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Culture, modernité, individu : autour de Georg Simmel

Culture, modernity, individual: looking at Georg Simmel

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Publié le lundi 30 septembre 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Dans l'orbite néokantienne, Georg Simmel est critique de la culture au sens où, selon Cassirer, celle-ci doit prolonger la critique de la raison. Sa philosophe de la vie, dont le problème directeur est le conflit entre la vie et les formes culturelles objectives, est philosophie de la culture. Dès avant les années 1890, sous l'influence de la Völkerpsychologie de Lazarus, et jusque dans ses derniers textes, Simmel s'efforce de rendre compte du mode d'être des produits de la culture. Partir du problème des relations, tensions et conflits entre les formes objectives de la culture moderne et les formes de l'individuation est fécond pour les sciences sociales mais autorise aussi, comme Simmel l'a montré, des développements non seulement métaphysiques, anthropologiques ou esthétiques, mais aussi au plan de la philosophie de l'histoire et de la religion. Quel destin pour l'idéal humaniste de culture et de formation de soi ?

Annonce

La pensée de Georg Simmel, dont on connaît les contributions décisives dans le champ sociologique, est appréhendée du point de vue philosophique tantôt en tant qu'analyse critique de la culture moderne, tantôt comme un néokantisme singulier, tantôt comme une philosophie de la vie. Ces trois perspectives sont légitimes et s'autorisent entre autres des maîtres ouvrages que sont la Philosophie de l'argent (1900), les Principes de la philosophie de l'histoire (1895-1907) et Lebensanschauung (1918) ; mais elles sont partiales et tendent à accréditer l'idée d'un Simmel philosophiquement instable, touche-à-tout brillant mais conceptuellement trop peu consistant.

À notre sens, c'est essentiellement en tant que philosophie de la culture que la pensée de Simmel trouve sa cohérence. Analyste du présent au tournant du siècle, Simmel est Kulturkritiker. Dans l'orbite néokantienne, il est critique de la culture au sens où, selon Cassirer, celle-ci doit prolonger la critique de la raison. Enfin, sa philosophe de la vie, dont le problème directeur est le conflit entre la vie et les formes culturelles objectives, est philosophie de la culture. La permanence d'un terme aussi polysémique que celui de « culture » ne suffit certes pas à produire une unité philosophique, mais dans la multiplicité des recours à cette notion, se maintiennent deux préoccupations constantes.

Dès avant les années 1890, sous l'influence de la Völkerpsychologie de Lazarus, et jusque dans ses derniers textes, Simmel s'efforce de rendre compte du mode d'être des produits de la culture. Il élabore ou réélabore à cette fin les concepts de « supra-individuel », d'« esprit objectif » ou de « monde(s) idéal(aux) » et s'intéresse particulièrement au processus d'inflation de la « culture objective » qui caractérise la modernité.

Parallèlement à cela il explore les questions de l'individualité, de l'individualisme et de l'individuation. Il s'inscrit dans la continuité de l'humanisme et du romantisme allemand (Goethe, Humboldt, Schleiermacher), mais en renouvelle les problèmes en tenant compte de la situation de « l'homme moderne ». Il s'interroge notamment sur les formes et la possibilité de la culture individuelle à l'heure de l'accroissement exponentiel de la quantité de culture disponible et de son éclatement en « mondes » autonomes et différenciés. Le développement extraordinaire de la technique que nous avons connu depuis un siècle et l'accaparement croissant de la conscience par les flux d'information rendent plus pertinentes que jamais les analyses de Simmel.

Ces deux champs de recherche trouvent un lieu d'articulation privilégié dans les analyses de la culture moderne mais participent aussi de l'élaboration d'une « conception métaphysique du monde », le relativisme (ou « relationnisme »), qui mériterait que l'on s'y arrête plus qu'on ne l'a fait jusqu'à aujourd'hui.

La perspective ouverte par ces deux axes de réflexion est vaste. Partir du problème des relations, tensions et conflits entre les formes objectives de la culture moderne et les formes de l'individuation est fécond pour les sciences sociales mais autorise aussi, comme Simmel l'a montré, des développements non seulement métaphysiques, anthropologiques ou esthétiques, mais aussi au plan de la philosophie de l'histoire et de la religion.  

Quel destin pour l'idéal humaniste de culture et de formation de soi ? De quelles mutations dans les formes de la vie religieuse les évolutions de la culture objective s'accompagne-t-ils ? Peut-on penser une religiosité sans référence à des contenus objectifs ? Quelles réponses apporter au subjectivisme et au psychologisme modernes ? Que faut-il mettre derrière le concept rebattu d'individualisme ? Sommes-nous, et en quel sens, individualistes ?

Sur le fondement notamment de sa lecture de Kant, Simmel substitue au couple sujet/objet le couple individu/monde. Quels en sont les enjeux métaphysiques, anthropologiques, épistémologiques, historiques ? Que penser par ailleurs de la fonction conceptuelle éminente confiée à l'art et à l'œuvre d'art à partir des années 1900 – mobilisée aussi bien comme symbole d'un état de la culture que pour penser l'individualité ou la compréhension en histoire ? Peut-on considérer le discours sur l’art comme un paradigme pour penser la logique des sciences de la culture, ainsi que ce sera le cas chez Cassirer en 1942 (Logique des sciences de la culture) ?

Autant de questions, parmi bien d'autres, qui pourront être abordées pendant ces journées.

Sur toutes ces questions, outre l'étude du rapport de Simmel à ses « grands auteurs » (Kant, Goethe, Schopenhauer, Nietzsche), les mises en perspective de sa pensée avec celle de ses contemporains ou de ses lecteurs, notamment dans les champs de la Kulturkritik, de la théorie critique, du néokantisme, de l'anthropologie, ou de l'herméneutique seront les bienvenues. Sur de nombreuses points, la confrontation avec l'œuvre Cassirer promet d'être particulièrement féconde.

Tout cela contribuera, nous l'espérons, à faire reconnaître en France l'amplitude proprement philosophique de la pensée de Simmel et sa fécondité pour penser aujourd'hui la situation de l'individu dans une modernité que l'on ne cesse, depuis maintenant plus d'un siècle, de dire « en crise ».

Vendredi 11 octobre

Individu et culture

Lieu : Amphi du collège de Sainte-Barbe – 4 rue Valette, Paris 5ème

Président de séance : G. Fitzi (Univ. Oldenburg, AST)

14h – Accueil des participants, Introduction

14h15 – Patrick WATIER (Prof., Université de Strasbourg, LCSE)

  • Les différentes conceptions de l'individu et leur rapport à la culture.

15h – Aurélien BERLAN (Docteur de l'Université de Rennes I)

  • Individualité ou indépendance ? L'évolution moderne du sens de la liberté selon Simmel.

16h – Denis KAMBOUCHNER (Prof., Université Paris I, PhiCo/CEPA)

  • Quelques remarques sur Simmel et le problème de la pédagogie.

16h45 – Matthieu AMAT (Doctorant, Université Paris I, PhiCo/EXeCO)

  • L'individu comme point d'intersection – Notes sur l’évolution d’un motif simmelien.

Samedi 12 Octobre

Style et culture

Président de séance : Danièle COHN (Université Paris I, PhiCo/CEPA)

9h15 – Enno RUDOLPH (Prof. émérite, Université de Lucerne)

  • Kunst und Kulturkritik : Simmel und Nietzsche.

10h – Jacques-Olivier BÉGOT (MCF, Université Paris 7, UMR Pays Germanique) Goethe éducateur.

11h – Denis THOUARD (Prof., CNRS)

  • Simmel, Cassirer et l'Urphénoménologie goethéenne.                  

11h45 – Muriel VAN VLIET (Dr., Université Paris I, PhiCO/CEPA)

  • L'avènement du paysage selon Simmel : l'encadrement de l'individu dans le tableau

Société, culture et cultures

Président de séance : Philippe BÜTTGEN (Université Paris I, PhiCo/EXeCO)

14h30 – Gregor FITZI (Dr. habil, Université d'Oldenburg, AST)

  • La fondation de la théorie de la culture chez Simmel : une science sociale de la multiplicité des sphères de valeur dans les sociétés complexes.

15h15 – Amalia  BARBOZA (Prof., Université de Saarbrücken)

  • Die Materialität der Kultur. Georg Simmels Beitrag zu einer Soziologie der Bildhauerei.

16h15 – Ralf MÜLLER (Post-Doc, Université de Zürich)

  • Philosophie der Kultur oder einer Kultur ?

Colloque organisé par

  • Muriel Van VLIET (Université Paris I, PhiCo/CEPA)
  • Matthieu AMAT (Université Paris I, PhiCo/EXeCO)

Comité scientifique :

  • Matthieu Amat (Université Paris I, PhiCo/EXeCO)
  • Danièle Cohn (Université Paris I, PhiCo/CEPA)
  • Philippe Büttgen (Université Paris I, PhiCo/EXeCO)
  • Muriel van Vliet (Université Paris I, PhiCo/EXeCO)

 

Catégories

Lieux

  • Amphi du collège de Sainte-Barbe | Université de Paris I, UFR de Philosophie, la Sorbonne, Esc. C, 1er étage, Salle Cavaillès - place de la Sorbonne | 4 rue Valette
    Paris, France (75005)

Dates

  • vendredi 11 octobre 2013
  • samedi 12 octobre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • Philosophie de la culture, culture, individu, modernité, formation, humanisme, éducation, simmel, cassirer, goethe, nietzsche

Contacts

  • Muriel Van Vliet
    courriel : vanvliet [dot] muriel [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Muriel Van Vliet
    courriel : vanvliet [dot] muriel [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Culture, modernité, individu : autour de Georg Simmel », Colloque, Calenda, Publié le lundi 30 septembre 2013, http://calenda.org/260354