AccueilLes enjeux des politiques mortuaires contemporaines : de l’inhumation à la crémation (XIXe-XXIe siècle)

Les enjeux des politiques mortuaires contemporaines : de l’inhumation à la crémation (XIXe-XXIe siècle)

Contemporary political issues of funerals: from inhumation to cremation (19th-21st century)

Ateliers Campus Condorcet : Histoire des politiques mortuaires en France, en Italie et en Espagne, à l'époque moderne et contemporaine

Condorcet campus workshop: the history of funerary policy in France, Italy and Spain, from the modern and contemporary period

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Publié le jeudi 26 septembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

L’histoire de la mort qui, depuis une quarantaine d’années, a suscité de nombreux travaux de qualité, s’est surtout attachée à en étudier les aspects démographiques et à retracer les attitudes collectives devant « l’instant fatal ». Cependant, l’histoire du sort réservé au corps mort reste encore mal connue. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’Église gère le corps mort qu’elle ensevelit – enveloppé d’un simple linceul la plupart du temps, en terre consacrée, à l’intérieur des églises et des chapelles – rurales ou urbaines, comme dans les cimetières adjacents. L’une de ses préoccupations est alors de sacraliser les espaces destinés aux défunts que les vivants envahissent régulièrement, pour y mener leurs animaux, y vendre leurs marchandises, s’y divertir les jours de fête, au sortir de la messe.

Annonce

Présentation

L’histoire de la mort qui, depuis une quarantaine d’années, a suscité de nombreux travaux de qualité, s’est surtout attachée à en étudier les aspects démographiques et à retracer les attitudes collectives devant « l’instant fatal ». Cependant, l’histoire du sort réservé au corps mort reste encore mal connue. Jusqu’au XVIIIe siècle, l’Église gère le corps mort qu’elle ensevelit – enveloppé d’un simple linceul la plupart du temps –, en terre consacrée, à l’intérieur des églises et des chapelles – rurales ou urbaines –, comme dans les cimetières adjacents. L’une de ses préoccupations est alors de sacraliser les espaces destinés aux défunts que les vivants envahissent régulièrement, pour y mener leurs animaux, y vendre leurs marchandises, s’y divertir les jours de fête, au sortir de la messe. À partir des années 1740, différents facteurs concurrent à séparer l’univers des morts de celui des vivants. La croissance urbaine dévore des superficies croissantes ; l’influence des hommes de sciences – en particulier des médecins, membres de l’Académie des sciences –, que viennent renforcer les discours des philosophes, promeuvent des normes d’hygiène et de salubrité nouvelles. Les besoins de l’urbanisation, joints aux exigences de santé publique, entraînent une série de mesures administratives, depuis l’arrêt de Parlement de Paris de 1765 préconisant le transfert des cimetières à l’extérieur des villes à la déclaration royale du 20 mars 1776 qui impose leur déplacement en dehors des agglomérations et à l’arrêt du Conseil d’État de 1785 qui ferme le cimetière parisien des Innocents. Appliquées de façon inégale, ces dispositions sont reconduites et élargies par le décret de 23 prairial an XII qui règle les sépultures et les lieux qui leur sont voués, la responsabilité des ensevelissements et des cimetières étant alors dévolue aux autorités civiles, à savoir les maires.

Les préoccupations sociétales sur la réalité de la mort, exprimées dès le milieu du XVIIIe siècle, conduisent à une présence croissante des médecins dans les derniers moments de la vie, laissés auparavant aux religieux. Les préoccupations des hygiénistes et la demande croissante de statistiques contribueront effectivement au développement d’une réflexion nouvelle sur les « causes médicales de décès » au milieu du XIXe siècle, mais le chemin de la médecine vers la mort avait déjà été fait.

Au XIXe siècle, le mouvement hygiéniste apporte dans les pays européens en voie d’industrialisation une réponse à deux grands problèmes : celui de la séparation définitive des vivants et des morts et celui du choix de l’emplacement du cadavre, le plus conforme aux règles de l’hygiène collective dictées par la médicine positiviste. Les intentions du législateur sont de nature hygiénique, idéologique et culturelle. Le corps mort, régi par des dispositions législatives, est désormais neutralisé du point de vue infectieux, il n’est plus le monopole de l’Église catholique. En protégeant le cadavre et en lui donnant un statut juridique, la loi vise à concilier l’exigence de l’hygiène publique, avec la piété et le respect des défunts. Dans le cimetière public et laïc une nouvelle célébration de la mémoire voit le jour.

À partir des années 1870, des médecins positivistes, appartenant aux franges les plus radicales du mouvement hygiéniste européen, avancent la proposition de la crémation des cadavres. Ces élites du savoir scientifique soutiennent que le corps des morts ne doit pas être abandonné à la putréfaction, il doit être purifié par les flammes et transformé en cendres. Ils estiment que les cimetières demeurent, malgré les efforts des responsables locaux, des lieux qui polluent les eaux potables et d’où émanent des exhalaisons méphitiques nuisibles à la santé publique. Les promoteurs de la crémation revendiquent la liberté de l’expérimentation scientifique, tout en demeurant attachés au respect du "culte des morts”. Ils affirment l'exigence d'une nouvelle rationalité urbaine, ainsi que l'organisation d’une société ordonnée et harmonieuse. Tout semble devoir s’adapter à une raison positive, à une confiance dans les valeurs de l'homme. L'incinération du cadavre à travers le four crématoire – disent-ils – répand l'image d'une science qui fournit à la société les instruments mêmes de son progrès.

Programme

9h45 : Accueil

  • 10h-10h30 : Arnaud Esquerré (CNRS, LESC/Nanterre): La crémation, d’une idée sans succès au succès d’une pratique (18e siècle-21e siècle)
  • 10h30-11h : Jacqueline Lalouette (Université de Lille III, IRHIS-UMR 8529) : La crémation : approches idéologiques, religieuses et hygiénistes. France, fin XIXe siècle-début XXe siècle
  • 11h-11h30 : Pascale Trompette (CNRS, Pacte/Grenoble) : Le marché des services funéraires : le rôle des entreprises de pompes funèbres dans l'organisation économique et matérielle des obsèques (XIXe-XXe siècle)

11h30-12h 30: discussion animée par Catherine Rollet (Université de Versailles-Saint-Quentin, Printemps/CNRS)

12h30-14h : Déjeuner

  • 14h-14h30 : Gaëlle Clavandier (Université Jean Monnet Saint Etienne, Centre Max Weber/Lyon- UNMR 5283) : Etudier la pratique crématiste d'aujourd’hui : questions méthodologiques et enjeux
  • 14h30-15h : Serenella Nonnis Vigilante (Université Paris 13, Cresc/Pléiade, EHESS) : La crémation entre idéologie, science et culture. XIXe-XXe siècles : l’exemple italien
  • 15h-15h30 : Nancy Gonzalès (EHESS, CRH) : Transferts culturels et scientifiques au 19e siècle:l'influence du mouvement hygiéniste français dans les débats sur la crémation en Uruguay.

15h30-16h30 : Discussion animée par Evelyne Scheid (Université Paris 13, Cresc/Pléiade) et conclusions par Serenella Nonnis-Vigilante (Université Paris 13, Cresc/Pléiade, EHESS), Elisabeth Belmas (Université Paris 13, Cresc/Pléiade, MSH Paris-Nord)

Lieux

  • MSH Paris-Nord, salle B - 4, rue croix faron
    Saint-Denis, France (93)

Dates

  • vendredi 11 octobre 2013

Mots-clés

  • inhumation, crémation, obsèques, services funéraires

Contacts

  • elisabeth belmas
    courriel : elisabeth [dot] belmas [at] wanadoo [dot] fr

Source de l'information

  • elisabeth belmas
    courriel : elisabeth [dot] belmas [at] wanadoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les enjeux des politiques mortuaires contemporaines : de l’inhumation à la crémation (XIXe-XXIe siècle) », Journée d'étude, Calenda, Publié le jeudi 26 septembre 2013, http://calenda.org/260245