AccueilLes limites du naturalisme : entre contrainte expérimentale et exigence phénoménologique

Les limites du naturalisme : entre contrainte expérimentale et exigence phénoménologique

The limits of naturalism, between experimental constraint and phenomenological demands

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Publié le mardi 17 décembre 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Après un long silence, nous assistons depuis quelques années à un retour en force de cette demande phénoménologique qui émerge sur le terrain même de la psychologie expérimentale, de la psychophysique et des neurosciences. Nous ne faisons pas ici référence aux différents mouvements de naturalisation de la phénoménologie husserlienne, mais à cette exigence phénoménologique qui renaît sur le terrain de la pratique scientifique elle-même, à partir des contraintes et des obstacles qu’elle rencontre, plutôt que par rapport à un projet de mise au format commun de paradigmes antagonistes. Notre intérêt se porte ici tout particulièrement sur les travaux ayant trait au problème de l’organisation perceptive : la quantification du principe de groupement perceptif, les phénomènes de supériorité configurale, ségrégation figure-fond, microgenèse, formation, permanence et constance des formes et des objets, etc.

Annonce

Argumentaire

Si l’on s’accorde aujourd’hui pour dire que le naturalisme recouvre des positions très diverses, il semble également clair que cette diversité résulte en grande partie, pour ne pas dire exclusivement, du travail philosophique lui-même. Etant généralement admis par les scientifiques, le naturalisme ne représente guère plus qu’un problème conceptuel, certes de premier plan pour les philosophes, mais dont l’impact sur le travail expérimental demeure difficilement observable alors qu’il représente, selon nous, son véritable enjeu. A ce titre, il nous semble tout à fait remarquable que les diverses positions ontologiques adoptées par des auteurs comme Lotze, Fechner, Hering ou encore Mach aient pu déterminer l’orientation même de leur démarche expérimentale, démontrant ainsi l’existence d’un lien opératoire entre philosophie de l’esprit et expérimentation.

À l’inverse, ce surplomb de la philosophie de l’esprit contemporaine, développant en circuit semi-fermé une ontologie des états mentaux, et l’unilatéralité d’une recherche scientifique, qui ne cesse en creux de nourrir un préjugé naturaliste, sont d’autant plus surprenants qu’ils forment une situation inverse à celle où le naturalisme s’impose au xixe siècle comme la nouvelle Weltanschauung. On a pu croire alors que les sciences de la nature reprenaient le projet philosophique là où il ne pouvait qu’échouer selon elles, permettant même aux partisans du matérialisme vulgaire de prophétiser sur sa disparition imminente. Pourtant, dès cette époque apparaissent de vifs débats, au sein des sciences naturelles, sur la nature et la limite du naturalisme. Tous les Naturforscher ne sont pas d’accord sur l’extension de la méthode expérimentale, ni sur la valeur explicative de la méthode inductive, ni sur ce qui en fonde la scientificité.

Les débats vont se cristalliser en particulier dans le domaine de la psychologie scientifique naissante : peut-on considérer sans contradictions la psychologie comme une science naturelle ? Faute de quoi, comment peut-elle prétendre au statut de science ? Ces controverses, portant sur ce qui fonde la scientificité d’une explication ainsi que sur le postulat physicaliste, ont permis l’émergence d’un courant descriptiviste ou phénoménologique dans l’ensemble des sciences de la nature qui s’est avéré particulièrement fécond et influent en psychologie. Après un long silence, nous assistons depuis quelques années à un retour en force de cette demande phénoménologique qui émerge sur le terrain même de la psychologie expérimentale, de la psychophysique et des neurosciences. Nous ne faisons pas ici référence aux différents mouvements de naturalisation de la phénoménologie husserlienne, mais à cette exigence phénoménologique qui renaît sur le terrain de la pratique scientifique elle-même, à partir des contraintes et des obstacles qu’elle rencontre, plutôt que par rapport à un projet de mise au format commun de paradigmes antagonistes. Notre intérêt se porte ici tout particulièrement sur les travaux ayant trait au problème de l’organisation perceptive : la quantification du principe de groupement perceptif, les phénomènes de supériorité configurale, ségrégation figure-fond, microgenèse, formation, permanence et constance des formes et des objets, etc.

Axes thématiques

Dans le présent volume, les contributeurs sont invités à traiter les questions suivantes :

  • Comment la phénoménologie est-elle apparue dans le contexte d’une crise de fondation de la psychologie scientifique dans la seconde moitié du XIXe siècle?
  • De quelle manière le courant descriptiviste s’est-il imposé en psychologie dans les pays germanophones entre 1890 et 1930 et repose-t-il sur un concept uniforme de phénoménologie?
  • Faut-il nécessairement introduire une perspective en première personne pour rendre compte de la phénoménologie de l’expérience où celle-ci est-elle réductible à une perspective en troisième personne?
  • À quel niveau du travail expérimental et sous quelle forme la description phénoménologique peut-elle intervenir ?
  • L’approche physicaliste est-elle la seule permettant à la psychologie d’être scientifique ?
  • Peut-on réconcilier une approche quantitative et qualitative en psychologie ?
  • Comment expliquer la résurgence d’une orientation phénoménologique dans certains travaux récents en psychologie expérimentale et psychophysique ?

Modalités d'envoi des contributions

Les contributions peuvent être historiques en traitant d’un ou de plusieurs auteurs ou encore d’un courant.

À titre d’exemple, mentionnons l’école de Brentano, l’école de Göttingen (G. E. Müller, D. Katz, E. Rubin, E. Jaensch), l’école de Berlin (C. Stumpf, F. Schumann, H. Rupp, M. Meyer, E. v. Hornbostel), les différentes écoles de la Gestalt de la Ganzheit (Berlin, Graz, Frankfurt, Padova, etc.), certains élèves de Husserl (P. F. Linke, H. Hoffmann, W. Schapp), l’école d’Innsbrück (F. Hillebrand, I. Kohler), l’école de Vienne (K. Bühler, E. Brunswik, L. Kardos), l’école de Louvain (Michotte, Crabbé, Thinès), etc.

Les contributions peuvent également être d’ordre strictement épistémologique et analyser la littérature plus récente en psychologie expérimentale et psychophysique qui tente de rendre compte de la phénoménologie de l’expérience en intégrant ou non un point de vue en première personne.

Pensons aux travaux de F. Attneave, T. Oyama, J. Hochberg, J. Beck, I. Rock B. Gillam, E. Leeuwenberg, B. Julesz, J. Pomerantz, M. Kubovy, J. Koenderinck, V. Sarris, L. Spillmann, S. Palmer, P. van der Helm, R. van Lier, M. Peterson, J. Wagemans, S. Gepshtein, C. van Leuwen, R. Kimchi, B. Pinna, P. Kellman, M. Shiffrar, P. Tse, R. Hess, W. S. Geisler, D. Sagi, M. Herzog, etc.

Les manuscrits envoyés pour soumission devront :

  • Etre écrits en anglais, français ou allemand
  • Contenir un résumé de 10 à 20 lignes en anglais et en français
  • Ne pas dépasser 50 000 caractères (incluant espaces et note de bas de page)
  • Etre présenté pour une évaluation anonyme
  • Etre envoyé à l’adresse suivante : niveleau.charles@gmail.com

Date limite de soumission : 1er octobre 2014

Date de notification : 1er janvier 2015

Version finale : 1er mai 2015

Numéro thématique de Philosophia Scientiæ 19/3 (novembre 2015).

Editeurs invités : Charles-Edouard Niveleau (Paris1, Archives Husserl, Institut Otto Selz, université de Mannheim), Alexandre Métraux (Institut Otto Selz, université de Mannheim). 

Indications techniques et comités de la revue.

Dates

  • mercredi 01 octobre 2014

Mots-clés

  • naturalisme, science, phénoménologie, psychologie scientifique, expérience, psychophysique

Contacts

  • Charles-Edouard Niveleau
    courriel : niveleau [dot] charles [at] gmail [dot] com
  • Alexandre Métraux
    courriel : ametraux [at] aol [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • Sandrine Avril
    courriel : sandrine [dot] avril [at] univ-lorraine [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les limites du naturalisme : entre contrainte expérimentale et exigence phénoménologique », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 décembre 2013, http://calenda.org/269634