AccueilConsommateurs et consommations au Moyen Âge (XIe-XVe siècle)

Consommateurs et consommations au Moyen Âge (XIe-XVe siècle)

Consumers and consumption in the Middle Ages, 6th-15th century

L’enjeu des sources

The issue of sources

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Publié le lundi 16 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

Depuis quelques années, certains historiens n’hésitent plus à faire des derniers siècles du Moyen Âge le théâtre d’une première « révolution de la consommation », induite par l’élévation des niveaux de vie des populations, associée à l’ouverture croissante de ces dernières aux marchés. Des indices convergents en suggéreraient les effets : diversification des produits proposés sur les étals et dans les boutiques ; goût pour les nouveautés, qui favorise la diffusion des modes y compris en dehors des milieux des élites aristocratiques et urbaines ; relative importance du mobilier équipant certaines maisons à la ville comme à la campagne ; multiplication des discours moraux portant sur les pratiques de consommation, ainsi que des tentatives d’encadrer ces dernières par des lois somptuaires. La fertilité des pistes de recherche ouvertes par cette réévaluation du rôle de la demande dans les économies anciennes n’est pas à mésestimer.

Annonce

Argumentaire

Depuis quelques années, certains historiens n’hésitent plus à faire des derniers siècles du Moyen Âge le théâtre d’une première « révolution de la consommation », induite par l’élévation des niveaux de vie des populations, associée à l’ouverture croissante de ces dernières aux marchés. Des indices convergents en suggéreraient les effets : diversification des produits proposés sur les étals et dans les boutiques ; goût pour les nouveautés, qui favorise la diffusion des modes y compris en dehors des milieux des élites aristocratiques et urbaines ; relative importance du mobilier équipant certaines maisons à la ville comme à la campagne ; multiplication des discours moraux portant sur les pratiques de consommation, ainsi que des tentatives d’encadrer ces dernières par des lois somptuaires. La fertilité des pistes de recherche ouvertes par cette réévaluation du rôle de la demande dans les économies anciennes n’est pas à mésestimer. Il suffit pour s’en convaincre de considérer l’importance des enquêtes menées à partir de la fin des années 1980 sur l’Angleterre et sur les pays de l’Europe du Nord de la fin du Moyen Âge, ou le dynamisme actuel de l’histoire de la consommation à l’époque moderne. En regard, la France médiévale pâtit d’un net déficit de travaux, à la seule et brillante exception du secteur de l’alimentation, objet depuis plusieurs décennies d’une attention toute particulière, au point d’éclipser les autres champs de la consommation.

Cet état de l’historiographie souligne l’intérêt d’une enquête approfondie sur les sources documentaires susceptibles d’éclairer le comportement des consommateurs médiévaux, de révéler la diversité de leurs stratégies de consommation, et de rendre compte de l’effet de ces dernières sur les dynamiques économiques urbaines et rurales. Il s’agit d’abord d’apprécier le degré de richesse, de précision et de fiabilité des informations délivrées dans ce domaine par la documentation de l’ère pré-statistique, en identifiant les biais qui peuvent découler des spécificités propres à chaque acte, au gré du contexte et des motivations de sa rédaction. Cette démarche préalable doit permettre de vérifier, dans un second temps, dans quelle mesure le croisement de différentes sources peut compenser ces biais éventuels, et contribuer ainsi à une meilleure connaissance des logiques de consommation médiévales.

Pour mener à bien ce travail, il semble important de partir des représentations associées au Moyen Âge à la consommation et aux consommateurs, telles qu’elles s’expriment notamment dans les récits moraux (exempla des prédicateurs), dans les textes littéraires et normatifs (lois somptuaires), ou dans la production iconographique. L’objectif étant de voir jusqu’à quel point les choix en matière d’alimentation ou d’habillement participent de l’ordre social médiéval, et par conséquent de son éventuelle transgression aux yeux des élites cléricales, intellectuelles ou politiques. Si elle peut constituer un enjeu social, la consommation n’en demeure pas moins un acte économique. De ce point de vue, le marché offre un bon poste d’observation pour suivre la circulation des produits, identifier leurs clientèles, et cerner l’évolution des goûts. La mise en relation du vendeur et du consommateur suscite en effet des sources à la fois nombreuses et variées : comptabilités d’acheteurs institutionnels, tels que les gouvernements urbains et les grands hôtels seigneuriaux ; listes de transactions opérées par de simples particuliers, parfois consignées dans les livres de raison ; registres particuliers dédiés par un notaire aux opérations commerciales d’un marchand ; livres de comptes de négociants ; inventaires de magasins ; tarifs énumérant les marchandises soumises aux taxes pesant sur les échanges... Le marché n’est pourtant qu’une des multiples voies par lesquelles le consommateur accède à la satisfaction de ses besoins. Qu’en est-il des formes d’autoconsommation, ou des stratégies alternatives d’acquisition des biens (don, troc, récupération et recyclage des objets...), qui laissent par définition peu de traces documentaires ? Il apparaît donc essentiel, pour saisir les pratiques de consommation dans leur globalité et leur diversité, d’explorer le contenu des maisons médiévales, ou celui des régimes alimentaires des populations. Si les sources archéologiques livrent sur ces aspects un ensemble de données de toute première importance, régulièrement enrichi par de nouvelles découvertes, la mise à contribution de fonds documentaires plus traditionnels (comptabilités d’hôpitaux, inventaires après-décès, actes de saisie judiciaires...), appréhendés avec un regard neuf, ne saurait être négligée.

Programme

Journée d'études organisée par Guilhem Ferrand et Judicaël Petrowiste

9 h 30 : Accueil des participants

9 h 45 : Présentation de la journée (Judicaël Petrowiste, Université Paris Diderot, ICT/FRAMESPA)

Se représenter la consommation au Moyen Âge

  • 10 h : Sources littéraires et histoire de la consommation (Mathieu Arnoux, Université Paris Diderot, ICT)

10 h 45 : Discussion et pause

  • 11 h 15 : Les récits exemplaires médiévaux : une double source pour l’histoire de la consommation au Moyen Âge (Jacques Berlioz, CNRS, Paris)

12 h : Discussion

Saisir la consommation par la distribution ?

  • 14 h : Consommation et comptabilité municipale : l’exemple de Montferrand en basse Auvergne, milieu XIIIe-XVe siècle (Johan Picot, Université Bordeaux 3, Ausonius)
  • 14 h 45 : Lestarifs de péages et de droits de marché des XIIIe-XVe siècles : quels apports pour une histoire des consommations médiévales ? (Judicaël Petrowiste, Université Paris Diderot, ICT/FRAMESPA)

15 h 30 : Discussion et pause

  • 16 h : La consommation en France à travers la comptabilité des marchands. L’exemple de la clientèle de Fortaney Dupuy, marchand et bourgeois de Bordeaux, 1505-1523 (Michel Bochaca, Université de La Rochelle, LIENSs)
  • 16 h 45 : Marchands et marchandises : l’exemple des inventaires de Dijon à la fin du Moyen Âge (Guilhem Ferrand, Université de Pau et des Pays de l’Adour, FRAMESPA)

17 h 30 : Discussion

Catégories

Lieux

  • Université Paris Diderot, Halle aux Farines, salle 274 F
    Paris, France (75013)

Dates

  • mardi 17 décembre 2013

Mots-clés

  • consommation, consommateurs, marchés, sources

Contacts

  • Judicaël Petrowiste
    courriel : judicael [dot] petrowiste [at] univ-paris-diderot [dot] fr

URLS de référence

Source de l'information

  • Judicaël Petrowiste
    courriel : judicael [dot] petrowiste [at] univ-paris-diderot [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Consommateurs et consommations au Moyen Âge (XIe-XVe siècle) », Journée d'étude, Calenda, Publié le lundi 16 décembre 2013, http://calenda.org/271481