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Révolution numérique et développement des territoires

The digital revolution and the development of territories

Nouveaux outils, nouvelles pratiques, nouveaux lieux

New tools, new practices, new places

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Publié le jeudi 26 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Les technologies numériques sont porteuses d’espoir de développement des territoires, dans le cadre d’une nouvelle révolution industrielle, d’une société collaborative, de la ville interactive... Un prochain numéro de la revue Territoire en mouvement porte sur l’émergence de nouveaux lieux de travail et de nouveaux dispositifs de valorisation des ressources locales en lien avec le web 2.0, la mobilité numérique, les pratiques collaboratives... Trois clés d’entrées sont envisagées : les tiers lieux (cantines numériques, coworking spaces, fablabs...), les hacklabs et Living Labs, les politiques territoriales pour développer les usages numériques. Cet appel est interdisciplinaire mais les auteurs sont priés de discuter de la dimension spatiale ou territoriale de leur objet d’étude et de se conformer à la ligne éditoriale de la revue. La diversité géographique des exemples est bienvenue.

Annonce

Argumentaire

Les technologies numériques sont à l’agenda politique, en France comme dans beaucoup d’autres pays, car la floraison des innovations de produits et de services qu’elles engendrent sont porteuses de croissance économique et de développement (durable) des territoires. Du moins, tel est l’espoir qu’elles incarnent dans un contexte économique mondial déstabilisé par une crise financière sans précédent. Au nombre de ces mondes nouveaux que la littérature scientifique nous propose actuellement, on citera, sans soucis d’exhaustivité, la troisième révolution industrielle, qui combine numérique et préoccupations environnementales, la métamorphose numérique pour une société de la connaissance et de la coopération, la co-révolution pour une économie et une société collaborative, les fabriques en mode Do-it-yourself comme avant-garde de la nouvelle révolution industrielle, le nouvel âge numérique du développement culturel territorial, l’architecture et l’urbanisme pour une ville interactive. Ces quelques thèmes ne sont que l’écume de la dernière vague de publications concernant les technologies numériques et les transformations sociales, culturelles, économiques, géographiques et urbanistiques qu’elles suscitent.

Un prochain numéro de la revue Territoire en mouvement abordera l’impact des nouveaux outils, des nouvelles pratiques et des nouveaux lieux qui se développent dans le cadre de la révolution numérique qui redessine les contours de notre économie, de nos sociétés et de nos territoires. Dans le cadre restreint d’un numéro, voire d’un double numéro, il ne sera cependant pas question de balayer la multitude des problématiques liées à la diffusion des technologies de l’information et de la communication, notamment des technologies de l’Internet et des derniers avatars que les industries des TIC, des télécommunications et des médias ont inventés. Nombre d’ouvrages et d’articles traitent déjà de la géographie économique des industries de l’Internet, des clusters TIC, des espaces de la Net-économie et de l’aménagement numérique des territoires, de la ville informationnelle, digitale ou de la ville 2.0.

L’entrée que nous proposons est géo-économique, par effets directs (emplois, entreprises, immobilier...) ou indirects (dispositifs techniques et/ou sociaux de valorisation du patrimoine, du paysage à vocation de développement touristique, par exemple). Il ne s’agit donc pas de revenir sur les questions d’aménagement numérique des territoires sous l’angle des réseaux techniques, ni sur le développement des clusters TIC ou de l’économie capitaliste représentée par Google, Facebook ou autre géant américain des services numériques. Les nouveaux dispositifs (living labs, plateformes collaboratives...) et les nouveaux lieux (tiers lieux, fablabs...) proposent souvent une autre vision du développement économique, plus soucieux d’un développement durable et collaboratif, d’innovation sociale, de valorisation des ressources humaines locales autour de communautés d’intérêt ou de pratique.

L’objet de cet appel à publication porte ainsi sur l’émergence de nouveaux lieux de travail et de nouveaux dispositifs d’expérimentation, de fabrication et de valorisation des ressources locales en lien avec les outils du web 2.0, la diffusion des smartphones et tablettes numériques et avec les réseaux techniques qui autorisent la mobilité numérique et les pratiques collaboratives. Nous attendons en particulier des analyses qui croisent les entrées suivantes :

  • les outils (terminaux ou logiciels) et les nouvelles pratiques créatives, productives et collaboratives qu’ils permettent : opensource, réseaux sociaux, réalité augmentée, géolocalisation...
  • les nouveaux usages qui rendent floue la frontière entre producteurs et consommateurs, entre consommateurs et citoyens, entre travail (à domicile, en mobilité) et vie personnelle...
  • les nouveaux lieux qui émergent, en lien avec ces nouveaux usages et les nouvelles mobilités que permettent les derniers outils numériques : Living labs, cantines numériques, coworking spaces, fablabs et autres tiers lieux.

La question des «tiers lieux» est une première clé d’entrée pour ce numéro. Le terme proposé par le sociologue Ray Oldenburg (1989) est aujourd’hui revisité pour comprendre l’émergence et la diffusion, à l’échelle mondiale, des modèles de coworking spaces, de fablabs, voire du cas spécifique des Cantines numériques. Nous attendons des propositions d’articles sur ce thème, tant pour discuter de l’origine et de la diffusion spatiale de ces nouveaux types d’espace de travail, que pour en définir l’organisation spatiale interne, les principes de fonctionnement, les pratiques de coworkers, l’appropriation qu’ils font de ces lieux... Ces tiers lieux répondent-ils à de nouveaux besoins en immobilier de bureau, plus flexible et moins cher à la location pour des travailleurs indépendants plus nombreux ? Reflètent-ils une nouvelle organisation du travail autour de la mobilité et de l’usage des TIC au sein des grandes entreprises ? Ou répondent-ils à de nouveaux besoins en matière de modes de production, au-delà de la simple disponibilité de locaux de production, comme les besoins affinitaires ou le travail en « mode projet », besoins et nouveaux usages auxquels ne répond pas l’offre classique en espaces de travail ? Qu’offrent ces tiers lieux de « nouveau » par rapport aux incubateurs, aux pépinières et aux hôtels d’entreprises ? Alors que l’économie de la connaissance et la multiplication des technologies numériques offrent en théorie plus de liberté et d’autonomie des travailleurs, pourquoi le travail en réseau « en ligne » ne suffit-il pas et pourquoi voit-on émerger de nouveaux lieux de travail et de convivialité ? Le lieu fait-il lien ? Autrement dit, les tiers lieux sont-ils de nouveaux lieux transactionnels dans la ville ? A quelles conditions passe-t-on d’un simple espace productif à un écosystème créatif dans le tiers lieu et à partir de celui-ci ? Ces tiers lieux constituent-ils des isolats dans le tissu urbain ou innervent-ils, par une animation spécifique, les quartiers dans lesquels ils sont implantés ? Ces tiers lieux se développent-ils surtout dans les grandes villes ou participent-ils aussi de la dynamique territoriale des petites villes ou des espaces ruraux ? Des politiques publiques sont-elles souhaitables pour encourager le développement de ces nouveaux types d’espace de travail ?

La seconde clé d’entrée peut s’articuler autour du thème des Hackerspaces (hacklabs) et des Living Labs. Si la vocation de ces dispositifs, voire de ces espaces, n’est pas directement économique, leur capacité à regrouper des acteurs de divers horizons (individus, associations, entreprises, laboratoires, collectivités territoriales...) autour du partage de savoirs, de communautés de pratiques, de plateformes d’innovation ouverte (openinnovation) et d’expérimentation « grandeur nature » avec des usagers (projets urbains, innovation sociale ou environnementale, patrimoine, culture...) en font des laboratoires communautaires et ouverts autour du développement des technologies et des usages numériques (logiciels libres, médias alternatifs, projets urbains...). Ainsi, les militants du logiciel libre, qui pourraient se contenter de partager leur passion et leurs connaissances au travers du réseau Internet, sont aussi organisés en réseaux de lieux de rencontre dont la vocation est autant le développement logiciel que l’éducation populaire autour des technologies numériques. Comment fonctionne ce réseau de lieux ? Comment ces lieux en réseau peuvent-ils servir de point d’ancrage pour un développement territorial autour des licences libres, de nouvelles entreprises et la création d’emplois ? Quelles stratégies les collectivités territoriales peuvent-elles mettre en place pour valoriser ce potentiel créatif et productif autour d’acteurs militants de l’innovation ouverte ? Quant à l’idée de laboratoire vivant (living lab), elle émerge dans les années 1990 dans des laboratoires universitaires américains puis se diffuse, notamment en Europe. Dans les années 2000, l’Union européenne lance le projet Living Labs Europe (2006-2009) et le réseau ENoLL (European Network of Living Labs : http://www.openlivinglabs.eu/) pour partager les connaissances et bonnes pratiques en matière d’innovation ouverte centrée sur les usagers (user-driven open innovation) et pour promouvoir l’innovation technologique et sociale en réponse aux problèmes vécus au sein de communautés locales ou régionales. Mais qu’est-ce qu’un living lab : une méthodologie, un écosystème ou un nouveau type d’espace facilitant l’innovation ? Telle est la question qui peut être abordée dans ce numéro, par une analyse de la littérature existante, la présentation de cas impliqués dans le développement des territoires ou par une analyse de la diffusion spatiale de ce modèle et des politiques d’application qu’il a inspiré dans de nombreux pays.

La troisième clé d’entrée peut être celle des politiques développées à l’échelle des territoires (régions, départements, métropoles...) pour le développement des usages du numérique, mais ici dans une optique de développement économique. Nous n’ignorons pas les efforts des territoires en matière d’infrastructures numériques, de e-administration, de formation par les technologies numériques, de e-santé, de culture (art et patrimoine) et d’inégalités sociales. Néanmoins, dans le cadre restreint de ce numéro, on s’attachera aux exemples qui associent politiques numériques (citées ci-dessus) et développement d’une filière économique (tourisme, livre numérique, réalité augmentée orientée patrimoine...) ou simplement d’un tissu entrepreneurial qui exploite ces technologies et leurs usages. Quelles sont les expériences récentes en ces domaines, en particulier quand la politique concerne des territoires locaux (projets urbains, développement touristique, attractivité urbaine...) ? Quelles en sont les retombées économiques, effectives ou espérée ? La mutation rapide des technologies (mobiles, convergence...) et les nouvelles pratiques collaboratives du web 2.0 et des réseaux sociaux ne remettent-elles pas en cause des programmes initiés pour des outils numériques de la génération technologique précédente ? L’exemple en est la conversion des EPN (espaces publics numériques) ou de médiathèques vers des modèles de tiers lieux ou autres formes présentées dans les axes 1 et 2 décrits ci-dessus. Quel est le potentiel des plates-formes numériques (arts visuels en Région Centre, musiques actuelles en Région Aquitaine...) en cours de construction, au regard des investissements consentis ?

La revue Territoire en mouvement accorde un intérêt particulier aux approches interdisciplinaires : géographes, économistes, sociologues, urbanistes, anthropologues, voire informaticiens, sont ici sollicités. Nous demandons cependant aux auteurs de se conformer à la ligne éditoriale et compte tenu de l’écart «culturel» entre chaque discipline, de bien vouloir préciser, dans leur introduction par exemple, la spécificité de leur approche. Il est en particulier demandé aux auteurs de discuter de la dimension spatiale et/ou territoriale de leur objet d’étude. Ils voudront pour ce faire définir les notions d’espace, de lieu, de territoire qu’ils utilisent, tant les définitions peuvent varier d’une discipline à l’autre, ou du moins les méthodologies pour en rendre compte. On pourra aussi interroger le paradoxe d’une économie fondée sur Internet, dont on a pu croire un temps qu’elle marquait « la fin de la distance », « la fin de la géographie » ou  « la déterritorialisation heureuse » (Vicente, à propos du projet du logiciel libre) alors que  les scientifiques en montrent la dimension spatiale et même polarisante et que les politiques en attendent un effet levier en matière de développement de leur territoire. Enfin, au-delà de ces positionnements théoriques ou méthodologiques sur les dimensions spatiales et territoriales, toute proposition d’article portant sur un autre pays que la France, un autre continent que l’Europe, une autre économie que celle des pays développés est la bienvenue.

La nouvelle « révolution industrielle » (terme à mettre au débat, d’ailleurs) liée au numérique relèvera-t-elle d’une diffusion spatiale, à différentes échelles, de ces nouvelles pratiques numériques et collaboratives, qui font souvent fi de la propriété intellectuelle telle que définie dans le système de production capitaliste ? Après la phase d’émergence, sera-t-elle amplifiée par les (grandes) entreprises qui vont intégrer ces nouvelles pratiques pour améliorer leur organisation, leur potentiel créatif et productif et pour structurer les nouveaux marchés ? Métamorphose socio-économique ou énième renouvellement du système capitaliste ? Développement de tous les territoires par la diffusion des technologies numériques ou maintien des tendances cumulatives d’agglomération et de métropolisation de la Net-économie du fait des logiques économiques ?

Modalités de soumission

Les propositions sont à envoyer à Christine Liefooghe : christine.liefooghe@univ-lille1.fr et Divya Leducq : divya.leducq@univ-reunion.fr

au plus tard le 31 janvier 2014.

Les articles peuvent être rédigés en français ou en anglais. Après notification de l’accord du comité de rédaction pour la proposition (courant février 2014), les auteurs devront envoyer avant le 30 juin 2014 un article dont la taille ne dépasse pas 50 000 signes (espaces compris) et rédigé dans le respect des consignes de la note aux auteurs de la revue (http://tem.revues.org/1379).

L’article est évalué en double aveugle.

Comité Scientifique

  • Nacima BARON-YELLES (PU), Université Paris-Est Marne la Vallée
  • Guy BAUDELLE (PU), Université Rennes 2
  • Gérard BELTRANDO (PU), Université Paris 7,
  • Hugh CLOUT (PU), University College London (Grande Bretagne))
  • Olivier CREVOISIER (PU), Université de Neuchâtel (Suisse)
  • Claire DELFOSSE (PU), Université Lyon 2
  • Marie-Christine FOURNY KOBER (PU), Université Joseph Fourier Grenoble 1
  • Anna GEPPERT (PU), Université Paris 4
  • Maria GRAVARI-BARBAS (PU), Université Paris 1
  • Vladimir KOLOSSOV (PU), Russian Academy of Sciences (Russie)
  • Robert MARCONIS (PU), Université Toulouse 2,
  • Bernadette MERENNE SCHOUMAKER (PU), Université de Liège (Belgique)
  • Alexander MURPHY (PU), University of Oregon (Etats-Unis)
  • Valérie NOVEMBER (DR), CNRS, Ecole Nationale des Ponts et Chaussées
  • Jean-Pierre RENARD (PU), Université d’Artois
  • Jean-François STASZAK (PU), Université de Genève (Suisse)
  • Colette VALLAT (PU), Université Paris 10
  • Christian VANDERMOTTEN (PU), Université Libre de Bruxelles (Belgique)

Dates

  • vendredi 31 janvier 2014

Mots-clés

  • Web 2.0, logiciel libre, tiers lieux, coworking space, fablab, living lab, hacklab, openinnovation, économie collaborative, innovation sociale

Contacts

  • divya leducq
    courriel : divya [dot] leducq [at] gmail [dot] com

URLS de référence

Source de l'information

  • divya leducq
    courriel : divya [dot] leducq [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Révolution numérique et développement des territoires », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 décembre 2013, http://calenda.org/271456