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Journée d'étude sur les ingénieurs des pays émergents (EmergING)

Study day of engineers in emerging countries (EmergING)

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Publié le lundi 23 septembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

Cette première édition de la journée d'étude EmergING aura pour objectif de stimuler les échanges entre les chercheurs des différentes aires culturelles travaillant sur les ingénieurs des pays émergents, en particulier parmi les doctorants et jeunes chercheurs. Nous souhaiterions créer à travers cet événement un réseau de chercheurs ayant pour objets des ingénieurs dans les pays dits « du Sud ».

Annonce

Cette journée d'étude est organisée avec le soutien financier de l'école doctorale de l'EHESS Paris et du LABSO - ISS, Université de Lausanne (UNIL).

Argumentaire

Cette première édition de la journée d'étude EmergING aura pour objectif de stimuler les échanges entre les chercheurs des différentes aires culturelles travaillant sur les ingénieurs, en particulier parmi les doctorants et jeunes chercheurs. Nous souhaiterions créer à travers cet événement un réseau de chercheurs ayant pour objets des ingénieurs dans les pays dits "émergents" ou "du Sud".

La journée d'étude se concentrera sur les principaux pays dit “en émergence” ou “en développement”, décrits notamment sous les acronymes BRICS et CIVETS[1] : Chine, Inde, Afrique du Sud, Brésil mais aussi Mexique, Argentine, Colombie, Sénégal, pays du Maghreb, Égypte, etc.[2] L'objectif de la journée sera d'y étudier la ou les catégories professionnelles des ingénieurs : histoires, formations, relations à l'État, rôles dans l'innovation et le développement, ainsi que dynamiques de professionnalisation du métier etc.

Les pays au cœur de notre étude ont pour particularité d'avoir souvent des politiques publiques très volontaristes en matière de croissance économique et de développement des secteurs de recherche et d'innovation. Plusieurs de ces pays ont d'autre part connu, au cours des trente dernières années, une politique de libéralisation économique qui a profondément modifié le rôle de l'État et sa relation aux catégories professionnelles comme celles des ingénieurs. Enfin, la récente expansion, voire massification et internationalisation de l’enseignement supérieur dans nombre de ces pays a entraîné une modification de la formation et de la configuration des diplômes d'ingénieur.  Celle-ci s'est accompagnée d'une évolution de la perception de la profession et de ses caractéristiques économiques et sociales.

Plusieurs de ces pays ont connu au cours de la dernière décennie une croissance très importante du nombre d'ingénieurs diplômés chaque année[3], alors que les études évoquent plutôt une pénurie d'ingénieurs dans le monde, en particulier dans les pays occidentaux[4]. Cependant ces statistiques sont souvent peu fiables et prennent en compte des niveaux de diplômes et des cursus très différents. En outre, peu d'études en sciences humaines et sociales ont été récemment réalisées spécifiquement sur la catégorie professionnelle des ingénieurs dans ces pays, alors que la demande croissante des universités et des entreprises en déploiement sur ces marchés émergents invite à développer une compréhension plus fine des pratiques d’ingénierie et de leurs transformations.

Les quelques études réalisées[5], démontrent une tension importante entre d'une part une internationalisation de la profession, une explosion du nombre de jeunes diplômés et une "périphérisation" d'une partie d'entre eux, dont la formation et les compétences ne leur permettent pas de concourir sur le marché international des compétences. On assiste à une montée du chômage chez ceux dont les diplômes sont les moins reconnus et à un transfert d'une large partie de ceux issus des institutions d'élites vers la gestion. La montée du secteur privé dans la formation, souvent peu contrôlée, d'une part, et l'investissement massif d'universités européennes ou nord-américaines, d'autre part, participent de cette double évolution : périphérisation et internationalisation.

Ces évolutions prennent lieu dans un contexte de transfert des activités d'innovation du Nord vers le Sud, transfert qui s'accompagne souvent, dans les pays que nous nous proposons d'étudier, d'une volonté politique de s'imposer dans les secteurs innovants. Les ingénieurs sont donc amenés à jouer un rôle central dans le développement économique et industriel de ces pays. Ce rôle dépasse la question de l'innovation, puisqu'il comprend aussi le développement de secteurs primordiaux comme celui des infrastructures ou de l'environnement.

Cette journée d'étude sera donc l'occasion de développer plusieurs thématiques et axes de recherche, comme par exemple l'histoire du métier d'ingénieur et de sa professionnalisation (19e - 20e siècle), les dynamiques nouvelles et tensions actuelles dans la formation, les carrières des ingénieurs aujourd'hui, leurs relations à l'État, leurs rôles dans les activités de recherche et développement, les dynamiques de circulation internationale, etc.

Par delà les connaissances et points de comparaison qu'elle veut apporter sur les ingénieurs dans les pays du Sud, cette journée sera aussi l'occasion de revenir sur les catégories de BRICS, CIVETS et autres ainsi que sur le concept de "pays émergents", pour analyser les hétérogénéités des configurations socio-économiques de ces pays ainsi que de leurs modèles de développement. S'attacher à l'étude de pays dits "en développement" permettra aussi de placer au centre de notre journée la question du rôle des ingénieurs et plus généralement des sciences et techniques dans les divers processus de développement. Sont-ils nécessairement des vecteurs du développement économique? Quels rôles les ingénieurs jouent-ils dans les transformations socio-politiques (montée d’une technocratie, libéralisation, imposition de nouvelles formes de domination ou reproduction des hiérarchisations sociales...) ?

1) Histoire, évolutions du métier d'ingénieur et dynamiques de professionnalisation (XIXe et XXe siècles)

L'objectif de ce premier axe sera d'étudier les transformations des conceptions, statuts, fonctions et pratiques des ingénieurs en cours dans les pays émergents depuis le XIXe siècle. De l’expertise « de terrain » à sa reconnaissance institutionnelle formalisée par le titre d’ingénieur, les définitions et statuts des ingénieurs se sont en effet souvent intensément transformés et approfondis au cours des deux derniers siècles.

Les recherches socio-historiques sur le groupe des ingénieurs (en France en particulier) ont montré que les conceptions du métier et du statut de l’ingénieur professionnel sont souvent profondément légitimées et structurées par les diplômes[6]. Sans aller jusqu’à parler de « profession » au sens anglo-saxon du terme, un groupe social s’est constitué et distingué des ouvriers et techniciens par l’affirmation d’une position supérieure dans la hiérarchie de la société et de l’entreprise, tout en se considérant comme distinct des autres cadres et en particulier des cadres gestionnaires dont ils partagent pourtant aujourd'hui souvent –et de plus en plus- les fonctions[7].

Dès lors se profile tout un faisceau de questions. Que nous apprennent nos terrains sur les façons dont expertise technique, fonctions d’encadrement et reconnaissance professionnelle peuvent s’articuler ? Quelles transformations le groupe professionnel des ingénieurs a-t-il connu au cours des deux derniers siècles ? S’agit-il de dynamiques de professionnalisation du groupe ? De mouvements de protection du titre d'ingénieur ? Assistons-nous à une transformation globale du métier des ingénieurs lesquels deviendraient un groupe social unifié par la convergence des pratiques? Ou plutôt à la constitution de différents modèles de ce qu’être ingénieur peut revêtir de significations et de pratiques?

2) Évolutions des formes d'enseignement supérieur et dynamiques d'internationalisation

L'objectif de ce second axe sera d'essayer de constituer un panorama des diverses voies d’accès au « métier » d’ingénieur dans différents pays: par la formation, par la pratique ou peut-être par d’autres chemins encore. Comment ces différents itinéraires se croisent-ils et quels groupes d’ingénieurs constituent-ils ensuite dans les entreprises, administrations et universités où ils travaillent ? S’agit-il de parcours qui se recoupent voire se confondent ou bien constituent-ils progressivement une ou plusieurs typologies des ingénieurs ?

Alors que les autorités universitaires des pays émergents affichent leur volonté de former une élite « de niveau international » -et sans oublier d’interroger cette expression-, observe-t-on des tensions entre élitisme et massification de ces filières d’enseignement supérieur ? Alors que la formalisation du titre d’ingénieur a produit une homogénéisation progressive des formations d’ingénieurs en France, assiste-t-on dans certains pays à une polarisation des formations d’ingénieurs avec un marché de l’emploi à plusieurs vitesses ? À quels niveaux et comment les concurrences entre formations s’articulent-elles ? Dans quelle mesure cela questionne-t-il la place « constituée » des formations occidentales et particulièrement celles ayant eu à cœur de protéger leur titre ? Peut-on parler d’un marché international des formations et des diplômes ? Comment le qualifier ? Quelle(s) place(s) y occupent les stratégies réputationnelles des écoles et universités ?

3) Globalisation de l'ingénieur et des pratiques d'ingénierie

L’objectif de ce troisième axe sera d’analyser les dynamiques de “globalisation” de la profession d’ingénieur, de sa conception et de ses pratiques dans les pays émergents. Cet axe sera aussi l’occasion de revenir sur la circulation internationale des individus, des informations, des connaissances, des techniques et des technologies.

Longtemps les mouvements de départ des élites éduquées des pays aujourd’hui dits “émergents” vers les pays dits du ”Nord” ont été conçus comme une fuite des cerveaux, préjudiciable au développement économique des pays d’origine[8]. Depuis une vingtaine d’années, le concept a cependant évolué vers l’idée d’une circulation des cerveaux ainsi que de retours (physique, financier, politique, intellectuel) des élites vers le pays d’origine. Cette évolution conceptuelle ne doit cependant pas faire oublier les autres formes de circulation (body shopping[9], etc.) et les dynamiques de périphérisation que ces circulations créent pour ceux qui n’y ont pas accès.

La globalisation de l’économie et l’ouverture des pays émergents aux firmes multinationales entraînent d’autre part une série de questions sur les évolutions de la formation, des pratiques et du quotidien de l’ingénierie. Assiste-t-on à une dynamique de standardisation internationale de la définition de l'ingénieur et de sa profession ? Si standardisation il y a, quelle forme prend-elle et quelles implications a-t-elle sur les formations en ingénierie, sur la profession d’ingénieur, sur le quotidien du travail et les pratiques managériales, etc. ?

4) Les politiques de libéralisation économique, les ingénieurs et l'État

Il s’agira ici d’essayer de comprendre comment les transformations économiques et politiques récentes dans les pays émergents (libéralisation économique et politique, privatisations, etc.) ont fait évoluer le(s) groupe(s) professionnel(s) des ingénieurs, leurs conceptions de leur métier, le quotidien de leur travail, leurs rôles économiques et politiques, leurs relations à l’État, aux entreprises publiques et privées, etc.

La Chine dans les années 1970-1980, le Brésil, l’Inde et l’Afrique du Sud à la fin des années 1980 et dans les années 1990, ont progressivement libéralisé leurs économies et ouvert leurs marchés aux échanges internationaux et firmes multinationales, souvent sous l’influence d’une élite technocratique convertie au modèle libéral de développement.

Ces libéralisations se sont souvent accompagnées soit d’une privatisation, soit d’un processus de rationalisation de la gestion de nombreuses entreprises publiques. Les politiques publiques ont elles aussi souvent été modifiées en profondeur, à travers des processus comparables de rationalisation ou encore la multiplication des partenariats publics-privés pour les développements des infrastructures et les grands projets. C’est dès lors la nature même du lieu et du contenu du travail, ainsi que du marché de l’emploi, qui pourrait se transformer pour une large majorité des ingénieurs, traditionnellement employés dans le secteur public. Le rôle politique des ingénieurs et plus généralement des technocrates dans ces évolutions fut souvent central, des “red engineers[10] chinois aux ambassadeurs de la révolution IT en Inde[11].

Comment les politiques de libéralisation économique et politique ont-elles modifié les relations des ingénieurs à l’État ? Quelles stratégies les ingénieurs ont-ils mises en oeuvre afin de conserver ou renforcer leurs positions au sein de l’administration et des entreprises publiques? Quels rôles les technocrates ont-ils joué dans les évolutions économiques et politiques récentes des pays émergents ? Quel impact ces évolutions économiques ont-elles pu avoir sur les dynamiques de professionnalisation des ingénieurs, sur leur place dans la société et dans l’économie ?

5) Autres axes de recherche / Communications "hors-thèmes"

Toutes les propositions de communication "hors-thèmes", portant sur des axes non-mentionnés ci-dessus ou les prolongeant (genre, éthique, etc.) sont bienvenues. En fonction du nombre et de la qualité des communications reçues sur chaque thématique, les thèmes indiqués ci-dessus seront ainsi amenés à évoluer.

Conditions de soumission des propositions de communications

Les propositions de communication (300 à 500 mots, avec mots-clés), en français ou en anglais, sont à transmettre par courriel aux organisateurs

avant le Vendredi 25 Octobre 2013.

Chaque communication durera 15 à 20 minutes puis sera discutée pendant 20 à 30 minutes.

Comité scientifique

  • Caru Vanessa, Chargée de Recherche CNRS
  • Girard Bérénice, Doctorante, CEIAS - EHESS
  • Grelon André, Directeur d'études, EHESS
  • Henry Odile, Professeure, Université Paris 8
  • Lardinois Roland, Directeur de Recherche Emérite au CNRS
  • Marion Richard, Doctorant, UNIL
  • Vinck Dominique, Professeur, UNIL

Contacts des organisateurs

Girard Bérénice : berenice.girard@ehess.fr ; girard.berenice@gmail.com 

Marion Richard : richard.marion@unil.ch

[1] Colombie, Indonésie, Vietnam, Égypte, Turquie, Afrique du Sud.
[2] Des propositions de communications portant sur les pays en transition économique (Europe de l'Est, Russie) seront cependant aussi les bienvenues. Si elles contribuent au thème de la journée à travers la transformation des pratiques, rôles et statuts des ingénieurs, elles pourront tout à fait être intégrées au programme.
[3] US Department of Education, Press Release, 2/7/2006 (cité par Gereffi et al, 2006) : Chine : 600 000 nouveaux ingénieurs pour l'année 2005, Inde: 350 000, USA: 70 000[4] UNESCO, Engineering : Issues, Challenges and Opportunities for Development. Paris : Unesco Publishing, 2010. Available online.
[5] Gereffi, Wadhwa, Rissing & Ong, “Getting the numbers right: International Engineering Education in the United States, China and India”, Journal of Engineering Education, Vol.97, No.1, January 2008. Available online. Lardinois R., “L’espace social des ecoles d’ingenieurs en Inde. Entre l’Etat et le marche.”, Colloque Un Ingenieur, des Ingenieurs : expansion ou fragmentation?, EHESS Paris, 6-7 Octobre 2011.
[6] Duprez, Grelon & Marry, “Les ingenieurs des annees 1990 : mutations professionnelles et identité sociale”, Societés contemporaines, Vol.6, No.6, 1991
[7] Livian, Yves-Frédéric, 2008 : http://hal.archives-ouvertes.fr/docs/00/64/35/96/PDF/Ing-nieur_et_manager.pdf[8] Voir entre autres : Varrel A., Back to Bangalore. Etude Geographique de la migration de retour des Indiens tres qualifies a Bangalore (Inde), These de Doctorat (Geographie), Poitiers : Universite de Poitiers, 2008
[9] Bao X., Global ‘Body Shopping’: An Indian Labor System in the Information Technology Industry. Princeton : Princeton University Press, 2006
[10] Andreas J., Rise of the Red Engineers. The Cultural Revolution and the Origins of China’s new class. Stanford : Stanford University Press, 2009
[11] Pitroda S., Vision, Values and Velocity. Delhi : SiliconIndia, 2001

Lieux

  • EHESS Paris - 190-198 Avenue de France
    Paris, France (75013)

Dates

  • vendredi 25 octobre 2013

Mots-clés

  • EmergING, ingénieurs, pays émergents, BRICS, CIVETS

Contacts

  • Bérénice Girard
    courriel : girard [dot] berenice [at] gmail [dot] com
  • Richard Marion
    courriel : richard [dot] marion [at] unil [dot] ch

Source de l'information

  • Bérénice Girard
    courriel : girard [dot] berenice [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Journée d'étude sur les ingénieurs des pays émergents (EmergING) », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 23 septembre 2013, http://calenda.org/259981