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Expressions d'émotions : description et interprétation

Expressions of emotions : description and interpretation

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Publié le jeudi 26 septembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

Les émotions sont des réponses multimodales. Elles se manifestent dans l’expérience, dans la physiologie, dans le comportement et les interactions sociales. Parmi les comportements émotionnels comptent ce que nous avons coutume d’appeler les expressions d’émotions. Or, les expressions sont directement accessibles aux autres, contrairement à l’expérience privée et à une grande part de ce qui relève de la physiologie. D’une part, les expressions peuvent être considérées comme des signes symptomatiques d’un état organique, ou comme des signes conventionnels dans les échanges sociaux, d’autre part, elles peuvent être interprétées comme des actes qui transforment une situation, et qui accomplissent en quelque sorte un travail. Signes ou actes, les expressions d’émotions peuvent être étudiées en laboratoire de manière expérimentale, ou bien sur le terrain de manière naturaliste, ou encore à travers des corpora constitués sur des supports divers (textes, vidéos, etc).

Annonce

Présentation

Les émotions sont des réponses multimodales. Elles se manifestent dans l’expérience, dans la physiologie, dans le comportement et les interactions sociales. Parmi les comportements émotionnels comptent ce que nous avons coutume d’appeler les expressions d’émotions. Or, les expressions sont directement accessibles aux autres, contrairement à l’expérience privée et à une grande part de ce qui relève de la physiologie. D’une part, les expressions peuvent être considérées comme des signes symptomatiques d’un état organique, ou comme des signes conventionnels dans les échanges sociaux, d’autre part, elles peuvent être interprétées comme des actes qui transforment une situation, et qui accomplissent en quelque sorte un travail. Signes ou actes, les expressions d’émotions peuvent être étudiées en laboratoire de manière expérimentale, ou bien sur le terrain de manière naturaliste, ou encore à travers des corpora constitués sur des supports divers (textes, vidéos, etc).

Ouvert à tous ceux qui, de près ou de loin, ont à travailler sur les émotions, ce séminaire interdisciplinaire a pour but de faire dialoguer les différents modes de description et d’interprétation des expressions d'émotions dont dispose le chercheur en sciences humaines et sociales. Les séances feront intervenir des experts basés en France ou dans d’autres pays européens.

Programme

17 Octobre 2013

José Miguel Fernández-Dols (Université Autonome Madrid) : « Moving expressions away from the lab. » (Exceptionnellement en salle 410)

It could be said that we, emotion researchers, rely on lab experiments with “clean”, isolated, ideal expressions. But such isolation diminishes our chances of controlling the representativeness of our participants, of testing whether the meaning of actual expressions depends on their natural context, and of detecting new kinds of facial behavior. Do basic emotions cause the facial expressions predicted by the mainstream basic-emotions theory? Available studies in naturalistic settings show a surprisingly weak correlation between emotions and their predicted facial expressions. Evidence from my own field studies is more consistent with expressions of emotion having many forms, functions, and meanings, as opposed to being fixed signals of basic emotion.

07 Novembre

L’expression dans le partage social et dans la résolution des émotions.

  • Pierre Livet (Université d’Aix-Marseille) : « Partage des émotions et travail de révision de nos attentes affectives. »

D’une part, se retrouver (à des périodes pas trop éloignées) dans des situations sources d’émotions amène une révision des attentes et donc peu à peu une décroissance de l’émotion. D’autre part, les expériences de Bernard Rimé montrent que partager les émotions n’en baisse pas l’intensité, et permet en revanche d’avoir d’autres émotions de partage et d’empathie, de solidarité collective. L’exposé cherche à montrer qu’il n’y a pas seulement compatibilité, mais complémentarité entre les deux perspectives. Il aborde successivement deux problèmes : 1) la révision des attentes motivée par l’émotion est-elle cognitive (hors émotions) ou bien est-elle aussi affective ? 2) La corrélation entre d’une part raviver les émotions par le partage et d’autre part activer des sentiments d’intégration collective se réduit-elle à une compensation d’une émotion revécue par un autre type d’émotion, qui aurait un autre objet ?

  • Bernard Rimé (Université de Louvain-la-Neuve) : « Effets du partage social des émotions: Données empiriques récentes »

De nombreuses données ont démontré que les émotions suscitent très systématiquement un processus de partage social. Qu'il s'agisse d'épisodes positifs ou d'épisodes négatifs, les gens en parlent avec leurs proches, à plusieurs reprises et avec des personnes différentes. En ce qui concerne les épisodes négatifs, les gens expliquent très largement cette propension en évoquant l'idée que l'expression permettrait de "décharger" l'émotion. Toutefois, le travail empirique n'apporte aucun soutien à cette hypothèse populaire. L'expression verbale n'entraîne aucune modification de l'émotion attachée à l'épisode. Mais les gens en rapportent d'importants bénéfices. Quels sont ces bénéfices et d'où viennent-ils? Comment parvenir à réduire l'impact d'une émotion? Ces questions seront discutées au cours du séminaire.

16 Janvier 2014 

Expressions of emotions and social interaction.

  • Martin Aranguren (EHESS) : « Notes on emotional transactions in the Paris and Delhi subways. »

Emotional transactions are agent-environment processes that realize action tendencies. In the Paris and Delhi subways, physical contact perceived as offensive routinely triggers emotional transactions, mostly nonverbal. The presentation compares some preliminary findings from Delhi with the results of research previously conducted in Paris. While the class of events that are perceived as territorial offenses varies considerably, the nonverbal responses (especially facial) seem to be identical in Delhi and Paris. The relevance of enriching the analysis of behavior with a phenomenology of emotional experience is finally discussed.

  • Brian Parkinson (Université d’Oxford) :  « Interpersonal regulatory functions of emotion presentation and expression. »

This talk presents an interpersonal approach to emotions based on the idea that they serve to align relations between agents and objects or events in the shared social environment.   Working from the principles of social referencing, I present examples of how various emotions affect other people’s orientations towards events, and how they are attuned to interpersonal feedback relating to those orientations.  Possible distinctions between strategic uses of emotion presentations for the purposes of interpersonal regulation and implicit co-regulated processes of social adjustment are also considered.   I conclude that emotions can either communicate appraisal information, allowing others to draw inferences about object orientations, or direct others’ attention and orientation more directly.

13 Février

Expressions d’émotions et normativité sociale.

  • Jocelyne Arquembourg (Université Paris 3) : « Le travail cognitif des émotions à travers les médiatisations du vendredi de la victoire, place Tahrir. »

J'examinerai les principaux aspects de la pensée de Ch. Peirce au sujet des émotions: imbrication des émotions à la structure d'intrigue des situations, spirale des interprétants et définition des émotions comme hypothèses. Ces trois dimensions mettent l'accent sur le travail cognitif des émotions à l'encontre des approches qui réduisent celles-ci à n'être que des réponses à des stimuli ou des pulsions irrationnelles. Je tenterai ensuite d'analyser comment différentes médiatisations du départ de H. Moubarak, le 11 février 2011, sur diverses chaînes de télévision et une vidéo amateur sur Youtube, mettent en évidence de manière variable ce travail cognitif, et ce qu'il produit en termes de constitution des événements et des entités collectives qui en émergent.

  • Louis Quéré (Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales).  « Rôle de Peirce dans la critique par Dewey de la problèmatique de "l'expérience des émotions". »

J'examinerai deux moments différents de cette critique : la discussion de l'approche de Darwin dans les articles de 1894-95 ; le chapitre "The act of expression" dans Art as Experience (1934). C'est l'époque où Dewey élabore sa conception de la "pensée qualitative" en relisant Peirce et sa théorie du "feeling".

13 Mars

  • Georgeta Cislaru (Université Paris 3) : « Emotions et discours. Entre instantané et pré-construction, les émotions dans les tweets »

Cette intervention s'organisera en deux temps, articulant une discussion générale et une étude de cas.
Après une présentation plus générale des différentes manières d'aborder l'expression émotionnelle en sciences du langage et des problèmes que ces approches soulèvent, seront discutées les méthodes d'analyse "sur corpus" et, plus spécifiquement, celles qui se réclament des approches discursives.
L'étude de cas portera sur un corpus de tweets échangés pendant la campagne présidentielle de 2012 (projet POLOP http://www.lirmm.fr/~bouillot/polop/polop.htmlde Montpellier, analysé dans le cadre du projet PEPS AIDEM). Se pose d'abord la question des observables : que va-t-on retenir comme catégories linguistiques à observer et analyser? La dynamique discursive et la complexité sémantique propres à l'expression émotionnelle constituent un deuxième écueil à prendre en compte. Enfin, pour une vue d'ensemble, un relevé automatique des expressions émotionnelles à l'aide d'outils comme Le Trameur ou Lexico permet de mettre en évidence certaines régularités d'usage (contextes d'emploi et collocations, fréquence d'emploi des termes émotionnels avec le hashtag) et offre également des solutions partielles aux difficultés rencontrées.

10 Avril

  • Silvia Krauth-Gruber(Université Paris 5) : « Les messages émotionnels et sociaux communiqués par les expressions faciales : le rôle des stéréotypes ».

Des nombreuses recherches ont étudié les croyances stéréotypées concernant les expressions émotionnelles associées aux hommes et aux femmes et la façon dont ces stéréotypes influencent leur l’interprétation. D’autre part il a été montré que les expressions ne communiquent pas seulement ce que l’individu ressent (message émotionnel) mais aussi des informations sur le type de personne dont il s’agit (dominance, compétence) et la place qu’elle occupe dans la société (message social). Dans mes recherches, je m’intéresse aux conséquences de l’expression des émotions contre-stéréotypées dans un contexte professionnel en me basant sur la théorie « backlash » (théorie boomerang) de Rudman (1998, 2004).

22 Mai

  • Laurence Kaufmann (Université de Lausanne) : « Certaines émotions sont-elles plus sociales que d'autres? Vers une grammaire de l'indignation. »

Résumé. Nombre de chercheurs s’accordent à présent pour reconnaître que les émotions, loin d’être des réactions instinctives ou à des sensations irréfléchies, ont une composante évaluative. En effet, les émotions sont des jugements évaluatifs qui sont nourris pour ainsi dire « de l’intérieur » par les règles sociales et les valeurs morales qui déterminent « l’émotion qui convient » à telle ou telle situation, comme le montre la manifestation « obligatoire » des sentiments appropriés à certaines situations sociales (deuils, fêtes, etc.). Les émotions ont également une composante normative ; elles incitent les individus à se conformer aux normes de leur communauté. La culpabilité, par exemple, indique que l’action accomplie contredit les règles établies ; la honte anticipe la désapprobation d’autrui et ses conséquences ou encore l’indignation sanctionne l’accomplissement d’une injustice. Compte tenu de cette double dimension évaluative et normative, l’émotion, même si elle entretient un lien privilégié avec la subjectivité individuelle et implique l’adoption d’un point de vue, d’une perspective sur le monde, ne peut aucunement être réduite à un affect privé ou à un sentiment « inconditionnel ». L’émotion répond à des conditions d’ajustement qui permettent de la juger publiquement comme étant correcte ou incorrecte, appropriée ou inappropriée.

Si toute émotion, en raison de la «justifiabilité» sociale et morale dont elle doit faire preuve, peut être dite «publique», il y a des émotions qui sont, pour ainsi dire, plus publiques que les autres. C’est le cas de l’indignation, dont la portée évaluative et normative est particulièrement claire : en tant qu’émotion morale et politique, dûment éprouvée par un «public désintéressé», elle constitue un ressort fondamental de la critique sociale et des mobilisations collectives.  Dans cette présentation, je me pencherai donc en particulier sur l’indignation et le type de collectif qu’elle présume et qu’elle contribue à faire émerger. L’indignation obéit en effet à des contraintes  actancielles, sociales et morales, qui peuvent être formalisées sous un mode grammatical – un mode qui ressort particulièrement lorsque l’indignation est contrastée avec le ressentiment et le dégoût.

Lieux

  • 13 rue de Santeuil
    Paris, France (75005)

Dates

  • jeudi 17 octobre 2013
  • jeudi 07 novembre 2013
  • jeudi 16 janvier 2014
  • jeudi 13 février 2014
  • jeudi 13 mars 2014
  • jeudi 10 avril 2014
  • jeudi 15 mai 2014

Mots-clés

  • émotions, expressions d'émotions

Contacts

  • Martin Aranguren
    courriel : martin [dot] aranguren [at] cnrs [dot] fr
  • Jocelyne Arquembourg
    courriel : jocelyne [dot] arquembourg [at] orange [dot] fr

Source de l'information

  • Aranguren Martin
    courriel : martin [dot] aranguren [at] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Expressions d'émotions : description et interprétation », Séminaire, Calenda, Publié le jeudi 26 septembre 2013, http://calenda.org/260264