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Guerre et littérature IV

War and literature IV

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Publié le lundi 09 septembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

Dernier volet d'un « colloque-gigogne » dont les précédentes journées se sont tenues à l'École de l'air, à l'École navale et aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, cette journée organisée par le professeur Jacques Fremeaux et Martin Motte (université de Paris-Sorbonne) étudiera les rapports de la guerre et de la littérature à travers des exemples significatifs courant du Moyen-Âge à nos jours.

Annonce

Présentation

Dernier volet d'un "colloque-gigogne" dont les précédentes journées se sont tenues à l'Ecole de l'Air, à l'Ecole navale et aux Ecoles de Saint-Cyr Coëtquidan, cette journée organisée par le Professeur Jacques Fremeaux et Martin Motte (Université de Paris-Sorbonne) étudiera les expressions littéraires de la guerre à travers des exemples significatifs : les diverses approches de la guerre dans la littérature médiévale, l'image du chef de guerre dans la littérature galante du XVIIe siècle, la guerre de 1870 vue par les poètes, les littératures de la Grande Guerre, l'évocation de la peur des combattants en littérature, le rapport guerre/cinéma dans l'oeuvre de Pierre Schoendoerffer, le rapport littérature/'histoire militaire dans l'oeuvre de Jean-Jacques Langendorf.

Programme

9 h : Martin Motte, allocution d’ouverture.

  • 9 h 05 : Antoine Schülé, « Lectures médiévales de la guerre ».

9 h 35 : Questions.

  • 9 h 45 : Antoine Roussel, « Le duc d’Enghien à Rocroi, élaboration d’une nouvelle figure du chef de guerre dans la littérature galante du XVIIe siècle ».

10 h 15 : Questions.

10 h 25 : Pause.

  • 10 h 40 : François Lagrange, « La guerre de 1870 vue par les poètes ou les violences de l’imaginaire ».

11 h 10 : Questions.

  • 11 h 20 : France Marie Fremeaux, « La tranchée littéraire ».

11 h 50 : Questions.

12 h : Déjeuner.

  • 14 h : Michèle Battesti, « La guerre et la peur en littérature ».

14 h 30 : Questions.

  • 14 h 40 : Bénédicte Chéron, « Pierre Schoendoerffer, de la littérature de grand large à l’image de guerre ».

15 h 10 : Questions.

15 h 20 : Pause.

  • 15 h 35 : Jean-Jacques Langendorf, « Guerre imaginée, guerre vécue ».

16 h 05 : Questions.

  • 16 h 15 : Jacques Fremeaux, « Réflexions sur quatre journées d’études ».

Résumés des communications

Antoine Schülé : « Lectures médiévales de la guerre ».

Chansons, chroniques, satires, récits bibliques, légendes, textes antiques ou pseudo-antiques sans oublier les récits cynégétiques permettent de reconstituer les connaissances littéraires médiévales sur les affrontements armés. Idéal, fiction, réalisme et réflexions offrent une diversité de regards sur des thèmes récurrents que sont l’emploi de la force armée et la notion de guerre juste. Prêtres et guerriers étaient la plupart du temps issus des mêmes familles et recevaient, du moins dans leurs jeunes années, une formation commune : connaître leurs lectures est une façon de percevoir la façon dont ils concevaient leurs missions. Aux veillées populaires comme seigneuriales, et cela dans toute l’Europe de ce temps, des conteurs partageaient des récits guerriers qui marquaient les esprits de personnes, même ignorantes de la lecture mais cultivant une mémoire orale. Le seigneur médiéval est victime, de nos jours encore, de nombreuses caricatures et sans verser dans l’hagiographie, force est de reconnaître que la vérité est plus complexe…

Antoine Schülé, historien suisse de la Défense, a étudié les rapports entre la guerre et la littérature à travers Alexander Bek, Jules Verne et Marcel Proust. Passionné d’histoire médiévale, il s’intéresse en particulier à la notion de guerre juste et à l’apprentissage de la guerre à travers l’Ancien Testament.

Antoine Roussel : « Le duc d’Enghien à Rocroi, élaboration d’une nouvelle figure du chef de guerre dans la littérature galante du XVIIe siècle ».

La victoire de Rocroi suscite une vaste entreprise de couverture médiatique. Le charisme du duc d’Enghien capte avec force ces représentations ; symbolisant la rupture avec la routine militaire, son esprit offensif offre au nouveau règne un signe d’élection divine. Il devient la référence incontournable d’une littérature militaire alors en plein essor. Le développement de la Galanterie en tant qu’espace littéraire et mondain, la vogue du roman héroïque et du roman à clefs permettent d’entretenir cette gloire naissante auprès d’un public élargi. Nous nous proposons d’étudier les passages d’œuvres comme l’Artamène ou le Grand Cyrus ou de Zayde, histoire espagnole en tant que laboratoires d’une nouvelle figure du chef de guerre. Si les talents du « parfait général d’armée » sont toujours mesurés à l’aune de l’Antiquité, ses capacités doivent désormais être démontrés de façon rationnelle et avec vraisemblance ; enfin il renoue avec les vertus chevaleresques, apportant un démenti à l’idée d’une crise de la noblesse tout en obéissant aux nouveaux codes annonçant le modèle courtisan.

Le capitaine Antoine Roussel, doctorant à l’Université de Paris-Sorbonne, a servi au Musée de l’Armée, à l’École Nationale des Sous-officiers d’Active et actuellement aux Écoles de Saint-Cyr Coëtquidan, où il enseigne l’Histoire militaire.

François Lagrange : « La guerre de 1870 vue par les poètes ou les violences de l’imaginaire ».

Entre le quasi-continuum des guerres de la Révolution et de l’Empire d’une part et l’épreuve totalisante de la Grande Guerre d’autre part, la guerre de 1870 occupe une place singulière qui, à bien des égards, mérite d’être étudiée et précisée. Il se trouve que, au moins du côté français, le conflit franco-allemand de 1870-1871 donne lieu à trois œuvres poétiques importantes, quoique de façon fort différente : l’Année terrible de Victor Hugo, les Idylles prussiennes de Théodore de Banville et les Chants du soldat de Paul Déroulède. La manière dont ces trois œuvres opèrent une stylisation de la violence peut donner des indices sur le sens de cette guerre aujourd’hui oubliée.

Ancien élève de l’ENS Lyon, agrégé et docteur en Histoire, François Lagrange dirige la Division de la Recherche historique, de l’Action pédagogique et des Médiations du musée de l’Armée. Ses travaux portent sur les doctrines militaires d’avant 1914, la Grande Guerre et l’histoire des Invalides.

France Marie Frémeaux : « 1914-1918, la tranchée littéraire ».

Un certain nombre de romans de la Grande Guerre se situent dans les tranchées. Les écrivains combattants qui veulent à la fois exercer leur métier de plume et témoigner au nom de leurs camarades, en font l’un des principaux décors de l’existence quotidienne des hommes. Pour la plupart, leurs livres se veulent réalistes avant tout (Les Croix de bois), parfois teintés d’ironie (Mémoires d’un rat). Mais la mort est toujours présente. Face au surgissement constant de l’horreur, les récits des tranchées tentent d’apporter non seulement un regard mais une réponse. Tout en maintenant leur souci de réalisme, ils font entendre diverses autres voix : la réflexion philosophique (Méditations dans les tranchées), la poésie (Apollinaire)… Ils font même entrer le fantastique (Giono) en cet espace essentiel du front. Par le biais de l’imaginaire, ils parviennent alors à lui conférer un aspect proprement mythologique.

France Marie Frémeaux est docteur en littérature comparée. Elle collabore régulièrement à la revue 14-18 Magazine et a participé à plusieurs dictionnaires de la collection Bouquins. Elle a publié entre autres Écrivains dans la Grande Guerre, Éditions de l’Express, 2012.

Michèle Battesti : « La guerre et la peur en littérature ».

Toutes les guerres ont généré peu ou prou des témoignages et mémoires, mais si ces textes explorent les coulisses sordides de la « cuisine de la gloire » (Théophile Gautier), ils restent corsetés par une certaine pudeur et par la bienséance. C’est la raison pour laquelle des auteurs ont délibérément fait le choix du roman plutôt que des mémoires et « fictionné » leurs expériences sur les champs de bataille, comme le Russe Léon Tolstoï (guerre de Crimée), le Français Gabriel Chevallier ou l’Australien Frederic Manning (Première Guerre mondiale), le Japonais Shôhei Ôaka (Seconde Guerre mondiale), l’Américain Tim O’Brien (Vietnam). À ces auteurs-vétérans s’en ajoutent d’autres qui n’ont jamais fait la guerre, comme l’Américain Stephen Crane qui, grâce à des témoignages de vétérans, a évoqué la guerre de Sécession. Tous décrivent la peur et démontrent la justesse de la théorie du colonel Charles Ardant du Picq : « Le courage, c’est la victoire de la volonté sur la peur ».

Michèle Battesti, docteure habilitée en Histoire, est responsable de programmes à l’IRSEM dans le domaine « Histoire de la défense et de l’armement ». Auditrice de l’Institut d’études de la défense nationale (38e session), elle a notamment dirigé le Comité pour l’histoire des anciens combattants.

Bénédicte Chéron : « Pierre Schoendoerffer, de la littérature de grand-large à l'image de guerre ».

Pierre Schoendoerffer aimait à dire que la littérature l’avait plus inspiré que le cinéma. Adolescent sous l’Occupation, élève médiocre, il dit avoir trouvé dans la littérature de grand-large et d’aventure de quoi combler ses aspirations au voyage. C’est par les livres qu’il a découvert la mer. Quels étaient ces livres ? Fortune Carrée de Joseph Kessel, puis d’autres, de Kessel toujours, mais aussi de Conrad, de Melville, de Kipling notamment. Pourtant, Pierre Schoendoerffer n’a pas voulu d’abord écrire, mais filmer. Devenir écrivain semblait inaccessible au garçon modeste qu’il était. Il n’a pris sa plume que par défaut, parce que le scénario de La 317e section avait été refusé par son producteur ; il en a fait un roman avant que l’œuvre ne devienne finalement le film de référence sur la guerre d’Indochine. Il est donc finalement devenu écrivain. S’instaure alors bien une relation triangulaire, dont il s’agit ici de dénouer les fils, entre sa propre œuvre littéraire, ses films et les romans d’aventure qui ont marqué sa jeunesse. 

Bénédicte Chéron, docteur en histoire et diplômée de Sciences Po, est chercheur partenaire à l'IRICE-UMR8138 et journaliste indépendante. Elle a notamment publié Pierre Schoendoerffer (CNRS Éditions, 2012) et L'image des militaires français à la télévision, IRSEM, 2013).

Jean-Jacques Langendorf : « Guerre imaginée, guerre vécue ».

Une enfance dans la Seconde Guerre mondiale et à côté d’elle, suivie d’une longue étude de la guerre en général, dans ses aspects stratégiques et tactiques, mais sans négliger les références littéraires. Puis le désir de raconter la guerre à travers la fiction. Comment ce passage peut-il s’effectuer ? Que doit la fiction à la « guerre réelle » ? Quel est, inversement, l’apport de la « guerre littéraire » à la « guerre réelle » ?

Jean-Jacques Langendorf, historien militaire, est aussi l’auteur de romans et nouvelles qui ont la guerre pour sujet central : Un débat au Kurdistan (L’Âge d’Homme, 1969), Éloge funèbre du général von Lignitz (L’Âge d’Homme, 1973), La Nuit tombe, Dieu regarde (Zoé, 2000), Zanzibar 14 (Infolio, 2008). Il a enseigné dans diverses universités européennes et proche-orientales.

Lieux

  • Maison de la recherche, rez-de-chaussée, salle D040 - 28 rue Serpente
    Paris, France (75006)

Dates

  • vendredi 27 septembre 2013

Mots-clés

  • guerre, littérature

Contacts

  • Martin Motte
    courriel : martin [dot] motte [at] st-cyr [dot] terre-net [dot] defense [dot] gouv [dot] fr

Source de l'information

  • Martin Motte
    courriel : martin [dot] motte [at] st-cyr [dot] terre-net [dot] defense [dot] gouv [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Guerre et littérature IV », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 09 septembre 2013, http://calenda.org/258607