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Les temps de la rupture

The times of rupture

Deuxième colloque des jeunes chercheurs en études critiques du politique

Second young researchers conference in critical political studies

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Publié le mercredi 27 novembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Selon une phraséologie répandue, le temps présent serait celui de l’enchevêtrement de crises de toute sorte – économiques, politiques, écologiques, sociales, voire « anthropologiques »... Mais le recours immodéré au thème de la crise ne nous rend-il pas aveugle aux virtualités de l'avenir ? Ces « crises » multiples, persistantes, systématiques, loin de contenir en elles la possibilité de leur propre dépassement, ne reconduisent-elles pas simplement les logiques de leur avènement, dans une répétition du même qui nous enchaîne à son immanence et à sa nécessité (la libéralisation étant supposée régler la crise du néolibéralisme, la croissance la crise écologique et le pouvoir des experts la crise politique) ? Au lieu de déchiffrer et de gérer les crises internes au système, peut-être faudrait-t-il davantage repérer et expérimenter les ruptures qui brisent ces systèmes reproducteurs pour construire des réalités alternatives, projeter des avenirs nouveaux, inventer des peuples autres, suivre des lignes de fuite, se lancer dans des nouvelles possibilités de vie ?

Annonce

Argumentaire

Selon une phraséologie répandue, le temps présent serait celui de l’enchevêtrement de crises de toute sorte – économiques, politiques, écologiques, sociales, voire « anthropologiques »... Mais le recours immodéré au thème de la crise ne nous rend-il pas aveugle aux virtualités de l'avenir ? Ces « crises » multiples, persistantes, systématiques, loin de contenir en elles la possibilité de leur propre dépassement, ne reconduisent-elles pas simplement les logiques de leur avènement, dans une répétition du même qui nous enchaîne à son immanence et à sa nécessité (la libéralisation étant supposée régler la crise du néolibéralisme, la croissance la crise écologique et le pouvoir des experts la crise politique) ? Au lieu de déchiffrer et de gérer les crises internes au système, peut-être faudrait-t-il davantage repérer et expérimenter les ruptures qui brisent ces systèmes reproducteurs pour construire des réalités alternatives, projeter des avenirs nouveaux, inventer des peuples autres, suivre des lignes de fuite, se lancer dans des nouvelles possibilités de vie ?

Ce colloque, ouvert aux chercheuses et aux chercheurs des différents champs disciplinaires rattachés aux humanités et aux sciences sociales, se propose de réfléchir à l’idée de rupture au travers de ses différentes modalités temporelles, dans ses dimensions sociales et politiques. Comment penser la reconfiguration du passé, du futur et du présent dans le temps de la rupture ? Comment penser la rupture dans sa dimension prospective, c’est-à-dire la manière dont une rupture à venir, dans son attente, peut nous être déjà présente et donc reconnaissable ? Comment rendre compte de la traversée subjective, de l'expérience vécue de la rupture, tant au niveau individuel qu'au niveau collectif ? Comment penser, enfin, les mouvements politiques et sociaux en rupture avec l’ordre social, c'est-à-dire les contingences, les stratégies, les constructions et les communautés qui peuplent ces temps excessifs et déchaînés ?

Axes thématiques

Nous proposons aux intervenants et aux intervenantes d'élaborer leur communication autour d'un ou plusieurs des axes suivants :

1. Temporalités de rupture

Lorsqu’elle survient, une rupture distord une ou plusieurs lignes de temps. Elle les interrompt, détourne leurs trajectoires, tord leurs projections, réinvente leurs mémoires. Elle bloque le fonctionnement consensuel des espaces publics, des pratiques sociales, des règles et des lois régulant les mouvements des corps et des pensées – autrement dit, elle bloque les nécessités fonctionnelles de certains dispositifs sociaux – pour y installer de nouvelles possibilités de vie, pour y matérialiser les rêves d’une justice à venir.

Comment repérer, penser, investir cette expérience d’un temps déchaîné, suspensif, excessif, où les possibilités se désincarcèrent de la temporalité cyclique de l’organisation sociale pour se projeter vers des futurs possibles et des peuples autres ? Comment repenser une historiographie capable de capter les excès émancipateurs qui travaillent matériellement et spirituellement tout ordre social – tantôt le détournant massivement, tantôt construisant des communautés autres dans les brèches des représentations majoritaires, tantôt restant de simples intervalles non-repérables, invisibles pour un ordre social d'abord soucieux d’organiser ses calendriers et ses profits ?

De quoi est-il question dans le temps de la rupture ? Elle pourrait renvoyer, par exemple, à un « maintenant » qui serait comme le point de contraction extrême des possibles futurs et des passés perdus. Il pourrait s'agir, plutôt, de revenir dans le passé pour y retrouver la possibilité d’un futur devenu invisible, comme un guetteur de rêves qui fait de l’aujourd’hui un système écrasant, se nourrissant de l’échec et de la perte des investissements individuels et collectifs d’espoirs émancipateurs. Ou bien, encore, d’organiser et de préparer dans le présent la communauté à venir, de bâtir dans un point futur l’organisation d’une société alternative, plus juste, vers laquelle ramener la société actuelle – en rompant avec ces pratiques reproductives.

Comment le passé et le futur occupent-ils leurs rôles dans l'ici et maintenant d’un temps en rupture ? Comment penser une philosophie, une historiographie, une politique, une communauté soucieuses de donner toute la force possible aux temps de la rupture ?

2. Signes de ruptures à venir

En 2007, dans son ultime article, André Gorz annonçait la rupture avec un ordre révolu, allant jusqu'à prophétiser la fin du capitalisme[1]. Face à l’urgence écologique et à la crise économique, il recherchait les signes d'un changement à venir, ou déjà en train de se produire, portant son regard vers les initiatives porteuses d'une possible transformation sociale, capables peut-être de faire advenir « une autre économie, un autre style de vie, une autre civilisation, d’autres rapports sociaux ». Il croyait les voir (et devons-nous le suivre dans cette voie ?) dans l’informatisation de la société, dans le développement des logiciels libres, dans l'émergence de la question des biens communs, dans les réactions face à la catastrophe écologique... Pouvons-nous, dans le temps présent, déceler les signes d’une rupture à venir ? Quelles ruptures anthropologiques, économiques, politiques pouvons-nous voir s'esquisser sous nos yeux ?

Que laissent entrevoir, par exemple, ce qu’on s’obstine à nous présenter comme la « révolution » numérique ? Les expériences des printemps arabes, des mouvements Occupy ou autres laissent augurer de nouveaux modes de coordination et d’organisation politiques, en rupture avec certains schémas traditionnels hiérarchisés et verticaux. On sent également poindre une critique féroce d’une forme d’expertocratie, sous la forme des mouvements pour la transparence, de l'expérience Wikileaks, de l’innovation ascendante...

Quelles fissures dans l'ordre existant, quels signes augurent-ils des ruptures à venir ? Est-il pertinent de chercher à les déchiffrer ? Les richesses du possible sont-elles inscrites dans l'épaisseur du présent ?

3. Mouvements politiques et sociaux

Toute rupture politique de l’ordre social, portée par un mouvement collectif, naît et s’accompagne de toute une série d’actes inventifs, dissensuels, obstinés, solidaires : fronts multiples et parfois diffus sur lesquels lutter et résister ; horizons stratégiques à projeter, à ajuster sans cesse ; espoirs provisoires à traduire en actions et discours ; besoins humains ordinaires à gérer pour garder le mouvement en vie ; cohésion des luttes et confluence des diversités à assurer pour lui donner une force ; capacités politiques à inventer, pour prolonger la rupture, pour modifier les coordonnées de l’ordre social...

Un exemple parmi d'autres : l’hôpital provisoire installé place Tahrir pendant l’occupation de 2011 pour traiter en urgence les blessés et blessées des barricades, bâti de choses ramassées sur place, est un dispositif qui s’invente dans l’espace d’une rupture, permet de la prolonger, porte les espoirs et les rêves du mouvement, modifie possiblement son horizon stratégique.

Serait-il en ce sens possible de penser des différences stratégiques entre les actes qui prolongent la rupture ? Par exemple, des actes qui consistent à prolonger l’interruption de l’ordre social (occuper des lieux, arrêter des activités, se deterritorialiser des codes consensuels), des actes qui consistent à prendre en charge l’organisation interne du mouvement (gérer les besoins, traiter les blessées et les blessés, faire circuler les informations), des actes qui consistent à modifier les coordonnées de l’ordre social pour y inscrire les objectifs du mouvement (définition d’exigences et de revendications, négociations, construction de cas légaux, prises de pouvoir).

Comment penser l’horizon stratégique et l’inventivité des actes dissensuels ? Les difficultés existentielles qu'ils font surgir ? Leur espace propre ? Les multiples possibilités qu'ils ouvrent ?

4. Identités en rupture, expériences de la rupture

Les communications s'inscrivant dans cet axe s'intéresseront à la façon dont les collectifs et les individus se construisent, se définissent, se catégorisent les uns les autres autour de la notion de rupture, qui peut alors être envisagée comme la construction d'une position sociale en marge, subie ou volontaire. Quelles stratégies met-on en place pour s'inscrire dans ou au contraire contre cette rupture – qu'on pourra entendre en un sens externe (identités en temps de guerre, expériences de la perte du travail...), mais aussi en un sens interne à l'individu (ruptures avec les normes, construction d'identités déviantes...) ? Quelles sont, concernant la construction des individus, les conséquences de la perte ou de l'abandon de liens, quelles sont les suites de la rupture ? L'expérience de mondes sociaux éloignés peut constituer une forme de rupture aux conséquences sociales à explorer. Dans cette optique, les travaux de d'Abdelmalek Sayad sur la rupture constituée par l'émigration, et ses conséquences sur les individus peuvent être particulièrement éclairants[2]. On pourrait aussi envisager la question sous l'angle d'une critique de la rupture, comme représentation dominante d'une réalité où le lien social n'est pas détruit mais reconfiguré, comme le fait Claudia Girola dans le cas des sans-abris[3] ; comment alors en vient-on à ranger dans la catégorie de rupture des réalités qui n'en sont pas, et quels sont les enjeux de cette catégorisation ?

Le colloque

Le colloque de jeunes chercheurs en études critiques du politique est une manifestation annuelle, organisée conjointement par le CSPRP (Centre de Sociologie des Pratiques et des Représentations Politiques, Université Paris Diderot-Paris 7), le LLCP (Laboratoire d'études et de recherches sur les Logiques Contemporaines de la Philosophie, Université Paris 8), le GTM-CRESPPA (Genre Travail Mobilités - Centre de Recherches Sociologiques et Politiques de Paris, Université Paris 8), le LABTOP (Laboratoire Théories du politique, Université Paris 8) et le COSTECH (Connaissance, Organisation, Systèmes Techniques, Université de Technologies de Compiègne), a pour objectif de créer un espace d’échange entre doctorantes ou doctorants et jeunes docteurs s’intéressant de façon critique au fait politique. Le colloque 2014 constituera la seconde édition de ce projet, appelé à se renouveler annuellement.

Le colloque aura lieu à Paris, les 23 et 24 janvier 2014

Dans la mesure des financements disponibles, les organisateurs feront de leur mieux pour défrayer les intervenants et les intervenantes, qui sont toutefois invités à démarcher leurs institutions de rattachement. La publication des actes de ce colloque est envisagée.

Modalités de soumission

Les projets de communication (2000-3000 caractères) doivent nous être envoyés

avant le 1er décembre 2013

à l’adresse suivante : http://goo.gl/As1PTr. Aucune autre forme ou medium de candidature ne sera acceptée. Pour toute question, merci de nous contacter à l’adresse suivante : colloque.critiques.politique@gmail.com.

Nous annoncerons les propositions retenues le 16 décembre 2013.

Comité scientifique

  • Monique Castillo, philosophe, LIS, Université Paris Est Créteil
  • Marie Cuillerai, philosophe, LLCP, Université Paris 8
  • Jules Falquet, sociologue, CEDREF, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Claudia Girola, sociologue, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Laurent Jeanpierre, politiste, chercheur au LABTOP, Université Paris 8
  • Azadeh Kian, sociologue, CEDREF, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Jean-François Laé, sociologue, GTM-Cresppa, Université Paris 8
  • Martine Leibovici, philosophe, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Numa Murard, sociologue, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Etienne Tassin, philosophe, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot

Comité d’organisation

  • Yohan Barres, doctorant en sciences de l’information et de la communication, COSTECH, Université de Technologies de Compiègne
  • Alice Carabédian, doctorante en philosophie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Anouk Colombani, doctorante en philosophie au LLCP, Université Paris 8
  • Malcom Ferdinand, doctorant en philosophie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Anders Fjeld, doctorant en philosophie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Camille Louis, doctorante en philosophie, LLCP, Université Paris 8
  • Brice Nocenti, doctorant en philosophie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • François Reyssat, doctorant en sociologie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Asli Telseren, doctorante en sociologie, CEDREF, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot
  • Rémi Zanni, doctorant en philosophie, CSPRP, Université Paris 7 - Denis Diderot

Notes

[1] André Gorz, « La sortie du capitalisme a déjà commencé », 2007, dans Ecologica, Paris, Galilée, 2008.

[2] Abdelmalek Sayad, La Double Absence. Des illusions de l'émigré aux souffrances de l'immigré, Paris, Seuil, 1999.

[3] Claudia Girola, Vivre sans abri : De la mémoire des lieux à l'affirmation de soi, Paris, Rue d'Ulm, 2011.

Lieux

  • Université Paris Diderot - 5 rue Thomas-Mann
    Paris, France (75013)

Dates

  • dimanche 01 décembre 2013

Mots-clés

  • rupture, temps, révolution, histoire, identité, expérience, avenir

Contacts

  • Rémi Zanni
    courriel : remi [dot] zanni [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Rémi Zanni
    courriel : remi [dot] zanni [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Les temps de la rupture », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 27 novembre 2013, http://calenda.org/265246