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Soigner la société du risque ?

Treating the risk society?

Traitements, politiques et biomédicalisation de la prévention

Clinical treatments, politics and the biomedicalization of prevention

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Publié le vendredi 29 novembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Cette conférence explorera les enjeux et pratiques de ce qu’on peut appeler une mise en clinique du risque. Par là on entend les nouveaux modes de gestion préventive des populations ayant émergé depuis une trentaine d'année dans laquelle la clinique est au centre des pratiques d’intervention et le point de passage obligé des politiques visant les populations,  la gestion collectives des risques et la préservation de la santé publique. On s’intéressera ainsi aussi bien aux modalités d’objectivation des risques, aux outils, dispositifs et relais des interventions, aux registres d’articulation entre cible individuelle et gestion des populations, aux biopolitiques et formes de citoyenneté afférentes.

Annonce

Argument

La notion de risque est historiquement au cœur des politiques de santé, ne serait-ce que parce que la maladie était l’un de ces aléas de la vie justiciables d’une protection par la mutualisation assurancielle. Après la Seconde Guerre mondiale la gestion de la santé par le risque est aussi devenue synonyme d’études épidémiologiques, d’identification des facteurs de risque, de campagnes d’éducation pour la réduction des expositions. Dans cette perspective, l’objectivation statistique permettait de constituer des populations dites à risque soumises à une surveillance à distance et tenues pour responsables de leurs conduites. A partir des années 60, le risque a aussi investi la médecine d’une autre manière : comme conséquence des crises sanitaires et de l’attention croissante apportée aux effets sur la santé des risques techno-industriels, du nucléaire au médicament en passant par les polluants, et de  la mobilisation d’autres technologies, celles du calcul risques/coûts/bénéfices. En participant à la remise en cause de la stratification en classes autant qu’à l’avènement de modes de gouvernement réflexif des sociétés contemporaines, ces déplacements, auxquels de nombreuses analyses de sciences sociales ont été consacrées, ont fait de la santé un des objets privilégiés de la « société du risque ».

Le gouvernement de la santé par le risque ne s’y réduit cependant plus. Depuis une vingtaine d’années, on assiste à une biomédicalisation de la prévention prenant pour cible les risques « incorporés ». Ce qu’il s’agit désormais de contrôler est une entité biologique - une prédisposition génétique, une variation biochimique, une altération cellulaire ou morphologique - à l’origine de propensions à développer une pathologie ou d’états dits de « pré-maladie ». Dans les deux cas, le risque devient une lésion ou un état justiciable d’interventions faisant appel aux mêmes registres que la clinique thérapeutique : tests biologiques, consultation individuelle, administration de médicaments ou intervention chirurgicale, injonction à l’autonomie et appel au choix des personnes. On peut ainsi parler d’une nouvelle gestion préventive des populations dans laquelle la clinique est au centre des pratiques d’intervention et le point de passage obligé des politiques visant les populations,  la gestion collectives des risques et la préservation de la santé publique. L’enjeu n’est plus seulement le gouvernement par le risque de nos sociétés, le gouvernement de la société du risque, mais bel et bien son traitement.

Cette situation a tout particulièrement été repérée et analysée dans le domaine de la génétique médicale. On a ainsi montré comment le risque incarné est traité comme une pathologie, conduisant à l’émergence chez les personnes concernées de rapports spécifiques au corps, aux interventions et à leurs biographies, tandis qu’ils mettent les professionnels à l’épreuve de l’incertitude et de nouvelles interrogations sur le bien fondé de leurs pratiques. La réflexion sur la gestion du risque par le soin mérite cependant d’être étendue à d’autres secteurs de la santé. Celle-ci concerne en effet aussi bien le contrôle de la transmission du VIH ou de la tuberculose par des traitements, la prise en charge des pathologies cardio-vasculaires, celui des addictions par le médicament ou encore la « vie avec » les expositions environnementales. Plus généralement, la biomédicalisation du risque pourrait être à l’œuvre dans une variété de situations où l’intervention réparatrice prend le dessus sur la surveillance préventive, comme dans la préparation aux nouvelles menaces infectieuses ou les transformations de la santé au travail.

Cette conférence explorera les enjeux et pratiques de ce qu’on peut appeler une mise en clinique du risque dans une variété de situations médicales. On s’intéressera aussi bien aux modalités d’objectivation des risques, aux outils, dispositifs et relais des interventions, aux registres d’articulation entre cible individuelle et gestion des populations, aux biopolitiques et formes de citoyenneté afférentes. On portera un intérêt privilégié aux propositions de communications portant sur l’un des trois enjeux suivants : traiter le risque comme une maladie ; organiser la clinique du risque ; prévenir en population par des traitements individuels.

Les inscription ont lieu auprès de Cindy Hemery : chemery@vjf.cnrs.fr

Pour toute autre information :

Nicolas Henckes : henckes@vjf.cnrs.fr

Jean-Paul Gaudillière : gaudilli@vjf.cnrs.fr

Programme

Jeudi 5 décembre – Matin

  • 9.30 - Jean-Paul Gaudillière & Nicolas Henckes (CERMES3). Accueil des participants et introduction générale

Keynote

  • 10.00 - Nikolas Rose (Department of Social Science, Health and Medicine - King’s College London). Predictive, Preventive, Personalized – and Participatory? Psychiatry and the new rationality of medicine.

11.00-11.15 – Café

Le risque comme pré-maladie

  • 11.15 - Baptiste Moutaud (CERMES3). Constructing and intervening on patient risk: Controversies in the field of early psychosis
  • 12.00 - Isabelle Ville (CERMES3). Un arbitrage clinique : la gestion des risques en médecine fœtale

12.45-14.00 Déjeuner

Jeudi 5 décembre – Après-midi

Traiter les risques

  • 14.00 - Janina Kehr (Institute and Museum of the History of Medicine – University of Zurich). Risky treatments? Multiresistance and sacrificial populations in 21st Century Tuberculosis Control
  • 14.45 - Vinh-Kim Nguyen (Département de Médecine Sociale et Préventive de l’Université de Montréal). Exploring clinical reason today: the population-laboratory and the rise of the algorithm

15.30-15.45 – Café

  • 15.45 - Christoph Gradmann (Institute of Health and Society – University of Oslo). Stalking microbes : Infectious risks, hospital hygiene and the natural history of infectious diseases in the late 20th century.
  • 16.30-17.30 Introduction générale introduite par Soraya Boudia (LATTS – Université Paris-Est)

Vendredi 6 décembre – Matin

Keynote

  • 10.00 - Robert Aronowitz (Department of History and Sociology of Science – University of Pennsylvania). The social and psychological efficacy of risk interventions

Gérer le risque, gérer le cancer

  • 11.00 - Carsten Timmermann (Centre for the History of Science, Technology and Medicine- The University of Manchester). Lung Cancer. Risk management and the making of a recalcitrant disease.
  • 11.45 - Ilana Lowy (CERMES3 – INSERM). A risky prevention: Tamoxifen and the reduction of breast cancer risk

Vendredi 6 décembre – Après-midi

La clinique du risque

  • 14.00 - Marie-Jauffret (CERMES3 – INSERM). La gestion du risque dans le champ des addictions : Enjeux et tensions autour de la place du médicament.
  • 14.45 - Anne Lovell (CERMES3 – INSERM). Chronic risk and leaky treatments: Risks and stakes in biomedicalizing addiction

15.30-15.45 – Café

  • 15.45 - Adam Hedgecoe (School of Social Sciences – University of Cardiff). From risk to uncertainty. Genome sequencing and the clinic.
  • 16.30-17.30 – Discussion générale introduite par George Weisz (Department for the Social Study of Medicine – McGill University)

Lieux

  • Université Paris Descartes, salle Leduc - 45 rue des Saints Pères
    Paris, France (75006)

Dates

  • jeudi 05 décembre 2013
  • vendredi 06 décembre 2013

Mots-clés

  • biomédicalisation, risque, XXe siècle, médecine préventive, biopolitique

Contacts

  • Nicolas Henckes
    courriel : henckes [at] vjf [dot] cnrs [dot] fr

Source de l'information

  • Nicolas Henckes
    courriel : henckes [at] vjf [dot] cnrs [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Soigner la société du risque ? », Colloque, Calenda, Publié le vendredi 29 novembre 2013, http://calenda.org/265841