AccueilUne mémoire en actes : espaces, figures et discours

Une mémoire en actes : espaces, figures et discours

A memory in acts: spaces, figures and discourse

Programme Monumenta, traces écrites et figurées de la mémoire dans le monde romain

Monumenta program, written and figurative traces of memory in the Roman world

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Publié le mardi 30 juillet 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Le projet Monumenta porte sur la mise en scène dans l’espace impérial romain de la memoria, en partant des aspects étudiés à propos de la mémoire avertie, condamnée et réhabilitée. Les travaux des historiens de l’art, les recherches archéologiques, mais aussi les apports de l’anthropologie permettent d’appréhender les phénomènes sous des angles variés. La réflexion envisagée est centrée sur les traces écrites et figurées, leur emplacement, leur signification dans un réseau très dense de communication et leur gestion par les autorités centrales, provinciales, urbaines et privées (collégiales et familiales). 

Annonce

Le projet Monumenta porte sur la mise en scène dans l’espace impérial romain de la memoria, en partant des aspects étudiés à propos de la mémoire avertie, condamnée et réhabilitée. Les travaux des historiens de l’art, les recherches archéologiques, mais aussi les apports de l’anthropologie permettent d’appréhender les phénomènes sous des angles variés. La réflexion envisagée est centrée sur les traces écrites et figurées, leur emplacement, leur signification dans un réseau très dense de communication et leur gestion par les autorités centrales, provinciales, urbaines et privées (collégiales et familiales). 

L'enquête collective s'organise à partir d’une session introductive (Des monumenta aux multiples enjeux mémoriels) puis de trois grands axes devant permettre de préciser les enjeux spatiaux – Espaces et monumenta –, politiques – Les figures de la mémoire – et rhétoriques – Discours et rhétorique de la mémoire – de ces approches plurielles de la mémoire dans le Monde romain.

Programme

Jeudi 26 septembre

Auditorium – Palais des Beaux Arts de Lille

14 h 30 Accueil

  • 15 h 00 Stéphane Benoist (Lille 3, Halma-Ipel), Introduction :  Avertir, témoigner, célébrer 

Afin d’engager la réflexion sur la notion de “mémoire en actes”, au travers des monuments, en tant que marqueurs spatio-temporels, il convient de repartir de la signification des mots, moneo-monere, monumentum et memoria, afin de proposer un panorama des enjeux de la communication politique et sociale dans un monde romain impérial (du iie siècle avant notre ère au ive siècle de notre ère) structuré par les cités et divers lieux de pouvoir, depuis les camps militaires jusqu’aux résidences impériales, etc. 

I – DES MONUMENTA AUX MULTIPLES ENJEUX MÉMORIELS

Modératrices : Catherine Baroin (Rouen, ERIAC), Valérie Huet (Brest, CRBC)

  • 15 h 30 Greg Woolf (St. Andrews), Memory and Space: from cave art to Roman monumentality

Ever since the Upper Paleolithic, humans have externalised knowledge and stored it in particular locations from which it might be retrieved in the future. Such venues have been variously described as external storage devices and memory theatres, and have been very various in the locations chosen for them and in the manner of their arrangements. Perhaps common features are the choice of places difficult of access, so that accessing memory might becomes itself a ritualized activity, and the investment of creative energy in their elaboration. Space offers many advantages for memory storage, since individuals items may be hierarchized, may be juxtaposed or separated, and may be organized in sequences, whether or not intended to be experienced through fixed progressions. Common too is the successive elaboration, modification and appropriation of these spaces. From this point of view it is easy to bring together in the same analytical framework Lascaux and the Capitol, Stonehenge and the Forum Augustum. This paper will introduce and illustrate these ideas, and ask whether there are specifically Roman versions of these cultural devices, perhaps especially connected with the conjuncture of written and monumental media of memorialization.

Pause

  • 16 h 45 Thomas Späth (Berne), Figurations du passé et pratiques sociales

Dans son ouvrage fondateur de 1925, Maurice Halbwachs reprend le terme bergsonien de “souvenir-image” pour le redéfinir en “images-souvenirs”, produit de la construction de la mémoire dans ses cadres sociaux. Plus d’un demi-siècle plus tard, cette notion se retrouve au centre des réflexions interdisciplinaires – entre littérature, égyptologie, sociologie et histoire – sur la mémoire : les images décontextualisées et conceptualisées sont les éléments dont se constitue la mémoire sociale selon James Fentress et Chris Wickham (Social Memory, 1992) ; Aleida et Jan Assmann proposent, dans leur relecture de Halbwachs, la notion de Erinnerungsfigur (Das kulturelle Gedächtnis, 1992 ; Erinnerungsräume, 1999) en tant que fondement de la mémoire culturelle. Quelle est l’utilité de ces approches pour nos recherches sur la culture romaine ? Ma contribution discutera les transformations des notions avancées, nécessaires pour un usage productif dans les études sur la place de la mémoire dans les pratiques quotidiennes des hommes et des femmes de la Rome antique.

  • 17 h 45 Onno van Nijf (Groningue), Monuments, mémoire et éducation civique : les inscriptions honorifiques comme “miroirs civiques”

Une des caractéristiques les plus saisissantes du paysage urbain de la cité grecque impériale était la prolifération des statues et des inscriptions honorifiques. Leur grand nombre présente un contraste fort avec la cité classique, où la circulation d’honneurs était contrôlée par une culture civique qui avait empêché la “monumentalisation” des notables locaux. L’attribution d’honneurs publics a bien sûr connu une longue tradition dans la cité grecque, mais la monumentalisation des honneurs était autre chose. Celle-ci a commencé à l’époque hellénistique, et cette tendance a continué sous l’empire, qui connaît l’apogée d’un système complexe d’honneurs allant de simples éloges jusqu’aux grandes inscriptions avec des décrets civiques pour les grands bienfaiteurs et les magistrats des cités grecques. Je soutiens comme argument que ces inscriptions honorifiques ne sont pas simplement un reflet passif d’une activité politique ayant lieu ailleurs, mais qu’elles jouent un rôle actif qui les met au coeur du politique de la cité grecque impériale. Je suggère que les inscriptions peuvent être vues comme des miroirs civiques (civic mirrors, Bürgerspiegel) qui ont joué un rôle fondamental dans l’éducation civique des élites et de leurs concitoyens.

19 h 00 Fin de la 1ère session du symposium

Vendredi 27 septembre

Maison de la Recherche-Bât F-Campus Ouest – Lille 3 

8 h 45 Accueil

II – ESPACES ET MONUMENTA

Modérateurs : Monique Dondin-Payre (CNRS, AnHiMA), Javier Arce (Lille 3, Halma-Ipel) 

  • 9 h 00 Sabine Lefebvre (Bourgone, ARTeHIS), Rapport introductif : espaces et monumenta

L’implantation des monumenta au centre de la cité, la ville, permet d’envisager une double réflexion. D’une part, une réflexion peut être menée sur la nature des espaces du public au privé, en particulier dans le cadre des demeures aristocratiques où la partie publique est le lieu où le sénateur se présente en tant qu’homme politique. D’autre part, les monumenta ne sont pas implantés n’importe où dans la cité : le choix des espaces publics permet de mettre véritablement en scène les hommages publics, les statues de grands hommes ou les monuments commémoratifs. 

  • 9 h 30 Jean-Pierre Guilhembet (Paris 7-Diderot, AnHiMA), Domus et monumenta la résidence urbaine et ses pouvoirs de mémoire dans l’Italie romaine

Il s’agira non pas d’envisager la maison urbaine en tant que support de mémoire dans ses différentes composantes (images, textes exposés…), mais de poser la question globale du rapport entre monumenta et domus, bien que cette dernière ne figure évidemment pas dans les listes canoniques des premiers (GELL., NA, III, 7, 19 ; PAUL. FEST. 123L). Différents aspects seront à examiner : la mémoire du site, l’impact de la nomination, les formes de vénération…

Pause

  • 10 h 45 Joëlle Prim (Paris 8, Centre de Recherches Historiques), L’Aventin et la mémoire des sécessions de la plèbe : les représentations d’un espace urbain dans les sources littéraires des iie et ier s. avant notre ère

L’Aventin est un des lieux de la ville de Rome qui est rattaché à la mémoire des sécessions de la plèbe des premiers temps de la République, un référent mémoriel à forte connotation politique dont le souvenir est fréquemment évoqué dans les conflits politiques des IIe et Ier s. avant notre ère. L’image de la colline, en même temps que celle des sécessions, diverge selon la typologie documentaire et la sensibilité des acteurs politiques qui usent de ce référent mémoriel. Nous proposons de restituer, dans une perspective diachronique, les définitions concurrentielles et contradictoires de cet espace politique, proposées aux derniers siècles de la République, jusqu’à une rationalisation et un apaisement du discours, opérés à l’époque augustéenne. L’objectif est donc de restituer les étapes du mécanisme de construction d’un « lieu de mémoire » qui est, par définition, un espace du consensus.

  • 11 h 45 Cédric Brélaz (Strasbourg, Études des civilisations de l’Antiquité), Entre Philippe II, Auguste et Paul : la commémoration des origines dans la colonie romaine de Philippes

Du fait des circonstances de sa fondation et de son histoire, la colonie romaine de Philippes en Macédoine est, à plusieurs titres, un lieu de mémoire. S’y côtoient les souvenirs de la fondation de la ville par le père d’Alexandre le Grand, de la bataille de 42 avant notre ère et de la mission de l’apôtre Paul. Cette contribution s’intéressera à la façon dont coexistent et sont célébrées, au cours de l’époque impériale, les trois composantes – macédonienne, romaine et chrétienne – de l’identité de la colonie.

12 h 45 Déjeuner-Buffet

III – LES FIGURES DE LA MÉMOIRE

Modérateurs : Anne-Isabelle Bouton-Touboulic (Lille 3, Halma-Ipel), Meriem Sebaï (Paris I-Panthéon-Sorbonne, AnHiMA)

  • 14 h 00 Christine Hoët-van Cauwenberghe (Lille, Halma-Ipel), Rapport introductif : les figures de la Mémoire

Nous aborderons le thème de la mémoire collective, privée et publique, sous l’Empire romain par le biais des grandes figures qui ont marqué l’histoire sociale de Rome. Cela concerne bien sûr en priorité le sommet du pouvoir avec les princes et membres de la famille impériale, mais également les personnels politiques provinciaux et les membres des élites locales. Le rapport de ces derniers au pouvoir central est aussi un point important de notre réflexion. L’approche du fonctionnement de l’État romain par ceux qui l’ont fait fonctionner est un élément fondamental. Le souvenir ou au contraire l’effacement de la mémoire d’un acteur politique et social sont des mécanismes révélateurs de la pensée politique romaine dont on a avantage à tenir compte pour mieux cerner les effets et les conséquences sur notre vision de l’histoire.

  • 14 h 30 Clément Chillet (Lyon 2, HISoMA), La figure de Mécène et les paradoxes de la fondation de l’Empire

La figure de Mécène s’est construite, de son vivant même, autour d’un certain nombre de paradoxes, au regard des coutumes politiques romaines. Cultivant la revendication de ses origines royales et étrusques, Mécène refusa continuellement l’entrée dans l’ordre sénatorial alors même qu’il agissait dans l’étroit cercle des proches de César le Jeune, dans un périmètre qui aurait demandé l’octroi d’un imperium délégable aux seuls sénateurs. Les troubles de la période triumvirale seuls ne peuvent pas expliquer ces éléments. Seuls les éléments de la politique impériale à ses débuts permettent d’expliquer comment se construisit cette figure pour le moins paradoxale.

Pause

  • 15 h 45 Maria Kantiréa (Chypre), Les Iulii à Ilion-Troie :  la mémoire d’une famille prédestinée à l’Empire entre le mythe fondateur de Rome et la Respublica

Depuis le début du ier siècle avant notre ère, des membres de la gens Iulia exerçant des pouvoirs en Asie Mineure prirent et firent appliquer certaines décisions portant sur le sanctuaire d’Athéna Ilias à Ilion de Troade, la gestion économique des terres sacrées et la célébration des fêtes. Ils y recevaient en récompense des monuments honorifiques par la cité reconnaissante identifiée à la Troie homérique. Ce discours sur fond d’évergésie permet de traiter le sujet selon une double perspective. Du point de vue romain, il s’agit d’étudier la construction de la mémoire dynastique des Iulii, une famille républicaine qui fonda l’Empire et qui avait associé ses propres ancêtres aux origines du peuple romain par le biais du mythe fondateur de Rome. Du point de vue grec, il illustre les moyens de la réception de cette idéologie romaine et de son intégration dans le domaine sacré et les monuments écrits et figurés de cette cité d’Asie Mineure.

  • 16 h 45 Anne Daguet-Gagey (Artois, CREHS), Priscus Attalus (409-410) et le rappel de la grandeur de Rome

Le sénateur Priscus Attalus (Attale), après avoir été préfet de la Ville entre mars et décembre 409, fut proclamé empereur à l’instigation d’Alaric, qui assiégeait alors Rome. Il fut déposé quelques mois plus tard par le même Alaric, qui s’était très temporairement réconcilié avec l’empereur légitime, Honorius. Durant son très bref règne d’usurpateur, et alors que Rome était menacée, Attale fit émettre une série de monnaies, toutes à la gloire de Rome et de l’empereur. Il n’hésita pas, pour ce faire, à mêler vieilles légendes monétaires et légendes plus récentes, saluant Victoria Augusti, Victoria Romanorum, Inuicta Roma Aeterna. Quelques jours après sa déposition, Rome était prise par les Goths d’Alaric…

18 h 00 Fin de la 2e session du symposium

Samedi 28 septembre

Maison de la Recherche-Bât F-Campus Ouest – Lille 3 

8 h 45 Accueil

IV – DISCOURS ET RHÉTORIQUE DE LA MÉMOIRE

Modérateurs : Sylvia Estienne (ENS Ulm, AnHiMA), Alain Deremetz (Lille 3, Halma-Ipel) 

  • 9 h 00 Anne Gangloff (Rennes II, LAHM), Rapport introductif : discours et rhétorique de la mémoire. Un état des lieux

Ce rapport introductif rappellera d’abord l’importance de la rhétorique pour le développement de la mémoire dans le monde romain, avec la naissance d’une mnémotechnie dans la rhétorique latine. Puis il évoquera l’élaboration et la transmission de mémoires individuelles et collectives ou “partagées” grâce aux discours présents dans les sources littéraires (en particulier l’éloge et le blâme codifiés par la rhétorique, mais aussi le genre historique) et épigraphiques. 

  • 9 h 30 Jean-Christophe Jolivet (Lille 3, Halma-Ipel), Germanicus à Teutobourg :  les particularités d’une visite de champs de bataille

C’est en partant de la figure tacitéenne de Germanicus, d’une rhétorique propre à l’historien-moraliste, qu’un récit portant sur l’une des plus graves défaites de la Rome augustéenne face aux Germains, en 9 de notre ère, peut fournir des clés de lecture à l’analyse des stratégies rhétoriques du discours de commémoration du principat augustéen. De ce fait, l’historien en tant que rhéteur participe à la construction du modèle impérial, par-delà ses critiques plus ou moins acerbes du régime augustéen, de la figure du princeps, des manquements à l’antique libertas républicaine.

Pause

  • 10 h 45 Ida Gilda Mastrorosa (Florence), Lucullus en clair et obscur à l’époque impériale : mérites et extravagances d’un citoyen de la Rome républicaine

Parmi les personnages dignes de recevoir l’éloge d’Auguste, Lucullus est une figure contradictoire par bien des aspects. Exemplaire pour ses succès militaires et apprécié pour sa libéralité à l’égard des habitants des provinces sujets des Romains, mais en même temps proie d’excès et d’extravagances sur lesquelles une partie de la tradition impériale a insisté dans une perspective éthique et nous a proposé une image en clair-obscur de plus en plus affirmée. De ce point de vue, sa mémoire conservée par les sources de l’époque impériale mérite d’être analysée pour focaliser divers traits de la parabole biographique de celui qui fut un protagoniste de la scène politique du dernier siècle de la République, et pas seulement un citoyen à la conduite discutable.

  • 11 h 45 Gabriel De Bruyn (Caen, CRAHAM), Rhétorique dynastique ou mémoire des "bons empereurs" dans les cités africaines aux iiie-ive siècles de notre ère

Le corpus des statues impériales des cités africaines, des Sévères aux Constantinides, offre une base de réflexion tout à fait utile afin d’envisager les modalités d’un discours en images célébrant les bons empereurs et les membres de leur famille, tout autant que les mesures de condamnation de la mémoire des tyrans ou supposés tels. Il est dès lors envisageable d’étudier les variations sur près de deux siècles de ce que l’on peut nommer à bon droit une rhétorique dynastique.

  • 12 h 45 Martin Galinier (Perpignan, CRHISM), Réflexions conclusives, identités romaines en situation

13 h 15 Fin du symposium 

Contacts scientifiques

Stéphane Benoist, Christine Hoët-van Cauwenberghe, Halma-Ipel — UMR 8164

Contact administratif

Jocelyne Casène, Centre de Recherche Halma-Ipel — UMR 8164 Université Charles-de-Gaulle – Lille 3, Pont de Bois, BP 60149, 59653 Villeneuve d’Ascq cedex

Tél. 03.20.41.71.13 – Fax 03.20.41.71.43,

jocelyne.casene@univ-lille3.fr

http://halma-ipel.recherche.univ-lille3.fr

http://maarchist.hypotheses.org

Lieux

  • Auditorium du Palais des Beaux Arts - rue de Valmy
    Lille, France (59)
  • Maison de la Recherche, Bat F - Quartier Ouest, Pont de Bois
    Villeneuve-d'Ascq, France (59)

Dates

  • jeudi 26 septembre 2013
  • vendredi 27 septembre 2013
  • samedi 28 septembre 2013

Mots-clés

  • memoria, discours, abolitio memoriae, espaces, figures, monde romain

Contacts

  • Jocelyne Casene
    courriel : jocelyne [dot] casene [at] univ-lille3 [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Christine Aubry
    courriel : christine [dot] aubry [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Une mémoire en actes : espaces, figures et discours », Colloque, Calenda, Publié le mardi 30 juillet 2013, http://calenda.org/256746