of writing.

Themes

“Exscription passes through writing — and certainly not through the ecstasies of flesh or meaning. And so we have to write from a body that we neither have nor are, but where being is exscribed. If I write, this strange hand has already slipped into my writing hand.” (Jean-Luc Nancy, Corpus, Richard A. Rand trans., New York, NY: Fordham UP, 2008, p.19). Writing ex-scribes. Works from another edge. Of course writing is about describing things or states of affairs but it also points to another dimension, that of exscription. Can digital tele-scription be viewed as a form of exscription, spacing out the subject as posited by Nancy or Derrida? Or is digital tele-scription to be understood in the light of the changes it introduces in our relationship to time, and from there on, explored as an entirely novel phenomenon? Will it bring about a radical upheaval of the relations between such notions as writing, technology, the body, the subject?

Digital writing is a brand new world we are barely beginning to explore. See for instance all the second-thoughts of writing, the words crossed out, erased and overwritten, all the editing process which we now keep track of: our traces and drafts are no longer set in their ways but potentially continuously evolving. Will such an instability affect how the subject relates to the traces she leaves, the meanings she construes, her own definition of self? Digital media also revisits our distinction between the original and the copy: once digitized, the trace we inscribe may be reproduced ad libitum, much like a manuscript fans out through the production of fac-similes. That trace may also be augmented through tagging, commentaries and linking. Inscription is no longer the one-off act of a single author but a process entailing various forms of reencoding, transposing, adding, categorising, a whole array of human and technological interventions. Or take this emblematic sign of personal identity, the signature, and see how it is now interfaced and multiform. What used to be the most intimate, chosen mark of our self is now devolved to sets of electronic sequences, usually encoded, sometimes automatically generated, at times delegated, occasionally even produced without our prior knowledge. This is no trifling matter: will the subject, through these new technologies of self-inscription, turn into an avatar? What new interplay between the individual and the institutions (libraries, archives, universities) arises through this collective writing process? One may also consider the legal consequences for the atomised self, who finds herself encoded into binary data within the cloud, and whose history is archived and exposed publicly to an extent she may not control.

How is tele-scription played out in fiction, in arts or in our daily activities (such as email)? Where does it come from? How and why was it established? What are its uses? And crucially, what does it change —if indeed it changes anything— in the relation of the subject and her body to writing? Could tele-scription renew our understanding of what constitutes a subject?

In-scription then. Or re-inscription. While writing shifts to the screen, another major contemporary trend, fuelled by the advances of neuroscience and medical imagery, re-ascribes the advent of meaning to the body, more specifically to the brain which is to be made legible. Reading the mind by reading the brain, drawing from what we can now access in terms of neuronal activity, this is largely today's scientific agenda. A number of recent experiments in neuroscience focus on imagination and on how humans craft fiction. Some may try to catch what we do as we dream, or as we let our thoughts roam free; some intend to detect lie; some strive to build a “brain reading machine” which would ideally display on screen all that goes on inside our minds. It all rests upon the assumption that who the person really is, her intentions, the images she likes, her biases, even that part of her she may not be aware of, are inscribed in her brain, set into patterns we do not have direct access to but that a machine may read and decipher. What is happening in the field of neuroscience and how is it echoed in fiction? For fiction — literature, the cinema, philosophical thought experiments, all these traditions that largely pre-date neuroscience — provide us with the tools to explore the workings of the mind through the body of the subject. How can we make sense of this re-inscription, being contemporary to digital tele-scription?

Tags:  subject, self, brain, mind, digital technologies, writing, signature, annotation, imagery.

Submission guidelines

The working languages will be French and English.

Contributions may be submitted in either language and should not exceed 3000 characters.

Please enclose a brief bio-bibliographical note.

Please submit your abstracts via EasyChair: https://www.easychair.org/conferences/?conf=digitalsubject2013

Do not forget to upload your document in PDF format.

For further information, you may write to scriptions@univ-paris8.fr.

Deadline for submissions: September 15, 2013.

Contributors will be informed of the scientific committee’s decision by October 1, 2013.

Opening keynote by Mark Amerika: Nov. 18th, 8-10:30 PM at Conservatoire National Supérieur d'Art Dramatique

Keynote Speakers : Jean-Luc Nancy, Bertrand Gervais (UQAM, Montréal), Wendy Chun (Brown University), Laurent Cohen (Salpêtrière INSERM).

Organizers

  • Pierre Cassou-Noguès (Department of philosophy, LLCP, SPHERE, EA 4008)
  • Claire Larsonneur (Department of anglophone studies, Le Texte Étranger, EA1569)
  • Arnaud Regnauld (Department of anglophone studies, CRLC – Research Center on Literature and Cognition, EA1569)

 

Lieux

  • Université Paris 8 - 2 rue de la Liberté
    Saint-Denis, France (93)

Dates

  • dimanche 15 septembre 2013

Mots-clés

  • sujet, cerveau, esprit, nouvelles technologies, écriture, signature, annotation, imagerie

Contacts

  • Arnaud Regnauld
    courriel : 2016apoc [at] gmail [dot] com
  • Claire Larsonneur
    courriel : scriptions [at] univ-paris8 [dot] fr
  • Pierre Cassou-Noguès
    courriel : scriptions [at] univ-paris8 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Arnaud Regnauld
    courriel : 2016apoc [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Le sujet digital : in-scription, ex-scription, télé-scription », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 19 juillet 2013, https://calenda.org/255944

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