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Shopping malls : l’avènement de la modernité ?

Shopping Malls: The Advent of Modernity?

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Publié le lundi 30 décembre 2013 par Luigia Parlati

Résumé

Dans le cadre de ce colloque que nous souhaitons pluridisciplinaire, nous interrogerons ces lieux particuliers que sont les shopping malls en nous intéressant à leur conception et leurs évolutions, aux usages qui en sont fait, aux pratiques de consommation et aux formes de sociabilité qu’ils génèrent. Doivent-ils être considérés comme un élément du continuum de l’espace urbain ou au contraire comme marquant une rupture dans cet espace ? Quelles dynamiques sociales président au côtoiement de populations hétérogène dans les shopping malls ? Les usages et les fréquentations de ces espaces s’articulent à des questions urbaines plus larges, interrogeant notamment la distinction de statut, d’ethnicité, de génération ou encore la ségrégation en terme de genre. Le plus souvent perçus comme emblématiques de la modernité en terme d’espace, de services, de biens de consommation quelles sont alors les dimensions esthétiques que les shopping malls recouvrent ? À partir de cet ensemble de questions nous souhaitons, dans le cadre de ce colloque, revenir sur le succès indéniable de ce concept dans le monde et l’interroger dans une dimension comparative.

Annonce

Dans le prolongement des ateliers de l'équipe « Anthropologie de la ville : espaces publics, mobilités, urbanités » du LESC (UMR 7186), se tiendra un colloque au LESC à Nanterre en septembre 2014

Argumentaire

Le concept des shopping malls émerge aux États-Unis dans les années d’après-guerre, dans une volonté de prendre en compte une réalité urbaine en pleine transformation due notamment à son expansion. Les grands magasins parisiens avaient inauguré, à la fin du XIXè siècle, le concept d’un lieu commercial mettant à disposition tous les biens de consommation dans un même espace, avec des prix fixes et une mise en scène théâtrale qui introduisent le client passif aux plaisirs de la consommation de masse moderne (Crawford, 1992). Un décalage se produit toutefois et c’est en partant du constat d'un changement de peuplement des espaces urbains des villes nord-américaines (une partie des classes moyennes blanches quitte les centres-villes pour les banlieues pavillonnaires et des populations noires pauvres s’installent dans les zones urbaines anciennes), que les promoteurs inaugurent le modèle commercial du mall dans des espaces en périphéries des villes (Cohen, 1996). On constate ainsi, à travers cette délocalisation, une sortie des centralités urbaines afin de recréer un nouvel espace unique conçu comme un agrégat de grand magasin et de centre-ville.

Le succès de ce concept est indéniable, et il est frappant de constater qu’aujourd’hui, les shopping malls sont répandus dans le monde entier. Ils rencontrent un essor qui ne semble pas se démentir, sous une organisation générale toujours identique mais dont la forme est déclinée selon les contextes.

Pensés de manière concomitante au développement urbain ces espaces commerciaux constituent alors un objet d’étude particulièrement pertinent pour comprendre une partie des pratiques de consommation mais également de sociabilité et d’usage de l’espace urbain dans le monde. A travers les travaux de sciences humaines (en anthropologie, géographie, histoire, sociologie...) portant sur les shopping malls, on remarque que ces derniers ont souvent été étudiés comme des aires publiques, principalement à partir de trois critères : la question de l’hétérogénéité / homogénéité des populations qui fréquentent le mall, la pluralité des usages que ces groupes font du lieu, qui dépassent largement les usages commerciaux, et les modes d’interactions qui s’y développent.

Continuités et ruptures entre le shopping mall et la ville 

Le plus souvent, l’accès même au shopping mall est permis par le développement urbain : la forme est presque toujours associée à l’usage de la voiture et aux larges routes qui relient immédiatement le mall à des zones très dispersées dans la ville, notamment les banlieues (Crawford, 1992 ; Capron, 2000 ; Cohen, 1996 ; Stillerman et Salcedo, 2012 ; etc.). En miroir, l’organisation intérieure des malls renvoie à un idéal de centre-ville pédestre comprenant des espaces de circulation de type allées ou rues (certains complexes poussent le rapprochement jusqu’à donner des « noms de rues »), des places, des fontaines, des bancs et des cafés avec des intérieurs et des « terrasses »… On a alors affaire à une ville artificiellement reconstituée dans l'objectif de gommer un certain nombre de contingences extérieures. On se trouve ainsi dans un environnement soustrait aux contraintes climatiques et environnementales. On y est non seulement protégé du froid, de la pluie, de la chaleur, mais aussi de la saleté, de la pollution… On accède à un endroit préservé, confortable et totalement prévisible jusqu’à l’ambiance et au niveau sonore. La stabilité de la qualité de l’espace est largement maintenue au moyen d’une surveillance dont les signes visibles disparaissent derrière le décor (Sorkin, 1992).

Usages et fréquentations du mall : intégrations et exclusions

Cette surveillance assure l’exclusion d’un certain nombre de groupes perçus comme perturbateurs : les jeunes hommes, shabâb, au Caire (Abaza, 2006), les classes les plus pauvres, les mendiants, les prostituées, certaines minorités ethniques, etc. Il est à noter que ces groupes les plus modestes ou appartenant à des minorités peuvent être présents mais uniquement comme employés au service des usagers (équipe de nettoyage, vendeurs, vigiles…). La fréquentation du mall renvoie donc immédiatement à la question du contexte urbain, et à la ségrégation des autres espaces publics en termes de genre, de statut social, d’ethnicité ou de génération. La présence de certains groupes sociaux s’explique souvent par l’absence d’autres espaces publics disponibles pour ces groupes, et en particulier d’espaces sécurisés. Pour les jeunes Saoudiennes de Riyad (Le Renard, 2009) comme pour les classes moyennes et supérieures de Buenos Aires (Capron, 2000), la rue est dangereuse, et les « pratiques urbaines » sont transposées dans le mall. Il en va de même pour les jeunes dans les villes de banlieue américaines, où les séries de maisons individuelles n’offrent pas d’autres lieux de rassemblement.

De plus la surveillance et la sécurité du mall autorisent paradoxalement une hétérogénéité relative de la population, et permettent aussi un certain nombre de comportements qui ne peuvent pas se dérouler dans la rue – notamment les rencontres amoureuses (Abaza, 2011 ; Wilson, 2004). « L’entrée » au mall de certains groupes sociaux, qui se saisissent particulièrement de cet espace, peut donc être lue soit en termes de « crise » des espaces publics préexistants (Capron, 2000), soit en termes d’émergence de certains groupes dans l’espace public, auquel ils n’avaient pas accès jusque-là : c’est le cas des femmes en Arabie Saoudite (Le Renard, 2009), mais aussi des classes moyennes noires en Afrique du Sud (Houssay-Holzschuch et Teppo, 2009).

Le shopping mall comme espace total

Le centre commercial offre donc un cadre spécifique d’interactions. Selon les auteurs, celui-ci peut être lu comme un cadre marchand pacifiant les relations entre des populations hétérogènes, la cosmopolitan canopy (Anderson, 2004) ou comme une transposition des interactions et des relations entre les groupes dans la ville (Stillerman et Salcedo, 2012), ou encore une possibilité de mettre en œuvre de nouveaux types de rapports (Houssay-Holzschuch et Teppo, 2009)

Au-delà des questions d’accessibilité, de sécurité et de confort, le succès de ces espaces tient aussi au fait que ce sont des espaces totaux. Tout est présent, accessible dans un même lieu. Présentés avant tout comme des espaces commerciaux (dans leur dénomination même qui est le plus souvent conservée dans les différents endroits du monde) ils ont pour caractéristique principale de rassembler plusieurs autres types d’activités et de services. Ainsi, des expositions artistiques, des actions caritatives, éducatives, des activités communautaires et festives (animation pour les fêtes religieuses, nationales, communautaires…) sont-elles très régulièrement organisées sur les parvis, dans les allées ou sur les places. Enfin on peut dire que l’aspect total se retrouve dans des temporalités particulières aux shopping malls, qui ont un rythme d'occupation spécifique puisque l’ambition affichée est de rester accessible avec un maximum de jours d’ouverture et le plus tard possible dans la soirée. Pour permettre cet usage intensif du lieu, il est donc nécessaire d’y trouver un certain nombre d’aménagements tel que des restaurants, des garderies, des espaces ludiques, des salles de prières, des WC, des postes, banques…

Dans le cadre de ce colloque que nous souhaitons pluridisciplinaire, nous interrogerons ces lieux particuliers que sont les shopping malls en nous intéressant à leur conception et leurs évolutions, aux usages qui en sont fait, aux pratiques de consommation et aux formes de sociabilité qu’ils génèrent.

Doivent-ils être considérés comme un élément du continuum de l’espace urbain ou au contraire comme marquant une rupture dans cet espace ? Quelles dynamiques sociales président au côtoiement de populations hétérogène dans les shopping malls ? Les usages et les fréquentations de ces espaces s’articulent à des questions urbaines plus larges, interrogeant notamment la distinction de statut, d’ethnicité, de génération ou encore la ségrégation en terme de genre ? Le plus souvent perçus comme emblématiques de la modernité en terme d’espace, de services, de biens de consommation quelles sont alors les dimensions esthétiques que les shopping malls recouvrent ?

A partir de cet ensemble de questions nous souhaitons, dans le cadre de ce colloque, revenir sur le succès indéniable de ce concept dans le monde et l’interroger dans une dimension comparative.

Modalités d'envoi des propositions

Les propositions de titre et résumé de communication ou d’article devront parvenir aux organisatrices au plus tard le 3 mars 2014.

Organisatrices :

Laure Assaf (laure.assaf@gmail.com)

Sylvaine Camelin (sylvainecamelin@gmail.com)

Références citées :

  • Abaza M., 2006. The Changing Consumer Cultures of Modern Egypt : Cairo’s Urban Reshaping, Leiden: Brill.
  • Abaza M., 2011. "Les centres commerciaux du Caire et la reconfiguration urbaine." Mondes et places du marché en Méditerranée : formes sociales et spatiales de l'échange, edited by Franck Mermier and Michel Peraldi, 137-76. Paris: Editions Karthala.
  • Anderson E., 2004. "The cosmopolitan canopy." Annals of the American Academy of Political and Social Science 595 (1): 14-31.
  • Capron G., 2000. "Rassemblement et dispersion dans la ville latino-américaine : un nouvel espace public urbain, le cas du centre commercial", Cahier des Amériques Latines, n°35.
  • Cohen L., 1996. "From town center to shopping center: The reconfiguration of community marketplaces in postwar America". American Historical Review, 101(4): 1050-1081.
  • Crawford M., 1992. "The World as a Shopping Mall", in Sorkin Michael (dir.), Variations on a Theme Park : The New American City and the End of Public Space, NewYork : The Noonday Press.
  • Houssay-Holzschuch M., Teppo A., 2009. "A mall for all? Race and Public Space in post-apartheid Cape Town", Cultural Geographies, n°3.
  • Le Renard A., 2011. Femmes et espaces publics en Arabie Saoudite, Paris : Dalloz.
  • Le Renard A., 2011. "Pratiques du shopping mall par les jeunes Saoudiennes. Sociabilité et consumérisme à Riyad." in Mermier F. et Peraldi M. (dir.), Mondes et places du marché en Méditerranée : formes sociales et spatiales de l'échange, Paris : Editions Karthala.
  • Mermier F. et Peraldi M. (dir.), 2011. Mondes et places du marché en Méditerranée : formes sociales et spatiales de l'échange, Paris : Editions Karthala.
  • Salcedo R. et Stillerman J., 2012. "Transposing the Urban to the Mall: Routes, Relationships and Resistance in two Santiago, Chile Shopping Centers." Journal of Contemporary Ethnography 41, 3: 309-336.
  • Sorkin M. (dir.), 1992. Variations on a Theme Park : The New American City and the End of Public Space, NewYork : The Noonday Press.
  • Wilson A., 2004. The intimate economies of Bangkok : Tomboys, tycoons, and Avon ladies in the global city, University of California Press.

Lieux

  • MAE, LESC - 21 Allée de l'Université
    Nanterre, France (92)

Dates

  • lundi 03 mars 2014

Mots-clés

  • shopping mall, urbain, modernité, pratiques de consommation, centres commerciaux

Contacts

  • Laure Assaf
    courriel : laure [dot] assaf [at] gmail [dot] com
  • Sylvaine Camelin
    courriel : sylvainecamelin [at] gmail [dot] com

Source de l'information

  • Laure Assaf
    courriel : laure [dot] assaf [at] gmail [dot] com

Pour citer cette annonce

« Shopping malls : l’avènement de la modernité ? », Appel à contribution, Calenda, Publié le lundi 30 décembre 2013, http://calenda.org/272125