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De la cacophonie à la musique : la perception du son dans les sociétés antiques

From cacophony to music: sound perception in ancient societies

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Publié le lundi 18 novembre 2013 par Luigia Parlati

Résumé

L’enjeu de la deuxième table ronde internationale organisée dans le cadre du programme « Paysages sonores et espaces urbains de la Méditerranée antique » (EFA, EFR, IFAO) est de déconstruire l’idée d’une universalité, temporelle et géographique, d’une perception auditive qui serait la même dans toutes les cultures. Au contraire, chaque société se définit et se distingue des autres par un certain rapport au son : la perception auditive est ainsi avant tout une construction culturelle. Ce postulat n’a cependant jamais été souligné pour les mondes antiques. Une étude comparative entre les quatre grandes civilisations de la Méditerranée ancienne, sur une période allant du IIIe millénaire av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C., pourrait ainsi conduire à dresser une géographie et une chronologie dans la façon de penser le son, en analysant la manière dont celui-ci était nommé, décrit et ressenti par les Anciens.

Annonce

Argumentaire

Table ronde internationale, École française d’Athènes, du 12 au 14 juin 2014

Les Écoles françaises à l’étranger (ÉfA-ÉfR-Ifao) ont mis en place un programme de recherche commun (2012-2016) qui porte sur les éléments constitutifs du paysage sonore dans les espaces urbains de la Méditerranée ancienne (voir liens infra).

L’enjeu de la deuxième table ronde internationale organisée dans le cadre de ce programme est de déconstruire l’idée d’une universalité, temporelle et géographique, d’une perception auditive qui serait la même dans toutes les cultures. Au contraire, chaque société se définit et se distingue des autres par un certain rapport au son : la perception auditive est ainsi avant tout une construction culturelle. Ce postulat n’a cependant jamais été soulevé pour les mondes antiques. Une étude comparative entre les quatre grandes civilisations de la Méditerranée ancienne, sur une période allant du IIIe millénaire av. J.-C. au IVe siècle ap. J.-C., pourrait ainsi conduire à dresser une géographie et une chronologie dans la façon de penser le son, en analysant la manière dont celui-ci était nommé, décrit et ressenti par les Anciens.

Le présent appel à communication prend acte des conclusions de la première table ronde internationale qui s’est déroulée à l’École française de Rome en janvier 2013 avec pour thématique « la notion de paysage sonore, bilan historiographique et perspectives pour l’étude des civilisations antiques ». Lors des échanges, il était en effet apparu qu’une approche lexicographique des termes relevant du champ sémantique du son était indispensable afin de mieux saisir la façon dont les Anciens percevaient les phénomènes sonores et de comprendre quelle était la frontière, pour eux, entre bruit et musique. Pour l’Antiquité, la difficulté majeure est de décrire des sonorités appartenant à des civilisations disparues dont les modes de classification et de représentation peuvent être totalement différents de ceux à l’œuvre aujourd’hui. Dans le cadre de cette table ronde, il s’agira donc de partir des mots qu’employaient les Anciens pour décrire les sons qu’ils entendaient, qu’ils soient musicaux ou non, produits par l’homme ou par la nature, et ce afin d’éviter au maximum les confusions avec les catégories contemporaines. Les mots révèlent en effet la manière dont la musique et les sons sont perçus et construits, que ce soit à travers la palette d’expressions développée par les locuteurs, les interprétations imagées qu’ils font d’un bruit ou dans la façon qu’ils ont de catégoriser les différents phénomènes sonores. Si au premier abord, il paraît aisé d’identifier ce lexique, on s’aperçoit rapidement qu’il n’est pas si facile d’en saisir les nuances. Une analyse lexicographique est donc une première étape indispensable à toute étude du paysage sonore, le champ sémantique du son pouvant varier considérablement d’une civilisation à l’autre.

L’approche cognitive et anthropologique est ainsi au cœur de cette deuxième table ronde internationale organisée à l’École française d’Athènes du 12 au 14 juin 2014. Afin de comprendre la manière dont le son était vécu, senti et décrit dans l’Antiquité, les sources devront être étudiées pour elles-mêmes, à travers les discours et les représentations, sans chercher, de prime abord, à les analyser à la lumière de notre propre système de pensée. On pourra naturellement recourir à l’iconographie, aux vestiges archéologiques (instruments de musique et objets bruiteurs) ainsi qu’aux systèmes de notation musicale lorsque ces sources témoignent de la manière dont les Anciens essayaient de rendre compte d’un son, de son émission et de sa réception. Les récits de voyageurs (Hérodote, Strabon) ou les rares textes bilingues (décret de Canope) qui nous sont parvenus peuvent également constituer des points de comparaisons éclairants, lorsqu’ils montrent de quelle manière le rédacteur a tenté de décrire et de traduire dans sa langue la réalité sonore d’une autre culture.

Les sons de la nature pourront aussi être pris comme champ d'investigation, car quelle que soit la culture envisagée, elle est confrontée à son environnement, qu’elle apprend à connaître, en identifiant, voire en interprétant les sons. Le son est souvent intégré à un système de représentations qui tâche d’en expliquer l’origine. Le rôle de l’onomatopée dans la formation du lexique en est un signe manifeste. L’étude du lexique du son dans une culture donnée permet ainsi de poser la question de l’imitation et de la rationalisation des sons par le langage. Pour décrire un son, on peut simplement tâcher de reproduire ce que l’on entend ou au contraire élaborer un discours rationnel qui tente d’en rendre compte, ou encore fabriquer un instrument de musique capable de le restituer.

L’attention sera également portée à la question des limites : qu’est-ce qui relève de la cacophonie et de la musique ? Quand passe-t-on du son au bruit ? Du bruit au vacarme ? Du son à la musique ? Un instrument de musique peut-il produire tantôt de la musique, tantôt du bruit selon le contexte d’utilisation ? Dans quelle mesure le bruit peut-il être rituel ? Quels sons sont considérés comme un signe d’effroi ou de désordre ? Qu’est-ce que le son révèle sur la manière d’écouter, sur le rapport au bruit, à la musique, au silence ?

Axes thématiques

Les propositions de communication devront s’inscrire dans les thématiques suivantes :

  • Étude lexicographique du son dans les langues anciennes.

On attendra par exemple des études diachroniques sur un même terme du sonore, à la recherche d’éventuelles évolutions du sens ; des études synchroniques précisant les nuances linguistiques entre des termes pouvant paraître proches ; des études par auteurs ou par corpus d’auteurs, resserrées autour d’un terme ou d’un groupe de termes ; des études mettant en lumière la richesse sémantique d’un mot en s’appuyant sur les analogies métaphoriques dont il fait l’objet.

  • Étude de la frontière entre son et musique au sein des sociétés antiques.

On cherchera à montrer comment les phénomènes sonores étaient perçus et analysés. Quel était le signe du vacarme et du brouhaha ? Quels sons des individus donnés, dans un contexte précis, trouvaient-ils plaisants ? Quel(s) sens donnait-on à certains sons précisément identifiés ? Quelles valeurs et quelles émotions leur attachait-on ? À l’inverse, où plaçait-on les seuils de tolérance au-delà desquelles les sons étaient considérés comme cacophoniques, désagréables ? Comment comprendre qu’un son paraissant anodin à l’un, était insupportable pour l’autre ? Autant d’interrogations qui permettent d’explorer la question de l’écoute et de son interprétation.

  • Étude du son comme marqueur identitaire.

Le son est intégré à un discours que la culture produit sur elle-même et sur les autres. C’est là une manière de constituer sa propre identité, en décidant quels sons lui appartiennent et quels sons au contraire sont connotés comme étrangers. On se demandera quelle est l’influence du pouvoir politique et religieux dans cette définition de l’autre par le biais du sonore et comment les différentes populations de la Méditerranée ancienne qui se sont côtoyées, pacifiquement ou de façon belliqueuse, ont pu s’approprier de nouvelles sonorités ou au contraire les associer irréductiblement à une figure de l’autre, qu’elles construisaient selon leurs craintes et leurs impressions.

Modalités d'envoi et de sélection des propositions

Les propositions de communications (titres et résumés d’environ 250 mots) sont à envoyer

avant le 1er mars 2014

aux adresses suivantes :

La sélection des communications sera faite par les organisateurs de la table ronde internationale.

Les auteurs en seront informés avant le 31 mars 2014.

Langues de la table ronde : français, anglais.

Lieux

  • Ecole française d'Athènes
    Athènes, Grèce

Dates

  • samedi 01 mars 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • histoire des sonorités, histoire des sens, antiquité, lexicographie

Contacts

  • Sylvain Perrot
    courriel : sylvain [dot] r [dot] perrot [at] gmail [dot] com
  • Alexandre Vincent
    courriel : alexandre [dot] vincent [at] univ-poitiers [dot] fr
  • Sybille Emerit
    courriel : semerit [at] ifao [dot] egnet [dot] net

Source de l'information

  • Alexandre Vincent
    courriel : alexandre [dot] vincent [at] univ-poitiers [dot] fr

Pour citer cette annonce

« De la cacophonie à la musique : la perception du son dans les sociétés antiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 18 novembre 2013, http://calenda.org/264141