AccueilDes lieux pour l'éducation populaire : conceptions, architecture des usages des équipements depuis les années 30

Des lieux pour l'éducation populaire : conceptions, architecture des usages des équipements depuis les années 30

Sites of popular education: conceptions and the architecture of the use of facilities since the thirties

Colloque du Pajep (Pôle des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire)

PAJEP conference

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Publié le mercredi 11 septembre 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Ce colloque vise à étudier l’histoire des équipements socioculturels depuis les années 1930. Organisé par Laurent Besse (histoire) et Catherine Clarisse (architecture), il s’adresse à des chercheurs intéressés par les rapports entre éducation populaire et architecture, qu’ils soient historiens, architectes, sociologues, géographes, spécialistes de sciences de l’éducation. L’étude des programmes architecturaux et des conceptions pédagogiques qui les sous-tendent sera complétée par celle des usages de ces bâtiments. Si la perspective est clairement historique, le colloque vise également à identifier un patrimoine de solutions techniques qui mérite d’être réinterrogé au regard des besoins contemporains. Les réhabilitations contemporaines de ces bâtiments sont une thématique qui sera abordée.

Annonce

Ce colloque est organisé par le PAJEP (Pôle des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire), avec le soutien des Archives nationales, des Archives départementales du Val de Marne et de l’Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais. Il se tiendra à Paris, Créteil et Pierrefitte sur Seine, les 3, 4, 5 décembre 2014.

Afin de guider le travail des chercheurs, un important travail de repérage des sources d’archives a été mené dans le cadre de la préparation de ce colloque par Emmanuelle Giry et Clothilde Roullier (Archives nationales).

Argumentaire

Les courants se réclamant de l’éducation populaire se sont progressivement dotés à partir des années 1930 de bâtiments spécialisés : « foyers », « maisons », « centres », etc. Ces édifices sont regroupés au cours des années 1950 sous la catégorie « équipements socioculturels », avant que leur implantation ne soit généralisée au cours de la décennie suivante. Ils constituent aujourd’hui un élément du paysage, peu visible et peu valorisé, mais rarement absent. A l’exception d’une thèse consacrée à la genèse de leurs programmes architecturaux[1]  et du colloque consacré au sujet plus vaste des abris de loisirs[2], ces bâtiments ont peu fait l’objet d’études scientifiques, a fortiori dans une perspective historique. À l’image de ce qui a pu être mené dans l’univers des constructions scolaires, des écoles de plein-air, ou encore des « châteaux du social », ce colloque voudrait embrasser l’histoire des équipements socioculturels dans leur genèse, leur construction, leurs appropriations et leurs transformations successives. Plus largement, il vise à retracer l’histoire des rapports entre les courants de l’éducation populaire et l’architecture.

En annexe figure un Etat des sources spécifiquement réalisé pour le colloque par Emmanuelle Giry et Clothilde Roullier (Archives nationales).

Origines et identification

L’émergence des équipements socioculturels s’inscrit dans un cycle spécifique de l’histoire de l’architecture, celui des débuts du « mouvement moderne » : il est remarquable que la question des loisirs soit le thème d’un des congrès internationaux d’architecture moderne (CIAM) en 1937 à Paris. A cette occasion sont exposés des projets tels que le Centre de la jeunesse pour les loisirs et la culture de Pierre Jeanneret et Charlotte Perriand, en collaboration avec le groupe JEUNES 1937. Le Corbusier publie en 1942 à l’adresse des jeunes un manuel technique de construction d’abris à partir d’un procédé qu’il nomme « murondins », utilisant les matériaux tels que terre et branchages.

Au cours des années 1930-40, en lien avec la réflexion architecturale et urbanistique, la pensée du champ social et éducatif se fonctionnalise, tandis qu’elle s’éloigne du modèle scolaire, l’éducation populaire s’enracinant désormais dans le temps du loisir (réflexions autour d’Albert Thomas par exemple). Le champ des équipements socioculturels paraît alors mal défini et il faudra attendre les années 1960 pour qu’il soit mieux identifié, sans pour autant acquérir une forme visible et consacrée : Alexis Korganow parle à son sujet d’une trajectoire « contrariée ».

Cette caractéristique invite à refuser de définir a priori le champ des bâtiments concernés par l’étude : les liens formels et fonctionnels entretenus avec les colonies de vacances ou les salles des fêtes  devront ainsi  être examinés. Par ailleurs, si les années 1930 marquent une inflexion par le caractère plus systématique de la pensée, les équipements socioculturels s’inspirent d’expériences antérieures, allant parfois jusqu’à les remplacer ou du moins à se surimposer à elles, y compris physiquement, en occupant et en transformant leurs anciens murs.

Aussi les relations, non linéaires, avec les maisons sociales inspirées de settlements britanniques, les maisons du peuple, peut-être même les bourses du travail doivent-elle être envisagées. La question toujours difficile en histoire des grands ancêtres comme le foyer Trévise de l’Union chrétienne des jeunes gens de Paris de 1893, dont certains aspects anticipent les futurs équipements, devra également être abordée.

Usages : vivre et faire vivre les équipements

La plupart des projets d’éducation populaire au cours de la période visent à revivifier la citoyenneté par la participation active des usagers à la vie et à la gestion des équipements.  Conçus comme des foyers destinés à redonner vie aux quartiers, ils ont été les lieux d’une utopie portée par les classes moyennes visant l’appro-priation collective des lieux et un idéal de rencontre inter-classes.

 Comment les architectes ont-ils pris en compte les demandes sociales ? Quelles furent les attitudes des populations, dans leur diversité sociale et générationnelle face à ces équipements ? Quel poids a pris la gestion des équipements dans la genèse des nouveaux métiers de l’animation ? L’insertion des équipements dans la vie sociale et son évolution apparaît comme l’un des axes essentiels du colloque. Il faudrait retracer de véritables histoires de vie d’équipement, sous une forme monographique, afin de saisir les appropriations successives dont ils ont été l’objet au fil du temps.

La polyvalence : pédagogie et économie

Ces bâtiments aux fonctions larges mais difficilement identifiables, surtout pour les profanes, n’ont eu que rarement un caractère obligatoire, à la différence par exemple des constructions scolaires. La faiblesse des financements est donc une donnée structurelle : comment a-t-on construit à faible coût, alors même que la standardisation n’a pas pu constituer une réponse, faute de demande massive d’équipements, sauf au début des années 1960 ? La solution la plus fréquente a été la polyvalence, solution d’autant plus commode qu’elle conciliait les besoins pédagogiques et le rêve de fusion communautaire qu’incarne le foyer, présent dans de très nombreux équipements. Mais cette polyvalence s’est vite heurtée à la difficile coexistence des publics et des activités, entraînant des conflits d’usages qui ont été étudiés par les sociologues au cours des années 1960. Un recensement des dispositifs architecturaux au service de cette polyvalence permettrait d’identifier un patrimoine de solutions techniques et spatiales qui mérite d’être réinterrogé.

Distincte de la polyvalence, la complémentarité entre équipements, par exemple entre maisons de jeunes, gymnase, théâtre et restaurant communautaire regroupés dans des espaces proches, est porteuse d’un projet éducatif qui vise à former un type d’homme complet, inséparable de l’humanisme promu par l’éducation populaire de l’après-guerre, qui continue à inspirer l’animation socioculturelle aujourd’hui.

La dialectique polyvalence/spécialisation/ complémentarité des espaces est un classique de l’architecture, mais elle semble ici poussée à un degré particulièrement élevé, culminant dans les équipements intégrés de la fin des années 1960 - début des années 1970, lorsque intégration pédagogique et fonctionnelle paraissaient constituer la solution aux problèmes rencontrés par les équipements construits au cours des années antérieures. Quels héritages ont laissé ces expériences dans la pratique contemporaine des architectes et des acteurs de l’éducation populaire ?

L’éducation à la forme ou l’architecture comme forme silencieuse d’éducation [3]

Même si les réalisations ne furent pas toujours à la hauteur des ambitions, les promoteurs des équipements étaient sensibles à la question de leur qualité architecturale : il s’agissait de construire dans une forme contemporaine, afin de diffuser l’art du XXème siècle. Architectes et militants d’éducation populaire ont constitué des groupes de réflexion, ont proposé des plans, y compris de mobilier. Par ailleurs, un nombre non négligeable de ces équipements ont été construits avec, voire par, les habitants ou les usagers, et constituent ainsi des exemples d’éducation populaire en acte. Enfin, ces bâtiments se sont voulus jusqu’aux années 1980 au moins, des architectures non monumentales, volontairement peu visibles, à la différence des maisons du peuple par exemple ou des bourses du travail. Si ce trait s’inscrit dans un courant a-monumental prégnant dans l’architecture des années 1960, il paraît ici poussé à son paroxysme, trouvant son expression dans l’horizontalité qui prévaut alors, au point de se faire oublier dans le paysage. Que nous dit cette caractéristique de la conception de l’éducation populaire qui prévaut alors, des rapports qu’elle entretient avec les différents pouvoirs, des rêves communautaires qui semblent alors particulièrement forts ?

Le colloque s’adresse à des architectes et des historiens, historiens de l’art, doctorants et étudiants soucieux d’exploiter les fonds d’archives recensés par le Pôle de conservation des archives des associations de jeunesse et d’éducation populaire (PAJEP) qui proposent des ressources importantes sur ces sujets, mais également d’autres fonds qui sont à inventorier. Plusieurs fonds d’architectes déposés dans des archives départementales (Bouches du Rhône, Essonne, etc.) comportent des éléments sur des équipements socioculturels. Des communications relevant d’autres champs disciplinaires sont attendues afin d’apporter des regards complémentaires : sociologie, géographie, sciences de l’éducation, ethnologie, science politique…

Tourné vers l’étude du passé et privilégiant le travail à partir d’archives (dans toute leur diversité), ce colloque se veut pour autant ouvert aux problèmes du temps présent : l’un des enjeux pour les architectes est de comprendre la genèse de ces bâtiments afin de leur trouver des usages pour aujourd’hui. Si l’on construit en 2013 moins d’équipements socioculturels qu’il y a 40 ans, la rénovation/réhabilitation des plus anciens est d’actualité depuis plusieurs années déjà. Des présentations de constructions, ou mieux, de rénovations récentes ont leur place dans ce colloque. Des espaces pour la présentation de maquettes et de plans seront prévus. En outre, des témoignages d’acteurs variés viendront enrichir la réflexion. Le public attendu est composé de chercheurs et d’acteurs présents et passés (militants et permanents associatifs, élus locaux, architectes). Une des trois journées se déroulera à Créteil, ville emblématique pour les équipements des années 1960 et 1970 et lieu de conservation des archives du PAJEP.

Le champ d’étude est celui de l’espace français, mais l’évocation des échanges avec des expériences étrangères, particulièrement forte dans les années 30 et dans les années 60, seront envisagées, surtout avec les pays germaniques. Si le monde urbain est fort logiquement privilégié, le cas des foyers ruraux mériterait d’être évoqué : dès 1937, la Ligue de l’enseignement proposait un modèle de foyer communal rural lors de l’Exposition, modeste écho aux propositions de club paysan de Le Corbusier dans son Pavillon des temps nouveaux, sous-titré « Essai de musée ambulant d’éducation populaire ».

Orientations attendues des communications

  • Monographies, si possibles comparées, d’équipements : centres sociaux, maisons de jeunes, foyers de jeunes travailleurs, auberges de jeunesse, etc. L’appropriation par les usagers et les transformations de destination et d’usages apparaissent comme des aspects à privilégier ;
  • Etudes des lieux d’élaboration des modèles : bureaux d’études spécialisés, commissions architecture, revues spécialisées, administrations ministérielles et municipales, Caisses d’allocations familiales, organismes HLM, groupes d’habitants, associations d’éducation populaire. On peut envisager pour ce thème des communications s’appuyant sur le recueil de témoignages oraux. La question des normes architecturales et des grilles d’équipement mériterait également d’être abordée, comme celle des coûts. Par ailleurs, les sociologues ont consacré une part importante de leur recherche à ces nouveaux équipements au cours des années 1960 et 1970. Cette littérature mériterait d’être relue 40 ans plus tard, d’autant plus qu’elle mêle des courants variés, depuis la sociologie critique théorique, jusqu’aux études les plus appliquées ;
  • Analyse fonctionnelle de la nature des espaces produits ;
  • Réflexions autour de la polyvalence/spécialisation qui résulte de l’indétermination relative de la fonction de ces bâtiments (à la différence d’une école ou même d’un théâtre).

Coordination scientifique

Colloque organisé par
  • Laurent Besse, histoire, (IUT de Tours, CETHIS Université François Rabelais) 
  • et Catherine Clarisse, architecture (Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, chercheur au LACHT, Laboratoire de recherche de l’Ecole nationale d’architecture et de paysage de Lille)

[1] Alexis KORGANOW, L'équipement socio-culturel, trajectoire architecturale d'un type contrarié d'édifice public à l'ère des loisirs (1936-1975), thèse sous la dir. de Jean-Louis Cohen, Paris 8, 2003.

[2] Gilles RAVENEAU, Oilivier SIROST, Anthropologie des abris de loisirs, Presses universitaires de Paris-Ouest Nanterre, 2011.

[3] Formule inspirée de Georges Mesmin directeur des constructions scolaires qui évoquait l’architecture comme « forme silencieuse d’enseignement » citée par André Jager dans « Culture et architecture », AMC, n° 164, fév. 1968, p. 19.

Modalités de soumission

Les propositions de communication devront être rédigées en Times New Roman, taille de police 11, interligne simple et comporter un titre, les limites de la période étudiée, un résumé de 30 lignes maximum ainsi que les coordonnées et les fonctions de l’intervenant.

Ces propositions doivent être adressées avant le 15 octobre 2013 à :

laurent.besse@univ-tours.fr

Comité d’organisation

Denise Barriolade (membre du comité scientifique du PAJEP), Laurent Besse (maître de conférence en histoire, IUT de Tours), Catherine Clarisse, (architecte, Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais, chercheur au LACTH), Evelyne Coggiola-Tamzali (présidente de l’ADAJEP), Marie-Andrée Corcuff (directrice des Archives départementales du Val-de-Marne), Sylvie Escande (Ecole nationale supérieure d’architecture de Paris-Malaquais), Serge Gerbaud (administrateur de l’ADAJEP), Emmanuelle Giry (responsable du secteur Jeunesse et Sport, département Education Culture affaires Sociales, Archives nationale - site de Pierrefitte), Laurent Gutierrez (maître de conférences en sciences de l’éducation, université de Rouen ), Dominique Jamet (comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication), Paul Markidès (administrateur de l’ADAJEP), Jean-Marie Michel (secrétaire général des CEMEA), Pierre Moulinier (comité d’histoire du ministère de la Culture et de la Communication), Antoine Prost (professeur émérite d’histoire contemporaine, université de Paris-Panthéon-Sorbonne), Isabelle Rouge-Ducos (chargée de mission pour les Archives privées au Service interministériel des Archives de France (SIAF)), Clothilde Roullier (archiviste, département Education Culture affaires Sociales, Archives nationales – site de Pierrefitte), Gaëtan Sourice (archiviste, FONJEP-PAJEP).

Comité scientifique

Il comprend le comité d’organisation élargi aux personnes suivantes :

Jean-Marie Bataille (pédagogue, chercheur associé UMR ADES Bordeaux 3), Patrick Bouchain (architecte), Anne-Marie Châtelet (professeur d’histoire de l’architecture Strasbourg), Jean-Louis Cohen (professeur d’histoire de l’architecture, Paris 8 et New York University), Anne Debarre (maître-assistant en architecture à l’ENSA Paris-Malaquais), Sandrine Dubouilh (professeur en arts du spectacle Bordeaux 3), Richard Klein (professeur en histoire de l’architecture à l’ENSAP Lille), Thierry Mandoul (maître-assitant en architecture ENSA Paris-Malaquais), Jean-Noël Luc (professeur d’histoire contemporaine, Paris 4), Antoine Savoye (professeur en sciences de l’éducation Paris 8), Nasrine Seraji (architecte, directrice de l’école d’architecture Paris-Malaquais), Thibault Tellier (maître de conférences en histoire contemporaine Lille 3), Loïc Vadelorge (professeur d’histoire contemporaine Paris Est-Marne la Vallée).

 

Dates

  • mardi 15 octobre 2013

Mots-clés

  • histoire, architecture, éducation, loisirs, éducation populaire, équipements socioculturels, 1930 à nos jours, culture, participation, quartier, planification

Contacts

  • Laurent Besse
    courriel : laurent [dot] besse [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Laurent Besse
    courriel : laurent [dot] besse [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Des lieux pour l'éducation populaire : conceptions, architecture des usages des équipements depuis les années 30 », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 11 septembre 2013, http://calenda.org/258846