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Les transformations du travail syndical

The transformations of union work

Nouvelle revue de psychosociologie n° 18

Nouvelle revue de psychosociologie issue 18

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Publié le mardi 01 octobre 2013 par Élodie Faath

Résumé

L’histoire du syndicalisme est profondément associée aux évolutions des formes d’organisation du travail productif. Dans la période contemporaine marquée par la mondialisation des marchés, la flexibilité croissante de l’emploi, l’intensification du travail, l’individualisation et la judiciarisation de la conflictualité sociale, le syndicalisme est interrogé voire contesté. Pour traiter de ces transformations et de leurs impacts sur les répertoires et les territoires de l’action syndicale, nous proposons ici de partir d’une analyse du travail syndical et de la construction de l’engagement syndical.

Annonce

Argumentaire

L’histoire du syndicalisme est profondément associée aux évolutions des formes d’organisation du travail productif. Dans la période contemporaine marquée par la mondialisation des marchés, la flexibilité croissante de l’emploi, l’intensification du travail, l’individualisation et la judiciarisation de la conflictualité sociale, le syndicalisme est interrogé voire contesté.

Pour traiter de ces transformations et de leurs impacts sur les répertoires et les territoires de l’action syndicale, nous proposons ici de partir d’une analyse du travail syndical et de la construction de l’engagement syndical.

Aborder le syndicalisme comme un travail suppose de le situer dans son contexte avec ses ressources et contraintes propres, de recenser les tâches à réaliser et les activités déployées, d’identifier les visées poursuivies, la diversité de ses cadres, de ses interlocuteurs et de ses destinataires.

L’implication dans l’activité syndicale revêt de multiples formes qui vont, en s'intensifiant, de l’adhérent(e) - l’adhésion est un geste volontaire en France-, au militant syndical qui ajoute à son exercice professionnel des heures de délégation, jusqu’au permanent en entreprise (niveau national, européen ou international). Dans cette nébuleuse au contour indéfini, d'autres syndicalistes sont investis d'un mandat d'intérêt général à l'extérieur de l'entreprise tout en continuant (ou non) à exercer leur profession : juges des Prud’hommes, membres du Conseil Économique, Social et Environnemental, membres de conseils d’administration de Mutuelles, d'organismes de Sécurité sociale (TASS), conseillers du salarié, membres associés des organismes nationaux et internationaux de normalisation…

Au-delà de la diversité des cadres d’exercice et des missions assurées, le travail syndical recouvre à la fois l’action revendicative, la régulation et la négociation collective, entre un travail de « terrain » et des activités de représentation au sein de différentes instances. Au cœur de ce travail se traite la dialectique de l’hétérogénéité et de l’homogénéisation, du particulier et du général, de l’individu et du collectif : comment construire une cause collective à partir de cas particuliers, comment surmonter l’émiettement des situations contractuelles et la précarisation massive, comment dépasser la segmentation sociale et technique du travail, les divisions corporatistes pour assurer la transversalité des intérêts et projets ? Et ce sans abraser la réalité et la diversité des situations de travail comme des demandes et attentes à l’égard des représentants syndicaux.

Le développement d’un processus d’institutionnalisation dans le champ syndical tend à accroître la part des tâches dans différentes instances internes ou externes à l’entreprise. Il s’accompagne d’une spécialisation et de formes d’expertise qui contribuent à professionnaliser le syndicaliste et à réduire ses activités de proximité auprès des salariés et avec eux. Comment maintenir les liens et la réciprocité entre syndicalisme militant et syndicalisme d’expertise ? Le syndicalisme est-il un métier, une fonction, une mission ? Quelle division du travail prévaut entre les syndicalistes, entre les organisations syndicales et sur quelles bases se construit-elle ?

Le travail syndical est encore celui qui contribue à la vie syndicale : le syndicalisme est à la fois mouvement et organisation. Du coté des organisations syndicales, sont classiquement distinguées des activités techniques et opérationnelles, des activités dites « politiques » qui recouvrent celles relatives à la représentation, aux décisions et orientations stratégiques. Peut-on repérer des mécanismes de reproduction en interne de la division sociale, sexuelle et ethnique du travail ? Comment opèrent les processus de hiérarchisation des tâches sur la base d’une échelle de prestige et de pouvoir ? Quelle place peut être reconnue à la conflictualité et au dialogue social interne ? Comment la diversité des statuts (salariés, détachés) et des inscriptions (confédération, fédérations…) contribue-t-elle à des rapports de subordination contrastés voire contradictoires (subordination à l’employeur, au syndicat, aux mandants) ?

Aux questions relatives au travail syndical dans ses différentes composantes s’ajoutent celles qui concernent les formes d’engagement dans ce travail, les représentations, valeurs, idéaux et identifications qui y président, les trajectoires et carrières de syndicalistes, la socialisation syndicale avec ses processus de cooptation et de sélection, d’apprentissage et de transfert des savoirs et savoir-faire entre syndicalistes, les liaisons et tensions entre les différentes sphères d’activités -syndicales, professionnelles, familiales et autres- dans lesquelles les sujets sont impliqués, les bénéfices attendus et trouvés dans cette expérience comme les épreuves et difficultés que comporte ce travail et ses conditions actuelles d’exercice.

De plaisir et de souffrance au travail il devrait être aussi question ici. Plaisir trouvé dans le travail collectif, les solidarités et combats partagés, l’affirmation de ses convictions et la promotion de ses idéaux, la requalification identitaire et la mobilité sociale, le rôle de rassembleur et de tribun, l’engagement dans une activité vécue sous le registre de la « vocation », l’autonomie et le développement des expériences et des compétences, l’accroissement du pouvoir d’agir individuel et collectif, les diverses formes de rétributions immatérielles reçues ou conquises en échange des contributions militantes?… Mais aussi la violence de certains rapports de pouvoir, les discriminations et disqualifications, les exigences d’allégeances et de conformité à des formes de pensée unique et de discours standardisés, le défaut de visibilité et de reconnaissance du travail syndical, les risques d’enfermement dans des collectivités syndicales de plus en plus déconnectées des collectivités de travail, les difficultés à débattre des conflits de valeurs et dilemmes éthiques, le poids du modèle du surinvestissement de type sacrificiel, les butées, limites de l’action de transformation, les pertes, deuils et renoncements, la culpabilité et la honte aussi parfois devant ce qu’on peut être amené à faire ou à taire… ?

Il nous faudra ici porter une attention particulière aux coopérations et expérimentations sociales qui visent à contribuer à une analyse et une transformation des pratiques syndicales tant locales qu’internationales.

Ces quelques pistes devraient pouvoir être approfondies et complétées par des travaux de recherche et d’intervention menés aussi bien par des syndicalistes et des syndiqués que des spécialistes des sciences humaines et sociales sensibles à la démarche clinique.

Modalités de soumission

La Nouvelle Revue de Psychosociologie lance un appel à contribution pour son prochain numéro, le numéro 18, à paraître à l'automne 2014.

Soumission du projet d'article (1 à 2 pages) : 30 octobre 2013

Soumission de l'article complet (si projet retenu): 3 mars 2014.

Propositions à adresser par email à :

(copie: pauperez81@yahoo.fr)

P.J. : prescriptions éditoriales de la revue

Contacts Secrétariat Nouvelle Revue de Psychosociologie pauperez81@yahoo.fr

Responsables scientifiques du numéro

  • Dominique Lhuilier
  • Hélène Y. Meynaud

Dates

  • mercredi 30 octobre 2013

Mots-clés

  • travail syndical, transformations, psychosociologie

Contacts

  • Secrétariat Nouvelle Revue de Psychosociologie
    courriel : pauperez81 [at] yahoo [dot] fr

Source de l'information

  • Secrétariat de rédaction Nouvelle Revue de Psychosociologie
    courriel : pauperez81 [at] yahoo [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les transformations du travail syndical », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 01 octobre 2013, http://calenda.org/260439