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Du travail de rue aux salles d'injections supervisées

From street work to supervised injection centres

30 ans de partage d'une clinique des toxicomanes

30 years of experience in drug addiction clinics

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Publié le vendredi 15 novembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

L’accompagnement des toxicomanes dans les années 1965-70 a débuté dans la rue. C’est de la rue que des bénévoles bien intentionnés voulaient extraire ces toxicomanes dont personne ne pouvait ou ne savait s’occuper. Des hommes et des femmes pour lesquels contestablement la société n’arrivait pas à constituer un tissu dans lequel pouvoir les inscrire. Ou, autrement dit, ces individus ne pouvaient s’inscrire dans la communauté des hommes que comme ça, là, dehors, à la vue de tous, produisant une interrogation sur la détresse sociale, une détresse insupportable. Plus de quarante ans plus tard, deux propositions sanitaires viennent interroger – encore – ceux qui reçoivent des consommateurs des drogues.

Annonce

Présentation

L’accompagnement des toxicomanes dans les années 1965-70 a débuté dans la rue. C’est de la rue que des bénévoles bien intentionnés voulaient extraire ces toxicomanes dont personne ne pouvait ou ne savait s’occuper. Des hommes et des femmes pour lesquels contestablement la société n’arrivait pas à constituer un tissu dans lequel pouvoir les inscrire. Ou, autrement dit, ces individus ne pouvaient s’inscrire dans la communauté des hommes que comme ça, là, dehors, à la vue de tous, produisant une interrogation sur la détresse sociale, une détresse insupportable. Plus de quarante ans plus tard, deux propositions sanitaires viennent interroger – encore – ceux qui reçoivent des consommateurs des drogues :

  • d’une part l’annonce de lancer l’expérimentation des salles d’injection supervisées ; expérimentation qui propose une prise de produit dans de bonnes conditions d’hygiène et sous supervision de personnels de santé;
  • d’autre part les prolégomènes à l’autorisation de mise sur le marché d’un myorelaxant qui, initialement prévu pour le traitement de la sclérose en plaques, s’avérerait comme un remède efficace pour traiter l’alcoolisme : le baclofène.

Dans un premier temps, nous pourrions être tentés de dire qu’il existe un lien entre ces deux événements car ceux-ci entrent dans le champ des addictions ; si l’on s’appuie sur le dénominateur de l’addictologie à savoir le circuit de la récompense. Un autre critère fait appartenir toutes ces variétés à une même famille : celui qui soutient qu’une fois la limite tracée entre ce qui relève d’une consommation normale et ce qui ne l’est pas, tout dépassement, tout excès, peut être classé dans l'ensemble de l’addiction.

A contrario, une deuxième perspective d’analyse affirme qu’entre ces deux évènements, il n’y a pas continuité sinon rupture.

Ainsi, les salles d’injections représentent le symptôme qui met en évidence la fragilité de la catégorie nommée addiction. Si avec le médicament baclofène un pas de plus sera franchi dans les applications sanitaires des avancées scientifico-médicales, poussant encore plus loin l’extension du domaine de la médicalisation de l’organisme, en ce qui concerne la tentative de mettre en place de lieux surveillés, la source n’est pas la science mais le discours politique. Il se fait le promoteur de ce projet réclamé depuis des années par des associations d’usagers au nom d’un droit sous la bannière de la « réduction des risques » pour les concernés et la « pacification » -autrement dit la régulation de la délinquance - pour les riverains.

On voit aussi comment les deux initiatives ne sont pas similaires, là où l’une est intégrative : dès sa mise sur le marché le baclofène pourra être prescrit par tout médecin de ville ou en institution (déjà d’anciens héroïnomanes devenus alcoolo-dépendants sollicitent ce traitement), l’autre est exclusive : elle nécessite, se soustrayant de tout dispositif actuellement en place, d’un lieu nouveau conçu spécialement à cet effet.

Des distinctions pourraient continuer à être décelées. Néanmoins, le fait de mettre ces deux évènements face à face nous invite à nous demander si ces deux démarches de santé publique ne manifesteraient deux forces antagonistes : l’une est centrifuge et l’autre est centripète. Avec le baclofène, l’alcoolisme, de façon centripète, sera attiré vers le centre et trouvera droit de cité dans les centres généralistes conçus pour le suivi des addicts. La prise en charge de l’alcoolisme perdra ainsi en spécificité. Simultanément et de façon centrifuge, les lieux protégés pour des injecteurs seront poussées vers la marge du tissu associatif existant. Leur suivi gagnera en spécificité, spécificité qui va jusqu’à une distorsion de la loi de 1970 en autorisant la présence d’héroïne, de cocaïne et sa consommation.

Il n’y a pas de progrès de la science sans déchets. Les progrès de la science, en même temps qu’ils accumulent des connaissances, déploient des nomenclatures et élargissent le champ des troubles et de traitements, et produit des stigmatisations et des marginalités. Ici, science, politique et économie sont indissociables.

Programme provisoire

Jeudi 28 Novembre 2013

13 : 30 -14 : 00 : Accueil de participants

14 : 00 -14 : 30 : Ouverture du colloque et introduction au thème

Dr Daniel Jacques, Président de l’Association CAST

Mireille Wojnarowski, Adjointe à la Mme la Maire de Reims - Déléguée à la Santé

Frédéric Cantos, Responsable du CSMS du CAST de Reims

14 : 30 – 16 : 00 : Première séance plénière

Président de Séance et Modérateur : Gustavo Freda

  • 30 ans d’inconfort. Conversation avec Jean Dugarin, Psychiatre - Responsable de l’espace Murger-Fernand-Widal - Paris

16 : 00 – 17 : 15 : Ateliers

Atelier Bleu

Modérateur :

  • L'Etat, le toxicomane et la prévention: pour une rhétorique du dispositif. Julia Monge, membre du groupe de recherche sur les addictions dans le cadre du programme "addictions et société" (MILDT-EHESS).
  • 30 ans de partage : Ça cause… 30 ans d’une clinique du toxicomane : Ça s’oupire… Ulrich Kobbé, médecin –Psychanalyste- Lippstadt -Centre Nordrhin-Ouestfalien de Psychiatrie Forénésique à Lippstadt (RFA).

Atelier Rouge

Modérateur :

  • Chronique d’un jeune qui se prenait pour Scarface. Kader DINE, éducateur spécialisé en « prévention spécialisée » Firminy
  • Passe temps. Marc Dubois, psychanalyste ASBL « Ellipse » (Belgique) et Adélaïde Leroy, psychologue clinicienne. Centre de planning familial « La Famille Heureuse » (Mons – Belgique)

17 : 15 – 17 : 30 : pause café

17 : 30 – 19 : 00 : Deuxième séance plénière

  • Baclofène : usage, efficacité, indications, conditions de prescriptions, contre-indications, effets secondaires. Xavier David, médecin  - Ancien chef de service de médecine-  consultant en addictologie

21 : 00 : Diner

Vendredi 29 Novembre 2013

9 : 30 – 11 : 00 : Troisième séance plénière

Modérateur et discutant : Gérard Ricaux  -Directeur du CAST de Reims-

  • Anthropologie de la Toxicomanie dans le contexte du monde contemporain. David Le Breton, professeur de Sociologie - Université de Strasbourg

11 : 00 – 12 : 15 : Ateliers

En cours de définition

12 : 15 – 14 : 00 : déjeuner

14 : 00 – 16 : 15  Quatrième séance plénière

Président de Séance :

Discutant :

  • Titre à définir / autour de l’expérience de la mise en place des salles d’injections surveillées. Elisabeth AVRIL (ou un autre membre de l’association Gaia), médecin - Directrice médicale - Association Gaia Paris CSAPA BUS et CAARUD PPMU

16 : 15 – 16 : 30  Conclusion : Gustavo FREDA – CAST Reims

Lieux

  • Mairie de Reims
    Reims, France (51100)

Dates

  • jeudi 28 novembre 2013
  • vendredi 29 novembre 2013

Mots-clés

  • toxicomanie, histoire et actualité des dispositifs cliniques, sociologie du corps, cas cliniques

Contacts

  • Gérard Ricaux
    courriel : gricaux [at] nerim [dot] net

URLS de référence

Source de l'information

  • Gérard Ricaux
    courriel : gricaux [at] nerim [dot] net

Pour citer cette annonce

« Du travail de rue aux salles d'injections supervisées », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 15 novembre 2013, http://calenda.org/263698