AccueilÉcriture de l’histoire et mobilisation des mémoires sur le web (France-Méditerranée)

Écriture de l’histoire et mobilisation des mémoires sur le web (France-Méditerranée)

The writing of history and the mobilisation of memories on the web (France-Mediterranean)

Acteurs et témoins

Actors and witnesses

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Publié le mardi 10 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Les 10 et 11 décembre 2013 se tiendront à la MMSH deux journées sur le thème : « Écriture de l’histoire et mobilisation des mémoires sur le web (France-Méditerranée). Acteurs et témoins » dans le cadre de l’ateliers thématiques de recherches interdisciplinaires « Patrimoines : enjeux, pratiques, représentations » (ATRI 4) et du Pôle image-son, pratiques numériques en sciences humaines et sociales.

Annonce

Programme

Mercredi 10 décembre

Le phénomène mémoriel en question(s)

  • Maryline Crivello (AMU – TELEMME – CNRS) et Sophie Gebeil (Doctorante AMU – TELEMME – CNRS)
  • Conférence de Philippe Joutard (EHESS) : Histoire et mémoires, conflits et alliance
Aujourd’hui, il est partout question de commémoration, de devoir ou d’abus de mémoire. Rapport personnel, affectif au passé, la mémoire semble avoir tout envahi. Culturelle, historique, religieuse, artistique, elle peut se montrer exclusive et intolérante, nuire au vivre-ensemble. Mais elle est aussi capable de susciter la résistance à l’oppression, de sauver une culture, une minorité, d’assurer la cohésion d’un groupe, d’une société, d’une nation. Autre rapport au passé, à vocation universelle cette fois, l’histoire se tient à distance. Fruit de la rationalité, elle cherche modestement et obstinément une parcelle de vérité. Tout semble donc opposer histoire et mémoires ; les conflits se sont d’ailleurs multipliés, surtout en France. Le pari de l’auteur est pourtant d’en affirmer l’indispensable alliance et d’en proposer les conditions. Les mémoires ont déjà transformé les livres d’histoire, offrant à l’événement et à la biographie une nouvelle jeunesse. Ainsi l’histoire orale a-t-elle donné à comprendre, de l’intérieur, les invisibles, restés à l’écart de l’écriture. Les mémoires obligent les historiens à questionner leur métier, leur fournissent de nouveaux objets d’étude et la possibilité de saisir une réalité jusque-là inaccessible. En contrepartie, l’histoire demeure le seul moyen d’apaiser les mémoires blessées, de permettre aux mémoires concurrentes de cohabiter. La meilleure manière de vaincre l’oubli et de se prémunir des excès mémoriels.

Discutants : Anne – Marie Granet (MSH Alpes), Andrea Brazzodurro (post-doctorant LABEXMED – AMU – TELEMME – CNRS), Véronique Ginouvès (MMSH, Phonothèque, USR3125)

La recherche historique et le numérique : un tournant épistémologique ?

Présidente de séance : Maryline Crivello (AMU – TELEMME – CNRS)

  • Pierre Mounier (CLEO / AMU – EHESS – CNRS – Université d’Avignon) :  Les historiens et le numérique : une relation singulière et multiple

La plupart des récits retraçant le développement des humanités numériques mettent en valeur le rôle que les disciplines littéraires et plus largement les sciences du texte ont joué dans ce développement, avec, en particulier, la philologie, la linguistique de corpus, la lexicométrie. Pourtant, les disciplines historiques ont mobilisé elles aussi depuis très longtemps des moyens informatiques au coeur de l’activité de recherche. Si la figure de l’”historien programmeur” proposée par Emmanuel Le Roy Ladurie fait quasiment office d’origine mythique, l’appropriation par les historiens du numérique prend aujourd’hui des formes multiples et extrêmement riches. Quatre thématiques se dégagent : 1. La construction d’archives numériques ; 2. La mobilisation de grandes masses de données historiques (data driven history) ; 3. L’utilisation intensive de médias sociaux (historyblogosphere) ; 4. Le développement de nouvelles relations entre pratiques professionnelles et amateures de l’histoire (public history).

  • Claude Mussou (INA- Dépôt Légal) et Louise Merzeau (Maître de conférences HDR en sciences de l’information et de la communication à l’université Paris Ouest Nanterre La Défense. Codirectrice du département Infocom • Responsable de l’axe Traçabilité, mémoires et identités numériques au laboratoireDicen-IDF) : Le web archivé, nouvelles sources pour l’historien

Au fur et à mesure de l’évolution des techniques d’enregistrement mémoriel, le périmètre des sources pour l’histoire n’a cessé de s’étendre. Aujourd’hui de nombreuses institutions patrimoniales ont entrepris de collecter et conserver les contenus issus du web. S’agit-il d’un tournant épistémologique majeur tant pour l’archiviste que pour l’historien ? Cette présentation se propose de cerner le contexte et les modalités d’archivage du web dans le cadre du Dépôt Légal, de s’interroger sur les questions de continuité ou rupture des pratiques, notamment à partir des études de cas et problématiques abordées dans le cadre des ateliers de recherche méthodologiques mis en place à l’Ina. En particulier, on reviendra sur la manière dont usages et représentations du Web peuvent être (re)conditionnés par la visée de l’archivage et la mise en place d’outils.

Mercredi 11 décembre

Histoires et mémoires d’Algérie dans “l’espace public” numérique

Présidente : Karima Dirèche (IRMC – CNRS). En présence de Chloé Rondeleux (Journaliste Maghreb Emergent)

  • Sophie Gebeil (Doctorante AMU – TELEMME – CNRS) : Les mémoires de l’immigration maghrébine sur le web français (1996-2013)

Malgré les tentatives institutionnelles telles que l’ouverture de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration en 2007, les mémoires de l’immigration maghrébine n’ont pas véritablement intégré le récit collectif national. La démocratisation de l’internet grâce au développement du web dans les années 1990, constitue un nouveau terrain d’expression pour des mémoires perçues comme délaissées. Dans le même temps, le recours aux commémorations comme ce fut le cas en 2012 lors du cinquantième anniversaire de la fin de la guerre d’Algérie, rappelle l’importance de la mémoire dans le rapport qu’entretient la nation avec son passé. A partir des formes d’expressions mémorielles spécifiques au web, il s’agit de comprendre comment les mémoires de l’immigration maghrébine sont mises en visibilité sur ce nouveau média. Ces dispositifs mémoriels impliquent une analyse des acteurs et de leurs stratégies de valorisation de la mémoire, en ligne mais aussi dans le champ social. Compte-tenu de l’accessibilité des outils de publication, le web pose la question de la réappropriation de ces mémoires par les immigrés et leurs descendants. Enfin, la pluralité des mémoires exprimées dans ces dispositifs implique une interrogation sur les revendications qui y sont associées et sur l’impact de ces nouveaux modes d’action en ligne dans l’espace public.

  • Carole Filiu (Journaliste Réalisatrice) et Ferhat Mouhali (Réalisateur) : Présentation du webdocumentaire Fatéa et du projet de documentaire Ne nous racontez pas d’histoires ! Fatea
Fatea (Femmes au travail en Algérie) est un webdocumentaire qui propose un voyage en Algérie, à la rencontre de neuf femmes qui travaillent. Il leur donne la parole et offre à l’internaute la possibilité d’entrer dans leur quotidien. Chacune d’entre elles propose son regard sur son travail et la société qui l’entoure. Elles expriment leurs espoirs et désirs de changement d’un État en crise. Le webdocumentaire Fatea est disponible en ligne à l’adresse : http://fatea.tv5monde.com Ne nous racontez plus d’histoires ! Elle est Française, il est Algérien. Toute leur enfance a été bercée par la guerre d’Algérie. Souvenirs traumatisants d’un départ forcé pour la journaliste fille de pieds-noirs, récit mythifié d’une indépendance glorieuse pour le réalisateur militant des droits de l’Homme ; chacun a eu droit à sa version de l’Histoire. Soixante ans après la déclaration de la guerre, le 1er novembre 1954, c’est au fil des voyages et des rencontres de chaque côté de la Méditerranée qu’ils retracent une histoire plus apaisée de ce conflit. Loin de l’historiographie officielle, ils rencontrent des témoins aux discours volontairement oubliés, des historiens qui se battent contre la guerre des mémoires pour faire entendre une vérité qui agace. Un chemin qui les mène vers la remise en question de leur passé, la réponse à leurs incertitudes et une meilleure compréhension de l’Autre.
  • Olivier Lambert (journaliste, auteur-réalisateur, chef d’entreprise Lumento) : Présentation du webdocumentaire La nuit oubliée – 17 octobre 1961 (O. Lambert, Thomas Salva)

Le 17 octobre 1961 est un moment oublié de l’histoire de France. Longtemps, les atrocités commises pendant cette manifestation d’Algériens ont été passées sous silence par le gouvernement et les médias français. Aujourd’hui, on sait maintenant beaucoup sur la barbarie des forces de police de Paris : au moins 200 Algériens jetés à la Seine, 11 500 arrestations mais aussi des centaines d’internements et de tortures. Cinquante ans après ce massacre tragique, revenir sur cet événement en utilisant les possibilités multimédia permet de reconstruire une parcelle de notre mémoire collective française jusqu’alors volontairement transformée, effacée et ignorée. Cinquante ans après ce massacre tragique, revenir sur cet événement en utilisant les possibilités multimédia permet de reconstruire une parcelle de notre mémoire collective française jusqu’alors volontairement transformée, effacée et ignorée. Le webdocumentaire est disponible en ligne.

Après-midi (14h-17h)

L’éditorialisation numérique de la recherche : projets et expériences

Président de séance : Alain Battegay (AMU – LAMES – CNRS)
  • Bernard Cousin (AMU – TELEMME – CNRS), Gisèle Seimandi (MMSH, Édition, USR3125)La collection éditoriale “La page et l’écran”.

Avec les pèlerins de la Mecque de Laurent EscandeLa collection “La page et l’écran”, coéditée par la MMSH et les PUP, regroupe des travaux et des documents concernant l’espace méditerranéen, dans le domaine des sciences humaines et sociales. C’est une démarche éditoriale innovante (en lien avec le Recueil d’articles électroniques) qui associe à chaque livre en édition papier des annexes numériques (textes, documents iconographiques, notes…) gratuitement accessibles en ligne. Le premier volume Avec les pèlerins de la Mecque, est le récit du voyage que fit en 1908 le docteur Carbonell avec les pèlerins, édité par Laurent Escande. Les annexes numériques sont consultables en ligne à l’adresse http://books.openedition.org/pup/1936

  • Marianne Charbonnier (Doctorante, AMU – ASTRAM) : Webdocumentaire autour de « Je me souviens… de la Méditerranée ». Webdocumentaire mémoriel et historique tentative de théorisation et conceptualisation.

Le Webdocumentaire encore récent dans le paysage audiovisuel français est en pleine explosion. S’il est devenu objet courant dans le monde professionnel journalistique et audiovisuel, il reste encore en friche dans le domaine de la recherche. Que peut-on conceptualiser d’un Webdocumentaire ? Qu’est-ce que l’interactivité apporte ? Quelles nouvelles mises en scène ? Et surtout qu’est ce que cela raconte ? Voici quelques-unes des questions qui suivent mes recherches autour de ce dispositif. Plus encore, il s’agit de se pencher sur les webdocumentaires à teneur historique ou mémoriel, on constate qu’il se tisse alors des relations étroites entre expositions virtuelles et webdocumentaires. C’est grâce à un cas pratique et concret articulé autour du projet « Je me souviens…de la Méditerranée »- issu d’une collaboration ASTRAM, TELEMME- que certaines pistes théoriques voient le jour. Aborder le webdocumentaire et la recherche en sciences humaines c’est ouvrir un vaste champ des possibles, vers des œuvres ouvertes et en mouvement (Eco) jouées par un spectateur-interprète. Les « Je me souviens… de la Méditerranée » sont disponible en ligne à l’adresse : http://www.medmem.eu/fr/collection/22

  • Eric Carroll (AMU – TELEMME – CNRS), Emmanuelle Chapron (AMU – TELEMME – CNRS) : Un outil pour l’édition électronique et la modélisation des écritures savantes. La correspondance et les papiers de Jean-François Séguier (1703-1784).

Le développement des outils numériques a ouvert des perspectives nouvelles au travail d’édition scientifique des correspondances savantes. L’outil qui sera présenté s’appuie sur celle du savant nîmois Jean-François Séguier (1703-1784), de 3 à 4000 lettres. La base de données relationnelles qui a été élaborée modélise l’échange épistolaire dans ses différentes dimensions, décrivant la lettre comme un objet de papier, le lieu de l’échange matériel et intellectuel et l’élément d’un circuit de communication plus vaste. L’intérêt pour la matérialité des échanges savants a conduit à intégrer systématiquement les images des lettres à côté de leur édition scientifique. L’exploitation doit permettre de mettre en évidence la configuration et la dynamique des « collèges invisibles » auquel participe Séguier dans son travail d’épigraphiste ou de botaniste. A terme, il s’agit de réinscrire la correspondance dans l’ensemble de la production écrite du savant (ego-documents, carnets de voyage, notes de travail, catalogue autographe de la bibliothèque ou des collections) pour éclairer le fonctionnement de son « système graphique ».

Lieux

  • MMSH, salle Paul Albert Février - 5 rue du Château de l'horloge
    Aix-en-Provence, France (13)

Dates

  • mardi 10 décembre 2013
  • mercredi 11 décembre 2013

Fichiers attachés

Mots-clés

  • digital humanities, dépôt légal du web, webdocumetnaire, écriture de l'histoire, histoire orale, mémoire

Contacts

  • Véronique Ginouvès
    courriel : veronique [dot] ginouves [at] univ-amu [dot] fr

Source de l'information

  • Véronique Ginouvès
    courriel : veronique [dot] ginouves [at] univ-amu [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Écriture de l’histoire et mobilisation des mémoires sur le web (France-Méditerranée) », Journée d'étude, Calenda, Publié le mardi 10 décembre 2013, http://calenda.org/270349