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Le vivant comme histoire

The living as history

Génération, régénération, émergences

Generation, regeneration, emergences

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Publié le mercredi 07 août 2013 par Luigia Parlati

Résumé

En organisant cette rencontre, ses organisateurs font projet de provoquer une réflexion croisée instrumentée et critique sur l’avenir du vivant dans nos sociétés entre chercheurs de diverses disciplines des sciences scientifiques et praticiens engagés sur les territoires du vivant. Il en découlera une plus grande capacité collective à envisager des collaborations mutuelles entre grands organismes scientifiques et associations ou organisations militantes. Au-delà, la rencontre pourra amorcer un débat éducatif et ouvrira des pistes renouvelant notre réflexion sur le vivant en direction du grand public.

Annonce

Argumentaire

Nos sociétés se posent avec acuité la question de leur relation au vivant, dont témoignent à profusion l’importance prise par les thèmes de l’écologie et de la biodiversité, la mise en place de comités d’éthique, la question de la vie (son origine, son évolution) elle-même. Ce rapport au vivant nous renvoie, selon le philosophe Michel Henry  au « Premier Soi vivant ». Il n’est pas dénué de toute dimension imaginaire et mythique.

Nos relations au monde vivant sont chargées d’ambivalence, elles nous fascinent et nous inquiètent quand tant de pratiques technologiques visent à instrumentaliser le vivant, nous renvoyant à un sentiment diffus de difficulté de maîtrise, face à une complexité (que nous sommes bien loin de cerner) et de possibles risques (contaminations, proliférations…) diffus et/ou irrémédiables…

Dans les sociétés de la Tradition, la relation au vivant se confondait avec celle de leur rapport au sacré, dans des démarches de propitiation ou de mise à distance des forces naturelles tant internes qu’externes. Famille, tribus, clans, communautés naturelles en étaient les instances de médiation et d’élaboration. Pourtant, si nous sommes comme des nains juchés sur des épaules de géants (Bernard de Chartres, XIIe siècle), nous pouvons voir plus de choses et de plus éloignées que n’en voyaient ces derniers !

Comment ressurgit aujourd’hui cette idée de la sacralisation du vivant, de la Terre-mère observable en nombre de communautés  utopiennes du Nouvel Age et autres ? Question actuelle si l’on considère avec Laurent Dispot que « L'avenir de la modernité démocratique n'est pas donné et se conquerra offensivement sur le terrain de l'archaïque » (Manifeste archaïque). Notre regard ne peut que s’en inspirer, confrontant, par exemple, les regards sur le vivant portés par la culture historique et ceux de la pensée sauvage.

Alors que la Modernité nous a habitués à nous vivre dans une dynamique de progrès continuel, des effets techniques néfastes se manifestent : pollutions, stérilisation des sols, perte de biodiversité… De nouvelles manières de traiter les écosystèmes émergent, assorties d’innovations sociales qui s’affranchissent de l’économie technocratique et marchande. Ici, le vivant n’est plus considéré comme une mine à exploiter mais comme un monde de coopération et d‘inspiration métabolique (biomimétisme). Se fonde alors toute relation au vivant raisonnée sur la science et la technique quand l’homme en société s’est cru en passe de dominer la nature, de l’asservir, quand la société industrielle poursuit la fabrique d’un écosystème artificiel régulé par les machines. Jusques à quand nos sociétés feront-elles confiance à des automates devenus les modèles dominants de nos fonctionnements individuels, culturels et sociaux ?

Cette perspective revêt une dimension politique comme l’a introduit Felix Guattari en proposant de considérer les interdépendances entre les diverses relations que nous entretenons, dans leurs dimensions personnelles, sociales et environnementales (Les trois écologies).

Face à ces constats, le débat sur notre relation au vivant reste ouvert et subtil, comme le fait remarquer Edgar Morin, entre les tenants de l’école réductionniste, ramenant la compréhension du vivant à celle de ses seuls constituants et mécanismes physico-chimiques et moléculaires et ceux qui développent des approches intégratives. En découlent des « croyances » avec par exemple, le mythe de la « Santé parfaite » décrit par Lucien Sfez.

Repenser notre relation au vivant

Ainsi, se réinvente notre relation au vivant. Comme le souligne Yvon Pesqueux, « explorer les mondes inventés par les humains, c’est comprendre que tout monde est une société du risque, … que les peurs des hommes sont propres aux mondes qu’ils inventent, que chaque monde a ses peurs », lorsque chaque monde estime les siennes rationnelles (logiques, justifiées par la réalité) et celles des autres mondes irrationnelles. (La société du risque).

Question qui en outre constitue un véritable analyseur - au sens sociologique du terme - de la socialité contemporaine comme des interactions que l’humanité entretient entre les sphères vécues de la relation homme/société/monde.

En ce début du XXIème siècle, la biologie revisite aujourd’hui les concepts systémiques d’organisme et d’organisation, multiplie la diversité des visions holistes, passant du vitalisme moléculaire de Kirschner à la biologie relationnelle de Rosen…. De ce fait, la démarche d’ingénierie qui façonne aujourd’hui les organismes vivants est-elle vraiment pertinente dés lors que l’on s’adresse à des « machines molles » au sein de « sous-ensembles flous » ?

Que signifie finalement que nos sociétés hypertechnicisées, cybernétiques, virtuelles, se posent aujourd’hui, avec acuité, la question du Vivant ? Que veut dire cette référence remise à l’ordre du jour comme modèle de fonctionnement de nos organisations, de nos sociétés, tandis que les lois de l’universelle énergie sont revisitées dans nombre de discours scientifiques interrogeant tant l’infiniment grand que l’infiniment petit ?

Le débat sur nos conditions de vie imprègne la pensée occidentale et revisite notre rapport à un vivant vulnérable dont nous nous sentons de ce fait et solidairement, désormais un peu plus responsables. Nous interrogeons notre interaction avec les environnements technologiques que nous avons créés (l’homme bionique), et ses conséquences, notamment sur nos systèmes éducatifs, quand la fabrication artificielle de l’homme (eugénisme, clonage, procréation artificielle, greffes, manipulations génétiques) devient « une possibilité effective avec la perspective effrayante de la disparition de l’Homme ou de la transformation radicale de son être », selonle sociologue Jean-Marie Brohm,

La question d’une refondation de l’ingénierie du vivant ne saurait être absente de cette réflexion non plus que celle de la transmission aux jeunes générations comme de la sensibilisation et de la formation des publics puisque la bioéconomie, au cœur des tous les agendas politiques, exige de reconnaître des valeurs intrinsèques, et des pratiques d’échanges non marchands.

Il sera également nécessaire d’évoquer la question du sujet dans sa relation de confiance avec le vivant, question qui traverse les domaines de l’Education, de la Santé, des organisations car, comme l’écrivait Wilhelm Reich en 1952, « celui qui n’a pas confiance dans ce qui est vivant, ou l’a perdue, devient une proie facile pour la peur souterraine de la vie qui engendre la dictature… Lorsque la vie est une caricature, elle ne peut que créer la terreur. Voila pourquoi la connaissance du vivant peut bannir la terreur. »

Pour explorer ces débats jusque dans leurs accomplissements pratiques (au sens de l’ethnométhodologie), un éclairage pluriel sera nécessaire.

Ainsi, la rencontre scientifique et de recherche-action qu’organisera le CNAM des Pays de la Loire avec VivAgora en Novembre 2014, visera à faire interagir spécialistes des sciences humaines et sociales avec praticiens et chercheurs du domaine du vivant dans une réflexion critique, transversale et instituante.

Conditions de soumission

Les propositions de communications (résumé de 20 à 25 lignes, soit 3000 signes maximum) seront reçues

jusqu’au 1er décembre 2013.

Le comité scientifique sera réunira en Janvier 2014.

Le programme définitif sera diffusé en juin 2014.

Contacts

Comité d’organisation

  • Georges Bertin. Directeur coordinateur de recherches en sciences sociales. CNAM des pays de la Loire. Co-président de l’AFIRSE.
  • Dorothée Benoit Browaeys  Déléguée générale de VivAgora
  • Céline Harcouet, Directrice de la mission Culture Scientifique et Technique, CNAM des pays de la Loire
  • Fabienne Juge, directrice de la Communication, CNAM des pays de la Loire
  • Maria Miranda, assistante de formation et de recherches, pôle recherches CNAM des pays de la Loire.

Comité scientifique

Président : Yvon Pesqueux, professeur titulaire de la chaire de développement des systèmes d’organisation au CNAM

  • Georges Bertin, directeur et coordinateur des recherches en sciences sociales, CNAM PDL, directeur d’Esprit Critique, co-président de l’AFIRSE.
  • Danouta Liberski Bagnoud, ethnologue, directrice de recherches au CNRS, Centre d’Etudes des mondes africains.
  • Martin Aurell, Institut Universitaire de France, professeur à l’Université de Poitiers, directeur des Cahiers de Civilisation Médiévale,
  • Yvonne de Siké, archéologue, ethnographe, directeur de recherches émérite du  Musée de l’Homme,
  • Jean-Marie Brohm, professeur émérite de sociologie Université de Montpellier, directeur de la revue Prétentaine (Le Vivant, 2001).
  • Bertrand Meheust, philosophe, sociologue, écrivain, chargé d’enseignements à l’Université de Lausanne,
  • Dominique Tabutin, socio-démographe, professeur émérite Université de Louvain la Neuve, membre de la Chaire Quetelet,
  • Louis Marmoz, professeur des Universités, président de l’AFIRSE, chaire Unesco développement de l’Education en Afrique subsaharienne.
  • Richard Lescure, MCF des Universités, linguiste; ancien vice président de l’Université d’Angers, professeur émérite de l’Université de Bucarest.
  • Marie Thérèse Neuilly, MCF des Universités, expert UNESCO du programme UNESCO Tchernobyl, spécialiste  de la sociologie des risques majeurs, Université de Nantes.
  • Patrick Gillet, professeur d’écologie à l'Institut de Biologie et d'Ecologie Appliquée, UCO, Angers. Equipe de recherche Mer, Molécules, Santé, EA 2160. Ancien vice recteur de l’UCO.
  • Orazio Maria Valastro, directeur scientifique de Magma International, docteur en sociologie de l’Université Montpellier 3.

Lieux

  • Amphithéätre du CNAM - 25 bd Guy Mollet
    Nantes, France (44)

Dates

  • dimanche 01 décembre 2013

Mots-clés

  • vivant, complexité, imaginaires, histoire, transversalités

Contacts

  • Georgesz Bertin
    courriel : g [dot] bertin [at] cnam-paysdelaloire [dot] fr

Source de l'information

  • Georges Bertin
    courriel : g [dot] bertin [at] cnam-paysdelaloire [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Le vivant comme histoire », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 07 août 2013, http://calenda.org/257097