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Retours sur les foyers africains

African households

Nouvelles perspectives scientifiques et méthodologiques

New scientific and methodological perspectives

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Publié le jeudi 26 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

L’enjeu de cette journée d’études est de faire le point sur les approches actuelles de cet objet classique, en apparence « révolu », des études des migrations africaines subsahariennes en France qu’est le foyer.

Annonce

Argumentaire

L’enjeu de cette journée d’études est de faire le point sur les approches actuelles de cet objet classique, en apparence « révolu », des études des migrations africaines subsahariennes en France qu’est le foyer.

À l’heure où la réhabilitation des foyers et leur transformation en « résidence sociale » sont inscrites sur l’agenda des politiques publiques d’intégration (HCLPD, 2010 ; Béguin, 2011), notre ambition est de coupler un nécessaire regard rétrospectif sur la forme du « foyer de travailleurs migrants » à une analyse des processus de rénovation urbaine en cours (Epstein, 2013). Réinscrire les foyers dans la ville nous semble indispensable pour dépasser l’obstacle épistémologique d’une vision métonymique du foyer comme « condensé » de la migration africaine en France. Cette perspective incite ainsi à porter une attention particulière à la place des foyers au sein des quartiers, aux usages actuels et passés de la ville par les résidents ainsi qu’aux mobilisations en cours autour de déménagements replacés dans leurs contextes institutionnels et politiques.

Pour cela, il est nécessaire de mobiliser des approches issues des études africaines et des études migratoires, qu’elles s’inscrivent dans l’anthropologie, la géographie, la sociologie, l’histoire ou la science politique. Plusieurs axes nous semblent articulièrement pertinents.

1. Paradigmes ethnographiques classiques et enjeux actuels pour la recherche

Passage quasi-obligé des chercheurs travaillant sur l’Afrique de l’Ouest depuis les années 1960, les foyers africains ont été les objets privilégiés de travaux mettant souvent en avant les liens - aujourd’hui dénommés « transnationaux » - qui unissent les résidents des foyers de travailleurs migrants à leurs villages d’origine. Solidaire de cette perspective, le dispositif d’enquête qui consistait à aller « du foyer au village » ou vice-versa (Quiminal, 1991 ; Daum, 1998), a évolué vers une démarche « bi-locale » ou « multi-située » (Dia, 2010) témoignant à la fois des mutations des migrations africaines et de l’internationalisation de la recherche et de ses protocoles (Marcus, 1995 ; Siméant, 2012). Quelles sont aujourd’hui les pratiques d’enquête les plus adaptées pour rendre compte de ces aller-retour, au moment où les lieux d’émigration et les trajectoires résidentielles se sont diversifiés ? L’idée souvent mise en avant d’une reproduction des hiérarchies sociales villageoises au sein des foyers tient-elle au regard des travaux récents qui soulignent les tensions entre générations de migrants ? Au-delà de cette perspective centrée sur le lien avec les lieux de départ, quelles approches développer pour saisir les ancrages, dans la durée et dans l’espace urbain, des résidents des foyers ? Depuis cette perspective, comment aborder les processus de réhabilitation en cours et que nous apprennent-ils ?

2. Histoire sociale des institutions gestionnaires

Si nous disposons désormais d’un riche éventail de travaux monographiques sur la Sonacotra (Ginesy-Galano, 1984 ; Hmed, 2006 ; Bernardot, 2008), demeurent nettement plus parcellaires les recherches sur les organisations qui se sont spécialisées à partir des années 1960 dans l’hébergement en foyers de travailleurs issus de l’Afrique de l’Ouest, à l’exemple des organisations missionnaires actives au lendemain des indépendances ou de structures plus institutionnelles telles que l’AFTAM ou la Soundiata (Laurens, 2009 ; Dedieu, 2012). L’histoire de ces institutions restant à écrire, les questions de recherche posées s’intéressent tout autant à la politique des États français et plus marginalement africains dans la gestion de ces établissements qu’aux associations de solidarité internationale, voire aux missions ayant pu intervenir, à un moment ou à un autre, dans l’hébergement des travailleurs africains. Quels rôles les organisations missionnaires ont-elles joué dans le logement des migrants subsahariens ? Dans quelle mesure les États africains à commencer par l’État sénégalais ont-ils participé à la mise en place des foyers ? Peut-on établir une typologie des gestionnaires de ces foyers spécialisés ?

3. Mobilisations. Grèves de loyer et engagements panafricains

Les travaux réalisés à ce jour sur les mobilisations dans les foyers ont eu tendance à se focaliser presque exclusivement sur les grèves de loyer dans les foyers Sonacotra à compter du milieu des années 1970 (Ginesy-Galano, 1984 ; Bernardot, 2008 ; Hmed, 2009). Ce mouvement de grève de grande ampleur a eu pour effet d’occulter, tant pour ses porte-parole que pour les chercheurs, les micro-mobilisations des foyers africains entamées à compter de la fin des années 1960 (Siméant, 1998 ; Hmed, 2006 ; Dedieu, 2012). Les archives disponibles permettent-elles de restituer la genèse de ces mouvements de grève ? Quels outils de recherche peuvent-ils être développés ? Quelle place ont eu ces mobilisations dispersées autant spatialement que temporellement dans la construction des mouvements Sonacotra ? Dans quelle mesure peut-on parler de cycles de mobilisations ? Les appartenances nationales et sociales des résidents de foyers africains étant moins homogènes que suggérées dans la littérature, quels rôles jouèrent-elles dans l’animation et la construction des luttes panafricaines ? Quelles ruptures et continuités observe-t-on dans les mouvements centrés sur la question du foyer ? Comment ces luttes s’articulent-elles à d’autres actions collectives défendant le droit au logement des familles ou celui des travailleurs sans-papiers (Siméant, 1998 ; Péchu 1999 ; Baron et al., 2011) ? Comment les résidents et délégués des foyers se positionnent-ils aujourd’hui au sein des dispositifs de concertation mis en place par les pouvoirs publics dans le cadre du plan de traitement des foyers ? Comment situer les résistances actuelles aux démolitions dans l’histoire des mobilisations autour des foyers ?

4. Vies conjugales et familiales en migration

Si les foyers de travailleurs migrants accueillaient une population exclusivement masculine, les résidences sociales visent en principe un public mixte, y compris en termes de genre. À l’heure actuelle, les foyers (ou résidences sociales issues de la transformation de foyers), restent toutefois dans leur majorité les lieux d’un entre-soi masculin qu’il serait intéresser d’étudier en tant que tel. La question du maintien des liens conjugaux et familiaux, comme celle des transformations de l’identité de genre en migration, demandent à être également approfondies. Ces thèmes méritent d’être examinés à l’aune de la littérature sur les migrations qui s’est enrichie de recherches sur la question contemporaine des familles africaines transnationales (Razy, 2007 ; Beauchemin, Caarls & Mazzucato, 2013) et du genre en migration (Sargent & Larchanché-Kim, 2006 ; Sinatti, 2014). Est-il possible de mettre en place des protocoles de recherche sur l’économie affective des résidents de foyers ? Dans quelle mesure la résidence en foyer s’inscrit-elle pour les familles dans des trajectoires résidentielles plus complexes ? Quelles étaient et sont encore les modes d’entretien des liens conjugaux et d’éducation des enfants ? Quel impact ces modes de vie ont-ils eu sur la construction du genre ?

5. Mémoire et représentations

Face à un objet aussi « iconique » que le foyer, il nous semble également important d’aborder la question de la représentation, qu’elle relève de documents journalistiques, photographiques ou filmiques d’époque (Dedieu, 2012), voire de projets artistiques contemporains au regard des enjeux politiques et sociaux de la « culture des immigrés » en France (Champy & Katz, 2008 ; Escafré-Dublet, 2008 ; Despres, 2011). Quelles furent les réactions des migrants à leur mise en image au fil du temps ? Dans quelle mesure la patrimonalisation de l’histoire de l’immigration en France avec la création récente de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration (CNHI) a-t-elle fait naître des projets de commande publique autour des foyers ? Quelles difficultés rencontrent les conservateurs dans le recueil et la conservation des traces de cette histoire négligée tenue à tort pour « écrite » ?

Coordinateurs

Jean-Philippe Dedieu & Aïssatou Mbodj-Pouye

Comité scientifique

Renaud Epstein, Cécile Péchu, Laure Pitti, Johanna Siméant, Mahamet Timera

Comité d’organisation

Jean-Philippe Dedieu, Aïssatou Mbodj-Pouye, Maxime Royoux

Calendrier

15/02/2014 : Date-limite de réception des propositions de communication

15/02/2014 : Réponse aux propositions

05/05/2014 : Envoi de la communication (30 000 - 40000 signes)

21/05/2014 : Journée d’étude

Modalités de soumission

Les propositions de communication (2 pages maximum en interligne simple)

sont à adresser

au plus tard le 15 février 2014

à : retour.foyers@gmail.com

Lieux

  • EHESS
    Paris, France (75)

Dates

  • samedi 15 février 2014

Fichiers attachés

Mots-clés

  • migrations subsahariennes, rénovation urbaine, gestion migratoire, mobilisations politiques, représentations de l'immigration

Contacts

  • Maxime Royoux
    courriel : retour [dot] foyers [at] gmail [dot] com
  • Aïssatou Mbodj-Pouye
    courriel : retour [dot] foyers [at] gmail [dot] com
  • Jean-Philippe Dedieu
    courriel : jpd449 [at] nyu [dot] edu

Source de l'information

  • Maxime Royoux
    courriel : retour [dot] foyers [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Retours sur les foyers africains », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 décembre 2013, http://calenda.org/271404