AccueilJeunes filles et jeunes garçons dans les quartiers populaires urbains

Jeunes filles et jeunes garçons dans les quartiers populaires urbains

Girls and boys in urban working-class districts

Pour une déconstruction de la notion « jeunes de cité »

For a deconstruction of the notion of "kids on estates"

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Publié le mardi 08 octobre 2013 par Julie Abbou

Résumé

L’objectif de cette journée d’étude vise la présentation et la discussion des récentes avancées scientifiques permettant de mieux comprendre d’un point de vue empirique la notion « jeunes de cité » et les logiques de construction sociale qui la sous-tendent. Les stéréotypes sociaux, sexués et postcoloniaux du « banlieusard » nous posent question tant ces jeunes présentent une hétérogénéité et une diversité nettement plus importante que la construction politico-médiatique veut bien nous le montrer. Comment s’articulent les différents rapports sociaux de classe, de sexe, d'âge et de race (entendus comme l'analyse des effets de la domination postcoloniale) et comment agissent-ils sur la construction de soi des jeunes filles et des jeunes garçons, sur leurs pratiques et sur leur rapport au monde social ?

Annonce

Argumentaire

Les « jeunes de cité » occupent la scène médiatique depuis un certain nombre d’années autour de faits de violence voire, plus récemment, d’« islamisme ». Assimilés dans les discours de manière systématique à un groupe composé de jeunes hommes et d’adolescents, enfants d’immigrés des anciennes colonies (Maghreb, Afrique subsaharienne), en échec scolaire et en situation de délinquance, ils sont présentés et perçus comme une population spécifique et homogène posant problème (Kokoreff, 2003 ; Marlière, 2005 ; Mucchielli, 2005). L'essentialisation de la figure des « jeunes de cité »  relève donc d'une construction sociale  réduisant la jeunesse populaire urbaine aux  garçons « issus de l’immigration », violents envers les filles (Guénif Souilamas & Macé, 2004) et en rupture avec les institutions républicaines notamment à travers les émeutes (Beaud, Pialoux, 2003). Les stéréotypes sociaux, sexués voire postcoloniaux du « banlieusard » nous posent question tant ces jeunes présentent une hétérogénéité et une diversité nettement plus importante que la construction politico-médiatique veut bien nous le montrer.

En effet, la réalité empirique est beaucoup plus complexe. De nombreux travaux de terrain menés dans les quartiers populaires urbains notent l’existence d’autres groupes de jeunes dans les cités HLM moins visibles du point vue médiatique. Tout d’abord, il existe des bandes de jeunes filles et/ou d'adolescentes qui commettent des actes délictueux, souvent envers d'autres filles, conformément aux règles de « la loi du plus fort » (Rubi, 2005). Certaines jeunes filles en échec scolaire, moins visibles, investissent d'autres sphères de la vie sociale comme l'espace domestique (Faure, 2006). De nombreux adolescent(e)s (collégien(e)s ou lycéen(e)s) suivent un parcours scolaire relativement classique et s'engagent dans des associations culturelles et/ou sportives (Guérandel, 2013). De même, des jeunes (filles ou garçons), salariés dans la vie active ou engagés dans  des études supérieures, privilégient la mobilité et la discrétion à l'appropriation de l’espace résidentiel public ou encore quittent leur quartier (Marlière, 2005 ; Santelli, 2007). Enfin, certains se révèlent dans des dynamiques associatives voire politiques et s'éloignent ainsi des critères politico-médiatiques du « sauvageon » ou du « casseur » (Kokoreff, 2003).

L’objectif de cette journée d’étude vise la présentation et la discussion des récentes avancées scientifiques du point de vue empirique permettant de mieux comprendre la notion « jeunes de cité » et les logiques de construction sociale qui la sous-tendent. Il s’agit ainsi de nous interroger sur la validité d’une telle notion et de réfléchir sur les différents rapports sociaux de classe, de sexe, d'âge et de race (entendus comme l'analyse des effets de la domination postcoloniale) qui peuvent également constituer des déterminismes sociaux intrinsèques à cette jeunesse. Comment ces rapports sociaux s’articulent-ils selon les contextes et les temporalités (Kergoat, 2010) ? Quels en sont les effets sur la construction de soi des jeunes, sur leur pratique et sur leur rapport au monde social ? Les théories de l’« intersectionnalité » (Crenshaw, 1989) entre genre, classe et race pourraient également être mobilisées pour appréhender plus finement les logiques sociales qui permettent de comprendre les destins de ces jeunes femmes et hommes habitants les quartiers populaires urbains. Il ne s’agit pas de privilégier une dimension (classe, genre, âge et race) mais de voir comment elles s’articulent et se co-construisent (Bilge, 2010). Cette journée a donc pour objectif de s’interroger sur les enjeux sociaux qui font de cette jeunesse dite « des cités », une jeunesse à part entière dans la « diversité » (Masclet, 2012) des jeunesses françaises.

Journée d’étude organisée par CeRIES – Université Lille 3 – IUT B de Tourcoing, le jeudi 13 mars 2014.

Axes thématiques

Délinquance masculine et féminine

La problématique de la délinquance est centrale car elle est censée caractériser le comportement d’une partie des jeunes hommes évoluant dans les quartiers populaires. Qu’en est-il réellement sur le terrain ? Quels  rôles jouent les filles dans ce domaine ? Sont-elles absentes ou au contraire participent-elles également à ce type de comportements « déviants » habituellement dévolus aux garçons des cités ?

L’école et les rapports aux études

Les jeunes filles et garçons des cités sont-ils tous en échec scolaire et en rupture avec le monde des études ? Sur nos différents terrains, nous avons également rencontré des parcours de réussite à l’école. Il s’agirait ici de s’interroger sur les conditions sociales et relationnelles explicatives de la diversité des expériences et des destins scolaires de ces jeunes

L’emploi, le rapport au travail

Comment peut-on interpréter les résultats des récents rapports ONZUS qui montrent qu’un jeune de moins de 24 ans sur deux est au chômage dans les quartiers, une situation qui les distinguent davantage des autres jeunes en France, également touchés par la « crise » ? Pour autant, l’emploi n’est pas absent du monde des cités. L'étude des différentes modalités de rapports au monde du travail de ces jeunes filles et garçons pourrait constituer un axe de réflexion spécifique. 

Les loisirs sportifs et culturels

Les manières de faire du sport et de se divertir varient souvent selon le sexe, l’âge et les intérêts « culturels ». Comment appréhender ces différences au prisme des variables tels que le sexe, le milieu social et les rapports ethniques au fondement de la construction des représentations sociales des jeunes filles et garçons des cités ? Les différences de rapports au corps sont-ils davantage accentués entre filles et garçons dans les quartiers populaires urbains ? Dans le registre culturel,  l'« ethnicisation » des goûts musicaux, religieux, voyages, etc. parait-elle significative ?

Les relations filles/garçons dans les espaces sociaux des cités

Les différents travaux réalisés au sein des cités populaires urbaines ont montré une absence réelle de mixité entre filles et garçons dans les espaces du quartier due notamment à la culture de rue (Lepoutre, 1997) et aux injonctions liées à la préservation de sa réputation au sein du groupe de pairs (Clair, 2008 ; Lapeyronnie, 2008). Les jeunes hommes fréquentent davantage l’espace public du quartier (halls d’immeubles, cafés, terrains de jeux, etc.) alors que les filles s'approprient  l’espace domestique, associatif ou d’autres cercles sociaux extérieures à la cité (université, centre-ville, etc.). Comment interpréter cette situation ? Au regard des travaux menés, peut-on considérer ces comportements comme spécifiques de cette jeunesse française ?

Modalités de soumission

Les propositions de communications comprendront entre 1500 et 2000 signes (espace compris) et doivent être envoyées

au plus tard le 2 décembre 2013

aux deux adresses suivantes : carine.guerandel@univ-lille3.fr, eric.marliere@univ-lille3.fr.

Les propositons seront évaluées par Carine Guérandel et Eric Marlière.

Lieu de la journée d’étude

IUT B Lille 3

35 rue Sainte Barbe

59208 Tourcoing

Accès possible en métro ligne 2 (rouge) direction CH-Dron (arrêt Tourcoing centre) ou en Tram direction Tourcoing Centre (Arrêt Tourcoing Centre, terminus de la ligne).

Bibliographie

  • Beaud S., Pialoux, M. (2003), Violences urbaines, violence sociale. Genèse des nouvelles classes dangereuses, Paris, Fayart.
  • Bilge, S. (2010), « De l’analogie à l’articulation : théoriser la différenciation sociale et l’inégalité complexe », L’Homme et la société, n°176-177, p. 43-64.
  • Crenshaw, W. K. (1989), « Demarginalizing the Intersection of Race and Sex : a Black Feminist Critique of Antidiscrimination Doctrine, Feminist Theory and Antiracist Politics », University of Chicago Legal Forum, p. 139-167.
  • Faure, S. (2006), « HLM : côté filles, côté garçons », Agora Débat/Jeunesse, n°41, p. 94-108.
  • Guenif Souilamas, N. & Macé, E. (2004), Les féministes et le garçon arabe, Paris, Editions de l’Aube.
  • Guérandel, C. (2013), « Les loisirs sportifs de la jeunesse populaire urbaine : appropriation sociale, sexuée et spatiale des pratiques et construction du genre  »,  in K. Marius & Y. Raibaud, Genre et Construction de la géographie, Pessac, Maison des Sciences de l’Homme d’Aquitaine, p. 129-140.
  • Kergoat, D. (2010), « Une sociologie à la croisée de trois mouvements sociaux », L’Homme et la société, n°176-177, p. 27-42.
  • Kokoreff, M. (2003), La force des quartiers. De la délinquance à l’engagement politique, Paris, Payot, 2003.
  • Lapeyronnie, D. (2008), Ghetto urbain. Ségrégation, violence, pauvreté en France aujourd’hui. Paris, Robert Laffont.
  • Lepoutre, D. (1997), Cœur de banlieue. Paris, Odile Jacob.
  • Marlière, E. (2005), Jeunes en cité. Diversité des trajectoires ou destin commun ?, Paris, L’Harmattan.
  • Masclet, O. (2012), Sociologie de la diversité et des discriminations, Paris, A. Colin.
  • Mucchielli, L. (2005), Le scandale des « tournantes ». Dérives médiatiques, contre-enquête sociologique, Paris, La découverte.
  • Rubi, S. (2005), Les "crapuleuses", ces adolescentes déviantes, Paris, PUF, Broché.
  • Santelli, E. (2007), Grandir en banlieue. Parcours et devenir des jeunes français d'origine maghrébine, Paris, CIEMI, 2007.

Lieux

  • IUT B - 35 rue sainte Barbe
    Tourcoing, France (59200)

Dates

  • lundi 02 décembre 2013

Mots-clés

  • jeunesse, quartiers populaires, genre, classe sociale, postcolonialisme

Contacts

  • Eric Marlière
    courriel : eric [dot] marliere [at] univ-lille3 [dot] fr
  • Carine Guérandel
    courriel : carine [dot] guerandel [at] univ-lille3 [dot] fr

Source de l'information

  • Carine Guérandel
    courriel : carine [dot] guerandel [at] univ-lille3 [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Jeunes filles et jeunes garçons dans les quartiers populaires urbains », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 08 octobre 2013, http://calenda.org/260983