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Les mondes de l’architecture

The worlds of architecture

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Publié le vendredi 22 novembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

Ce numéro de Lieux Communs souhaite interroger les conséquences des nouvelles conditions de la maîtrise d’œuvre sur l’évolution du métier d’architecte. Le contexte d’action des architectes parait en effet soumis à des contraintes nouvelles (évolutions du système de la production urbaine et architecturale, montée en puissance du réglementaire, concurrences de professions émergentes dans le travail de conception…). Il s’agira ici d’envisager ensemble les effets des évolutions des mondes de l’architecture sur les espaces urbains et architecturaux eux-mêmes.

Annonce

Argumentaire

Le discours des architectes renoue cycliquement avec la crise pour dénoncer les difficultés grandissantes d’exercice du métier : multiplication des réglementations (écologiques, accessibilités PMR…), procédures de labellisation, concurrences de métiers flous, suprématie des logiques financières sur la conception, etc. Certes, le contexte d’action des architectes paraît soumis à des contraintes nouvelles. Des évolutions du système de la production urbaine et architecturale, telle la montée en puissance du pouvoir du projet urbain local et d’un nouvel esprit d’un urbanisme négocié appellent les acteurs, au nombre démultiplié, à coopérer, dans des expériences au long cours, avec des régulations qui opèrent en continu. Les enjeux de repositionnement des architectes face à d’autres professions émergentes dans le travail de conception sont évidents, ne serait-ce qu’en regardant du côté des nouvelles figures de la maitrise d’œuvre urbaine. Les architectes doivent prendre place aux côtés d’assistants à maîtrise d’ouvrage, d’experts répartis en domaines techniques spécialisés, et d’autres protagonistes du projet portant leur vision spécifique, à l’instar de la dimension gestionnaire s’imposant de plus en plus en amont des projets. Leurs compétences évoluent vers une dimension relationnelle plus importante et vers une prise en charge de missions de représentation et d’information avec l’appel à la participation (Biau, Tapie (dir.), 2009). On observe également des stratégies nouvelles d’agences, s’hybridant ou convoquant plus de compétences en interne (philosophie, scénographie…), multipliant les partenariats et les formes d’associations, ou encore se dédoublant et s’exportant vers l’international ou vers la province.

Quelles sont les conséquences de ces nouvelles conditions concrètes de la maitrise d’œuvre sur le processus de création et de production architecturale ? Comment le métier d’architecte évolue-t-il, au quotidien, pour s’arranger de ces réalités contemporaines ?

Le développement de travaux de sociologie de la conception a permis entre autres de rompre avec la vision de l’architecte-démiurge, en cherchant à dépasser le caractère “irréductible de la conception”, au profit d’un caractère collectif, le projet apparaissant alors comme “cette réalité composée obtenue au travers d’une série de négociations entre une grande variété d’acteurs” (Callon, 1996). Différents travaux menés ces dernières années à l’initiative du Plan urbanisme construction architecture (PUCA), et du Réseau activités et métiers de l’architecture et de l’urbanisme (RAMAU), ont ainsi bien montré que la fabrique de l’espace dépend des liens et des coopérations. Mais la qualité de la coopération et les formes de travail en commun (du management) ne gouvernent-elles pas de plus en plus aujourd’hui la fabrique de nos espaces, au détriment des enjeux sociaux des projets ? Partenariats publics/privés, dialogue compétitif, speed dating pour “marier” architectes et promoteurs immobiliers, les procédures inventées pour ces nouvelles formes de coopération sont légions, redistribuant les rapports de force professionnels, que la focalisation sur l’interaction et la négociation peuvent tendre à faire disparaître. Ces travaux, par ailleurs plus centrés sur la dimension contextuelle et éphémère du travail en commun, regardent moins des évolutions au long cours, permettant de renseigner la conception que les architectes ont de leur rôle, ou les systèmes de valeurs auxquels ils se réfèrent dans leurs pratiques de projet, et dans l’ensemble de leurs expériences professionnelles. Il semble, par ailleurs, que les liens entre les évolutions des conditions de la maîtrise d’œuvre et les espaces livrés sont des aspects moins travaillés par une sociologie des professions, qui s’attache quant à elle plus aux évolutions d’un corps professionnel.

Dans le droit fil de ces apports et approches, l’enjeu de ce numéro de Lieux Communs est d’envisager ensemble les effets des évolutions des mondes de l’architecture sur les espaces urbains et architecturaux eux-mêmes. Il ne s’agit pas ici de statuer sur un état de crise, mais de prendre la mesure de ce que ces recompositions des conditions d’exercice de la maitrise d’œuvre architecturale impliquent sur les formes, espaces et situations spatiales produits. Il s’agit de voir des architectes au travail et des projets travaillés, de relier des contextes, des arbitrages et des convictions aux espaces construits. Le projet apparaît bien comme une ressource aux postures et prises de position de l’architecte dans ce monde changeant. Peut-on, par exemple, porter un regard objectif sur des phénomènes renvoyant à une architecture du spectacle, alors que certains s’entendent pour dénoncer les réalisations d’architectes de plus en plus soumis à un système de reconnaissance et de distinction médiatique, consacrant une geste architecturale spectaculaire (architecture tape-à-l’œil, prête à publier) entrant en contradiction avec la demande sociale d’un cadre de vie agréable ?

Peut-on réfléchir le développement des activités d’architectes modestes, bricoleurs de situations spatiales dans l’espace public à l’aune des nouvelles demandes inhérentes au développement de la ville évènementielle, ou bien à la mesure de l’engagement militant en faveur de la participation, comme invitation à repenser le rôle de la maîtrise d’œuvre ? Enfin, et il ne s’agit pas d’être exhaustif, peut-on analyser un déploiement exponentiel de ruses pour échapper à un système de contraintes devenu trop fort, à l’instar du travail de Paul Landauer qui a mis en évidence les impacts sur la forme des logiques sécuritaires, et les ruses que s’offrent les concepteurs afin d’assurer un espace public accessible à tous (Landauer, 2008) ?

Modalités de soumission

  • Notes d’intention d’une page environ attendues pour le 13 décembre 2013 

  • remise de l’article le 1er mars 2014 
  • publication du numéro à la rentrée universitaire 2014.


Envoi de votre note d’intention aux adresses suivantes simultanément  :

  • lieux.communs@nantes.archi.fr
  • guillaume.ertaud@nantes.archi.fr

Coordination du numéro

Anne Bossé, Élise Roy

Présentation de Lieux Communs et modalité de participation 

Orientée sur l’urbain et ses transformations, la revue Lieux Communs est délibérément transdisciplinaire et particulièrement attentive à la place des images dans la production scientifique. Chaque numéro se décline en un dossier principal, une rubrique de textes plus courts (Transpositions) ouverte aux jeunes chercheurs et compagnons de route, des nouvelles du LAUA et des notes de lecture. Une composante portfolio permet d’impliquer au moins une contribution photographique originale en résonance avec la thématique retenue. Le comité de lecture inclut les membres du LAUA et deux personnalités extérieures compétentes sur la thématique abordée. Lieux Communs publie des textes originaux, s’appuyant sur des enquêtes précises et des réflexions théoriques étayées.

Lieux

  • Nantes, France (44)

Dates

  • vendredi 13 décembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • architecture, études urbaines

Contacts

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Guillaume Ertaud
    courriel : guillaume [dot] ertaud [at] nantes [dot] archi [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les mondes de l’architecture », Appel à contribution, Calenda, Publié le vendredi 22 novembre 2013, http://calenda.org/266731