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Aux marges du marché

The fringes of the market

Acteurs et échanges non institutionnels dans les économies préindustrielles

Non-institutional actors and exchanges in the pre-industrial economies

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Publié le jeudi 26 décembre 2013 par Julie Abbou

Résumé

L’objectif de ces journées d’étude est d’interroger la pertinence d’une approche, sur le temps long, des relations économiques « non institutionnelles », « marginales » ou parallèles en regard de marchés construits par les normes et les institutions. Bien que les historiens de l’économie aient longtemps concentré leurs travaux sur les aspects légaux de l’échange, l’économie informelle et illicite suscite de plus en plus, après celui des sociologues et des économistes, l’intérêt des chercheurs travaillant sur les périodes préindustrielles. Plusieurs travaux, portant en particulier sur l’époque moderne, tendent ainsi à montrer le caractère structurel, bien plus qu’anecdotique, de l’économie illicite et les liens étroits qu’elle entretenait avec l’échange légal. Pour ce qui est des périodes les plus anciennes, la question se pose – étant donné la nature des sources – de la possibilité même d’accéder aux pratiques et aux acteurs qui se situent en marge de l’économie licite.

Annonce

Projet « Espaces, limite, identités » de l'ATRI1 « Systèmes productifs, circulations, interdépendances » du LABEXMED

Argumentaire

L’objectif de ces journées d’étude est d’interroger la pertinence d’une approche, sur le temps long, des relations économiques « non institutionnelles », « marginales » ou parallèles en regard de marchés construits par les normes et les institutions. Bien que les historiens de l’économie aient longtemps concentré leurs travaux sur les aspects légaux de l’échange, l’économie informelle et illicite suscite de plus en plus, après celui des sociologues et des économistes, l’intérêt des chercheurs travaillant sur les périodes préindustrielles. Plusieurs travaux, portant en particulier sur l’époque moderne, tendent ainsi à montrer le caractère structurel, bien plus qu’anecdotique, de l’économie illicite et les liens étroits qu’elle entretenait avec l’échange légal. Pour ce qui est des périodes les plus anciennes, la question se pose – étant donné la nature des sources – de la possibilité même d’accéder aux pratiques et aux acteurs qui se situent en marge de l’économie licite. En cela, une démarche transdisciplinaire prend pleinement sens, puisqu’il s’agit d’interroger la transposabilité de questionnements et de concepts d’une période à l’autre. L’objectif de ces journées d’étude est par conséquent de favoriser la confrontation et le dialogue entre historiens de toute période préindustrielle, de l’Antiquité grecque et romaine à l’époque moderne.

Dans cette perspective, il s’agira plus particulièrement d’envisager les relations économiques « non institutionnelles » à travers leurs acteurs et leur rapport à l’espace. Si la question du statut juridique, civique et politique de ces acteurs constitue un élément essentiel pour interroger leur position dans l’économie, il s’agit de partir de l’échange en acte, en particulier dans les cas limites de conflit, de rupture ou de transgression. La rencontre vise ainsi à développer une réflexion en termes de situations concrètes, d’expériences, plutôt qu’en termes de catégories préétablies d’exclus ou de marginaux de l’échange (femmes, mineurs, étrangers etc.).

Ces situations sont en effet particulièrement révélatrices des contraintes qui pèsent sur les acteurs engagés dans des relations économiques, mais aussi des ressources leur permettant de défendre leurs intérêts et leurs droits, selon leur âge, leur appartenance sociale, de leur ancrage dans la communauté etc. À travers l’analyse des rapports de force en jeu dans ces situations limites, l’objectif sera d’interroger les capacités d’action (agency) des individus qui se situent aux marges institutionnelles du marché, les configurations de pouvoir dans lesquelles ils sont enserrés, la manière dont à l’occasion des conflits ils deviennent pour l’autorité sujets de droit, leur éventuelle habileté, enfin, à exploiter ou à contourner les normes en vigueur et les contraintes qui pèsent sur eux.

Ainsi, sur le plan méthodologique, il s’agira d’interroger l’intérêt heuristique d’une exploitation des cas limites, des situations de conflit ou de transgression, dans la compréhension des mécanismes de construction et d’appropriation de territoires économiques – qu’ils soient matériels ou symboliques.

Axes thématiques

Pour ce faire, trois axes principaux ont été retenus :

1. Les espaces de l’échange informel et la construction de territoires économiques

Si, dans les sociétés contemporaines, l’étude des ancrages territoriaux des phénomènes économiques et sociaux est désormais fondamentale, cette démarche est moins habituelle pour l’étude des sociétés préindustrielles. Il semble ainsi nécessaire d’ouvrir une réflexion sur la construction de l’espace par les pratiques et les circulations économiques, licites ou illicites.

2. Les conditions de l’échange dans une « économie du face à face »

L’économie des sociétés préindustrielles étant d’abord une économie du face à face, on s’intéressera particulièrement aux techniques développées, à différentes époques et dans le cadre de ces échanges « marginaux », pour minimiser le risque économique en construisant des mécanismes destinés à produire de la confiance : présence de garants, de témoins, de « tuteurs » pour les femmes ou les enfants mineurs, prestation de serments, recours aux sûretés mobilières et foncières et le cas échéant à leur saisie, etc.).

3. Les conflits et leurs résolution : transgression, réinvention des normes

Au-delà des seuls corpus juridiques, qui ne sont d’ailleurs pas présents à toutes les époques mais témoignent souvent d’un droit vivant plus que figé, il semble pertinent d’étudier les processus d’élaboration et d’évolution de la norme dans les situations de ruptures, de conflits qui donnent lieu à des phénomènes d’emprunts et de transferts souvent encore peu étudiés. Les modes de construction ou de redéfinition des normes qui régissent les usages économiques de l’espace peuvent ainsi être observés dans les situations d’appropriation de territoires, à l’échelle des États comme des cités.

Les communications pourront en particulier aborder les points suivants (les approches transversales sont évidemment les bienvenues) :

  • Les secteurs d’activité « réservés » en fonction des statuts (ex. métèques, « étrangers », femmes, mineurs etc.).
  • Les géographies de l’informel : quartiers ou zones spécifiques aux activités informelles/clandestines/illicites.
  • La différenciation ou la superposition des espaces de l’économie officielle/légale et de l’économie informelle/illicite.
  • Les formes de réduction du risque : cautionnement, garants, garanties, présentation de soi, mécanismes formels ou informels de construction de la confiance.
  • Les actions en justice (plaintes, procès…) et la résolution des conflits (arbitrages, règlements, conventions, obtention de lois et privilèges).
  • La réécriture formelle ou factuelle des normes et leur circulation.

Modalités de soumission

Les frais de déplacement et d’hébergement seront pris en charge.

Les propositions de communication en français ou en anglais (max. 500 mots), accompagnées d’une courte présentation biographique (avec mention des publications) sont à envoyer

avant le 15 Février 2014

à l’adresse suivante : ecomarges@mmsh.univ-aix.fr

Calendrier

Clôture des soumissions : 15 Février 2014

Notification d’acceptation : 5 Mars 2014

Envoi des textes des interventions : 1er Septembre 2014

Tenue du colloque : jeudi 2 et vendredi 3 Octobre 2014 à Marseille

Comité d’organisation

  • Eleonora Canepari (University of Oxford, Italian Studies at Oxford)
  • Julien Dubouloz (Aix-Marseille Université, UMR 8210 ANHIMA)
  • Anne Montenach (Aix-Marseille Université, UMR 7303 TELEMME)
  • Isabelle Pernin (Aix-Marseille Université, UMR 7299 Centre Camille Jullian)

Contacts

ecomarges@mmsh.univ-aix.fr

LABEXMED – Aix-Marseille Université – Maison méditerranéenne des Sciences de l’Homme

Atelier Thématique de Recherche Interdisciplinaire “Systèmes productifs, circulations, interdépendances” (ATRI 1). Projet Espace, Limite, Identités.

CNRS, UMR 7299 CENTRE CAMILLE JULLIAN

CNRS, UMR 7303 TELEMME

Catégories

Lieux

  • Marseille, France (13)

Dates

  • samedi 15 février 2014

Mots-clés

  • économie préindustrielle, échanges, espaces, informel, marginal, licite / illicite, normes / transgression

Contacts

  • Anne Montenach
    courriel : ecomarges [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Source de l'information

  • Anne Montenach
    courriel : ecomarges [at] mmsh [dot] univ-aix [dot] fr

Pour citer cette annonce

« Aux marges du marché », Appel à contribution, Calenda, Publié le jeudi 26 décembre 2013, http://calenda.org/271497