AccueilLa dimension de genre dans les discours, organisations et pratiques médiatiques

La dimension de genre dans les discours, organisations et pratiques médiatiques

The gender dimension in discourse, organisations and media practices

ESSACHESS – Journal for Communication Studies, volume 7, n° 2(14)/ 2014

ESSACHESS – Journal for Communication Studies, volume 7, n° 2(14)/ 2014

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Publié le mardi 17 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

En utilisant la notion de genre comme principe transversal sous-tendant toutes les composantes de la vie sociale : travail, famille, religion, migration, recherche, etc., nous nous proposons au travers de ce dossier de mettre en exergue la dimension sexuée de la vie sociale, aspect majeur longtemps ignoré (très peu de chercheurs parmi lesquels Marcel Mauss ont considéré la division par sexes comme matrice fondamentale alors que la plupart des sciences, de la sociologie à la médecine étaient gender blind). La « liquidité de la société moderne » (Bauman) a marqué aussi le concept de genre se situant entre « entre sexe social », « rapports sociaux de sexe » ou « différence de sexes » entendue comme différence socio-anthropologique construite et disséminée à travers les normes et les coutumes.

Annonce

Argumentaire

En utilisant la notion de genre comme principe transversal sous-tendant toutes les composantes de la vie sociale : travail, famille, religion, migration, recherche, etc., nous nous proposons au travers de ce dossier de mettre en exergue la dimension sexuée de la vie sociale, aspect majeur longtemps ignoré (très peu de chercheurs parmi lesquels Marcel Mauss ont considéré la division par sexes comme matrice fondamentale alors que la plupart des sciences, de la sociologie à la médecine étaient gender blind). La « liquidité de la société moderne » (Bauman) a marqué aussi le concept de genre se situant entre « entre sexe social », « rapports sociaux de sexe » ou « différence de sexes » entendue comme différence socio-anthropologique construite et disséminée à travers les normes et les coutumes. Entré de plain-pied dans les sciences sociales (d’abord la sociologie et l’histoire), le genre s’édifie conceptuellement dans le vaste champ des théories féministes (universalistes, différentialistes, marxistes, radicales, déconstructionnistes, culturalistes, queer) comme « valence différentielle « (F. Héritier) qui fournit une / des perspective(s) sur « la genèse et la transmission des inégalités et hiérarchies sexuées et sexuelles» (I. Thery, 2010).

L’approche en termes de genre représente un changement paradigmatique dans le sens de T. Kuhn puisqu’elle implique la transformation radicale des représentations sociales, des valeurs et normes collectives, transformation connexe à la démocratisation des sociétés et à la promotion du principe d’égalité.

 « Le genre est une division des sexes socialement imposée. Il est le produit des rapports sociaux de sexualité. Les systèmes de parenté reposent sur le mariage. Ils transforment donc des mâles et des femelles en « hommes » et en « femmes », chaque catégorie étant une moitié incomplète qui ne peut trouver sa plénitude que dans l'union avec l'autre. » (G. Rubin, 1998 : 48).

En accord avec la méthodologie féministe rompant avec la recherche « objective » pour utiliser la grounded theory enracinée dans le terrain – l’observation et le recueil de données in situ, ce dossier s’intéresse également à interroger toutes les expériences oubliées ou refoulées afin d’éclairer trois univers essentiels : l’économique, le politique et le scientifique dans leurs images et stéréotypes médiatiques.

Puisque « parler n’est jamais neutre » pour reprendre une citation de Luce Irigaray, on pourrait dire que les enjeux liés à l’usage de la langue et du discours dans les médias « au féminin » sont aussi importants que la présence / absence des femmes dans les mainstream / malestream media (surtout dans les news). Les théoriciennes féministes affirment qu’il serait possible de créer de nouvelles formes de pensée féminine en transformant les structures mêmes du système traditionnel de pensée, car « il ne suffit pas de changer telle ou telle chose dans l’horizon qui définit la culture humaine, mais bien de changer l’horizon lui-même » (L. Irigaray, 1992 : 36). Or, ce changement d’horizon comprend aussi bien le changement du message, le changement de la production médiatique et bien évidemment le changement du public .

En reprenant le concept de performativité du genre (J. Butler 1990, 1993) on réaffirme la nécessité d’aller au-delà des concepts essentialistes de « féminité » et de « masculinité ». Comment peut-on analyser les concepts d’écriture journalistique, d’articulation production / interprétation des messages journalistiques à travers le prisme du genre ? Quelle est la relation entre les images médiatiques, les pratiques journalistiques et la construction  sociale du genre ?

Angela McRobbie (2009) aborde de manière critique la modalité dans laquelle les approches originales du féminisme et surtout les « rapports sociaux de sexe » ont été incorporés et instrumentalisés dans la popular culture au seuil du troisième millénaire. Il nous semble légitime d’examiner les rapports qu’entretiennent la culture media et l’ordre du genre.

Les recherches anglophone et francophone conceptualisent de manière différente le champ des gender studies. Dans ce contexte, ce numéro de la revue Essachess – Journal for Communication Studies tente de rassembler ces cadres théoriques distincts afin d’offrir un tableau de l’actualité de la recherche sur le genre.

Axes thématiques

Les propositions pourront s’intéresser aux :

i) thématiques « féminines » de la presse généraliste (chômage des femmes, migration au féminin, pauvreté au féminin, santé, etc.) et leur approche (scientifique, sensationnaliste, banalisant, etc.) dans la presse papier et / ou en ligne ;

  • la manière d’articuler iconiquement et visuellement le texte dans le cas de la représentation des sexes différents dans la même zone référentielle (sportives « fragmentarisées » et connotées dans la logique du paraître – émotion, esthétisation –  et sportifs dans la logique de l’être – prix, victoire) ;
  • l’impact du message sur les publics ;

ii) thématiques et modes d’organisation du discours (narrativité, argumentativité, description) dans les médias « au féminin » (médias corrélés ou non au post féminisme, au backlash du féminisme ou à l‘antiféminisme ordinaire) ;

  • l’hybridation des genres et des modes de discours par intertextualité / intersémioticité / plurimodalité ;

iii) les pratiques genrées de la presse en ligne : la transformation des pratiques médiatiques par l’incorporation des nouvelles routines dans la vie professionnelle ainsi que dans la vie privée ; l’utilisation des moyens digitaux dans les cultures de la protestation (e.g. FEMEN).

Les corpus choisis pourraient être constitués des textes  de presse écrite et audio-visuelle ainsi que des cybertextes (journaux  électroniques, blogs professionnels, etc.).

En se focalisant sur l’analyse des pratiques et des stratégies discursives des medias conjugués d’une façon ou d’une autre à la problématique des femmes, ce dossier vise également à réunir des recherches interdisciplinaires menées par les chercheurs en sciences de l’information et de la communication avec les sociologues, les anthropologues, les sémioticiens, les linguistes, etc. qui s’intéressent aux femmes journalistes et aux images  et problématiques de genre.

Le domaine des gender studies est un work in progress depuis plus de quarante ans dans les pays de l’Europe Occidentale et de l’Est mais aussi dans l’espace non européen. Les études de genre développent des perspectives théoriques complexes, des méthodologies novatrices transformées en pratiques (recherche-action par exemple) utilisées et utilisables à l’intérieur et à l’extérieur de l’Académie. Dans ce cadre, ce volume participera au mouvement global de désoccidentalisation de la recherche et de dénaturalisation de la « valence différentielle des sexes » (F. Héritier), construisant une nouvelle réflexivité dans le but ultime de l’émancipation d’une moitié de l’humanité.

L’analyse dans le cadre de la « connaissance située », à l’intersection des politiques de « redistribution » économique et sociale (absentes du débat public) et des politiques de la « reconnaissance » propres aux revendications des « minorités » pourrait mettre en évidence la manière dont la minorisation identitaire va de pair avec la discrimination socio-économique dans une inertie des rôles de genre produits par les instances de socialisation.

Au seuil du troisième millénaire caractérisé par des développements rapides et turbulents des produits, technologies et institutions médiatiques (K. Ross, 2009), il devient essentiel de réexaminer dans une perspective critique les concepts de représentation et de discours media, de pratique journalistique dans une connectivité reliant culture media et académie, recherche francophone et recherche anglophone.

Dates importantes

  • 15 février 2014 : envoi de la proposition d’article sous forme d’un résumé d’environ 2500-3500 signes espaces compris (comportant 5 mots clés et bibliographie sélective récente) à essachess@gmail.com ;
  • 30 mars 2014 : notification des résultats ;
  • 15 juillet 2014 : soumission intégrale de l’article;
  • 30 septembre 2014 : acceptation définitive de l'article.

Modalités de soumission

Les articles devront comprendre entre 20 000 et 25 000 signes espaces compris. Ils peuvent être soumis en français ou en anglais et doivent être accompagnés d`un résumé en français et en anglais (200-250 mots), de 5 mots clés, des noms, ainsi que des affiliations et adresses e-mail de tous les auteurs. Les articles et questions complémentaires doivent être adressés à :

essachess@gmail.com

Les auteurs dont les articles auront été acceptés en seront avisés par e-mail. La revue sera publiée le 23 décembre 2014.

Coordination du dossier

Margreth LŰNENBORG (Directrice du Centre International du Journalisme, Université Libre, Berlin, Allemagne) et

Daniela ROVENTA-FRUMUSANI (Directrice du Département d’Anthropologie culturelle et Communication, Université de Bucarest, Roumanie)

Dates

  • samedi 15 février 2014

Mots-clés

  • médias, genre, discours, pratiques, organisations

Contacts

  • Tudor Mihaela
    courriel : essachess [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • essachess essachess
    courriel : essachess [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« La dimension de genre dans les discours, organisations et pratiques médiatiques », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 décembre 2013, http://calenda.org/269514