AccueilLes rencontres philosophiques de Gennevilliers (2013-2014)

Les rencontres philosophiques de Gennevilliers (2013-2014)

Philosophical encounters of Gennevilliers (2013-2014)

Les temps qui courent

These days

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Publié le vendredi 30 août 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Pour cette nouvelle saison, Emmanuel Alloa invite une nouvelle fois quatre philosophes dont chacun explore, à sa manière, l'énigme du temps.

Annonce

Présentation

Qu’est-ce que le temps ? Si personne ne nous le demande, disait saint Augustin dans sa célèbre réponse, je le sais; mais si je dois l’expliquer, j’en suis tout à fait incapable. De tous les objets philosophiques, le temps est sans doute le plus fuyant, le plus évanescent. Rarement, une époque – la nôtre – fut aussi consciente de manquer de temps : dans l’accélération irréversible des rythmes de travail et de vie, le temps se présente plus que jamais comme ce qu’il n’y a pas à perdre et dont, pourtant, nous ne disposons jamais.
Or bien évidemment, le temps objectif, celui que mesurent les montres et les horloges, ne s’écoule guère plus vite. Mais c’est qu’à côté de ce temps objectif, il y en a un autre, un temps vécu, que nous avons du mal à exprimer et dont nous n’avons, peut-être, jamais plus qu’une intuition. En tout cas, la dynamique de l’accélération contemporaine et la recherche permanente du «direct» nous permet de saisir d’autant mieux la grande découverte de saint Augustin : que le temps ne se donne jamais qu’au présent et que le passé et le présent ne sont pas des temps séparés, mais de simples modalités du présent.
Ce qui pose la question du contemporain : car si nous prenons l’expression à la lettre, être contemporain ne signifie pas l’adhésion inconditionnelle au présent, l’être «de» son temps, mais bien l’être «avec» son temps. Or quand on est «avec», on est toujours en surnombre, il y a coexistence des sujets et des temps, déphasage et décuplement. Au fil de cette nouvelle saison des Rencontres philosophiques, il s’agira de faire le diagnostic de ces temps pluriels et diffractés, de ses intuitions historiques et esthétiques, et de faire ressortir les contres-temps qui résistent à l’idéologie de la synchronisation. Quatre rencontres pour tenter d’appréhender, de biais, les temps qui courent ; quatre rencontres qui se veulent être autant de «considérations inactuelles», au sens que Nietzsche donnait à ce mot.

Emmanuel Alloa est philosophe et maître de conférences à l’Université de Saint-Gall (Suisse).

Programme

(entrée libre)

28 septembre à 18h

  • Elie During : 
Déjà-vu(s) : souvenirs du présent, futurs virtuels en regard de Hannibal - Bernard Sobel / Christian Dietrich Grabbe

"La conscience historique au travail, telle qu'elle se manifeste dans les œuvres de la culture, ne cesse de remonter le temps, c'est-à-dire de faire se télescoper les époques par un jeu de reprises ou d'anticipations rétrospectives. On connaît la formule célèbre de Marx dans Le Dix-huit Brumaire : les grands événements (ou les grands hommes) se reproduisent toujours deux fois, d'abord sous une forme tragique, ensuite sous forme de farce. Cette structure de répétition, et l'idée du comique qui la soutient, n'épuisent pourtant pas la question. Deux voies permettent d'en décliner de nouveaux aspects dans l'horizon contemporain, en l'emportant tantôt du côté du fantastique, tantôt du côté de la science-fiction. Ce sont, d'une part, les doctrines de la hantise où l'histoire devient affaire de spectres et de revenants (Benjamin, Derrida) ; d'autre part, les doctrines du passé comme doublure virtuelle du présent (Bergson, Deleuze). Au-delà de ces deux versions du "déjà vu" historique, nous hasarderons une hypothèse radicale touchant l'être des futurs virtuels : futurs du passé, futurs non réalisés, futurs qui auraient pu être mais dont l'activité se poursuit sourdement au cœur du présent. Cette hypothèse a pour nom : "rétro-futurisme".

Elie During est maître de conférences en philosophie à l'Université de Paris Ouest – Nanterre. Il a collaboré à l’édition critique des œuvres de Bergson aux Presses Universitaires de France (Durée et Simultanéité : à propos de la théorie d’Einstein, 2009 ; Le souvenir du présent et la fausse reconnaissance, 2012). Ses recherches sur les formes de l’espace-temps recoupent plusieurs domaines : métaphysique, esthétique et philosophie des sciences. Il a déjà consacré à cette question plusieurs articles et un ouvrage : Faux raccords : la coexistence des images (Actes Sud, 2010). À paraître prochainement : Le futur n'existe pas : rétrotypes (B-42), Bergson et Einstein : la querelle du temps (PUF), Temps flottants (Bayard).

19 octobre à 18h

  • Myriam Revault d’Allonnes : De crise en crise. L’expérience moderne du temps
, en regard de Current Location - Toshiki Okada

Si à l’origine le mot grec krisis désignait le moment décisif dans l’évolution d’un processus incertain, « La crise » connote aujourd’hui l’inverse : elle désigne une sorte d’état permanent dont nous n’entrevoyons pas l’issue. Ce renversement témoigne d’une mutation fondamentale de notre rapport au temps et pour le comprendre, il faut repartir de ce mouvement d’arrachement au passé et à la tradition, de cette dissolution généralisée des anciens repères de la certitude qui caractérise la modernité. Quel est aujourd’hui l’horizon de sens de la crise contemporaine alors même que s’est effondrée la croyance en un Progrès généralisé de l’humanité et que prévaut désormais l’idée d’un futur incertain ?

Myriam Revault d’Allonnes est Professeur des universités à l’Ecole Pratique des Hautes Etudes (EPHE). Spécialiste de philosophie morale et politique, elle enseigne également à l’Ecole doctorale de Sciences Po Paris (Théorie politique). Derniers ouvrages publiés: Le pouvoir des commencements. Essai sur l’autorité, Seuil, 2006, Points Essais, 2012; L’homme compassionnel, Seuil, 2008; Pourquoi nous n’aimons pas la démocratie, Seuil, 2010; La crise sans fin. Essai sur l’expérience moderne du temps, Seuil, 2012.

11 janvier à 18h

  • Etienne Klein : 
Le temps existe-t-il ? en regard de La Mouette - Arthur Nauzyciel / Anton Tchekhov

« Le temps est un aigle agile dans un temple », a écrit Robert Desnos. Un aigle qui rappelle celui de Prométhée : il dévore jusqu’aux entrailles un foie qui repousse sans cesse ; agile, sans aucun doute, parce qu’il se dérobe sans cesse, ne se laisse ni saisir ni immobiliser (et parce que agile est l’anagramme d’aigle) ; quant au temple, il traduit le caractère hiératique du temps, qui n’évolue pas lui-même mais fait évoluer le monde.Comme on le voit, cette définition renferme des notions contradictoires (comme celles d’invariance et de mobilité). S’agissant du temps, c’est presque toujours le cas : on ne parvient pas à le définir de façon claire et univoque. La notion de temps est, par nature, emplie d’ambivalences, et associée à des images pas toujours nettes. Au premier abord, elle semble pourtant simple, facilement accessible, elle semble même renvoyer à un être familier, presque « domestique », mais après analyse, il apparaît qu’elle est plutôt… compliquée.D’abord, le temps, existe-t-il vraiment ? Ne s’agit-il pas plutôt d’une illusion ? De fait, au cours … du temps, les philosophes ont convoqué à peu près autant d’arguments pour prétendre que le temps existe que pour prétendre qu’il n’existe pas. Mais dans cette affaire, la physique a-t-elle quelque chose à dire ?Et si oui, quoi ?

Né en 1958, Etienne Klein est physicien, directeur de recherches au CEA et docteur en philosophie des sciences. Il a travaillé à divers grand projets de physique. Il dirige le Laboratoire de Recherche sur les Sciences de la Matière du CEA (LARSIM). Il est professeur de physique et de philosophie des sciences à l'Ecole Centrale de Paris. Il a écrit plusieurs ouvrages de réflexion sur la question du temps, notamment : Les tactiques de Chronos, Flammarion, 2004; Le facteur temps ne sonne jamais deux fois, Flammarion, 2007; Discours sur l’origine de l’univers, Flammarion, coll. « Champs », 2012.


8 février à 18h

  • Jacques Rancière
 : Les partages des temps, en regard de Rabah Robert - Lazare

Il n’y a pas que les montres et les horloges qui scandent le temps, les vies humaines sont tout autant cadencées par des rythmes qui orchestrent ce qu’il y à faire et comment cela doit se faire. S’il y a une découpe des espaces, qui trace des lignes de partage entre les sujets et attribue une place précise à chacun, il y a également une découpe des temps, qui détermine l’ensemble des façons dont il faut s’acquitter des tâches. L’idée grecque de la politique comme possibilité donnée à tous de participer au commun et d’en négocier les termes dépend constitutivement de cette organisation temporelle qui est loin d’être la même pour tout le monde : pour Platon, l’artisan n’a pas le temps de se consacrer à autre chose qu’à son propre travail et l’artiste (le miméticien) sera d’ailleurs condamné parce qu’il fait deux choses à la fois. La société fonctionnera d’autant mieux quand chacun reste à sa place – c’est encore l’idée d’une société industrielle marquée par la division du travail. Le temps du loisir est réglé lui aussi : il sert de régénération aux forces productives et permet d’autant mieux revenir à la tâche par la suite. Aujourd’hui aussi, le « temps manque », mais non pas parce que la tâche unique, imposée, absorberait toute notre attention, mais parce c’est désormais le « multitâche » qui est à l’ordre du jour. Comme il faut tout faire à la fois, il ne reste plus de temps pour faire « autre chose » : le loisir est pris, lui aussi, dans ce mouvement, il doit être meublé et doit être utile, sans quoi il garde ce statut malaisé, comme quelque chose qui ne serait ni fait ni à faire. Tout ce qui échappe à l’utilité immédiate relève d’un temps hors du temps. Mais très vite, ce temps hors temps peut devenir normatif, dès lors qu’il est perçu comme le temps de la promesse ou de la révolution, en tout cas d’un temps à venir, authentique. Aussi différentes soient-elles, les pensées de l’interdit (« ce n’est plus possible ») et une pensée de la promesse (« ce n’est pas encore le moment ») concourent à délimiter ce qui peut se faire, maintenant. Repenser les partages du temps, c’est repenser au contraire comment plusieurs manières d’être peuvent coexister, parfois de façon contradictoire, comment s’articule donc la coexistence des possibles.

Catégories

Lieux

  • Théâtre de Gennevilliers, Centre Dramatique National de Création Contemporaine - 41 avenue des Grésillons
    Gennevilliers, France (92)

Dates

  • samedi 28 septembre 2013
  • samedi 19 octobre 2013
  • samedi 11 janvier 2014
  • samedi 08 février 2014

Mots-clés

  • Temps, Philosophie, Théâtre

Contacts

  • Sylvie Goujon
    courriel : sylviegoujon [at] tgcdn [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Sylvie Goujon
    courriel : sylviegoujon [at] tgcdn [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les rencontres philosophiques de Gennevilliers (2013-2014) », Cycle de conférences, Calenda, Publié le vendredi 30 août 2013, http://calenda.org/257739