AccueilLa conception britannique de la citoyenneté : histoire, évolutions, transferts

La conception britannique de la citoyenneté : histoire, évolutions, transferts

The British Conception of Citizenship: History, Changes and Transfers

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Publié le lundi 16 septembre 2013 par Elsa Zotian

Résumé

Depuis l'apparition du terme anglo-normand de « citizen » qui désigne le plus souvent l'habitant d'une ville possédant un certain nombre de droits et libertés, jusqu'aux débats les plus récents sur l'identité nationale ou supra-nationale (Britishness, citizenship tests...), en passant par la privation durable des dissenters, des catholiques et des juifs de droits civiques, bien au-delà du Toleration Act (1689), ce colloque se propose de revenir sur les mutations de la notion de citoyenneté au cours de l'histoire de l'Union. Les tentatives d'introduire de la démocratie participative, de réformer le système représentatif traditionnel et d’accroître la responsabilité politique des élus au cours de la période contemporaine témoignent d’un désir de renouveau et nous invitent à préciser les contours de cette notion dans le Royaume-Uni d'aujourd'hui.

Annonce

Colloque international co-porté par le CRECIB et le laboratoire CAS (EA801), 3-5 avril 2014, Université Toulouse 2 – Le Mirail

Argumentaire

Le terme de « citizen » qui provient de l’anglo-normand, perdure pendant tout le Moyen-Age, et désigne le plus souvent l’habitant d’une ville possédant un certain nombre de droits et libertés (il est alors l’équivalent du burgess ou du freeman) ; mais, dès le XIVe siècle, le terme est utilisé pour désigner indifféremment l’habitant d’une ville ou d’un pays tout entier (Wyclif c. 1380, Starkey 1538 etc.). Les XVIIe et XVIIIe siècles apparaissent comme des moments charnières du fait des guerres civiles, qui révèlent que la monarchie n’est plus unanimement considérée comme un fait de nature, puis de la Glorious Revolution, qui met en œuvre des principes élaborés au cours des décennies précédentes : remise en cause de la monarchie de droit divin, apologie du droit de résistance contre un monarque qui prive les sujets de ses libertés et affirmation de la souveraineté du peuple à travers l’avènement d’une monarchie dite constitutionnelle.  La modernité politique, qu’incarne notamment Locke, se définit par ces principes ainsi que par une politique de tolérance. De fait, les dissenters obtiennent en 1689 la liberté de culte mais restent privés de droits civiques jusqu’en 1829. Liberté de culte ne signifie donc pas citoyenneté à part entière. Au XVIIIe siècle, on retrouve le terme de « citoyen » dans les écrits politiques de Hume qui l’emploie volontiers à propos des républiques antiques ou des cités-Etats d’Italie, sa réflexion prenant une dimension universelle (« A too great disproportion among the citizens weakens any state », « A continual succession of wars makes every citizen a soldier »- Essays Moral, Political and Literary, 1752). Par la suite, la Révolution américaine ravive la tradition républicaine et machiavélienne des citoyens-soldats. Citoyenneté et liberté politique vont de pair : les armes sont les moyens de la défendre.  La Révolution française renouvelle et renforce l’emploi du terme en Grande-Bretagne, illustrant ainsi la circulation du vocable et du concept de part et d’autre de la Manche. Au lendemain de 1789, un « citoyen » désigne expressément un membre de la République française. Les « Jacobins britanniques », comme on les appelle, ont deux revendications fondamentales : l’émancipation civique des dissenters et l’élargissement du droit de vote à une plus grande partie de la population, autrement dit l’augmentation du nombre de « citoyens » (abaissement des droits de propriété nécessaires pour être électeurs, suppression des bourgs pourris etc.). Ces revendications seront progressivement satisfaites entre 1832 et 1928, les femmes accédant progressivement au droit de vote entre le milieu de la période victorienne et l’entre-deux-guerres, grâce au talent, notamment, de John Stuart Mill, Millicent Fawcett et aux actions des suffragettes. Aujourd’hui encore, la parité réelle fait figure de chimère de part et d’autre de la Manche. Au-delà de la parité politique, le combat féministe pour que la citoyenneté des femmes puisse être véritablement une citoyenneté active  et à part entière poursuit son cours.

Dans le contexte de l’après-guerre, de la décolonisation et des débuts réels de l’immigration (post) coloniale, les modalités d’accession à la citoyenneté évoluent : accès universaliste à la nationalité et à la citoyenneté  pour les ressortissants du Commonwealth par le biais du British Nationality Act (1948), à contraster avec un accès plus limité des sujets coloniaux français, notamment des Français Musulmans d’Algérie, dans le cadre de l’Union Française puis de la Communauté Française. Aujourd’hui, la question de la « citoyenneté multiculturelle » ne va pas forcément de soi dans un Royaume-Uni où les avancées imputables au multiculturalisme semblent être remises en cause, tandis qu’en France, le droit de vote des étrangers et l’émergence d’une citoyenneté de résidence semblent être en passe, une nouvelle fois, d’être renvoyés aux calendes grecques. Depuis le rapport Cantle (2001), on a assisté à une utilisation inédite de la citoyenneté comme modalité d'intégration des migrants et de leurs descendants outre-Manche, notamment par le biais de la mise en place de dispositifs résultant, pour l’essentiel, du transfert de politiques publiques: citizenship education, citizenship tests, citizenship ceremonies... De même,les défis à l’Etat-nation suscités par le développement de citoyennetés transnationales ou postnationales (citoyennetés diasporiques ; intégration européenne ; développement d’allégeances transnationales) constituent une préoccupation grandissante, pour les gouvernements autant que pour l’opinion. Le lien entre citoyenneté et identité nationale (réflexion sur le concept de Britishness au Royaume-Uni ; débat avorté sur « l’identité nationale » en France) illustre, de part et d’autre de la Manche, les interrogations suscitées par l’intégration des populations issues de l’immigration, que ce soit dans une perspective multiculturaliste ou républicaine, interrogations qui ne sont pas exemptes de récupérations politiques. Les atermoiements relatifs à la compatibilité de certaines croyances religieuses avec la citoyenneté ne sont d’ailleurs pas nouveaux, si l’on se réfère à l’exclusion durable des dissenters,des catholiques et des Juifs des droits civiques, même après le Toleration Act de 1689. Enfin, les réformes politiques et constitutionnelles récemment introduites (par exemple la dévolution) ont donné naissance à des conceptions diverses de la citoyenneté (sociale notamment, mais aussi politique) dans les différentes nations qui forment le Royaume-Uni, et selon les partis, mouvements et groupes de pression politiques. Les tentatives d’introduction d’éléments de démocratie participative, de réforme du traditionnel système représentatif et d’accroissement de la responsabilité politique des élus témoignent d’un désir de renouveau de la citoyenneté et de sa signification dans le Royaume-Uni contemporain. Il est aujourd’hui nécessaire d’établir la façon dont les réformes politiques récentes et les pressions pour de nouvelles réformes ont fait évoluer la conception britannique de la citoyenneté.

Les communications pourront porter sur les thèmes suivants :

  • Définitions théoriques de la citoyenneté et évolutions historiques de sa signification
  • Conceptions britannique et française de la citoyenneté comparées
  • Citoyenneté, radicalisme et socialisme
  • Citoyenneté, nationalité et identité nationale
  • Citoyenneté et intégration sociale, droits sociaux, politiques sociales
  • Citoyenneté multiculturelle, conceptions post-coloniales de la citoyenneté
  • Genre et citoyenneté
  • Citoyennetés postnationales et transnationales ; citoyenneté et UE ; migration et citoyenneté diasporique
  • Citoyenneté et croyances religieuses
  • Citoyenneté et représentation politique, régimes politiques, institutions et constitutions
  • Compatibilité de la citoyenneté et de la monarchie, de la citoyenneté et de la souveraineté parlementaire ; relations entre les concepts de ‘sujet’ et de ‘citoyen’ ; citoyenneté et républicanisme
  • Comment les partis/mouvements/clubs/groupes de pression conçoivent ou ont conçu la citoyenneté
  • Nouvelles formes d’implication politique et nouveaux mouvements politiques; formes nouvelles ou alternatives de citoyenneté
  • L’évolution de la démocratie représentative au Royaume-Uni et ses conséquences sur la conception britannique de la citoyenneté
  • Citoyenneté et dévolution, différences dans la façon dont la citoyenneté sociale et la citoyenneté politique sont conçues dans les Iles britanniques ; quelle citoyenneté pour une Ecosse indépendante ?
  • Impact de la codification de la loi sur les droits civiques

Conditions de soumission

Veuillez adresser vos propositions de communication à Vincent Latour (vincent.latour@wanadoo.fr) et Nathalie Duclos (nathalieduclos@yahoo.fr)

pour le 30 septembre 2013 au plus tard.

Le comité scientifique rendra son avis pour le 30 novembre 2013.

Comité scientifique

  • Florence Binard (Paris 7)
  • Nathalie Duclos (Toulouse 2)
  • Myriam-Isabelle Ducrocq (Paris Ouest-Nanterre)
  • Vincent Latour (Toulouse 2)
  • Michel Prum (Paris 7)
  • Jean-Paul Révauger (Bordeaux 3)

Bibliographie indicative

  • Deborah Cohler, Citizen, Invert, Queer, Lesbianism and War in Early Twentieth-Century Britain, University of Mineapolis Press, 2010.
  • Jurgen Habermas, Écrits politiques, Cerf, Paris, 1990.
  • Thomas Hobbes, De Cive: the Latin Version. Critical Edition by Howard Warrender. Oxford University Press, 1983
  • Thomas Hobbes, Leviathan, Oxford University Press, 1996.
  • David Hume, Essays Moral, Political and Literary, 1752.
  • Will Kymlicka, Multicutural citizenship, A Liberal Theory of Minority Rights, Oxford University Press, 1995
  • T.H. Marshall, Citizenship and Social Class, 1950.
  • John Stuart Mill, The Subjection of Women, London: Longmans, Green, Reader & Dyer, 1869.
  • Tariq Modood, Multiculturalism, citizenship and national identity, Open Democracy, 2007. http://www.opendemocracy.net/faith-europe_islam/multiculturalism_4627.jsp
  • Thomas Paine, A DIALOGUE BETWEEN GENERAL WOLFE AND GENERAL GAGE IN A WOOD NEAR BOSTON.1 -, The Writings of Thomas Paine, Collected and Edited by Moncure Daniel Conway (New York: G.P. Putnam’s Sons, 1894). Vol. 1.
  • J. Rawls, A Theory of Justice, Oxford University Press, 1972
  • Dominique Schnapper, Qu’est-ce que la citoyenneté ?, Paris, Folio, 2000.

Catégories

Lieux

  • Université de Toulouse 2 - Le Mirail
    Toulouse, France (31)

Dates

  • lundi 30 septembre 2013

Mots-clés

  • citoyenneté, Royaume-Uni

Contacts

  • vincent latour
    courriel : vincent [dot] latour [at] wanadoo [dot] fr
  • Nathalie Ducrocq
    courriel : nathalieduclos [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Nathalie Ducrocq
    courriel : nathalieduclos [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« La conception britannique de la citoyenneté : histoire, évolutions, transferts », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 16 septembre 2013, http://calenda.org/259441