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Île-texte – Texte-île

Island-text, text-island

Identités, Culture, Processus de Patrimonialisation

Identities, culture and processes of heritage formation

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Publié le mercredi 27 novembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Dans le cadre des recherches effectuées depuis quatre ans sur le thème des insularités[1], au sein de l’axe ICPP (Identités, Cultures et Processus de Patrimonialisation) de l’UMR LISA 6240 à l’université de Corse Pasquale Paoli et en vue du quatrième numéro de la publication annuelle dirigée par Jacques Isolery, nous lançons un appel à contributions sur le thème des rapports entre « Île-texte et texte-île ». Les articles sélectionnés seront intégrés aux actes 2014 du séminaire annuel « Insularité — Insularisation ».


[1] Voir ISOLERY Jacques dir., Project-îles, Ajaccio : Albiana-Université de Corse, 2012.

Annonce

Argument

Dans le cadre des recherches effectuées depuis quatre ans sur le thème des insularités[1], au sein de l’axe ICPP (Identités, Cultures et Processus de Patrimonialisation) de l’UMR LISA 6240 à l’Université de Corse Pasquale Paoli et en vue du quatrième numéro de la publication annuelle dirigée par Jacques Isolery, nous lançons un appel à contributions sur le thème des rapports entre « Île-texte et texte-île ». Les articles sélectionnés seront intégrés aux actes 2014 du séminaire annuel « Insularité — Insularisation ».

Dans L’Inassouvissement, Witkiewicz faire dire au jeune Genezyp Kapen :« Moi, j’aime la littérature, car pour moi, il y a là plus de vie que dans ma propre existence. La vie est là, plus concentrée qu’elle ne le sera jamais dans la réalité. Le prix de cette condensation est l’irréalité…»[2]. Il ne manque certes pas de termes pour désigner ce phénomène de condensation qu’opère l’œuvre d’art : nature concentrée ou gullivérisée, modèle réduit, maquette, miniature, microcosme... L’art, écrivait Valéry, restitue un maximum (de référents, de sensations…) par un minimum de moyens sensibles, il est « un modèle fini d’un mode infini »[3]. Or, il se trouve que ce sont là les termes mêmes qui, très souvent, cherchent à caractériser l’insularité : du maximum contenu dans un minimum... De l’œuvre à l’île, les images, analogies et métaphores présentent d’ailleurs un étonnant pouvoir de réversibilité. Concentration, condensation, réduction, miniaturisation : au sein de la diversité des textes et des genres, certains relèvent plus spécifiquement de l’analogie monadique, d’autres de l’archipel ou d’une pensée continentalisée. Inversement, les îles ne sont-elles que des “textes-îles”, des réalités exclusivement soumises à des systèmes de modélisation ? Qu’en est-il de la valeur de ces analogies terme à terme entre espace insulaire et texte littéraire ?

« Une île est, à elle seule, un monde à part, ramassé sur lui-même et n’ayant avec le reste de l’univers que des liens distendus. (Encyclopædia Universalis) »[4]. Si la vision de la monade insulaire est sujette à polémiques, les îles offrent cependant des précipités de paysages : géographiques, humains, sociaux, historiques, politiques. Un paysage suppose un point de vue depuis lequel il s’offre, une lecture qui mérite d’autant plus d’être analysée qu’elle est souvent le fait du continental considérant l’île comme un “laboratoire” des rapports de l’homme à son environnement, comme un microcosme soumis par conséquent à la modélisation d’un macrocosme. Parce qu’elle concentre ce qui, sur l’ailleurs continental, se propose de façon beaucoup plus diffuse et discontinue, l’île se donne donc à lire à travers une rhétorique plus ou moins éloquente de « figures »[5] qui participe à un processus d’artialisation[6]. Mais le risque est permanent de boucler le registre des images de l’île soit sur lui-même soit sur un modèle dont l’île serait la réduction. L’entropie qui pétrifie en schématisme inerte et stéréotypé le processus vivant de schématisation tend ainsi à métamorphoser l’esthétique insulaire en esthétisme.

De telles menaces s’étendent aussi à l’œuvre d’art. Comme l’île, l’œuvre est un « Infini sous forme finie » dont la vertu consiste à placer le sujet dans un rapport plus étroit, plus concentré, avec des schèmes collectifs et singuliers de représentation et d’interprétation[7]. Un apparent paradoxe voudrait que « [p]ar sa forme ample, son souffle long, le roman, plus que d’autres formes peut-être, éveille cette impression d’étreindre le monde et le plaisir qui lui est lié. »[8] Entre le roman et la vie, le rapport serait de l’ordre de l’analogon et nous solliciterions les mêmes schèmes interprétatifs de la totalité et de l’unité dans l’un comme dans l’autre. C’est, en somme, ce que soulignait W. Benjamin, lorsqu’il évoquait cette fin du roman qui invite rétroactivement « le lecteur à réfléchir au sens de la vie »[9] et à « réchauffer sa vie transie à la flamme d’une mort dont il lit le récit. » Un  processus que Marielle Macé assimile à la lecture allégorique[10].

Or, pour d’évidentes raisons d’ordre spatial, l’association mentale s’opère plus spontanément entre espace insulaire et formes brèves de la littérature, entre île-monade et texte-miniature. Cette analogie mérite d’être interrogée, au même titre que la distinction traditionnelle toujours dénoncée mais sans cesse reprise, opérée entre roman et nouvelle, forme courte et effet de bref. Dans le cadre du parallèle suggéré entre forme(s) de l’île et forme(s) de l’œuvre, on souhaiterait que les participants interrogent cette opposition générique, proposent des critères et des modes de classification peut-être plus opératoires : ainsi celle qui distinguerait entre forme close vs ouverte (tant sur le plan sémantique que structurel), entre micro-textes[11] et macro-textes, entre maquette, modèle réduit[12], texte bref et forme miniature. On pourra interroger la ou l’im-pertinence de ces oppositions au regard des variations d’une phénoménologie de la lecture engendrée par l’éventail des formes plurielles de la narration.

Multiples sont les modalités d’expression artistique qui relèvent de la brièveté ou de la condensation et dont l’intentionnalité se fonde tout ou partie sur ce trait distinctif :

  • certains modèles narratifs : conte, fable, parabole, idylle, utopie, microgrammes…
  • des types textuels : haïku, proverbe, dicton, maxime, sentence, apophtegme, aphorisme, modes witzig de l’énonciation, anecdote, fait divers…
  • des formes de condensation/répétition : refrain, mise en abyme, métonymie, leitmotiv, reprise, etc., mais aussi de fragmentation et d’archipélisation[13].
  • des modalités rhétoriques : motif, stéréotype, schème figé, allégorie...
  • des formules médiatiques : courts-métrages, pièces radiophoniques, vidéo-clips etc.
  • un dernier aspect pourra être aussi abordé portant sur les nombreux éléments paratextuels (péri- et épitextes chez Genette) qui constituent un entourage sémiotique et/ou esthétique dont l’histoire s’articule à celle des textes : pré- et postfaces, dédicaces, épigrammes et exergues, vignette, enluminures, illustrations, schémas etc.[14] De même peuvent être abordés les différents phénomènes de greffes au sein du tissu textuel qui “archipélisent” l’œuvre et sa réception.

On le voit, les perspectives sont extrêmement vastes et variées, d’autant plus qu’elles n’ont pas vocation à se limiter à telle ou telle époque, genre ou mode littéraires. Afin d’éviter une pulvérisation des approches et des objets traités, nous proposons en 2014 que les études critiques se polarisent sur le thème de la « condensation » spatiale et temporelle, ses traits morphologiques, syntaxiques et sémantiques, ses conséquences sur l’élaboration de la narration, du personnel fictionnel, sur les modes de réception de l’île-texte et du texte-île. Nous demandons à chaque participant de se maintenir dans la mesure du possible dans le cadre du registre analogique insulaire afin de développer des réseaux signifiants susceptibles d’offrir une valeur de réciprocité heuristique entre espace textuel et espace insulaire. C’est là toute la difficulté mais peut-être aussi l’intérêt de cette approche.

Bibliographie

DELAY Florence, Petites formes en prose depuis Edison, Paris, Fayard, réed. 2001.

GEFEN Alexandre et SAMOYAULT Tiphaine dir., La Taille des romans, Paris, Classiques Garnier, coll. « Théorie de la littérature », 2012.

LEPLÂTRE Olivier, La Forme brève, Paris, Gallimard, coll.« La Bibliothèque », 2005.

MESSINA Simone dir., La Forme brève, Actes du colloque Franco-Polonais, Universités de Turin et de Savoie, sept. 1994, Paris, Champion, 1996.

MEYER Bernard, Figures, énoncés brefs, Paris, L'Harmattan, 1997.

MONTANDON Alain, Les Formes brèves, Paris, Hachette, coll. « Contours littéraires », 1992.

ROUKHOMOVSKY Bernard, Lire les formes brèves, Paris, Colin, coll. « Lettres Sup. », 2001.

Modalités de soumission

Les propositions d’articles (résumé 300 mots) sont à faire parvenir

avant le 30 novembre 2013

à Jacques Isolery (jacques.isolery@gmail.com). Elles seront soumises à un Comité de lecture dont les choix seront communiqués fin janvier 2014. Les articles seront rédigés en français et devront nous parvenir avant le 31 juin 2014.

Comité de lecture

Claudia Canu-Fautré, Dominique Faria, Éric Fougère, Françoise Graziani, Jacques Isolery, Véronique Montagne, Patrick Voisin.

Pour toute question éventuelle, merci de contacter le Directeur de publication.


[1] Voir ISOLERY Jacques dir., Project-îles, Ajaccio, Albiana-Université de Corse, 2012.

[2] WITKIEWICZ Stanislaw Ignacy, L'Inassouvissement (1927), A. Van Crugten trad., Paris, l'Âge d'homme, 1970, pp. 69-70.

[3] LOTMAN Iouri, La Structure du texte artistique (1970), trad. H. Meschonnic, Paris, Gallimard, « Bibliothèque des Sciences Humaines », 1973, p. 300.

[4] LENORMAND Frédéric, Les Insulaires ou quelques dieux sauvages, Paris, Éd. de Septembre, 1990, exergue p. VII.

[5] Voir MEISTERSHEIM Anne, Figures de l’île, Ajaccio, DCL, 2001.

[6] Voir ROGER Alain, Nus et paysages. Essai sur la fonction de l’art, Paris, Aubier, 1978.

[7] Voir le principe d’« augmentation esthétique » exposé par François Dagognet, Écriture et iconographie, Paris, Vrin, 1973.

[8] CANNONE Belinda, L’Écriture du désir, Paris, Gallimard, « Folio essais », 2002, p. 25.

[9] BENJAMIN Walter, « Le conteur », trad. M. de Gandillac, in Œuvres III, Paris, Gallimard, « Folio Essais », 2000, p. 138

[10] MACÉ Marielle, Façons de lire, manières d’être, Paris, Gallimard, « Essais », 2011.

[11] On songe ici tout particulièrement aux œuvres de Félix Fénéon, aux Nouvelles impassibles de Jean-Louis Bailly, aux Variations saisonnières de Christian Colombani, aux Papiers collés de Georges Perros etc.

[12] Les enseignants des Sciences de l’éducation ont sans doute bien des choses à dire concernant la transmission sous forme réduite, du patrimoine culturel constitué par les « chefs d’œuvre » de notre culture occidentale. Voir les Odyssée en miniature et autres formules d’accessibilité à un jeune public de textes trop longs à leur faire lire.

[13] Ainsi d’une certaine tendance actuelle à l’échantillon chez Emmanuelle Pireyre (Féerie générale), Patrick Corneau (Îles sans océan), Nathalie Quintane (Crâne chaud) et bien d’autres.

[14] Certains de ces aspects ont été étudiés par DIONNE Ugo, La Voix au chapitre. Poétique de la disposition romanesque, Paris, Seuil, ¡ Poétique », 2008.

Dates

  • samedi 30 novembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • île, archipel, forme brève

Contacts

  • Jacques Isolery
    courriel : jacques [dot] isolery [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Dominique Faria
    courriel : carnetsapef [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Île-texte – Texte-île », Appel à contribution, Calenda, Publié le mercredi 27 novembre 2013, http://calenda.org/267872