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Les résidus de l'enquête

The residues of enquiry

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Publié le mardi 17 décembre 2013 par Élodie Faath

Résumé

L’objet de cette journée d’étude est d’explorer le potentiel de renouvellement des connaissances et de la théorie contenu dans l’étude des groupes, individus, et phénomènes qui échappent à nos opérations de catégorisation ou que nous laissons de côté faute de pouvoir les comprendre et les expliquer. En invitant à un retour sur les données d’enquête pour retrouver celles qui n’ont pas été exploitées, il s’agit de revenir sur les problèmes méthodologiques posés par la prise en compte (ou non) des inclassés (agents, groupes, et phénomènes). On envisagera en particulier la possibilité que ces difficultés à intégrer les observations dans les grilles de lecture classiques proviennent de la capacité de certains agents des groupes dominés à aménager leur existence de manière à échapper sinon à tous les classements, tout du moins à certains d’entre eux et d’échapper ainsi à la condition de groupe objet, au moins dans certains espaces et à certains moments.

Annonce

« Les résidus de l’enquête », Amiens, 10 juin 2014

Journée d’étude organisée par le CENS (Université de Nantes) et le CURAPP-ESS (UPJV)

Argumentaire

L’objet de cette journée d’étude est d’explorer le potentiel de renouvellement des connaissances et de la théorie contenu dans l’étude des groupes, individus, et phénomènes qui échappent à nos opérations de catégorisation ou que nous laissons de côté faute de pouvoir les comprendre et les expliquer.

En invitant à un retour sur les données d’enquête pour retrouver celles qui n’ont pas été exploitées (souvent parce qu’on ne savait qu’en faire), il s’agit de revenir sur les problèmes méthodologiques posés par la prise en compte (ou la non prise en compte) des inclassés (agents, groupes, et phénomènes inclassés). Ce faisant, on envisagera en particulier la possibilité que ces difficultés à intégrer les observations dans les grilles de lecture classiques proviennent de la capacité de certains agents des groupes dominés à aménager leur existence de manière à échapper sinon à tous les classements, tout du moins à certains d’entre eux et d’échapper ainsi à la condition de groupe objet, au moins dans certains espaces et à certains moments. Il faudra dès lors s’interroger sur les conditions sociales de possibilité d’élaboration de telles stratégies de fuite, d’évitement, ou de manipulation symbolique. Il s’agira également de voir dans quelles mesures et dans quelles conditions ces stratégies sont synonymes de construction ou de ré-appropriation spécifique de modes de représentation des individus, des groupes et du monde social.

Les propositions de communication devront en particulier porter sur les ressources de tout ordre sur lesquelles reposent de telles stratégies rendant possible de se soustraire, corps et âmes, à diverses formes de « capture » symbolique et pratique. Dans une perspective proche de celle ouverte par James C. Scott, on s’intéressera aux frictions de l’espace social saisies comme des gisements de ressources permettant le déploiement d’existences échappant à l’emprise de certains rapports de domination par soustraction à des dispositifs d’objectivation et de prise en charge. Une identification de ces replis et des modalités (spatiales, temporelles, sociales, techniques, etc.) sous lesquelles ils sont investis constituera un des attendus des communications proposées. L’un des questionnements de cette journée reviendra ensuite à s’interroger sur ce qu’échapper à des dispositifs de captation et d’imposition veut dire et autorise. En particulier on essaiera de saisir dans quelle mesure ne pas être capté par un dispositif de pouvoir permet ou non d’être ou de devenir sujet de sa propre objectivation.

En s’intéressant aux inclassés, ce colloque sera ainsi l’occasion d’ouvrir le chantier d’une sociologie des exceptions qui ne les traiterait pas pour elles-mêmes ou comme appuis pour invalider toute démarche fondée sur la recherche de régularités. Bien au contraire, il s’agit, à partir de l’objectivation et de l’analyse des conditions sociales de possibilité de l’exceptionnalité, de saisir ce qu’elles nous apprennent des régularités auxquelles elles n’échappent ni par hasard, ni par simple exercice d’une volonté supposément détachée des contraintes sociales. Les exceptions, saisies dans leur régularité, devront ainsi servir à rendre compte de dimensions généralement ignorées, abandonnées, traitées comme accessoires, etc.

Nous distinguerons la question méthodologique qui cherchera à s'intéresser à ce que produire des résidus veut dire et au sens sociologique que l’on peut lui attribuer, de la question de savoir ce que sont ces résidus d’un point de vue morphologique. À partir de cette approche diptyque, plusieurs types de dimensions pourront être explorés dans les propositions de communications.

Axe 1 : Produire et penser le résidu

Un axe de cette journée sera consacré aux effets de l’outillage méthodologique et catégoriel sur les opérations qui nous mènent à écarter des faits, des individus ou des groupes de nos champs d’investigation. Il s’agira de s’intéresser aux opérations à travers lesquels les chercheurs produisent des “restes” ou assument le fait de laisser dans l’ombre des phénomènes traités comme des résidus empiriques. Partant, on explorera l’hypothèse selon laquelle la production de ces derniers est constitutive de la production de diverses formes d’invisibilités et d’opérations de construction d’espaces de méconnaissance. Plus précisément, en considérant des enquêtes se donnant pourtant pour objectif de saisir un espace de pratique, on s’interrogera sur la façon nous percevons/construisons des individus ou des groupes comme résiduels (ou déviants) par rapport à cet espace. Dans quelles mesures sont-ils porteurs d’une altérité si radicale que nous en arrivons à considérer que les étudier n’a aucun intérêt pour l’enquête ? Autrement dit, il s’agira de saisir les régularités à l’œuvre lors de nos opérations de production de formes d’exceptionnalité, c'est-à-dire d’individus, de groupes ou de pratiques hors classes, hors classement. On pourra par exemple se demander si le résidu statistique est le produit du cadre théorique ou celui du dispositif de classement et des catégories retenues ou encore celui de la disponibilité des données. Les communications devront ainsi revenir sur les opérations théoriques et techniques qui aboutissent à la production de résidus.

Nous souhaitons également faire le point sur la manière dont les résidus sont, ou non, traités dans différentes enquêtes et sur la manière dont ils sont qualifiés (cas limite, objet-trouble, exceptions, marginaux sécants, etc.) selon le cadre théorique adopté. Dans cette perspective on pourra plus explicitement faire un point sur l’usage des « cas limite » ou des « objets troubles » en sciences sociales. Il s’agira de voir si cet usage est réductible à deux types d’opération : celle qui consiste à retenir le cas limite pour souligner la polarisation d’espaces sociaux étudiés d’une part ; et celles qui consiste à les rejeter du côté de l’inexploitable, ce qui en creux sert à désigner des formes d’altérité radicale. Les communications pourront ainsi porter sur les cas limites rencontrés lors des enquêtes en explicitant ce pourquoi on a été amené à les situer d’un côté ou de l’autre de la limite explicative ou du champ de l’enquête. Autrement dit, elles pourront s’intéresser à la place que ces objets exceptionnels (parce que « limites », « troubles » ou « résiduels ») occupent ou n’occupent pas dans les modèles explicatifs et dans les enquêtes. Afin de saisir ce que les opérations de catégorisation doivent au cadre théorique retenu, des communications portant sur les usages différenciées d’un même cas-limite ou objet troubles sont bienvenues.

Axe 2 : Où sont, qui sont, que sont les inclassés et les inclassables ?

Nous souhaitons ensuite voir ce que produit heuristiquement la totalisation des restes appartenant à des espaces à priori “disjoints”. Il s’agira de voir ce qui caractérise les entités, qui glissent entre les mailles des catégories et laissent passer du jour dans nos opérations de catégorisation à partir de plusieurs questions qui peuvent faire l’objet de communication :

Où sont et qui sont les inclassables d’un point de vue théorique ? Se définissent-ils pour le chercheur par leur non-position ou leur position en bordure de champ ou au croisement de plusieurs typologie/classification au sein d’un ou plusieurs champs ou cadres théoriques considérés ? A l’inverse, dans quels autres espaces ou sous-espaces ou micro-espaces sociaux existent-ils comme “figure positives” pour eux et les autres participants de ces espaces ? Nous souhaiterions ainsi mieux connaître les espaces au sein desquels ces agents résiduels activent ces autres ressources spécifiques et voir dans quelle mesure celles-ci ont une valeur suffisante pour permettre de constituer une zone ou un capital refuge, c'est-à-dire en capital symbolique d’un type particulier ? Ainsi, une identification des espaces sociaux producteurs d’exclus ou de prétendants malheureux à certains espaces pourra être articulée avec une sociologie des marginaux - sécants ou non - et des espaces secondaires auxquels ils participent positivement.

Aussi, s’ils sont globalement dépourvus (ou au contraire peut-être maximalement pourvus) en ressources spécifiques et efficaces pour compter et être compter au sein de différents champs ou espaces constitués comme « importants » pour le chercheur, qu’en est-il des autres ressources dont ils disposent ? Autrement dit, quels sont leurs divers types capitaux spécifiques dont ils disposent ? Qui les reconnaît ? Que sait-on des opérations menant à la valorisation de ces capitaux spécifiques ? Suivent-ils des circuits de légitimation/valorisation qui se détacheraient des formes de légitimation/valorisation ordinaires?

Des communications présentant la manière dont ces agents « exceptionnels » mettent en mot et/ou en pratique les rapports qu’ils entretiennent aux différents espaces évoqués (ceux dont ils sont exclus, et les espaces-replis auxquels ils participent spécifiquement) et aux différentes fractions qui le composent sont attendus. L’objectif est d’arriver à saisir leur rapport à ces deux espaces dans ces diverses composantes : revendiquent-ils une condition et une position malheureuses ou heureuses face à ceux-ci ? Une analyse en termes de répertoires d’action mobilisés par ceux qui échappent au classement est attendue. En effet, il s’agit de comprendre comment ils opèrent pratiquement et symboliquement leur déplacement ou non placement dans les espaces institués. Quelles positions (heureuse/malheureuse) revendiquent-ils vis-à-vis de ceux-ci ? On se demandera également quelle place occupe le non-recours dans ces stratégies ?

Enfin on s’interrogera sur l’efficacité symbolique de ces capitaux constitués dans une relative autonomie. Dans quelles conditions sociales, spatiales, temporelles, etc., ces capitaux trouvent-ils des supports de valorisation ? Est-ce que l’efficacité de ces capitaux spécifiques se mesure au nombre d’auditeurs et plus encore au nombre de ceux qui leur donne crédit, et ce quel que soit les propriétés et les ressources de ce public ?

Modalités de soumission

Les propositions de communications (5000 signes environ) sont à envoyer

avant le 1er mars 2014

aux adresses suivantes : fannydarbus@gmail.com  et remy.caveng@u-picardie.fr 

Les réponses seront envoyées le 15 mars 2014.

Les textes des communications sélectionnées sont à envoyer pour le 1er juin 2014.

Comité d’organisation

Rémy Caveng et Fanny Darbus

Comité scientifique

Ludivine Balland, Lorenzo Barrault, Maïté Boullosa-Joly, Coline Cardi, Rémy Caveng, Annie Collovald, Fanny Darbus, François Denord, Odile Henry, Patrick Lehingue, Wilfried Lignier, Romain Pudal, Aude Rabaud.

Lieux

  • UPJV, Logis du Roy
    Amiens, France (80)

Dates

  • samedi 01 mars 2014

Mots-clés

  • renouvellement des connaissances, étude des groupes, individus, données d’enquête, problèmes méthodologiques, les inclassés ,grilles de lecture

Contacts

  • Remy Caveng
    courriel : remy [dot] caveng [at] u-picardie [dot] fr
  • Fanny Darbus
    courriel : fannydarbus [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Remy Caveng
    courriel : remy [dot] caveng [at] u-picardie [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Les résidus de l'enquête », Appel à contribution, Calenda, Publié le mardi 17 décembre 2013, http://calenda.org/269754