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Les écritures de l'archéologie

The writings of archaeology

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Publié le jeudi 01 août 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Consacrée aux écritures mises en oeuvre par les archéologues, cette troisième université du patrimoine de Carcassonne entend son objet de manière très extensive, incluant tout aussi bien le carnet de fouilles, le rapport, le livre, le documentaire, l'exposition, l'autobiographie, le roman. Il s'agit donc de parcourir la gamme de ces différentes expressions du savoir archéologique pour tenter de saisir la manière dont fait sens de cette polygraphie, et ce, aux différentes échelles de sa production et de sa réception : celles de l'archéologue, de sa discipline, et du public.

Annonce

Argumentaire

Université du patrimoine de Carcassonne Organisée par l'Amicale laïque de Carcassonne l'Université de Perpignan Via Domitia en partenariat avec le Service Patrimoine de la Ville de Carcassonne, le IIAC, UMR8177 - Equipe LAHIC (EHESS, CNRS, MCC) l'ADREUC

Les écritures de l'archéologie

Il est fréquent d’entendre les archéologues mentionner leur « difficulté à écrire » et opposer implicitement une écriture du compte-rendu scientifique de la fouille et une écriture littéraire qui vise à inclure le savoir archéologique dans le récit de l’histoire. En fait, la situation est beaucoup plus complexe. L’archéologie est la discipline qui met en œuvre la plus grande diversité d’écritures – si nous entendons ce terme dans son sens le plus large –, peut-être dans la mesure où la fouille intégrale et parfaite détruit nécessairement son terrain et exige donc un effort de re-présentation. L’image assimilant la stratigraphie archéologique à une liasse d’archives que l’on détruit en la feuilletant a été plusieurs fois formulée. Le fondement même du savoir de l’archéologue réside ainsi métaphoriquement dans un mouvement où la lecture est destructrice et l’écriture – qui se développe simultanément – créatrice de savoir.

L’écriture est nécessaire au chercheur lui-même, à ses collègues, au grand public que l’archéologie passionne. Les écritures de l’archéologie se déploient donc à partir de la trouvaille, formant comme autant de scènes où le passé retrouvé est donné à voir et à lire : le journal de repérage, le journal des fouilles, la chronique du chantier, le relevé des opérations techniques et des découvertes qu’est en train de transformer l’introduction de la saisie numérique immédiate, le rapport, l’article, le livre, le documentaire, l’exposition, etc.

Ces expressions du savoir sont presque toujours en archéologie démultipliées. D’une part, l’arsenal législatif qui encadre la pratique de l’archéologie génère une production de type réglementaire qui a ses propres codes. D’autre part, parce que l’archéologue est toujours amené à décliner un même contenu sous des formes différentes pour des publics différents. L’exigence de monstration des résultats conduit ainsi les archéologues à élaborer des expositions, des salles permanentes de musée et aussi, de plus en plus, des présentations in situ qui intègrent le savoir archéologique et le récit historique qu’il fonde, dans l’espace habité. Ces mises en scène publiques sont accompagnées par une écriture et une imagerie qui, selon des modalités diverses, traduisent pour un public large le travail des archéologues et nourrissent la rubrique des « actualités de l’archéologie ».

Cependant l’écriture des archéologues ne s’arrête pas à cette panoplie complexe de mises en forme, elle concerne aussi les vies savantes. Avec les historiens, les archéologues sont des auteurs de « mémoires » qui sont centrées autour de deux thématiques, essentielles dans la construction de leur identité. Il s’agit d’abord d’expliciter la part de la vocation et de l’héritage dans la biographie de l’auteur, puisque la légitimité académique de l’archéologie est souvent donnée comme incertaine et menacée. Il convient ensuite de produire le récit plus ou moins héroïque et aventureux de la trouvaille, alors la vie d’archéologue vient nourrir un filon central de l’imaginaire archéologique.

Enfin, de Fred Vargas à Jean Guilaine, les archéologues se font parfois auteurs de fictions et s’il est certain qu’il s’agit là d’un phénomène de mode, largement entretenu par les éditeurs qui incitent les plus grands archéologues à se livrer à l’exercice, il n’en reste pas moins que l’archéologie entretient avec sa propre fictionnalisation un rapport complexe. Qu’il s’agisse du roman, de reconstitution en 3D, de fac-similé de toutes sortes, ces mises en forme permettent de passer de la discontinuité archéologique à la continuité historique, d’une écriture du vide et de la ruine à l’écriture d’une complétude restituée. 

Comment se sont fixées, comment ont évolué chacune de ces modalités d’écriture ? Quels liens entretiennent-elles avec la définition disciplinaire de l’archéologie et sa réception publique ? Comment chaque archéologue donne-t-il sens à sa propre polygraphie ? Telles sont, parmi d’autres restant à formuler, les questions qui seront abordées dans le cadre de cette 3ème Université du Patrimoine de Carcassonne.

Programme

Jeudi 5 septembre

14 h00  Ouverture 

  • Marie-Elise Gardel (Amicale laïque, Carcassonne)
  • Marie-Claude Marandet (Université de Perpignan Via Domitia)
  • Monique Joseph (Service Patrimoine, Ville de Carcassonne)
  • Claudie Voisenat (LAHIC et Ministère de la culture)
  • Françoise Paraire (ADREUC)

Introduction

Noël Coye (conservateur du patrimoine, MCC, Direction générale des patrimoines, Paris, UMR 5608 – TRACES, Université de Toulouse) 

I. Ecritures professionnelles : polyphonie et polygraphie

Modérateur : Michel Martzluff (maître de conférences, Université de Perpignan Via Domitia, Médi-Terra)

Du chantier des fouilles à la publication : l’horizon collectif des écritures de l’archéologie

  • Yann Potin (chargé d'études documentaires, Département Education, culture et affaires sociales, Archives nationales)

Les écritures de l’archéologie : du carnet de fouille à la restitution grand public

  • Geneviève Pinçon (Sous-direction de l’archéologie, Ministère de la culture et de la communication, ARSCAN) et Oscar Fuentes (directeur du Centre d'interprétation d'Angles-sur-l'Anglin)

Restituer le geste : une écriture en images 

  • Jean-Michel Geneste (conservateur général du patrimoine, Directeur du Centre National de Préhistoire, Périgueux - directeur de l’équipe scientifique de la grotte Chauvet  - directeur scientifique des recherches archéologiques de la grotte de Lascaux – membre du PACEA) et Pascal Magontier (auteur réalisateur de la collection « Gestes de la préhistoire », concepteur de dispositifs multimédias de découverte patrimoniale, responsable des archives audiovisuelles de la grotte de Cussac)

Vendredi 6 septembre

9 h 00

II. Ecritures de soi : autobiographies et biographies d’archéologues

Modérateur : Jean Vaquer (directeur de recherches CNRS, TRACES – Equipe SMP3C – Toulouse)

En tête à tête avec l'abbé Breuil. La vie et l’œuvre d'un préhistorien vues par un historien

  • Arnaud Hurel (ingénieur de recherches au département de préhistoire du MNHN, Paris)

Correspondre, publier et hériter : la diffusion du programme analytique de Georges Laplace

  • Sébastien Plutniak, (doctorant EHESS, LISST – Equipe CERS, Toulouse)

Les ego-histoires d’archéologues au prisme de la lexicométrie

  • Natacha Sauillac (M2 Soporec, IEP Toulouse)

L'archéologie convergence du réel et de l'imaginaire : l'approche du chercheur et celle de l'artiste

  • Michel Grenet, archéologue, illustrateur et sculpteur, chercheur associé TRACES- Equipe PRBM, Toulouse)

14 h 00

III. Fictionnalisation 

Modérateur : Dominique Sacchi (directeur de recherche honoraire CNRS, TRACES - Equipe SMP3C - Toulouse)

Fondements épistémologiques de la démarche archéologique : ses rapports à l’enquête de police judiciaire

  • Philippe Boissinot (maître de conférences, EHESS, TRACES - Equipe CAHPA, Toulouse)

L'intrigue archéologique entre énigme et mystère

  • Claudie Voisenat (chargée de mission pour la recherche, MCC, mise à disposition du CNRS, IIAC – Equipe LAHIC, Paris)

De l’exposition au roman : Préhistoire[s], l'Enquête et son concours de nouvelles 

  • Sylvie Sagnes (chargée de recherches CNRS, IIAC – Equipe LAHIC, Paris)

21 h 00 Si la préhistoire nous était contée… 

  • Entretien avec Pierre Gouletquer, archéologue et conteur, animé par Sébastien Plutniak, (doctorant EHESS, LISST – Equipe CERS, Toulouse)
  • Contes préhistoriques de Pierre Gouletquer

Lieux

  • Auditorium - rue des Etudes
    Carcassonne, France (11)

Dates

  • jeudi 05 septembre 2013
  • vendredi 06 septembre 2013

Mots-clés

  • archéologie, écritures, biographie, autobiographie, fiction, médiation

Contacts

  • Marie-Elise Gardel
    courriel : colloque [dot] stmartin [at] gmail [dot] com
  • Sylvie Sagnes
    courriel : sylvie [dot] sagnes [at] bbox [dot] fr

Source de l'information

  • Sylvie Sagnes
    courriel : sylvie [dot] sagnes [at] bbox [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les écritures de l'archéologie », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 01 août 2013, http://calenda.org/256823